Une porte, et derrière…? Mystère

Fallait-il la pousser,

La laisser s’entrouvrir,

En franchir le seuil,

Tenter de découvrir,

Ce qu’elle cachait, là,

Derrière ses lattes de bois ?

Aurais-je pu deviner

Ce qui se déroulait

Au-delà des murailles

Quel autre univers,

Grouillait dans ces entrailles,

Vivait derrière ces pierres ?

 

Au cours de la balade,

J’ai trouvé porte close

Et close je l’ai laissée…

Publicités

Quiz littéraire : Des Livres et Des Couleurs

En d’autres temps et d’autres lieux, j’ai élaboré quelques quiz que je publierai ponctuellement sur ces pages.

Ici un quiz sur le thème de la couleur en littérature…

J’espère que vous passerez un agréable moment, n’hésitez pas à indiquer vos résultats ou vos remarques en commentaire…

1 « La bicyclette bleue », de Régine Desforge, s’inspire d’un roman américain très célèbre. Il s’agit de :

A « Autant en emporte le vent »

B « Des souris et des hommes »

C « L’amant de Lady Chatterley »

 

2 Complétez le titre de ce roman de Gaston Leroux.

« Le mystère de la chambre —- «

A Verte

B Rouge

C Jaune

 

3 Michel Pastoureau a entrepris l’écriture d’une série d’ouvrages « Histoire d’une couleur ». Quelle fut la première couleur proposée aux lecteurs :

A Noir

B Bleu

C Vert

 

4 Où et quand se situe l’action du roman « Une saison blanche et sèche », de Nadine Gordimer ?

A Aux Etats-Unis, pendant la guerre de Sécession

B En Afrique du Sud, sous le régime de l’Apartheid

C En Inde pendant la décolonisation

 

5 « La ligne verte », raconte l’histoire d’un condamné à mort doté d’extraordinaires pouvoirs de guérisseur. Il a été écrit en 1996 par :

A Stephen King

B Mary Higgins Clark

C Dan Brown

 

6 De quelle couleur sont les âmes dans le magnifique roman de Philippe Claudel, paru en 2003 ?

A Bleues

B Roses

C Grises

 

7 Le film « La couleur pourpre » de Steven Spielberg, est l’adaptation de l’œuvre d’Alice Walker. S’agit-il, à l’origine :

A D’une pièce de théâtre ?

B D’un roman épistolaire ?

C D’une bande-dessinée ?

 

8 Qui devaient porter « La lettre écarlate », du roman de Nathaniel Hawthorne ?

A Les Catholiques

B Les étrangers

C Les femmes adultères

 

9 Le titre du roman de Tom Clancy, « Octobre Rouge », paru en 1984, fait référence à un équipement de l’armée soviétique. S’agit-il :

A D’un avion

B D’un porte-avion

C D’un sous-marin

 

10 L’histoire de « Un taxi mauve » se déroule en Irlande. Ce roman a été écrit par :

A Michel Houellebecq

B Michel Déon

C Michel Tournier

 

 

Quiz Des Livres et Des Couleurs : Réponses

1 « La bicyclette bleue », de Régine Desforge, s’inspire d’un roman américain très célèbre. Il s’agit de :

A « Autant en emporte le vent »

Vrai : Régine Desforge fut accusée de plagiat pour cet ouvrage.

B « Des souris et des hommes »

Faux : Ce roman de John Steinbeck n’a pas été l’inspirateur de Desforge.

C « L’amant de Lady Chatterley »

Faux : Ce roman est de D. H. Lawrence qui est un auteur anglais, pas américain.

 

2 Complétez le titre de ce roman de Gaston Leroux.

« Le mystère de la chambre —- «

A Verte

Faux : Additionnée à une autre couleur, la couleur recherchée

donne du vert.

B Rouge

Faux : La couleur recherchée est moins flamboyante.

C Jaune

Vrai : « Le mystère de la chambre jaune » est un roman

Policier publié en volume en 1908, dont les éléments

surréalistes et poétiques ont fait l’admiration de Jean Cocteau.

Ce dernier en signa la préface.

 

3 Michel Pastoureau a entrepris l’écriture d’une série d’ouvrages « Histoire d’une couleur ». Quelle fut la première couleur proposée aux lecteurs :

A Noir

Faux : C’est le deuxième ouvrage de la série, publié en 2008.

B Bleu

Vrai : Publié en 2002, cet ouvrage aborde différents aspects de cette couleur, son utilisation, sa symbolique etc.

C Vert

Faux : C’est le dernier ouvrage en date de la série, il a été publié en 2013.

 

4 Où et quand se situe l’action du roman « Une saison blanche et sèche », de Nadine Gordimer ?

A Aux Etats-Unis, pendant la guerre de Sécession

Faux : Plus tard, et sur l’autre hémisphère

B En Afrique du Sud, sous le régime de l’Apartheid

Vrai : Nadine Gordimer, Prix Nobel de Littérature en 1991, combattit l’Apartheid à travers plusieurs romans, entre autres actions.

C En Inde pendant la décolonisation

Faux : Gandhi n’est pas un héros de ce roman

 

5 « La ligne verte », raconte l’histoire d’un condamné à mort doté d’extraordinaires pouvoirs de guérisseur. Il a été écrit en 1996 par :

A Stephen King

Vrai : Ce roman fit l’objet d’une adaptation cinématographique par Frank Darabont en 1999

B Mary Higgins Clark

Faux : Mary Higgins Clark écrit des romans policiers.

