Epigrammes – Récits d’Objets

Un atelier d’écriture au Muséum d’Histoire Naturelle sur le thème : Récits d’Objets (objets des collections du musée)

Premier exercice : épigrammes


Objets : dents (non identifiées)

À tant vouloir croquer la vie

Tu as bien mordu la poussière

Et tu t’y es cassé les dents

***

Objets : perles (PA 994 moulage)

Quelle était jolie

La fille

Au cou de laquelle tu dansais

 

***

Objet : poterie (Neustrie 12-05-1960) MHNH000007

Petit pot de terre

À l’âge de fer

Intact tu es

Combat gagné !

 

 

***

Objets : flèches (moulage) Yport, néo récent – PA590

Ci-git la flèche

Rapide et acérée

Qui dans une langue s’est plantée

Et a fini par rouiller.

C’était dans une langue de vipère…

 

 


 

À l’origine, une épigramme (du grec ancien ἐπίγραμμα / epígramma signifiant « inscription ») est une inscription, d’abord en prose, puis en vers, qu’on gravait sur les monuments, les statues, les tombeaux et les trophées, pour perpétuer le souvenir d’un héros ou d’un événement. À partir du ive siècle av. J.-C., l’épigramme devient une petite pièce de poésie sur un sujet quelconque, imitant par sa brièveté les inscriptions, offrant une pensée ingénieuse ou délicate exprimée avec grâce et précision. Enfin, à partir du xvie siècle, le genre se spécialise dans le mot d’esprit : l’épigramme renferme généralement une pointe grivoise ou assassine.

Gynter

La douzième marche grinça quand Dorde posa le pied dessus. Elle poursuivit l’ascension, se promettant, comme à chaque fois, d’essayer de soulager le bois pour qu’il ne crie plus et qu’il épouse le silence environnant.

Le regard se perdait à travers la succession de portes ouvertes, pour aller échouer sur le mur muet du fond, un horizon bouché, un horizon pour rien.

Tout était resté à l’identique, et pourtant tout avait changé…

***

« Je descends au village. As-tu besoin de quelque chose ? »

Dorde n’avait besoin de rien. Elle avait regardé Gynter descendre le chemin avant de s’enfoncer dans les bois, lui avait adressé un signe de la main et un sourire au moment où le vert sombre des futaies l’absorbait, puis était retournée à ses occupations. Dorde était heureuse, Gynter semblait l’être aussi. Ce jour-là, ils célébraient leur premier anniversaire de mariage. La jeune femme avait préparé des Frikadellers, ainsi que des gâteaux roulés à la cannelle, puis avait dressé une jolie table pour un déjeuner à deux, un déjeuner d’amoureux. Elle avait ensuite revêtu une robe noire agrémentée de dentelle et la coiffe traditionnelle brodée d’or héritée de sa mère. Quand elle revint à la fenêtre pour y guetter le retour de son homme, elle aperçut son reflet dans la vitre, et elle sourit à ce qu’elle vit. L’amour la rendait belle, l’amour accrochait à ses yeux des étoiles et à sa bouche des sourires.

Gynter ne tarderait plus maintenant…

La pendule égrena les heures sans qu’aucune ne marqua le retour de son bien-aimé. Les silhouettes des arbres s’allongeaient à mesure que la lumière déclinait. Dorde n’avait quitté son poste d’observation que pour entretenir le feu dans la grande cheminée, et se servir du café. Son inquiétude grandissait. Elle n’osait pas aller à la rencontre de Gynter parce que plusieurs chemins étaient possibles, et elle craignait qu’ils ne se croisent et ne se cherchent en vain. Elle avait fini par s’installer dans un fauteuil, une couverture sur les genoux, une corbeille avec un ouvrage de tapisserie à ses pieds. À vrai dire ce n’était qu’une toile encore vierge sur laquelle elle voulait broder l’arbre généalogique de l’enfant qui viendrait, celui qui n’était pas encore conçu mais naitrait de son ventre et de leurs amours. Commencer la tapisserie ce jour-là revêtait une valeur symbolique. Mais en l’absence de Gynter, elle ne parvint pas à broder quoi que ce soit… Et elle s’endormit dans un sommeil sans rêves.

