Flamie, Princesse Myrtille, Marquise de Petits Pas

Cela fait maintenant un peu plus d’un an et demi que la Demoiselle a pris ces quartiers chez moi. Caractère bien trempé, machine à ronronner très fort, cet héritage au pelage tout doux, légué par mon Frère parti bien trop tôt, est une source permanente de surprises et de sourires. Si la cohabitation avec Monsieur Bingo n’est toujours pas simple, la Belle se sent de plus en plus à l’aise, et passe de nombreuses soirées couchée sur mon bureau, à coté de moi, voire à tchatter avec je ne sais qui, étendue sur mon clavier, actionnant les touches au petit bonheur la chance…

Jardin d’Automne

Il continue à flirter avec l’été, et invite les fleurs à s’épanouir encore, comme en hommage au soleil. Je ne sais quand il admettra l’automne, en attendant mon jardin joue l’été en prolongation…

Horloge Finale

1930

Il est deux heures et quart

Et nous sommes deux milliards

Éparpillés dans le monde,

Marchant dans les campagnes

Ou bien dans les fumées,

Issues des ateliers,

Des fabriques, des usines

Qui s’installent en ville.

Dans les galeries,

Ils ont le visage noirci,

De graisse et de suie

Les enfants qui vont au charbon

Et puis le ventre qui piaille

La faim qui les tenaille…

Sur les pavés, les pas

Du laitier, du facteur,

Les roues de la charrette

De la marchande des quat’ saisons,

Et les fers des chevaux…

 

1974

Il est quatre heures et quart

Et nous sommes quatre milliards

Sur les sols minés par les guerres

Et par une production à outrance

Un monde de soubresauts,

Du pétrole en crise,

Des œillets en révolution…

Lucy fait une apparition

L’histoire creuse la terre

En quête de racines,

Tandis qu’ailleurs on cherche

D’autres territoires à explorer,

Des frontières à repousser,

On a déjà marché sur la Lune

Alors …pourquoi pas Mars en juillet ?

La planète se réchauffe,

La pluie s’y fait rare

Bientôt la canicule

Et puis la sècheresse

 

2018

Il est huit heures et quart

Et nous sommes presque huit milliards

À tituber sur la terre,

À s’enivrer d’artifice,

Pour oublier le précipice

Vers lequel on se précipite

Les sols, l’air, l’eau, tout !

Tout est pollué, tout est fichu

On a dézingué mille espèces

De plantes et d’animaux…

Semé la mort à grande vitesse

Mais on persiste à faire semblant

Semblant que tout est éternel,

On a des casques sur les oreilles

La musique à fond les ballons,

On ignore les bruits de la terre,

Les grondements des volcans,

Les saccades des plaques tectoniques,

La fureur des eaux, et les morsures du soleil…

 

2055

Il est dix heures et quart

Et nous sommes dix milliards

À croupir, exsangues

Dans des eaux boueuses

Infestées de vermines,

Et à respirer à grand peine,

Dans des masques de fortune.

L’argent n’y a rien fait, non

Comme c’était à prévoir,

Et partout l’on peut voir

Des coffres qui débordent,

Éventrés par la foule

Et laissés grand ouverts,

De l’argent, pour quoi faire ?

La nourriture ne s’achète plus

Elle se vole, se pille, se prostitue…

Le luxe n’est plus dans ce qui brille

Le luxe, c’est la vie,

Le souffle de vie qui alimente le corps…

 

2084

Il est minuit moins dix,

Et nous ne sommes plus que dix

Dans le noir moite et lugubre

Dans nos lambeaux de chair

Les yeux exorbités,

La bouche fiévreuse

Le ventre en hurlement…

 

Il est minuit moins cinq

Et nous ne sommes plus rien…

 

Aujourd’hui et Hier

Aujourd’hui,

Ciel gris

Cordes liquides,

Douches froides

Il pleut des chats et des chiens,

Comme diraient nos voisins.