C Dan Brown

Faux : Dan Brown n’avait rien publié encore en 1996

 

6 De quelle couleur sont les âmes dans le magnifique roman de Philippe Claudel, paru en 2003 ?

A Bleues

Faux : Les bleus de l’âme n’ont pas teinté celles-ci.

B Roses

Faux : Elles ne voient pas la vie de cette couleur.

C Grises

Vrai : « Les âmes grises », de Philippe Claudel est un superbe roman situé en 1917, dans un petit village de l’Est de la France. Il fut adapté au cinéma en 2007 par Yves Angelo.

 

7 Le film « La couleur pourpre » de Steven Spielberg, est l’adaptation de l’œuvre d’Alice Walker. S’agit-il, à l’origine :

A D’une pièce de théâtre ?

Faux : Pas de didascalies dans l’œuvre

B D’un roman épistolaire ?

Vrai : C’est un mélange de journal intime et de lettres.

C D’une bande-dessinée ?

Faux : Pas de bulles dans l’œuvre originale.

 

8 Qui devaient porter « La lettre écarlate », du roman de Nathaniel Hawthorne ?

A Les Catholiques

Faux : Si le Catholicisme n’est pas la religion dominante aux U.S.A. elle n’a jamais obligé ses croyants à se distinguer ainsi.

B Les étrangers

Faux : En dehors des Amérindiens, tous les autres habitants des U.S.A. sont d’origine étrangère, ce pays s’étant construit par la colonisation et l’immigration.

C Les femmes adultères

Vrai : Les femmes accusées d’adultère devaient coudre ce A de couleur écarlate sur leurs vêtements, afin d’être identifiées et mises au ban.

 

9 Le titre du roman de Tom Clancy, « Octobre Rouge », paru en 1984, fait référence à un équipement de l’armée soviétique. S’agit-il :

A D’un avion

Faux : La mer est un élément qui convient mieux à l’Octobre rouge

B D’un porte-avion

Faux : l’Octobre rouge préfère les profondeurs.

C D’un sous-marin

Vrai : Une histoire de mutinerie pour ce sous-marin, fleuron de la marine russe à son époque.

 

10 L’histoire de « Un taxi mauve » se déroule en Irlande. Ce roman a été écrit par :

A Michel Houellebecq

Faux : Houellebecq était encore un inconnu quand ‘Un taxi mauve’ a été publié.

B Michel Déon

Vrai : Paru en 1973 ce roman obtint le Grand Prix du roman de l’Académie Française. Une histoire de sentiments, de rencontres, qui emmène les lecteurs en balade, de la campagne irlandaise à ses pubs.

C Michel Tournier

Faux : Tournier est célèbre pour son ‘Vendredi et les limbes du Pacifique, entre autres, une histoire d’île mais ça n’est pas la bonne.

filigrana-svg

(Je ne dispose pas ici d’un module ‘quiz’, j’ai donc adapté la présentation ‘au mieux’. Tout est perfectible, alors n’hésitez pas à laisser un commentaire si vous avez des suggestions, ou à indiquer votre score… ! )

Autres quiz sur le blog (cliquez sur le lien) :

Quiz Shakespeare

Quiz Victor Hugo

Quiz Littérature

Cloches et Glas

Elle a la tête courbe,

La stèle,

Comme pour adoucir la pierre,

Et arrondir les angles

De l’Histoire

Qui aimerait une autre Mémoire,

Un passé pas si sombre

Et moins de sang versé,

Noirci par les années,

À se voiler la face

À tenter d’oublier que le port n’était pas

Que de coton

Et de café,

À passer sous silence,

Les cales hurlantes et tourmentées,

De la douleur des hommes,

Des souffrances des femmes,

Et des pleurs des enfants

Esclaves des marchands

Sans âmes

Infâmes.

Maigre stèle,

Petite,

Pour grande honte.

(Esplanade Guynemer, plaque commémorative)

Kohl Cologne

J’ai vu des photos de Cologne après la guerre, la seconde, une mondiale encore, une de trop. C’était un champ de ruines.

Alors, Cologne s’est reconstruite, pas seule, non, il a fallu l’aider. Une flopée d’architectes a du s’y mettre, si j’en crois l’aspect disparate des immeubles d’aujourd’hui, un centre ville en manque d’harmonie. J’habite, en France, une ville qui a été aussi entièrement détruite, au presque. Par les mêmes armées. La différence, c’est qu’en France on les appelait ‘les alliés’, tandis qu’en Allemagne c’était l’ennemi. Passage de frontière, changement de vocabulaire. Dans la ville où j’habite, la reconstruction a été confiée à un architecte, un seul, et le centre respire une certaine unité, unité qui manque singulièrement à Cologne.