Le matin tourna au cauchemar lorsqu’elle réalisa que son époux n’était pas rentré. Après avoir avalé un café brulant, elle s’habilla et s’équipa pour partir à sa recherche. Arrivée juste à l’orée du bois, elle tenta un appel sur le téléphone portable de Gynter, en vain. Leur maison était hors réseau, et il fallait trouver le point précis où leurs téléphones voulaient bien en capter un peu. Elle poursuivit sa descente à la lampe torche aussi vite qu’elle le pouvait, ses pieds trébuchaient parfois dans des racines ou roulaient sur des cailloux. Le village apparut enfin dans les premières lueurs du jour. Elle en fit le tour, personne n’avait vu Gynter la veille. Tous les hommes du village se mobilisèrent pour partir à sa recherche. Dorde fut invitée à rester au chaud chez une amie en attendant d’avoir des nouvelles, mais elle ne pouvait s’y résoudre. Elle aussi devait chercher Gynter.

Gynter ne rentra pas ce jour-là, pas plus que les suivants. Il avait disparu. Dorde passait ses journées et ses nuits à l’attendre, brodant inlassablement l’arbre généalogique qu’elle avait finalement entrepris, remplissant les médaillons ascendants, espérant pouvoir un jour remplir un médaillon descendant. Bien sur, la police avait été alertée et des recherches officielles entreprises. Bien sur, les villageois continuaient à chercher, à se préoccuper d’elle, à tenter de mettre du bleu sur son ciel… Dix, c’est le nombre d’hivers qu’elle avait passé dans l’attente, dix hivers et tout autant de printemps, d’étés, et d’automnes. Puis elle s’était autorisée à quitter la maison, à déménager pour se rapprocher de ses parents, pour prendre soin d’eux qui vieillissaient et perdaient de leur mobilité, prendre soin de la branche ascendante à défaut d’avoir pu veiller sur un enfant. Elle avait déménagé, vidé la maison ou presque, mais n’avait jamais pu se résoudre à la vendre. C’était le seul point de contact qu’elle avait encore avec Gynter, le seul endroit où il saurait la retrouver. Alors tous les ans, à l’occasion de l’anniversaire de leur mariage, Dorde revenait dans la vieille maison, et y passait quelques jours, quelques jours à attendre, quelques jours à espérer. Un lit, une table, un fauteuil, un vieux poêle et la cheminée suffisaient à son séjour, tout le reste avait été enlevé. Sauf le cadre avec leur photo de mariage, toujours posé sur la cheminée.

***

Dorde regardait les fissures qui couraient sur les murs, comme les rides couraient à présent sur son visage. La peinture s’écaillait et devenait flocons en se détachant des murs. Tout était comme avant, tout avait changé aussi. Elle cherchait la voix de Gynter, les yeux de Gynter, et puis son sourire, dans les replis de sa mémoire. Tout semblait s’effacer, sauf la douleur, sauf les questions, l’incompréhension. Soudain, son cœur fit un bond dans sa poitrine. Elle venait d’entendre la douzième marche grincer…

Ce texte s’inspire de ‘Still’, une exposition de photos de Trine Sondergaard, et les photos sont des photos de ses photos…

http://www.muma-lehavre.fr/fr/blog/still-par-la-plume-havraise

Pointe du Hourdel et Fragment d’Histoire

On dirait un projectile qu’aurait loupé sa cible, et se serait planté, là, à la vue de tous, dans le sable humide de la pointe du Hourdel.

Souvenir d’un cauchemar, trace encore fraiche de l’Histoire des hommes – fraiche au regard de l’Histoire de la Terre. Exhortation à ne pas oublier. Pas une menace, non, mais un avertissement. Ce qui fut pourra être à nouveau, puisque le cœur des hommes n’a pas pris la leçon, puisque les appétits n’ont pas diminué, puisque le pouvoir reste un met de choix, un met prisé, méprisable mais pourtant convoité.

Le ciel s’est troublé subitement ce jour-là sur les cotes de la Manche, et ce bloc de béton souillé d’un sang de fer rappelle qu’un jour le ciel, le temps, les heures, l’avenir… tout s’est troublé très vite et tout a noirci brutalement.