Aujourd’hui,

Chats couchés,

Pelotes soyeuses

Enroulées au fil des coussins,

Tête dans les pattes, bien cachée.

Le temps n’est pas à mouiller la vibrisse.

Aujourd’hui,

Moral en berne,

Muguet rouillé, Lilas mouillé

Se souvenir que l’été était dans le printemps d’hier,

Le prier de revenir,

Se rappeler à son bon souvenir,

Aujourd’hui,

J’invite en ma mémoire

Les rayons chauds récents,

Le sable sur mes pieds,

Et les reflets de la ville,

Inondée de soleil,

 

Aujourd’hui,

Je vais faire mine d’oublier la pluie…

Dimanche d’Avril

C’est comme ça, tu vois, c’est un dimanche d’avril, un dimanche qui dégage enfin  une odeur de printemps. Le sol attrape un petit peu de la chaleur du soleil, et le ciel arbore son plus beau bleu, avec juste, ça et là, un nuage de lait, en pointillés…

Et nous, on pointe le nez dehors, parce qu’on veut notre dose, tu vois ? On en veut un peu de ce printemps-là, aussi fugace soit-il. Ce qui est pris n’est plus à prendre, et partager ce plaisir-là ne le divisera pas.

C’est là, tu vois, c’est tout de suite et c’est maintenant. Faut apprécier, profiter, jouir de la beauté du moment, parce que déjà, sur la mer, les nuages s’accumulent en une masse gigantesque.

L’horizon a tenté de faire barrage un peu, histoire qu’on ait un peu de bon temps. Mais il est bien fragile, l’horizon, au regard des monstrueuses forces nuageuses. Ça obéit pas, un nuage, ça n’en fait qu’à sa tête. Et si ça veut percer, ça perce, et ça déverse, averse.

 

On prend les couleurs du jour en plein, l’émeraude des pelouses, les cabanes bayadères, et puis le bleu vert argenté de l’eau, et le gris clair de l’asphalte, et le foncé du ciel, et l’or clair du sable, et puis…

Et puis c’est beau…

Le ciel menace plus fort, il pose un ultimatum, tu rentres maintenant les pieds au sec, ou bien t’assumes les ruisseaux dans les chaussures…

Je rentre, j’ai écarquillé mes yeux assez pour y faire entrer ce morceau de printemps. Je reviendrai demain, et puis les jours d’après, et je construirai une saison. Entière. Belle. Et douce…

Omniboat stop

J’attendrai là, à l’arrêt,

Que le bateau passe me chercher.

J’achèterai un titre de transport,

Un billet pour le large,

Un aller-simple pour l’Horizon (ça c’est le nom de la station),

D’une durée illimitée,

Puisqu’elle se dérobe sans cesse, la station,

Et avec elle, recule l’Horizon,

J’adopterai le bruit des vagues, et me ferai bercer,

Ou bien chahuter par les flots,

Bousculer par les déferlantes, et je prendrai le ris,

Pour faire une révolution

Complète…

Alors je serai de retour

Dans 365 jours,

Un quart,

Si le bateau n’est pas en retard…

Saisons de plage

Au midi de la plage,

Ou un peu juste après,

Quand la lumière écrit

En bleu et en doré,

Sur le sable et sur l’eau…

 

À l’annonce du soir,

Ou juste un peu avant,

Les noirs se diagonalent,

En ombres sombres,

Et la ville dore

 

Avant que la nuit tombe,

Oui, juste un peu avant,

Les bleus se moirent,

La ville se mire,

Buildings en bracelet

 

Au minuit de mes songes,

Je rêve de printemps,

De prés verts et de coquelicots,

Alors je convoque les couleurs,

Et repeints toute la plage…

 

(4 variations pour une même photo, où j’ai imprimé ‘mes saisons’…)