Voici quelques exemples de maisons ‘colognales’

Tout a été détruit, sauf la cathédrale, gothique à souhait, un bijou d’architecture religieuse. Était-ce un miracle ? Il faut dire qu’elle renferme, dans une chasse bien gardée, elle-même protégée par des vitres, les reliques des ‘Rois Mages’. Rien de moins ! J’avoue que l’idée m’a fait sourire…

Ville étrange que celle-ci, comme un puzzle dont il me manquerait des pièces. Animée, vivante, boutiques de luxe et misère en cohabitation. Et puis, derrière, coule le Rhin, l’eau de Cologne…

Le Rhin, c’est bien, mais ça n’est pas la mer… Elle semble avoir manqué à ce graffeur qui m’a fait sourire, au détour d’une rue…

 

 

Pour faire le portrait d’un Géant

D’abord, dessinez des ficelles,

Pour qu’il s’y suspende,

Qu’il se sache soutenu.

Puis dessinez une ville,

Un lieu à sa taille,

Qu’il s’y sente comme chez lui.

Dans cette ville, peignez un port,

Un port d’attache, mais sans ficelles,

Juste un endroit pour amarrer son cœur,

Le temps d’une étape, d’une sieste.

Dans ce port, tracez des quais,

Et sur les quais, des containers,

Qu’importe la couleur, pourvu qu’ils soient accueillants,

Qu’il puisse s’y poser, et s’y reposer.

Puis attendez, patiemment.

Parfois, le Géant vient et revient vite,

Parce qu’il est impatient.

Parfois, ça peut prendre longtemps,

Onze ans, une éternité pour le peintre.

Trois minutes pour un Géant,

Parce qu’il vit dans un autre temps.

Quand le Géant arrive, il faut l’attacher,

L’attacher à nos cœurs, parce qu’ON est attaché.

Et puis, il faut le laisser dormir, il est si fatigué.

Alors, les yeux grand écarquillés,

On gomme les ficelles, et puis tout le bastringue,

On se laisse chambouler.

Et on se remet à l’ouvrage,

On peint le bleu du ciel, l’or du soleil,

Le souffle du vent qui coure dans ses cheveux,

L’écume des vagues, et aussi les embruns,

On écrit la rumeur qui envahit les rues, les places,

La ville entière…

« Le Géant est arrivé, il est revenu »

Si le tableau lui plait,

S’il trouve qu’il est beau,

Alors, à son réveil, il posera sur la toile,

Son regard grave et bienveillant,

Et il racontera son histoire,

Une histoire à dormir assis, sur un container,

Une histoire de Géants…

Et on l’écoutera, bouche bée,

Avec nos cœurs d’enfants…

(Très librement inspiré de Prévert et de son portrait d’un oiseau)

Nefertiti, Berlin

C’est ainsi depuis petite, j’ai toujours préféré l’Histoire à la Géographie. S’il fallait choisir entre Néfertiti et Titicaca, j’optais sans hésitation pour le glamour d’une mystérieuse princesse orientale plutôt que pour la profondeur d’un lac…

L’Égypte, Terre de Pharaons, de dieux et de mythes, de Pyramides et de tombeaux royaux, civilisation aux connaissances étonnantes, au soleil magique et aux noms exotiques… Pays de rêve, pays rêvé, mais jamais vraiment espéré lorsque j’étais gamine, puisque que je n’avais alors, pour traverser l’enfance, qu’une frêle coquille qui naviguait à vue vers des avenirs lointains et incertains. Et L’Égypte, c’était encore plus loin, trop loin…

Me restait la Lune pour rêver, la même Lune qui entendait les mots tendres d’Akhenaton à sa Belle…

Et pourtant, un jour, sur mon chemin d’adulte, s’est ouvert un passage vers Alexandrie, où je résidais dix-huit mois. Le temps d’étancher ma soif du Nil, et de toucher le rêve du doigt. Je n’habitais pas les Pyramides, ne participais pas à des dîners pharaoniques, avec musiciens, danseuses et tutti quanti, non. Mon quotidien était autre et parfois difficile, mais la découverte fut extraordinaire et l’expérience intense.

En Égypte, c’est Histoire à tous les étages. La ville d’Alexandrie, avec son Phare, sa Bibliothèque, son Alexandre,…n’est pas en reste. Et, tandis qu’à l’Est du delta on peut découvrir Rosette, le village où fut découverte la pierre qui permit à Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes, à l’Ouest, c’est le sable d’El Alamein, théâtre de batailles pendant la seconde guerre mondiale, qu’on peut fouler au pied. Sur les berges du Nil, l’Histoire suinte, infiltre les pores grand ouverts, et éveille la curiosité.

Imprudente, je n’avais pas eu celle de vérifier où se trouvait le superbe buste de Néfertiti, célèbre dans le monde entier. Où pouvait-il être ailleurs qu’en Égypte ? Pour moi c’était une évidence. Eh bien non, il est à Berlin. Et, au moment de mon égyptomanie, Berlin était très très loin, puisque toujours partagé par un mur infâme, et soumis à des fonctionnements difficiles. Ça n’était pas envisageable, ça n’était donc pas envisagé. Tant pis pour le buste de Néfertiti… Je quittais donc cette terre des dieux avec ce grand regret, je pensais que je ne le verrais jamais.