***

En face, sur un banc de sable, une colonie de phoques, ventres à l’air, moustaches au vent, jouissaient de la lumière de cette fin d’après midi, insensibles à la folie des hommes, insensibles et visiblement non concernés…

Ville haute, ville basse

Atteindre les hauteurs des Jardins Suspendus et plonger le regard sur la ville de cubes et de blocs qui s’étend à nos pieds, ou bien dans l’immensité bleue. Ici c’est falaise, craie, verdure, et le ciel bleu azur, parfois ennuagé, rarement toute une journée. Ici c’est arbres, buissons, plantes, fleurs, oiseaux, insectes, nature, voire soucoupe volante, et des bancs pour s’asseoir quand la beauté épuise. Ici c’est ailleurs, c’est chez soi mais c’est loin, parce que le rêve emporte jusqu’à d’autres époques, jusqu’à d’autres lointains. Fermer les yeux, inspirer, ouvrir les yeux, expirer, prendre un coup de soleil, un coup de merveille, et se laisser embarquer…

Une fois perché(e), il faut redescendre, quitter les poumons de la ville et se rapprocher du cœur. Pour descendre, il faut parfois accepter de remonter un peu pour épouser au mieux les courbes audacieuses de la Belle, en caresser les flancs. Dans les rues qui serpentent, longer les demeures cossues, ventrues comme des sacs de café, coton ou chocolat, maisons rouge brique, mais rouge sang aussi, propriétés d’armateurs ou bien de négociants, riches d’un commerce en forme géométrique, un triangle isocèle pour sceller quelques sorts. Lever la tête, les yeux, vers l’ardoise ou les tuiles des toitures qui encadrent la mer à son tour suspendue. Et s’étonner de voir, entre deux faîtages de plomb, voguer des bateaux sur une ligne d’horizon située en altitude. Perspectives décalées, géométrie bousculée, une ville à étages.

Le Havre, ville haute, ville basse, ville de contrastes, pépinière d’émotions…

 

Une porte, et derrière…? Mystère

Fallait-il la pousser,

La laisser s’entrouvrir,

En franchir le seuil,

Tenter de découvrir,

Ce qu’elle cachait, là,

Derrière ses lattes de bois ?

Aurais-je pu deviner

Ce qui se déroulait

Au-delà des murailles

Quel autre univers,

Grouillait dans ces entrailles,

Vivait derrière ces pierres ?

 

Au cours de la balade,

J’ai trouvé porte close

Et close je l’ai laissée…

Quiz littéraire : Des Livres et Des Couleurs

En d’autres temps et d’autres lieux, j’ai élaboré quelques quiz que je publierai ponctuellement sur ces pages.

Ici un quiz sur le thème de la couleur en littérature…

J’espère que vous passerez un agréable moment, n’hésitez pas à indiquer vos résultats ou vos remarques en commentaire…

1 « La bicyclette bleue », de Régine Desforge, s’inspire d’un roman américain très célèbre. Il s’agit de :

A « Autant en emporte le vent »

B « Des souris et des hommes »

C « L’amant de Lady Chatterley »

 

2 Complétez le titre de ce roman de Gaston Leroux.

« Le mystère de la chambre —- «

A Verte

B Rouge

C Jaune

 

3 Michel Pastoureau a entrepris l’écriture d’une série d’ouvrages « Histoire d’une couleur ». Quelle fut la première couleur proposée aux lecteurs :

A Noir

B Bleu

C Vert

 

4 Où et quand se situe l’action du roman « Une saison blanche et sèche », de Nadine Gordimer ?

A Aux Etats-Unis, pendant la guerre de Sécession

B En Afrique du Sud, sous le régime de l’Apartheid

C En Inde pendant la décolonisation

 

5 « La ligne verte », raconte l’histoire d’un condamné à mort doté d’extraordinaires pouvoirs de guérisseur. Il a été écrit en 1996 par :

A Stephen King

B Mary Higgins Clark

C Dan Brown

 

6 De quelle couleur sont les âmes dans le magnifique roman de Philippe Claudel, paru en 2003 ?

A Bleues

B Roses

C Grises

 

7 Le film « La couleur pourpre » de Steven Spielberg, est l’adaptation de l’œuvre d’Alice Walker. S’agit-il, à l’origine :

A D’une pièce de théâtre ?

B D’un roman épistolaire ?

C D’une bande-dessinée ?

 

8 Qui devaient porter « La lettre écarlate », du roman de Nathaniel Hawthorne ?

A Les Catholiques

B Les étrangers

C Les femmes adultères

 

9 Le titre du roman de Tom Clancy, « Octobre Rouge », paru en 1984, fait référence à un équipement de l’armée soviétique. S’agit-il :

A D’un avion

B D’un porte-avion

C D’un sous-marin

 

10 L’histoire de « Un taxi mauve » se déroule en Irlande. Ce roman a été écrit par :

A Michel Houellebecq

B Michel Déon

C Michel Tournier

 

 

Quiz Des Livres et Des Couleurs : Réponses

1 « La bicyclette bleue », de Régine Desforge, s’inspire d’un roman américain très célèbre. Il s’agit de :

A « Autant en emporte le vent »

Vrai : Régine Desforge fut accusée de plagiat pour cet ouvrage.

