Pointe du Hourdel et Fragment d’Histoire

On dirait un projectile qu’aurait loupé sa cible, et se serait planté, là, à la vue de tous, dans le sable humide de la pointe du Hourdel.

Souvenir d’un cauchemar, trace encore fraiche de l’Histoire des hommes – fraiche au regard de l’Histoire de la Terre. Exhortation à ne pas oublier. Pas une menace, non, mais un avertissement. Ce qui fut pourra être à nouveau, puisque le cœur des hommes n’a pas pris la leçon, puisque les appétits n’ont pas diminué, puisque le pouvoir reste un met de choix, un met prisé, méprisable mais pourtant convoité.

Le ciel s’est troublé subitement ce jour-là sur les cotes de la Manche, et ce bloc de béton souillé d’un sang de fer rappelle qu’un jour le ciel, le temps, les heures, l’avenir… tout s’est troublé très vite et tout a noirci brutalement.

***

En face, sur un banc de sable, une colonie de phoques, ventres à l’air, moustaches au vent, jouissaient de la lumière de cette fin d’après midi, insensibles à la folie des hommes, insensibles et visiblement non concernés…

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Jumièges, a stairway to heaven

31 juillet 2018

Jumièges, histoire de sillonner les méandres de la Seine, d’en adopter les boucles, de prendre un grand bol d’air, et de contenter le regard.

J’avais engrangé en mémoire des pierres plus sombres, plus moussues, envahies par le lierre, dévorées par le vert, servies à la table de la végétation qui semblait se régaler des restes de cette abbaye. Si ma mémoire était relativement fiable, le temps et la belle volonté avaient œuvré pour redonner d’autres couleurs à la Belle.

Splendeur d’architecture que les révolutionnaires ne goutèrent guère, elle fit alors carrière en tant que carrière. Les pierres en furent démontées une à une, pour servir d’autres causes que les lois divines. Et les années, les siècles, aggravèrent les outrages, les édifices tombèrent en ruines…

Mais quelles ruines !!

C’est finalement en devenant athée que l’abbaye gagna le ciel. Il est partout, partout visible, où que se posent les yeux. Et il dessine avec grâce toutes les lignes des édifices, toutes leurs ouvertures. Dans la chaleur quasi caniculaire de ce jour de l’extrême juillet, il nous fit l’aumône de quelques coups de brise, et le don magnifique d’une flopée de nuages de formes et de couleurs diverses. Parfois la noirceur d’un cumulo-nimbus semblait menacer de tempête ou d’orage. Simple menace, le jour fut aussi sec que les jardins à la française devant la maison des abbés…

Il n’empêche…

Je me suis perdue en rêveries et en émerveillement au milieu de ces ruines… Oh, la belle journée…

 

Dimanche d’Avril

C’est comme ça, tu vois, c’est un dimanche d’avril, un dimanche qui dégage enfin  une odeur de printemps. Le sol attrape un petit peu de la chaleur du soleil, et le ciel arbore son plus beau bleu, avec juste, ça et là, un nuage de lait, en pointillés…

Et nous, on pointe le nez dehors, parce qu’on veut notre dose, tu vois ? On en veut un peu de ce printemps-là, aussi fugace soit-il. Ce qui est pris n’est plus à prendre, et partager ce plaisir-là ne le divisera pas.

C’est là, tu vois, c’est tout de suite et c’est maintenant. Faut apprécier, profiter, jouir de la beauté du moment, parce que déjà, sur la mer, les nuages s’accumulent en une masse gigantesque.

L’horizon a tenté de faire barrage un peu, histoire qu’on ait un peu de bon temps. Mais il est bien fragile, l’horizon, au regard des monstrueuses forces nuageuses. Ça obéit pas, un nuage, ça n’en fait qu’à sa tête. Et si ça veut percer, ça perce, et ça déverse, averse.

 

On prend les couleurs du jour en plein, l’émeraude des pelouses, les cabanes bayadères, et puis le bleu vert argenté de l’eau, et le gris clair de l’asphalte, et le foncé du ciel, et l’or clair du sable, et puis…

Et puis c’est beau…

Le ciel menace plus fort, il pose un ultimatum, tu rentres maintenant les pieds au sec, ou bien t’assumes les ruisseaux dans les chaussures…

Je rentre, j’ai écarquillé mes yeux assez pour y faire entrer ce morceau de printemps. Je reviendrai demain, et puis les jours d’après, et je construirai une saison. Entière. Belle. Et douce…

Il pleut…

Version 2

… Est ce que, après qu’une goutte de pluie a épousé le sol, elle se met à râler elle aussi parce qu’il pleut ?

Est-ce que, juste après avoir changé de condition, elle oublie d’où elle vient, elle oublie ses racines ?

Se met-elle à rejeter toute goutte qui menace son territoire ?

Quels destins pour les gouttes d’une pluie, d’une vie, d’une vie de pluie ?