Alors, dans ce Berlin d’aujourd’hui, réuni en d’autres couleurs, ma deuxième visite fut pour la Belle, au Neue Museum. L’impatience était forte, l’émotion fut intense, et le moment heureux. J’en avais rêvé, le temps a transformé le rêve en possible… Cette visite a ramené à ma mémoire des bouffées de ce temps passé sous le ciel de Râ, souvenirs heureux d’étonnants ailleurs qui prolongèrent le charme…

 

(Les photos étant interdites dans la salle où la Belle irradie, toutes les photos viennent de Wikipédia)

 

Nefertitini 1

 

Nefertiti 2

 

Nefertiti 3

 

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

Gertrud : ici,

East Side Gallery : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Anastasia, Musée Juif de Berlin : ici,

Poudre de Berl’impinpin :  ici,

Le Dôme du Reichstag : ici,

Ou Street Art in Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

 

Anastasia, Musée Juif de Berlin

C’est autour d’une borne interactive que je la rencontre. J’y suis arrivée juste avant elle. Elle semble impatiente de manipuler l’appareil, alors je lui propose de jouer ensemble. Elle acquiesce avec le sourire édenté d’une enfant de huit ou neuf ans et des petites lumières dans les yeux. En route pour le XIVe siècle, nous allons préparer les bagages d’une dame juive qui part en voyage. Nous devons sélectionner huit ‘objets’ parmi seize.

 

1 Le jeu

 

Anastasia a un débit de paroles tel celui d’une rivière bouillonnante à laquelle aucune incisive ne fait barrage. « Et mon petit frère… blablabla… », « Et ma grande sœur ceci…. », « Et à l’école cela…. », « Alors, hier nous avons…. ». Elle est rafraîchissante de vitalité dans ce lieu plutôt solennel, aux couleurs de béton silencieux.

 

Un lapin. Voilà sur quoi se porte son premier choix. Devant mon air surpris, elle m’affirme que, si elle avait un lapin, elle ne l’abandonnerait pas pendant les vacances et l’emmènerait donc en voyage avec elle…. Alors, un lapin … vu de sa hauteur, oui, évidemment…

 

Elle sélectionne ensuite le téléphone portable ! Tandis que je lui explique que, au XIVe siècle, les portables n’existaient pas, le basalte de ses yeux se teinte d’incrédulité.

 

Après concertation, discussion, et autre ratiocination, saupoudrées de rires en éclats, nous parvenons à boucler les valises de la Dame. Le temps a bien filé, la grande sœur d’Anastasia est venue la chercher. La libellule au teint de miel, aux cheveux noirs et aux yeux sombres, m’envoie quelques sourires en étoiles, et une brassées de mains agitées pour un au-revoir.

 

Si ce musée est empreint de gravité, sobriété, et mémoire, il est aussi porteur d’espoirs.

 

ANASTASIA 2Arbre à vœux pour un monde meilleur. Ça n’est pas difficile de le remplir….

Et l’on y rencontre des adultes, mais aussi des enfants, petites loupiottes d’aujourd’hui, mais adultes éclairés en devenir….

 

ANASTASIA 3

Musée Juif de Berlin, déambulation…

 

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

Gertrud : ici,

East Side Gallery : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Poudre de Berlimpinpin : ici,

voire Le Dôme du Reichstag :  ici,

Street Art in Berlin : ici,

ou Nefertiti, Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

Palette berlinoise

1 Traban

 

Il y a dans le ciel comme un air de bleu… Pas un nuage, pas un éclair, à peine un souffle d’air pour faire valser le turquoise et marine des robes légères… Et l’outremer s’étend langoureusement sur le sable d’une plage que Berlin s’invente. Bienvenue à Check Point Charlie Beach pour un dernier verre …

 

2 Palette

 

… Avant que le soir élégant dans son complet de safre et de smalt n’allume quelques loupiotes et lanternes, pour que la nuit soit belle quand sonneront les douze coups du bleu de Minuit…

 

3 Palette

 

En attendant, sur nos papilles, au palais de nos délices, framboises et groseilles, fruits rouges gros de soleil, auront mêlé leurs notes acidulées, sucrées, et fraiches en une divine symphonie. La ville se fait gourmande…

 

4 Palette

 

5 Palette

 

A l’Est, rien de nouveau puisqu’ici aussi le rouge est mis. Mais d’une toute autre manière, qui s’étale en briques et blocs sur les murs d’un hôtel de Ville d’architecture massive, rappelant la puissance d’un autre rouge, en un autre temps.

Et, à ses pieds, comme partout dans la capitale, les sous-sols suintent encore des larmes de sang, de tout le sang versé et des cœurs en miettes. Et la mémoire se murmure intarissablement, parce qu’il ne faut pas oublier…

 

6 Palette

 

Là-haut, au deuxième étage de la Terre, l’artiste œuvre sans relâche, il repeint la ville à sa manière. Le gazon se transforme en paille, les peaux se font ambre ou miel, et les cheveux blondissent. Invité vedette de ce milieu d’été, il rythme les pas, ralentit les cadences, fait plisser les yeux, voire… tourner les têtes. Le soleil… !