B « Des souris et des hommes »

Faux : Ce roman de John Steinbeck n’a pas été l’inspirateur de Desforge.

C « L’amant de Lady Chatterley »

Faux : Ce roman est de D. H. Lawrence qui est un auteur anglais, pas américain.

 

2 Complétez le titre de ce roman de Gaston Leroux.

« Le mystère de la chambre —- «

A Verte

Faux : Additionnée à une autre couleur, la couleur recherchée

donne du vert.

B Rouge

Faux : La couleur recherchée est moins flamboyante.

C Jaune

Vrai : « Le mystère de la chambre jaune » est un roman

Policier publié en volume en 1908, dont les éléments

surréalistes et poétiques ont fait l’admiration de Jean Cocteau.

Ce dernier en signa la préface.

 

3 Michel Pastoureau a entrepris l’écriture d’une série d’ouvrages « Histoire d’une couleur ». Quelle fut la première couleur proposée aux lecteurs :

A Noir

Faux : C’est le deuxième ouvrage de la série, publié en 2008.

B Bleu

Vrai : Publié en 2002, cet ouvrage aborde différents aspects de cette couleur, son utilisation, sa symbolique etc.

C Vert

Faux : C’est le dernier ouvrage en date de la série, il a été publié en 2013.

 

4 Où et quand se situe l’action du roman « Une saison blanche et sèche », de Nadine Gordimer ?

A Aux Etats-Unis, pendant la guerre de Sécession

Faux : Plus tard, et sur l’autre hémisphère

B En Afrique du Sud, sous le régime de l’Apartheid

Vrai : Nadine Gordimer, Prix Nobel de Littérature en 1991, combattit l’Apartheid à travers plusieurs romans, entre autres actions.

C En Inde pendant la décolonisation

Faux : Gandhi n’est pas un héros de ce roman

 

5 « La ligne verte », raconte l’histoire d’un condamné à mort doté d’extraordinaires pouvoirs de guérisseur. Il a été écrit en 1996 par :

A Stephen King

Vrai : Ce roman fit l’objet d’une adaptation cinématographique par Frank Darabont en 1999

B Mary Higgins Clark

Faux : Mary Higgins Clark écrit des romans policiers.

C Dan Brown

Faux : Dan Brown n’avait rien publié encore en 1996

 

6 De quelle couleur sont les âmes dans le magnifique roman de Philippe Claudel, paru en 2003 ?

A Bleues

Faux : Les bleus de l’âme n’ont pas teinté celles-ci.

B Roses

Faux : Elles ne voient pas la vie de cette couleur.

C Grises

Vrai : « Les âmes grises », de Philippe Claudel est un superbe roman situé en 1917, dans un petit village de l’Est de la France. Il fut adapté au cinéma en 2007 par Yves Angelo.

 

7 Le film « La couleur pourpre » de Steven Spielberg, est l’adaptation de l’œuvre d’Alice Walker. S’agit-il, à l’origine :

A D’une pièce de théâtre ?

Faux : Pas de didascalies dans l’œuvre

B D’un roman épistolaire ?

Vrai : C’est un mélange de journal intime et de lettres.

C D’une bande-dessinée ?

Faux : Pas de bulles dans l’œuvre originale.

 

8 Qui devaient porter « La lettre écarlate », du roman de Nathaniel Hawthorne ?

A Les Catholiques

Faux : Si le Catholicisme n’est pas la religion dominante aux U.S.A. elle n’a jamais obligé ses croyants à se distinguer ainsi.

B Les étrangers

Faux : En dehors des Amérindiens, tous les autres habitants des U.S.A. sont d’origine étrangère, ce pays s’étant construit par la colonisation et l’immigration.

C Les femmes adultères

Vrai : Les femmes accusées d’adultère devaient coudre ce A de couleur écarlate sur leurs vêtements, afin d’être identifiées et mises au ban.

 

9 Le titre du roman de Tom Clancy, « Octobre Rouge », paru en 1984, fait référence à un équipement de l’armée soviétique. S’agit-il :

A D’un avion

Faux : La mer est un élément qui convient mieux à l’Octobre rouge

B D’un porte-avion

Faux : l’Octobre rouge préfère les profondeurs.

C D’un sous-marin

Vrai : Une histoire de mutinerie pour ce sous-marin, fleuron de la marine russe à son époque.