Funeste, si le ciel n’est pas clément et fait grise mine. Parce que, après avoir brillé, scintillé en surface, la goutte sera absorbée dans les entrailles de la Terre, pour y être purifiée, de strate en strate. Si elle est exemplaire, si elle fédère et est source d’inspiration, elle refera surface, enfin propre ou presque, ailleurs. Dans un grand rassemblement, une rivière, un fleuve, pour un autre voyage…

Céleste, si elle noue une relation évaporée avec le soleil. 35 degrés suffisent, pas besoin de faire bouillir Dame Goutte pour la séduire sur un bitume chauffé. Deuxième vie assurée, en deux temps trois mouvements. Chute, évaporation, puis, plus long, recherche du bon cumulonimbus pour l’accueillir jusqu’à la prochaine pluie. Elle peut être exigeante, elle veut y être à l’aise, heureuse, comme sur un nuage.

On dit que l’eau que l’on boit aujourd’hui est la même que celle que buvaient les dinosaures, Monsieur Neandertal, Louis XVI et Madame Bovary (chasser l’intrus).

Il en est ainsi parce qu’elle a plusieurs vies.

En perdant la vie, les dinosaures, Monsieur Neandertal, Louis XVI et Madame Bovary ont aussi perdu la mémoire (l’intrus est toujours là). Ça va de pair, c’est pourquoi les vivants entretiennent la Mémoire de ce qui n’est plus.

Mais qu’en est-il des gouttes ?

Est-ce que les gouttes ont de la mémoire ?

Se souviennent-elles…

… De l’air de l’autre monde, celui d’avant les hommes ?

… Du moelleux de la peau de Miss Neandertal ?

… Du parfum de Marie-Antoinette ?

… Ou de l’écho des chûtes joyeuses au ciel de Normandie ?

Ou bien ont-elles préféré oublier…

… L’haleine fétide du Tyrannosaure au moment de se faire laper ?

… Le paillasson rugueux des cheveux de Neandertal Junior ?

…L’invasion de particules très particulières, certes, puisque royales, mais fort opaques et nombreuses, lorsque la Monarchie s’aventurait aux bains, semant ainsi le trouble ?

… Ou encore les larmes de Madame Bovary ?

On ne pourrait les en blâmer…

Mais cela ne répond pas à la question.

Je ne sais toujours ni si les gouttes peuvent souffrir d’un déni de pluie et d’un rejet d’autrui.

Ni si elles ont de la mémoire.

Et si elles n’ont pas de mémoire, ont-elles tout de même conscience d’avoir tant de vies ?

Croient-elles en la réincarnation de leur âme ?

Les gouttes ont-elles une âme ?

 

Il pleut.

Je me pose des questions.

Cela me préoccupe.

Je ne devrais pas peut-être….

Version 2

Ne pas bouder Boudin

Samedi 21 mai, Nuit des Musées, je m’en réjouis, c’est beau un musée la nuit…

Direction l’expo Boudin. ‘L’atelier de la lumière’. Il est 22h30, j’espère ne pas me faire refouler à l’entrée pour cause de ‘trop plein de visiteurs’.

Non. Non seulement j’entre facilement, mais je constate que le musée est quasi vide. C’est vraiment étonnant, c’est le lieu privilégié des ‘Nuits’, d’ordinaire, et c’est une très belle expo. Le contexte social actuel y est probablement pour quelque chose. Tant pis.

Tant mieux. Parce que, vraiment, c’est beau un musée la nuit… Et encore plus lorsque l’intimité s’installe avec les toiles, que le silence est choisi, et que l’âme peut s’envoler, vers ces cieux là, vers cette lumière là, dans ce bel atelier…

 

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Scène de plage à Trouville-sur Mer

 

Derrière les fines cloisons où les cadres s’animent on devine la mer, la digue, on sait la ligne d’horizon, et la lune l’éclaire…

Le musée ferme ses portes plus tôt que les autres années, je n’ai pas vu toute l’expo, mais ce que j’ai vu a enchanté ma soirée. Et puis j’y retourne la semaine prochaine, de jour, et dans un autre contexte. Je continuerai…

En sortant, j’ai eu la jolie et touchante surprise de recevoir le catalogue en cadeau, pour finir la visite à la maison, en attendant la semaine prochaine…

Dehors, les bassins, les lumières, l’eau, le ciel où la lune ronde teinte parfois d’orange orage les nuages qui la chatouillent. L’air est doux, le moment aussi…

C’est beau aussi, la mer, la nuit.

 

BOUDIN 1

Carte Postale…

CARTE POSTALE 1

 

Et le clocher, une étoile accrochée à sa pointe, se découpe sur la nuit qui hésite entre chien et loup.

Derrière, l’horizon rougeoie encore des braises sur lesquelles le soleil s’est couché.

Quelques zébrures nuageuses taquinent la pureté du ciel.

Sur les toits, au premier plan, un chat gourmand s’entiche de la lune en croissant, regard fixe énamouré…

Ma rue comme une carte postale, invitation à la contemplation et à la rêverie.

Et l’esprit s’échappe, peu pressé de rentrer.

Qu’importe la fraîcheur de l’air, le vagabondage n’a pas froid aux yeux, et il se joue des kilomètres, rien ne l’arrête…

Les pensées filent le temps, traversent les océans, relient les continents.

Et trottent dans ma tête ces mots, cette chanson …

Universe am I …

Donovan, ‘Universe Am I’

  

 

CARTE POSTALE 2

 

(Pour écouter le texte mis en voix, cliquez ici)

 

© 13 décembre 2013