L’astre répand ses ors sans discernement, et rayonne jusqu’aux petites plaques de bronze des trottoirs de Kreuzberg. Petits pavés brillants au fond d’un océan d’inhumanité crasse, petites étoiles de mer fracassées dans les vagues barbares, et marquées du jaune de la honte…

 

7 Palette

 

… Honte, peur, trahison, cruauté, autant de sinistres ingrédients pour noircir encore l’encre sur les pages sombres de l’Histoire. Berlin, où l’horreur n’a trouvé de limites, hiérarchie de papier carbone pour ordres de barbarie multipliés, à l’infini… Au noir d’ivoire du ciel, les corbeaux de la peur, tournoyaient à leurs aises, ailes grand déployées… Ils étaient bien nourris…

 

8 Palette

(Mémorial de l’Holocauste, 2711 stèles de tailles différentes)

Chape de plomb sur la ville, rideau de fer pour mieux diviser, et le ciel vira au gris. Gris, comme les uniformes de la Stasi, et comme le béton, armé lui aussi, du mur de la séparation et de l’enfermement. Au cours de la sorgue, les bombes pulvérisaient le basalte du ciel, découchant des nuits blanches, accouchant de la mort. …

 

9 Palette

 

Et puis il y eut un autre matin, plus clair, comme un printemps en hiver. Le brouillard se dispersait en masses sombres, laissant la place à des nuages laiteux. Une crête d’Espoir avait apprivoisé le ciel devenu plus lumineux. Berlin fermait alors un livre, et ouvrait un nouveau cahier, plein de pages blanches à écrire…

 

10 Palette

 

11 Palette

 

L’aube de ce matin-là s’était teintée de rose… Puis le ciel repris ses couleurs, ses humeurs, reflétant celles du monde, de la vie, et des hommes aussi.

Mais du rose, Berlin en a gardé aux joues, et son cœur palpite d’une énergie nouvelle. Amoureuse de la vie, trépidante d’idées et d’idéaux, la Grande se refait une jeunesse…

 

12 Palette

 

… Au vert. Nichée dans un écrin émeraude de bois et de forêts, de parcs et jardins, la ville chatoie telle une pierre taillée, avec la Spree en filigrane…

 

 

Et puis, quand la belle opale a déployé tout l’éventail de ses couleurs d’un jour, le soir se glisse et l’étreint, et sur elle il se couche. Toujours elle se laisse faire. Alors, l’écho de son plaisir nocturne embrase les lanternes, lampions et feux de joie, et partout se reflète…

 

 

Ma palette incomplète, empreintes-couleurs de quelques jours, touches d’ombre et de lumière tracées par la mémoire des yeux. Berlin, ville sans fard mais pas sans caractère, sait hisser haut les couleurs et faire chavirer les cœurs…

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

Gertrud : ici,

East Side Gallery : ici,

Anastasia, Musée Juif de Berlin : ici,

Poudre de Berlimpinpin : ici,

voire Le Dôme du Reichstag :  ici,

Street Art in Berlin : ici,

ou Nefertiti, Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

East Side Gallery, Berlin

Bien sur, on aimerait qu’il y ait moins de monde. Bien sur on aimerait un autre bruit, ou un autre silence. Mais c’est ainsi. L’endroit est populaire, l’avenue large, et les touristes nombreux. Fermer les écoutilles, convoquer Nina Hagen dans ma tête, et faire abstraction de ce qui n’est pas la ville, la vie, le quartier.

Au pied du Pont de l’Oberbaum se déroulent 1300 mètres de mur, restes de la camisole de force qui contraignit une partie de la ville à l’enfermement et à l’isolement. Comme dans un asile psychiatrique où les déments auraient été le personnel, et non les aliénés… Edgar Poe aurait aimé.

1300 mètres sur lesquels des artistes ou des anonymes ont laissé des traces, des empreintes, des rêves ou des cauchemars. 1300 mètres de sentiments exprimés, d’émotions libérées, de mémoire et d’espoir. Des messages, des chiffres, des cris et aussi des soupirs de soulagement. La plus grande galerie à ciel ouvert, touchante, très.

 

 

Il est des lieux que l’on ne traverse pas indemne. Berlin en est un, en particulier dans les traces que l’Histoire y a laissées. Ce mur, que j’ai longtemps cru indémontable, rappelle que si certains espoirs ou rêves exprimé ici ne se sont pas réalisés – la colombe de la Paix s’épuise toujours à voleter ici et là, sans succès., d’autres ont été rendus possibles. Par les Hommes, par la volonté des Hommes, pour les Hommes, et le mur a fini par céder…

 

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

Gertrud : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Anastasia, Musée Juif de Berlin : ici,

Poudre de Berlimpinpin : ici,

voire Le Dôme du Reichstag :  ici,

Street Art in Berlin : ici,

ou Nefertiti, Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

Gertrud, Berlin.

Quand il se pencha pour embrasser affectueusement le front de sa mère, Anton vit un sourire éclairer son regard. Il en fut heureux, tant il était habitué à la tristesse bleutée qui habitait ses yeux, depuis ce maudit jour d’avril 1945 où son père avait péri sous les bombes. Alors, ses cheveux avaient pris la couleur de la cendre qu’était devenue sa vie de femme. La Mère, elle, était restée debout, digne, courageuse et affectueuse… mais triste. Malmenée par la vie, elle avait vieilli trop vite, et à 55 ans, Gertrud en paraissait dix de plus.

 

– Viendras-tu déjeuner avec moi demain ? Je pourrai faire tes boulettes préférées.

– Hmm, si tu me prends par les sentiments du ventre… ! Je viendrai, oui, avec plaisir. Et puis nous irons manger une pâtisserie si tu veux, ça te fera prendre l’air.