 

10 L’histoire de « Un taxi mauve » se déroule en Irlande. Ce roman a été écrit par :

A Michel Houellebecq

Faux : Houellebecq était encore un inconnu quand ‘Un taxi mauve’ a été publié.

B Michel Déon

Vrai : Paru en 1973 ce roman obtint le Grand Prix du roman de l’Académie Française. Une histoire de sentiments, de rencontres, qui emmène les lecteurs en balade, de la campagne irlandaise à ses pubs.

C Michel Tournier

Faux : Tournier est célèbre pour son ‘Vendredi et les limbes du Pacifique, entre autres, une histoire d’île mais ça n’est pas la bonne.

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(Je ne dispose pas ici d’un module ‘quiz’, j’ai donc adapté la présentation ‘au mieux’. Tout est perfectible, alors n’hésitez pas à laisser un commentaire si vous avez des suggestions, ou à indiquer votre score… ! )

Autres quiz sur le blog (cliquez sur le lien) :

Quiz Shakespeare

Quiz Victor Hugo

Quiz Littérature

Cloches et Glas

Elle a la tête courbe,

La stèle,

Comme pour adoucir la pierre,

Et arrondir les angles

De l’Histoire

Qui aimerait une autre Mémoire,

Un passé pas si sombre

Et moins de sang versé,

Noirci par les années,

À se voiler la face

À tenter d’oublier que le port n’était pas

Que de coton

Et de café,

À passer sous silence,

Les cales hurlantes et tourmentées,

De la douleur des hommes,

Des souffrances des femmes,

Et des pleurs des enfants

Esclaves des marchands

Sans âmes

Infâmes.

Maigre stèle,

Petite,

Pour grande honte.

(Esplanade Guynemer, plaque commémorative)

Kohl Cologne

J’ai vu des photos de Cologne après la guerre, la seconde, une mondiale encore, une de trop. C’était un champ de ruines.

Alors, Cologne s’est reconstruite, pas seule, non, il a fallu l’aider. Une flopée d’architectes a du s’y mettre, si j’en crois l’aspect disparate des immeubles d’aujourd’hui, un centre ville en manque d’harmonie. J’habite, en France, une ville qui a été aussi entièrement détruite, au presque. Par les mêmes armées. La différence, c’est qu’en France on les appelait ‘les alliés’, tandis qu’en Allemagne c’était l’ennemi. Passage de frontière, changement de vocabulaire. Dans la ville où j’habite, la reconstruction a été confiée à un architecte, un seul, et le centre respire une certaine unité, unité qui manque singulièrement à Cologne.

Voici quelques exemples de maisons ‘colognales’

Tout a été détruit, sauf la cathédrale, gothique à souhait, un bijou d’architecture religieuse. Était-ce un miracle ? Il faut dire qu’elle renferme, dans une chasse bien gardée, elle-même protégée par des vitres, les reliques des ‘Rois Mages’. Rien de moins ! J’avoue que l’idée m’a fait sourire…

Ville étrange que celle-ci, comme un puzzle dont il me manquerait des pièces. Animée, vivante, boutiques de luxe et misère en cohabitation. Et puis, derrière, coule le Rhin, l’eau de Cologne…

Le Rhin, c’est bien, mais ça n’est pas la mer… Elle semble avoir manqué à ce graffeur qui m’a fait sourire, au détour d’une rue…

 

 

Pour faire le portrait d’un Géant

D’abord, dessinez des ficelles,

Pour qu’il s’y suspende,

Qu’il se sache soutenu.

Puis dessinez une ville,

Un lieu à sa taille,

Qu’il s’y sente comme chez lui.

Dans cette ville, peignez un port,

Un port d’attache, mais sans ficelles,

Juste un endroit pour amarrer son cœur,

Le temps d’une étape, d’une sieste.

Dans ce port, tracez des quais,

Et sur les quais, des containers,

Qu’importe la couleur, pourvu qu’ils soient accueillants,

Qu’il puisse s’y poser, et s’y reposer.

Puis attendez, patiemment.

Parfois, le Géant vient et revient vite,

Parce qu’il est impatient.

Parfois, ça peut prendre longtemps,

Onze ans, une éternité pour le peintre.

Trois minutes pour un Géant,

Parce qu’il vit dans un autre temps.

Quand le Géant arrive, il faut l’attacher,

L’attacher à nos cœurs, parce qu’ON est attaché.

Et puis, il faut le laisser dormir, il est si fatigué.

