Ailleurs… Loin… Tout près…

Après La Bouille, ses chats noirs et ses eaux captivantes, la route du retour recelait d’autres surprises…

Sous la voute changeante, de nuages chargée, bleue mais pas que, les couleurs s’offraient sans réserve.

Vert des champs et des prés, brun de terre, jaune colza, s’exposaient dans une géométrie variable.

J’étais à seulement huit, sept, puis six… dizaines de kilomètres de chez moi, mais je ne reconnaissais rien, je posais un œil neuf sur tous les paysages que me révélait la journée.

Je redécouvrais tout, avec bonheur…

J’étais ailleurs, loin, et pourtant tout près…

 

De l’eau de La Bouille

Le ciel reflétait sur l’eau ses humeurs

Qu’il avait très changeantes,

Ici, un amas de nuages boudeurs

Engrisonnait le fleuve.

Là, les trompettes du vent

Avaient soufflé les cumulus tristes

Mais gardé quelques réserves,

Au cas où… la pluie.

Alors le bleu de ciel reprenait du terrain,

Et la Seine, du vert et de l’outremer.

Elle était haute, la Belle,

Et léchait les parapets.

Elle avait un air de mystère,

Une rondeur grondeuse,

Insondable et dangereuse.

Je ne peux passer sur ces rives,

Sans penser à Léopoldine Hugo

Et son malheureux naufrage.

 

Elle était belle la Seine, ce jour-là

Belle et cruelle un peu…

 

La Bouille, 8 mai 2019

Pointe du Hourdel et Fragment d’Histoire

On dirait un projectile qu’aurait loupé sa cible, et se serait planté, là, à la vue de tous, dans le sable humide de la pointe du Hourdel.

Souvenir d’un cauchemar, trace encore fraiche de l’Histoire des hommes – fraiche au regard de l’Histoire de la Terre. Exhortation à ne pas oublier. Pas une menace, non, mais un avertissement. Ce qui fut pourra être à nouveau, puisque le cœur des hommes n’a pas pris la leçon, puisque les appétits n’ont pas diminué, puisque le pouvoir reste un met de choix, un met prisé, méprisable mais pourtant convoité.

Le ciel s’est troublé subitement ce jour-là sur les cotes de la Manche, et ce bloc de béton souillé d’un sang de fer rappelle qu’un jour le ciel, le temps, les heures, l’avenir… tout s’est troublé très vite et tout a noirci brutalement.

***

En face, sur un banc de sable, une colonie de phoques, ventres à l’air, moustaches au vent, jouissaient de la lumière de cette fin d’après midi, insensibles à la folie des hommes, insensibles et visiblement non concernés…

En marchant…

Ce soir-là, il y avait des lueurs étranges. C’était comme si le soleil ne savait pas où se reposer, ici, ou là, ou bien comme si le ciel avait invité plusieurs soleils à la fois…

Les villes de bord de mer ont ces lumières particulières qui vous attrapent l’oeil et vous l’écarquillent, Dunkerque ne fait pas exception à la  règle…

Jumièges, a stairway to heaven

31 juillet 2018

Jumièges, histoire de sillonner les méandres de la Seine, d’en adopter les boucles, de prendre un grand bol d’air, et de contenter le regard.

J’avais engrangé en mémoire des pierres plus sombres, plus moussues, envahies par le lierre, dévorées par le vert, servies à la table de la végétation qui semblait se régaler des restes de cette abbaye. Si ma mémoire était relativement fiable, le temps et la belle volonté avaient œuvré pour redonner d’autres couleurs à la Belle.

Splendeur d’architecture que les révolutionnaires ne goutèrent guère, elle fit alors carrière en tant que carrière. Les pierres en furent démontées une à une, pour servir d’autres causes que les lois divines. Et les années, les siècles, aggravèrent les outrages, les édifices tombèrent en ruines…

Mais quelles ruines !!

C’est finalement en devenant athée que l’abbaye gagna le ciel. Il est partout, partout visible, où que se posent les yeux. Et il dessine avec grâce toutes les lignes des édifices, toutes leurs ouvertures. Dans la chaleur quasi caniculaire de ce jour de l’extrême juillet, il nous fit l’aumône de quelques coups de brise, et le don magnifique d’une flopée de nuages de formes et de couleurs diverses. Parfois la noirceur d’un cumulo-nimbus semblait menacer de tempête ou d’orage. Simple menace, le jour fut aussi sec que les jardins à la française devant la maison des abbés…

Il n’empêche…

Je me suis perdue en rêveries et en émerveillement au milieu de ces ruines… Oh, la belle journée…

 

Dimanche d’Avril

C’est comme ça, tu vois, c’est un dimanche d’avril, un dimanche qui dégage enfin  une odeur de printemps. Le sol attrape un petit peu de la chaleur du soleil, et le ciel arbore son plus beau bleu, avec juste, ça et là, un nuage de lait, en pointillés…

Et nous, on pointe le nez dehors, parce qu’on veut notre dose, tu vois ? On en veut un peu de ce printemps-là, aussi fugace soit-il. Ce qui est pris n’est plus à prendre, et partager ce plaisir-là ne le divisera pas.

C’est là, tu vois, c’est tout de suite et c’est maintenant. Faut apprécier, profiter, jouir de la beauté du moment, parce que déjà, sur la mer, les nuages s’accumulent en une masse gigantesque.

L’horizon a tenté de faire barrage un peu, histoire qu’on ait un peu de bon temps. Mais il est bien fragile, l’horizon, au regard des monstrueuses forces nuageuses. Ça obéit pas, un nuage, ça n’en fait qu’à sa tête. Et si ça veut percer, ça perce, et ça déverse, averse.

 

On prend les couleurs du jour en plein, l’émeraude des pelouses, les cabanes bayadères, et puis le bleu vert argenté de l’eau, et le gris clair de l’asphalte, et le foncé du ciel, et l’or clair du sable, et puis…

Et puis c’est beau…

Le ciel menace plus fort, il pose un ultimatum, tu rentres maintenant les pieds au sec, ou bien t’assumes les ruisseaux dans les chaussures…

Je rentre, j’ai écarquillé mes yeux assez pour y faire entrer ce morceau de printemps. Je reviendrai demain, et puis les jours d’après, et je construirai une saison. Entière. Belle. Et douce…