– J’aimerais bien, oui. Je n’ai pas peur quand je sors avec toi.

 

La guerre et les bombardements, et puis l’occupation du territoire, la division, le claquement des bottes, les cris et les pleurs, la peur…Trop de bruits avaient fait sursauter Gertrud, elle en était devenue craintive, et elle ne sortait guère que pour se ravitailler, toujours au plus près.

 

Anton, qui travaillait et vivait dans la zone américaine, venait voir sa mère aussi souvent que possible. Dans la chaleur accablante de ce samedi 12 août, il lui avait apporté des belles fraises, gorgées de sucre et de soleil, que son collègue lui avait données. Gertrud adorait les fraises, elle s’en régalerait.

 

1 Check Point

 

Il avait passé le check-point en espérant ne pas avoir affaire au gros porc alcoolisé qui l’avait pris en grippe et lui cherchait toujours des noises. Tous ces contrôles et ces contraintes, les difficultés régulièrement rencontrées, lui faisaient toujours craindre le pire, l’interdiction d’accès.

 

– Tu porteras ce petit pain chaud à Anna, en descendant ?

Anna, la jeune voisine du premier étage, s’entendait bien avec Gertrud, et toutes deux se rendaient mutuellement service. Jolie, du caractère, elle n’était pas insensible au charme d’Anton mais, bien qu’attiré lui aussi, il gardait ses distances. Enfant d’une Allemagne en dérive, la liberté comme utopie, le rêve accroché à la pointe des cils, il espérait le jour où l’horizon se dessinerait au-dessus des décombres, et où le mot ‘Avenir’ reprendrait tout son sens… Alors, peut-être, il se laisserait aller à aimer…

Gertrud aurait pourtant souhaité les voir se rapprocher, savoir qu’une autre femme aimait Anton, autrement, l’aurait rassurée. Alors elle multipliait les occasions de rencontres. Le petit pain chaud en était une de plus, il n’était pas dupe. Cela le fit sourire.

En partant, il la serra très fort contre lui, elle passa la main dans ses cheveux bruns, ‘Prends soin de toi, mon fils’.

Il déposa le petit pain comme convenu, discuta quelques minutes avec Anna, puis repris sa route vers le check-point.

 

*      *

*

Les boulettes ont refroidi dans l’assiette. Anton ne vint pas en ce dimanche 13 aout 1961. Anton ne vint plus.

Dans la nuit, un mur avait été érigé pour isoler radicalement la partie Est de l’Ouest de la ville, et mettre fin ainsi à la fuite des habitants. Cette nuit-là, Berlin fut encore mutilé.

Anton resta longtemps à proximité du barrage, espérant voir le visage de sa mère, espérant qu’elle aurait osé quitter sa maison et tenter de fuir, pendant que c’était encore possible, bien que très difficile. Espoirs vains, il s’en doutait, Gertrud n’oserait pas…

 

*      *

*

 

2 Brandebourg

 

Après la chute du mur, le 9 novembre 1989, Anton remonta le flux de migrants vers l’Ouest pour retourner à l’appartement de sa mère. Contre toute attente, la maison était toujours debout, mais, comme il le craignait, sa mère n’y était plus.

 

Gertrud

 

Il fit son enquête dans le voisinage, apprit ainsi que Gertrud était partie d’un hiver trop rude, trop froid, trop plein de solitude… Et qu’Anna était morte aussi. Au pied du mur. D’un désir trop plein de Liberté…

 

3 La Liberté ou la Vie

 

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

ou encore East Side Gallery : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Anastasia, Musée Juif de Berlin : ici,

Poudre de Berlimpinpin : ici,

voire Le Dôme du Reichstag :  ici,

Street Art in Berlin : ici,

ou Nefertiti, Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

Berlin, Prenzlauer Berg, en ombres et lumières …

Prenzlauer Berg, un dimanche « matin du coté de midi ». Amorcer la journée par un brunch en terrasse, déguster d’improbables raviolis à la choucroute, et s’en régaler, rêvasser, nez en l’air, tandis que le thé refroidit un peu…

 

1 Brunch Time

 

En face, dans le parc, une vieille tour. Un ancien château d’eau, en fait, devenu salle de torture aux heures noires du national-socialisme, avant d’être réaménagé en logements.

 

2 Chateau d'eau

 

C’est ainsi à Berlin. Quelles que soient les couleurs du jour, le gris et le noir surgissent toujours, sur un mur, une façade, un boulevard, une pancarte, une photo… Autant de fragments d’Histoire que l’on prend en pleine face.

 

Puis les couleurs se ravivent en morceaux de jardins urbains et de ‘plantations sauvages’, en graffitis et tags… et le soleil toujours….

 

3 Plantations en rébellion...

 

Sur le chemin, Pankow, le musée, la vie ‘d’avant’ à l’Est. Photos, objets, installations, outils de propagande à gogo… Et le temps se pose à nouveau sur une case noire de l’échiquier du jour.

 

4 On achève bien les chevaux...

 

A présent, les rues grouillent. Aucune brise ne vient troubler la chaleur intense de l’après midi. Les voitures klaxonnent, les métros grincent et sifflent en tranchant l’air épais et lourd.