D’autres travaux d’intérêt général…

C’était un atelier d’écriture, sur le thème ‘Les nouveaux travaux d’Hercule’. En cette période difficile, j’ai envie de le publier ici, parce que rêver d’un monde qui tourne bien, ça ne peut pas nuire… 

 » La Cour vous condamne à des travaux d’intérêt général dont la durée est indéterminée et fonction du temps nécessaire à l’obtention de résultats. »

C’est par cette phrase que s’achevait mon procès. Clémence de la cour, pas d’amende à payer, du temps à donner, et du temps, j’en avais. J’avais été arrêtée et mise en prison pour avoir, précisément, libéré de prison tous les oiseaux du parc zoologique. Tous s’étaient envolés, sauf les autruches évidemment. Si l’amour de la liberté donne des ailes, les autruches n’avaient apparemment pas le cœur sensible, elles ne décollèrent pas, tête dans le sable, tout occupées à se satisfaire du monde souterrain où elles avaient plongé leur bec.

***

J’étais entrée à l’atelier par un matin brumeux. La Dame qui m’accueillit, était belle, bien que marquée ici et là de cicatrices profondes. Une Dame sans âge, concentrée sur son ouvrage, je l’aidais, je faisais de mon mieux.

– ça ne tourne pas rond, non, toujours pas. Passe-moi une clé de 12 et une de 31, la clé de 24 aussi, on va tenter de ralentir la cadence, elle semble responsable de la mauvaise rotation.

Nous avons œuvré pendant un temps que je ne saurais évaluer, tant il était relatif à nos avancées, à nos doutes, à nos réussites, aux échecs rencontrés, à nos nouvelles tentatives …

Mais nous y sommes parvenues, nous avons réussi à desserrer les boulons du temps. C’était plus que nécessaire, tout allait trop vite, on ne maîtrisait plus rien, et surtout pas l’instant. Tout ce qui était neuf, nouveau, vieillissait à vue d’œil ; l’émotion et les sentiments n’avaient plus le temps de s’installer en profondeur ; la surface du globe était couverte d’une viscosité de miel ici, de fiel là… Nous en avons rétabli le PH, au plus près de celui de l’amour, fluidifiant ainsi l’ensemble qui pût, à nouveau, pénétrer les cœurs, jusqu’au cœur de la Terre.

Puis nous avons remis nombre d’humains à l’endroit, ils marchaient sur la tête. La plupart étant sur les sommets, on les repéra facilement, la chose ne fut pas compliquée. La rotation semblait se réguler, le travail était en bonne voie.

Ensuite, nous avons restauré la chaîne de solidarité, elle était cassée à de nombreux endroits. Notre émotion fut forte lorsque nous pûmes, enfin, réunir le maillon israélien et le maillon palestinien. Dans les canons syriens, nous avons planté en série des roses de Damas, leur parfum monta jusqu’à nous, jusqu’à provoquer l’ivresse et la liesse.

Enfin, répartir les couleurs, répartir le bleu et l’or, jusqu’alors concentrés aux mêmes endroits. De nos souffles légers et combinés, nous avons invité l’eau à se répandre pour mieux irriguer les terres et mieux nourrir les ventres, soigner les maladies aussi. Les richesses suivirent, richesses temporelles se mêlant aux richesses culturelles et spirituelles, il y en eut partout à proportions égales, l’équilibre s’installait.

S’élevèrent alors vers nous des millions de petites étoiles brillant au bord des yeux, le globe devint lumineux…

Et les cicatrices de Dame Nature semblèrent s’atténuer.

Un rêve, une utopie, mais je préfère largement cela à toute dystopie, même si, toujours dans le cadre d’ateliers d’écriture, la dystopie j’ai écrit aussi… A lire en cliquant ici, si vous le voulez… 

La tarte aux quetsches

Abaisser la pâte sablée, foncer un moule à tarte,

Piquer le fond avec une fourchette…

Karma police, arrest this man

He talks in maths …

Où es-tu ?

Que fais-tu ?