Alors, les yeux grand écarquillés,

On gomme les ficelles, et puis tout le bastringue,

On se laisse chambouler.

Et on se remet à l’ouvrage,

On peint le bleu du ciel, l’or du soleil,

Le souffle du vent qui coure dans ses cheveux,

L’écume des vagues, et aussi les embruns,

On écrit la rumeur qui envahit les rues, les places,

La ville entière…

« Le Géant est arrivé, il est revenu »

Si le tableau lui plait,

S’il trouve qu’il est beau,

Alors, à son réveil, il posera sur la toile,

Son regard grave et bienveillant,

Et il racontera son histoire,

Une histoire à dormir assis, sur un container,

Une histoire de Géants…

Et on l’écoutera, bouche bée,

Avec nos cœurs d’enfants…

(Très librement inspiré de Prévert et de son portrait d’un oiseau)

Nefertiti, Berlin

C’est ainsi depuis petite, j’ai toujours préféré l’Histoire à la Géographie. S’il fallait choisir entre Néfertiti et Titicaca, j’optais sans hésitation pour le glamour d’une mystérieuse princesse orientale plutôt que pour la profondeur d’un lac…

L’Égypte, Terre de Pharaons, de dieux et de mythes, de Pyramides et de tombeaux royaux, civilisation aux connaissances étonnantes, au soleil magique et aux noms exotiques… Pays de rêve, pays rêvé, mais jamais vraiment espéré lorsque j’étais gamine, puisque que je n’avais alors, pour traverser l’enfance, qu’une frêle coquille qui naviguait à vue vers des avenirs lointains et incertains. Et L’Égypte, c’était encore plus loin, trop loin…

Me restait la Lune pour rêver, la même Lune qui entendait les mots tendres d’Akhenaton à sa Belle…

Et pourtant, un jour, sur mon chemin d’adulte, s’est ouvert un passage vers Alexandrie, où je résidais dix-huit mois. Le temps d’étancher ma soif du Nil, et de toucher le rêve du doigt. Je n’habitais pas les Pyramides, ne participais pas à des dîners pharaoniques, avec musiciens, danseuses et tutti quanti, non. Mon quotidien était autre et parfois difficile, mais la découverte fut extraordinaire et l’expérience intense.

En Égypte, c’est Histoire à tous les étages. La ville d’Alexandrie, avec son Phare, sa Bibliothèque, son Alexandre,…n’est pas en reste. Et, tandis qu’à l’Est du delta on peut découvrir Rosette, le village où fut découverte la pierre qui permit à Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes, à l’Ouest, c’est le sable d’El Alamein, théâtre de batailles pendant la seconde guerre mondiale, qu’on peut fouler au pied. Sur les berges du Nil, l’Histoire suinte, infiltre les pores grand ouverts, et éveille la curiosité.

Imprudente, je n’avais pas eu celle de vérifier où se trouvait le superbe buste de Néfertiti, célèbre dans le monde entier. Où pouvait-il être ailleurs qu’en Égypte ? Pour moi c’était une évidence. Eh bien non, il est à Berlin. Et, au moment de mon égyptomanie, Berlin était très très loin, puisque toujours partagé par un mur infâme, et soumis à des fonctionnements difficiles. Ça n’était pas envisageable, ça n’était donc pas envisagé. Tant pis pour le buste de Néfertiti… Je quittais donc cette terre des dieux avec ce grand regret, je pensais que je ne le verrais jamais.

Alors, dans ce Berlin d’aujourd’hui, réuni en d’autres couleurs, ma deuxième visite fut pour la Belle, au Neue Museum. L’impatience était forte, l’émotion fut intense, et le moment heureux. J’en avais rêvé, le temps a transformé le rêve en possible… Cette visite a ramené à ma mémoire des bouffées de ce temps passé sous le ciel de Râ, souvenirs heureux d’étonnants ailleurs qui prolongèrent le charme…

 

(Les photos étant interdites dans la salle où la Belle irradie, toutes les photos viennent de Wikipédia)

 

Nefertitini 1

 

Nefertiti 2

 

Nefertiti 3

 

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

Gertrud : ici,

East Side Gallery : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Anastasia, Musée Juif de Berlin : ici,

Poudre de Berl’impinpin :  ici,

Le Dôme du Reichstag : ici,

Ou Street Art in Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

 

Anastasia, Musée Juif de Berlin

C’est autour d’une borne interactive que je la rencontre. J’y suis arrivée juste avant elle. Elle semble impatiente de manipuler l’appareil, alors je lui propose de jouer ensemble. Elle acquiesce avec le sourire édenté d’une enfant de huit ou neuf ans et des petites lumières dans les yeux. En route pour le XIVe siècle, nous allons préparer les bagages d’une dame juive qui part en voyage. Nous devons sélectionner huit ‘objets’ parmi seize.