Par les portes ouvertes des échoppes et magasins s’échappent des musiques, sans fil harmonique, en toute cacophonie.

Et, sur les trottoirs, se trament des rubans de passants qui vont ou viennent, comme autant de fils de couleur. Un lieu tout en contrastes.

Bientôt c’est l’entrée du Mauerpark. Dimanche c’est marché aux puces et karaoké géants. Et il y a foule. L’endroit est animé, bruyant, sent la saucisse et les frites, et plein d’autres odeurs encore. Il semble qu’une jeunesse berlinoise se donne rendez-vous là. Sur la scène du karaoké, des amateurs se lancent, encouragés par le public massé sur les gradins. L’ambiance est bon enfant, applaudissements et rires se mêlent, c’est chouette. Si j’osais, j’irais pousser la chansonnette, mais… je n’ose pas.

 

5 Karaoké géant

 

Retourner vers les puces, se frayer un chemin parmi les stands hétéroclites, et puis partir.

 

6 Urbanité lugubre

 

Descendre le boulevard, enfilade d’immeubles dégradés sur fond de trafic intense. Paysage sinistre, qui le devient encore davantage devant l’espace, soudain vide d’habitations, où s’étend le Mémorial du Mur de Berlin. Tronçons de mur encore intacts, double paroi de béton armé, chemin de ronde et mirador, armés là encore.

 

 

Et partout les traces. Ruines, plans, photos, articles, témoignages… Multitude de détails qui fragmentent l’Histoire en milliers d’autres histoires, personnelles, de séparation, de deuil, de vie et de mort…

 

Version 2

 

La guerre, toujours décidée par les ‘grands’, et subie par les ‘petits’… Ici, certaines victimes retrouvent leur place dans cette maudite Histoire.

 

Version 3

 

Et le béton pleure encore.

 

13 Larmes de béton

 

De nouveau, la journée perd ses couleurs, longer BernaeurStrass est une expérience dont on ne sort pas indemne.

 

 

14 BernaeurStrass

 

Plus tard, d’autres lumières éclaireront la soirée, l’air deviendra plus léger. Et l’on rentrera à l’hôtel avec, collées à la peau moite, toutes ces particules de journée, et les tripes chambouleversées de toutes ces émotions…

 

15 Rêver derrière le mur...

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Gertrud : ici,

ou encore East Side Gallery : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Anastasia, Musée Juif de Berlin : ici,

Poudre de Berlimpinpin : ici,

voire Le Dôme du Reichstag :  ici,

Street Art in Berlin : ici,

ou Nefertiti, Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

J’avais une idée de scénario

J’avais une idée de scénario, un péplum de Science-fiction, un truc improbable et loufoque, absurde et décalé

L’action serait située dans un futur très éloigné. Un pays du Continent Ancien aurait asservi ses droits de l’homme et totalement vendus ses sujets à d’insatiables financiers en bandes organisées.

Des méchants faisaient pousser des maladies, en semant des poisons dans l’atmosphère et dans l’aliment, sous forme de pesticides, d’engrais, et autre pollution joyeuse. Pendant ce temps, des labos pharmaceutiques cherchaient frénétiquement des remèdes pour soigner, ou pas, germes virus et autres perturbateurs de corps. Ces traitements coûtaient fort cher aux patients attendant patiemment leur tour dans les cliniques privées aux tarifs décomplexés. Et les crabes se propageaient, comme se propageait la misère.

Les banquiers devenaient banquistes, comme autant de banquises glaciales et frigides en dérive sur les flots et les flux financiers. Rivières de pots de vin et malversations finissant parfois en cascades après avoir heurté le rocher douteux d’une Affaire en initiale capitale. Quelle que soit l’importance de la pierre d’achoppement et des éclaboussures, les liquidités retombaient toujours dans les mêmes fonds couverts et opaques. Et partout des gueules de requins voraces prêtes à engloutir tout petit poisson épargnant à portée de conte et de dents.

Des puissances étrangères, pas vraiment altruistes, faisaient main mise, impair et passe, sur l’intérêt général des petits citoyens, au profit de capiteux capitaux qui faisaient leur nectar, les grisaient pour un soir, une cotation, une vie… Les richesses croupissaient et dégageaient d’abondants effluves nauséabonds, aux relents acides de pouvoir.

Bien sûr, il y aurait eu de l’action, des combats, des révoltes, le peuple serait descendu dans la rue, aurait manifesté contre l’oppression. Et l’oppresseur aurait sorti le rouleau compresseur de droits, d’espoir, d’avenir… Toutes les forces armées se seraient mises en branle et l’on aurait vu s’affronter des pères en uniformes, et des fils devenus des hommes. Ça aurait fait des scènes terribles, gaz lacrymogènes répandus sans gêne, et sans plaisir, et écrans de fumée…

Une déchéance courue d’avance, puisque le vers était dans le fruit. L’énorme lombric du pouvoir grossissait à vue d’œil, il devenait de plus en plus gourmand, s’arrogeant privilèges par ci, primes par là, au vu et au su de tous ou presque. Et la colère grondait… Une jeunesse se levait, digne et fière, et revendiquait son droit à vivre, à espérer, à croire et à penser, à rire et à aimer, en dehors des chaines et des baillons…

Dans les hauteurs, on faisait briller les ors et les velours pour tenter de masquer l’obscurité ambiante, et on faisait beaucoup de bruit pour étouffer les grondements de la rue, et pour cacher les murmures des accords secrets. Au plafond de l’état, seuls les lustres éclairaient, les esprits, eux, ne fournissaient plus d’étincelles belles et porteuses de solutions, de projets, de progrès, pour le pays. Ils n’avaient plus besoin d’utiliser leur capacité neuronale, d’autres le faisaient pour eux, qui dictaient les lois et les orientations. La philosophie était devenue une science désuète, voire un sujet de moquerie.