Que devient ta vie ?

Questions tartes piquées à la fourchette…

… He buzzes like a fridge

He’s like a detuned radio

… faire cuire à four chaud (180 °) pendant 10 minutes.

Puis laisser refroidir un peu. Pendant ce temps …

10 minutes 3 mois, 3 ans,

Fusion à 37 °, confusion,

Rupture, dérupture

Retrouvailles, l’inconnu sur le quai.

Karma police, arrest this girl

Her Hitler hairdo is …

… laver et dénoyauter les quetsches.

Les mettre dans un grand bol, et saupoudrer de sucre roux …

…Making me feel ill

And we have crashed her party

Nos mains, nos peaux, nos émotions,

Rien. Nada, néant… le gouffre s’élargit,

Et avec, la distance.

Le sucre de ta bouche s’est mêlé à l’amer.

This is what you get

This is what you get

This is what you get when you mess with us

… Mélanger les prunes avec le sucre pour bien les enrober.

Saupoudre le fond de tarte de semoule de blé fine …

Histoire en dérobance,

Dans le fond comme sur les bords,

Nous sommes prêts, tous les deux.

Il nous reste tant de vies à vivre.

Karma Police

I’ve given all I can

It’s not enough

… pour absorber le jus des fruits à la cuisson.

Déposer quelques noisettes de beurre mélangées …

I’ve given all I can

But we’re still on the payroll

L’heure n’est plus à nous séduire,

Mais à rire, de nous, de tout, de rien.

Et à une autre complicité,

D’autres histoires à raconter…

This is what you get

This is what you get

This is what you get when you mess with us

… avec du sucre sur la semoule, bien répartir…

Disposer harmonieusement les fruits, face plate au-dessus…

And for a minute there, I lost myself, I lost myself

And for a minute there, I lost myself, I lost myself

Il y eut un nouveau quai,

Deux directions, vers deux ailleurs,

Deux allers sans retours, et sans se retourner.

Un dernier signe de la main, et se quitter en paix.

For for a minute there, I lost myself, I lost myself

For for a minute there, I lost myself, I lost myself

Phew, for a minute there, I lost myself, I lost myself

… et faire cuire 20 à 25 minutes, thermostat 6.

Déguster tiède.

For for a minute there, I lost myself, I lost myself

For for a minute there, I lost myself, I lost myself

Phew, for a minute there, I lost myself, I lost myself

J’écoute Radiohead, in the kitchen,

Cœur souriant, esprit vagabond et léger,

J’aimerais que tu me manques,

Mais non. Simplement …

For for a minute there, I lost myself, I lost myself

For for a minute there, I lost myself, I lost myself

Phew, for a minute there, I lost myself, I lost myself

En faisant cette tarte aux quetsches,

Je me demande,

Ce que tu deviens …

Si tu vas bien, si tu es heureux…

Dis-moi.

Et si l’amitié est restée …

tarte-aux-quetsches

15 septembre 2013

 

Le piment dans tous ses états…

 

le-piment-dans-tous-ses-etats-1

C’était l’année dernière,

Un cadeau, un anniversaire.

Du rouge pour faire flamber la table,

Mais pas pour mettre le feu en bouche,

Ces piments ne sont pas à croquer…

le-piment-dans-tous-ses-etats-2

Ils ont fait la saison, bien exposés,

Puis l’automne les a flétris,

Et l’hiver les a tués…

Enfin… c’est ce qu’ils m’ont laissé croire.

Au printemps, ils se sont réveillés,

Et les feuilles ont poussé.

le-piment-dans-tous-ses-etats-4

C’est à nouveau l’été, une autre saison,

Et le piment s’affiche dans tous ses états,

Rose des fleurs, en boutons, écloses, ou fanées,

Vert des fruits à leur naissance,

Teinte aubergine de leur adolescence…

Puis, à nouveau, le rouge est mis !

le-piment-dans-tous-ses-etats-3