 

1 Le jeu

 

Anastasia a un débit de paroles tel celui d’une rivière bouillonnante à laquelle aucune incisive ne fait barrage. « Et mon petit frère… blablabla… », « Et ma grande sœur ceci…. », « Et à l’école cela…. », « Alors, hier nous avons…. ». Elle est rafraîchissante de vitalité dans ce lieu plutôt solennel, aux couleurs de béton silencieux.

 

Un lapin. Voilà sur quoi se porte son premier choix. Devant mon air surpris, elle m’affirme que, si elle avait un lapin, elle ne l’abandonnerait pas pendant les vacances et l’emmènerait donc en voyage avec elle…. Alors, un lapin … vu de sa hauteur, oui, évidemment…

 

Elle sélectionne ensuite le téléphone portable ! Tandis que je lui explique que, au XIVe siècle, les portables n’existaient pas, le basalte de ses yeux se teinte d’incrédulité.

 

Après concertation, discussion, et autre ratiocination, saupoudrées de rires en éclats, nous parvenons à boucler les valises de la Dame. Le temps a bien filé, la grande sœur d’Anastasia est venue la chercher. La libellule au teint de miel, aux cheveux noirs et aux yeux sombres, m’envoie quelques sourires en étoiles, et une brassées de mains agitées pour un au-revoir.

 

Si ce musée est empreint de gravité, sobriété, et mémoire, il est aussi porteur d’espoirs.

 

ANASTASIA 2Arbre à vœux pour un monde meilleur. Ça n’est pas difficile de le remplir….

Et l’on y rencontre des adultes, mais aussi des enfants, petites loupiottes d’aujourd’hui, mais adultes éclairés en devenir….

 

ANASTASIA 3

Musée Juif de Berlin, déambulation…

 

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

Gertrud : ici,

East Side Gallery : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Poudre de Berlimpinpin : ici,

voire Le Dôme du Reichstag :  ici,

Street Art in Berlin : ici,

ou Nefertiti, Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

Palette berlinoise

1 Traban

 

Il y a dans le ciel comme un air de bleu… Pas un nuage, pas un éclair, à peine un souffle d’air pour faire valser le turquoise et marine des robes légères… Et l’outremer s’étend langoureusement sur le sable d’une plage que Berlin s’invente. Bienvenue à Check Point Charlie Beach pour un dernier verre …

 

2 Palette

 

… Avant que le soir élégant dans son complet de safre et de smalt n’allume quelques loupiotes et lanternes, pour que la nuit soit belle quand sonneront les douze coups du bleu de Minuit…

 

3 Palette

 

En attendant, sur nos papilles, au palais de nos délices, framboises et groseilles, fruits rouges gros de soleil, auront mêlé leurs notes acidulées, sucrées, et fraiches en une divine symphonie. La ville se fait gourmande…

 

4 Palette

 

5 Palette

 

A l’Est, rien de nouveau puisqu’ici aussi le rouge est mis. Mais d’une toute autre manière, qui s’étale en briques et blocs sur les murs d’un hôtel de Ville d’architecture massive, rappelant la puissance d’un autre rouge, en un autre temps.

Et, à ses pieds, comme partout dans la capitale, les sous-sols suintent encore des larmes de sang, de tout le sang versé et des cœurs en miettes. Et la mémoire se murmure intarissablement, parce qu’il ne faut pas oublier…

 

6 Palette

 

Là-haut, au deuxième étage de la Terre, l’artiste œuvre sans relâche, il repeint la ville à sa manière. Le gazon se transforme en paille, les peaux se font ambre ou miel, et les cheveux blondissent. Invité vedette de ce milieu d’été, il rythme les pas, ralentit les cadences, fait plisser les yeux, voire… tourner les têtes. Le soleil… !