À défaut de penser, la tête s’amusait. Dans le vide d’idées hautes, les rires et les insultes résonnaient en éclat de voix, on s’invectivait, se tapait sur l’épaule, se faisait claquer l’élastique… pan à ma gauche, pan à ma droite, on se racontait ses Affaires, l’avancement des procès… Ou bien, si le déjeuner avait été trop copieux et / ou trop arrosé, on dormait sur son fauteuil, et les ronflements faisaient écho à l’incompétence de cette assemblée… Parce qu’elle ne savait pas faire grand chose, cette tête, et surtout pas de belles choses…

Ça aurait pu être un film ‘futuriste historique’. Le peuple, les pauvres, habillés de combinaisons en aluminium, type couvertures de survie. L’or, les pierres dures et précieuses, et les luxueuses soieries pour la monarchie, l’aristocratie, et le nouveau clergé aux confessions obscures. On aurait retrouvé la même pyramide que tentèrent de faire tomber quelques allumés avec des feux d’artifice. C’était un 14 juillet, c’était la Révolution, c’était il y a longtemps.

Avec le succès que l’on connaît…

Dans mon film, le peuple usé de tenir les ors et le velours à bouts de bras et au rouge bancaire, se serait vraiment uni pour redresser l’échine. Le haut de la pyramide en aurait ressenti une secousse de 1,5 sur l’échelle de riche-ter, et aurait continué à se gausser. Mais, sur la dernière scène, un détail, je ne sais pas encore quoi, aurait assombri leur tableau, quelque chose comme une menace. Et puis….

Et puis je me suis dit qu’il était nul mon scénar, qu’il n’avait rien d’original et qu’il avait peut-être même déjà été écrit, tourné, diffusé…. Un navet, une série B, de toute évidence. Sinon on en aurait entendu parler…

 

Si seulement …

 

Elle lui parle, il ne lui répond pas, il ne répond jamais. Elle est venue pour déjeuner là, pour être près de lui. Il ne mange pas, il n’a jamais faim.

 

Elle le regarde.

Occupé à son dernier tableau, il porte sa toile, semble l’embrasser, ses deux bras tendrement affairés autour d’elle. Une pointe de jalousie lui transperce le cœur. Il est si tendre avec son oeuvre.

Il est torse nu, il est beau. Le mouvement entrepris fait saillir les muscles sous sa peau, quelques grains de beauté constellent son épaule, il dégage une force, une puissance, que seule la fragilité de son regard dément. Son visage est de trois-quarts, légèrement incliné. Sa barbe en bataille, fils châtains parsemés d’argent, hérisse son menton. Son nez, fort mais bien droit, se découpe dans la lumière. Elle l’observe attentivement, et à chaque fois qu’elle le dévore des yeux ainsi, son cœur fait des soubresauts dans sa poitrine. Lui, il ne la regarde pas, il ne la regarde jamais.

 

Elle lui parle encore, lui raconte la ville, la mer où elle est née, et où elle aurait tant aimé qu’il l’accompagne, elle aurait adoré lui en faire sentir les embruns, le vent qui fouette le visage. Il en aurait apprécié le ciel, toujours changeant, toujours splendide, même dans le gris du temps. De cela, elle était certaine, les plus grands peintres s’en étaient régalés. Elle lui explique les petites choses de la vie qu’elle aurait tant souhaité faire avec lui. Les marchés en plein air, aux étalages couverts de légumes qu’ils auraient cuisinés à deux. Les terrasses de café, où il faisait bon traîner, les mains agitées de discussions sans fin. Les soirées entre amis, où l’on refaisait le monde, toujours mieux, toujours plus grand… Et elle lui murmure les mots tendres de l’amour qu’il aurait fait ensemble …. Si seulement … si seulement …

 

Elle pose à nouveau les yeux sur lui. La toile s’impose à son regard, pleine de couleurs vives, pleine de couleurs gaies, de mouvements et de fragments d’âme. C’est la vie même qui semble jaillir du cadre.

Alors, elle range la photo dans son sac, essuie machinalement les miettes de sandwich tombées sur la tombe de granit noir, avant de se relever.

 

Elle ne connaît de lui que cette photo montrée par sa sœur, amie de cet artiste qui s’est donné la mort quelques semaines auparavant. Au premier regard, elle était tombée amoureuse de l’homme et de son œuvre. Depuis, elle pleurait celui qu’elle n’avait pas connu, ou connu trop tard et pas de la meilleure façon . Elle pleurait leur amour, mort avant d’avoir vécu…

 

Si seulement il avait su …

Version 2

© 9 juin 2013/25 mars 2016

(Pour écouter le texte mis en voix, cliquez ici)