L’astre répand ses ors sans discernement, et rayonne jusqu’aux petites plaques de bronze des trottoirs de Kreuzberg. Petits pavés brillants au fond d’un océan d’inhumanité crasse, petites étoiles de mer fracassées dans les vagues barbares, et marquées du jaune de la honte…

 

7 Palette

 

… Honte, peur, trahison, cruauté, autant de sinistres ingrédients pour noircir encore l’encre sur les pages sombres de l’Histoire. Berlin, où l’horreur n’a trouvé de limites, hiérarchie de papier carbone pour ordres de barbarie multipliés, à l’infini… Au noir d’ivoire du ciel, les corbeaux de la peur, tournoyaient à leurs aises, ailes grand déployées… Ils étaient bien nourris…

 

8 Palette

(Mémorial de l’Holocauste, 2711 stèles de tailles différentes)

Chape de plomb sur la ville, rideau de fer pour mieux diviser, et le ciel vira au gris. Gris, comme les uniformes de la Stasi, et comme le béton, armé lui aussi, du mur de la séparation et de l’enfermement. Au cours de la sorgue, les bombes pulvérisaient le basalte du ciel, découchant des nuits blanches, accouchant de la mort. …

 

9 Palette

 

Et puis il y eut un autre matin, plus clair, comme un printemps en hiver. Le brouillard se dispersait en masses sombres, laissant la place à des nuages laiteux. Une crête d’Espoir avait apprivoisé le ciel devenu plus lumineux. Berlin fermait alors un livre, et ouvrait un nouveau cahier, plein de pages blanches à écrire…

 

10 Palette

 

11 Palette

 

L’aube de ce matin-là s’était teintée de rose… Puis le ciel repris ses couleurs, ses humeurs, reflétant celles du monde, de la vie, et des hommes aussi.

Mais du rose, Berlin en a gardé aux joues, et son cœur palpite d’une énergie nouvelle. Amoureuse de la vie, trépidante d’idées et d’idéaux, la Grande se refait une jeunesse…

 

12 Palette

 

… Au vert. Nichée dans un écrin émeraude de bois et de forêts, de parcs et jardins, la ville chatoie telle une pierre taillée, avec la Spree en filigrane…

 

 

Et puis, quand la belle opale a déployé tout l’éventail de ses couleurs d’un jour, le soir se glisse et l’étreint, et sur elle il se couche. Toujours elle se laisse faire. Alors, l’écho de son plaisir nocturne embrase les lanternes, lampions et feux de joie, et partout se reflète…

 

 

Ma palette incomplète, empreintes-couleurs de quelques jours, touches d’ombre et de lumière tracées par la mémoire des yeux. Berlin, ville sans fard mais pas sans caractère, sait hisser haut les couleurs et faire chavirer les cœurs…

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

Gertrud : ici,

East Side Gallery : ici,

Anastasia, Musée Juif de Berlin : ici,

Poudre de Berlimpinpin : ici,

voire Le Dôme du Reichstag :  ici,

Street Art in Berlin : ici,

ou Nefertiti, Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

East Side Gallery, Berlin

Bien sur, on aimerait qu’il y ait moins de monde. Bien sur on aimerait un autre bruit, ou un autre silence. Mais c’est ainsi. L’endroit est populaire, l’avenue large, et les touristes nombreux. Fermer les écoutilles, convoquer Nina Hagen dans ma tête, et faire abstraction de ce qui n’est pas la ville, la vie, le quartier.

Au pied du Pont de l’Oberbaum se déroulent 1300 mètres de mur, restes de la camisole de force qui contraignit une partie de la ville à l’enfermement et à l’isolement. Comme dans un asile psychiatrique où les déments auraient été le personnel, et non les aliénés… Edgar Poe aurait aimé.

1300 mètres sur lesquels des artistes ou des anonymes ont laissé des traces, des empreintes, des rêves ou des cauchemars. 1300 mètres de sentiments exprimés, d’émotions libérées, de mémoire et d’espoir. Des messages, des chiffres, des cris et aussi des soupirs de soulagement. La plus grande galerie à ciel ouvert, touchante, très.

 

 

Il est des lieux que l’on ne traverse pas indemne. Berlin en est un, en particulier dans les traces que l’Histoire y a laissées. Ce mur, que j’ai longtemps cru indémontable, rappelle que si certains espoirs ou rêves exprimé ici ne se sont pas réalisés – la colombe de la Paix s’épuise toujours à voleter ici et là, sans succès., d’autres ont été rendus possibles. Par les Hommes, par la volonté des Hommes, pour les Hommes, et le mur a fini par céder…

 

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

Gertrud : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Anastasia, Musée Juif de Berlin : ici,

Poudre de Berlimpinpin : ici,

voire Le Dôme du Reichstag :  ici,

Street Art in Berlin : ici,

ou Nefertiti, Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !