APicADay – D’autres ponts

Je veux aller sur d’autres ponts,

vers d’autres ailleurs,

passer sur d’autres rives,

traverser d’autres fleuves,

élargir mon horizon, mettre du bleu dans mes yeux

et du soleil sur ma peau,

m’envoler

un peu…

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Pont de Brotonne, à 60 km seulement de chez moi,

mais trop loin actuellement,

Et pourtant…

Le problème qui nous concerne tous – 1963

Exposition Norman Rockwell, Caen 21 septembre 2019

New York, Washington ou Caen, le choix était cornélien…!

Après avoir mis tout dans la balance, le pour de chaque ville, le contre aussi, notre choix s’est fixé sur Caen. Il y a, dans la rue Guillaume le Conquérant, un fromager hors pair que nous n’aurions trouvé dans aucune des villes américaines sus mentionnées. Et puis Rockwell à une heure de route de chez nous, quand même, ça se tente.

Quelques modules d’Art Américain partagés avec une amie très chère ne nous avaient que peu initiées à cet artiste, il était peut-être temps d’en savoir davantage. Et ce fut une belle découverte – ou redécouverte pour certaines œuvres.

Illustrateur bienveillant, féministe, humaniste, homme de cœur et d’humour, cette exposition fut un vrai moment de bonheur.

À Caen, au Mémorial, jusqu’au 27 Octobre 2019. Dépêchez-vous… !

Quelques vers… de terre

La première fois que j’en ai vu un, j’ai cru qu’il prenait juste un bain. Alors je l’ai observé évoluer, ver de terre rose dans l’écuelle grise des chats. Cependant, une petite voix dans ma tête se posait la question. Est-il venu là de son plein gré ou bien a-t-il fait une chute, un mauvais plongeon, une fausse route, emprunté une illusion de direction…? La sémantique avait la réponse à cette question. J’étais en présence d’un ver de terre, et non d’un ver d’eau. Et un ver de terre pouvait, peut-être, se noyer dans un verre d’eau.

Étant informée de l’utilité de la bestiole, de sa raréfaction aussi, ayant naturellement de l’empathie voire de la compassion pour les animaux, je passais outre ma répugnance pour les vers et décidais de laisser celui-ci retourner à la terre. Pour se faire, je renversai l’écuelle des chats au-dessus d’un parterre de fleurs. Du coup je fis d’une pierre deux coups, je rendais au ver sa liberté d’action, et j’arrosais les fleurs.

Depuis, j’ai procédé à d’autres sauvetages identiques.

Ce matin, la situation était quelque peu différente. Sieur ver n’était pas en perdition dans l’écuelle des chats, d’une contenance d’un demi-litre environ, mais dans un seau plein d’eau de pluie fraichement tombée de la veille. J’habite en Normandie. En Normandie on dit parfois que la pluie pleut ‘à seaux’. Alors moi je mets des seaux dehors pour la pluie de Normandie. Cela me permet de faire un stock d’une eau adaptée à l’arrosage des plantes. Ce matin donc, la question était : Dois-je sauver un ver imprudent et perdre une vingtaine de litres d’une bonne eau en la versant sur une terre déjà bien arrosée hier ? Ou puis-je rester indifférente à la souffrance possible d’un ver en milieu inhospitalier ? Que faire ? Pas question de tendre la main à l’animal qui n’aurait certainement pas su répondre à mon geste. Pas question de toucher la bestiole. Je me mets alors en quête de quelque chose pouvait servir d’intermédiaire entre le ver et moi. Je trouve vite une petite branche que je trempe dans le seau. J’essaie d’attraper le ver avec, mais bien sur il prend peur et se tortille ! Tandis que, après maintes tentatives, je l’avais remonté quasiment en haut du seau, le voilà qui prend la poudre d’escampette et s’éclipse vers les profondeurs à nouveau. Damned ! Je ne désarme pas et retourne à la pêche. Enfin j’arrive à sortir la bête, et je la pose sur le sol, aussi délicatement que possible, avant d’aller remettre la petite branche où je l’avais trouvée. Le ver qui était ‘rose pale décoloré’ dans le seau avait pris maintenant une teinte rubis, il était tout rétréci et ne bougeait plus. Moi je devais partir bosser et tout ceci me mettait passablement en retard dans mon programme matinal. Pas le temps de lui faire un massage cardiaque, incapable de faire un bouche à bouche, je laisse là mon ver en situation critique. J’ai avalé un petit déjeuner rapide, et avant de quitter ma maison j’ai jeté un dernier coup d’œil à l’endroit où j’avais déposé mon noyé. Il n’y était plus ! Je l’ai cherché un peu et l’ai retrouvé à quelques centimètres, il avançait assez vite, avait perdu sa couleur trop foncée et avait retrouvé sa taille normale. Je pense qu’il avait fait le mort parce que je lui avais fait peur. Il semble que les vers de terre soient de piètres nageurs mais de bons acteurs….

 

Ailleurs… Loin… Tout près…

Après La Bouille, ses chats noirs et ses eaux captivantes, la route du retour recelait d’autres surprises…

Sous la voute changeante, de nuages chargée, bleue mais pas que, les couleurs s’offraient sans réserve.

Vert des champs et des prés, brun de terre, jaune colza, s’exposaient dans une géométrie variable.

J’étais à seulement huit, sept, puis six… dizaines de kilomètres de chez moi, mais je ne reconnaissais rien, je posais un œil neuf sur tous les paysages que me révélait la journée.

Je redécouvrais tout, avec bonheur…

J’étais ailleurs, loin, et pourtant tout près…

 

Jumièges, a stairway to heaven

31 juillet 2018

Jumièges, histoire de sillonner les méandres de la Seine, d’en adopter les boucles, de prendre un grand bol d’air, et de contenter le regard.

J’avais engrangé en mémoire des pierres plus sombres, plus moussues, envahies par le lierre, dévorées par le vert, servies à la table de la végétation qui semblait se régaler des restes de cette abbaye. Si ma mémoire était relativement fiable, le temps et la belle volonté avaient œuvré pour redonner d’autres couleurs à la Belle.

Splendeur d’architecture que les révolutionnaires ne goutèrent guère, elle fit alors carrière en tant que carrière. Les pierres en furent démontées une à une, pour servir d’autres causes que les lois divines. Et les années, les siècles, aggravèrent les outrages, les édifices tombèrent en ruines…

Mais quelles ruines !!

C’est finalement en devenant athée que l’abbaye gagna le ciel. Il est partout, partout visible, où que se posent les yeux. Et il dessine avec grâce toutes les lignes des édifices, toutes leurs ouvertures. Dans la chaleur quasi caniculaire de ce jour de l’extrême juillet, il nous fit l’aumône de quelques coups de brise, et le don magnifique d’une flopée de nuages de formes et de couleurs diverses. Parfois la noirceur d’un cumulo-nimbus semblait menacer de tempête ou d’orage. Simple menace, le jour fut aussi sec que les jardins à la française devant la maison des abbés…

Il n’empêche…

Je me suis perdue en rêveries et en émerveillement au milieu de ces ruines… Oh, la belle journée…

 

Comme un Port d’attache, Didier Antoine

Naître dans un port, grandir dans un autre, ça amarre. Entre Brest et Le Havre, il en a vu des bateaux, des arrivées, des départs, des cargaisons qu’on charge ou décharge… L’artiste Didier Antoine joue avec les couleurs, se jouent des perspectives, comme la mouette joue avec le vent. Il est libre Didier, et ses œuvres le disent bien…

Bienvenue dans son port d’attache, dans un monde en couleurs…

 

Interview de Didier Antoine réalisée en février 2017, un joli moment partagé…

Vous pourrez retrouver Didier bientôt, avec d’autres œuvres, dans le musée Art and Caux, mon musée de pixels dont l’accueil se trouve

Un petit clic ICI vous permettra de découvrir d’autres œuvres de Didier Antoine à la Galerie Hamon.

 

Femmes du Métro, Charlotte Abécassis

Pour inaugurer ce musée de pixels, je vous invite à découvrir le travail de Charlotte Abécassis, dans une série toute en couleurs, délicatesse, et élégance : ‘Femmes du Métro’

 

Charlotte ABECASSIS, par Corinne Le Monnier

Née en 1962 au Havre,

Diplômée de l’École Supérieure des Arts Appliqués de Paris, elle a exposé en Allemagne, à Paris, à Cannes, au Salon d’Automne et créé le Cercle des Artistes Havrais.

Même si dans sa Peinture, elle tient le réel à distance, elle n’en puise pas moins ses émotions dans les lieux chers à son cœur : devenue Parisienne d’adoption, les bords de Seine où la lumière scintille, les berges où il fait bon flâner, le jardin du Luxembourg, terre de jeux de son enfance lui ont inspiré nombre de « promenades »… Mais c’est le Havre qui reste sa « terre promise » : les lumières, les couleurs et les formes à couper le souffle … À chaque séjour, le charme opère avec un autre vocabulaire : le Port et le chant des Sirènes, la mer qui ondule les jours de gros temps ou qui s’adoucit l’Été, l’Architecture aux contours aigus de cette terre Maritime qui respire en profondeur…

C’est la Musique qui guide ses pas et lui donne l’impulsion de la Couleur :

La Palette tantôt feu, tantôt poudre, s’épanche naturellement sur la surface toile ou papier, pour accompagner un sujet naissant… Le personnage reste au centre de ses préoccupations, recueilli souvent dans une nouvelle terre de la Sagesse, le rêve tapi au plus profond de lui-même. Dès lors se superposent des compositions empruntées au Japon ancestral, à la Perse mutique, à l’Orient céleste sous de discrètes harmonies nacrées ou feutrées dans une écriture qui lui est si particulière.

Charlotte dans son atelier :


Un petit clic ici vous permettra de découvrir d’autres œuvres de Charlotte Abécassis exposées à la Galerie Corinne Le Monnier

 

Et un petit clic vous emmènera sur la page du Musée Art and Caux

Bleus d’Étretat

Comme des géants de calcaire,

Elles veillent, les falaises.

Sur tout, et surtout l’horizon,

La ligne de démarcation

Entre le ciel et la mer,

Entre les bleus en écho,

Entre l’Éther et l’Eau.

 

Comme une coquille fragile,

Triangle de toile dressé,

Apprivoisé par la brise,

Le voilier glisse, humblement.

Mer d’huile et douceur de l’air,

Pour une rencontre pacifique,

Dans une Manche de l’Atlantique…

 

bleus-detretat-1

Il est des lieux et des paysages dont les sens ne se lassent pas. Parmi eux, Étretat.

Jean Valjean, la légende

Elles sont là, deux simples pierres blanches que la pluie, le vent, et le temps qui passe ont rendues presque muettes et anonymes.

Et pourtant, à travers les feuillages de ce cimetière romantique de l’Abbaye de Graville, au Havre, le vent fait courir une étrange légende. Appuyez-vous sur la balustrade, plongez vos yeux en contrebas, là où l’urbanité s’étend, et imaginez le château qui autrefois se dressait là. Fermez les yeux, ouvrez grand vos oreilles, et laissez la rumeur venir jusqu’à vous. Elle vous racontera que, sous l’une de ces deux pierres tombales, gît le corps d’un homme qui aurait inspiré le personnage de Jean Valjean, héros des ‘Misérables’, célèbre roman de Victor Hugo paru en 1862. Sous l’autre pierre, repose son épouse.

Jean Valjean, la légende

Plongez le regard avant de fermer les yeux et de vous laisser bercer par la légende…

Écoutez …

Les sabots des chevaux martèlent le pavé, la clameur de la ville, grouillante d’activité, monte. Nous sommes en 1831, Guillaume Joseph César Régault débarque au Havre. Il a 27 ans.

Son passé reste un mystère, mais l’homme est tourné vers l’avenir, un avenir qui lui sourit. Dans cette ville d’adoption, il gravit assez vite les échelons de la haute société. Entré au service de Nicolas Lefèvre, un riche négociant, il est très vite apprécié, et épouse bientôt une fille de la famille. Devenu homme de confiance de Nicolas, les deux hommes s’associent en 1838. Les affaires de Guillaume Régault sont donc prospères et, à la mort de Nicolas en 1842, c’est Guillaume qui gère la Maison Lefèvre. Une montée en puissance pour cet homme qui envisage même d’entrer en politique. Rien ne semble pouvoir arrêter son ascension.

Rien, ou presque.

Un jour malheureux de 1840 ou 1841, il est reconnu par un certain Vallée, tenancier d’un bar un peu louche du Quartier Saint François, quartier portuaire de la ville où vivent des négociants, dont Nicolas Lefèvre, et où les marins s’abîment entre deux verres. Vallée et Régault étaient compagnons de bagne, compagnons d’infortune. Était-ce à Rochefort, Brest ou Lorient, sur ce point la rumeur est muette. Mais tout à coup, le passé de Régault resurgit, un passé lourd et encombrant.

Commence alors un odieux chantage. Vallée menace de révéler ce volet sombre de l’histoire de Régault, et échange son silence contre de l’argent, de plus en plus d’argent. Le maître-chanteur devient si gourmand que Régault ne peut plus le satisfaire, sauf à mettre en péril ses affaires, pourtant florissantes.

Alors arrivent les lettres de dénonciation, à la famille, aux amis. Guillaume voit ses affaires, sa carrière, et sa réputation ruinées, et l’ancien bagnard se retrouve au ban de la ‘bonne société’ havraise. Son épouse meurt, écrasée sous le poids du chagrin. Une descente aux enfers pour Régault qui met fin à ses jours le 6 juillet 1848. Scandale et suicide – ce dernier condamné par l’Eglise, justifient probablement la modestie des sépultures et leur éloignement des autres tombes Lefèvre.

Jean Valjean, la légende2

Tombes de Monsieur et Madame Régault

Un ancien bagnard qui fait fortune, acquiert la respectabilité, et ses entrées dans la haute société, jusqu’à s’investir en politique, n’est-ce pas aussi l’histoire de Jean Valjean ? En observant les ‘points de contact’ entre Victor Hugo et Guillaume Régault, il paraît fort probable que l’histoire de ce dernier ait inspiré le grand écrivain. Il paraît en tout cas improbable qu’Hugo n’ait pas eu vent de cette affaire.

C’est la famille Lefèvre, belle-famille de Guillaume Régault, qui fut comme un ‘trait d’union’ entre ce dernier et les Hugo. En effet, les familles Hugo et Lefèvre sont liées à plus d’un titre. Par le mariage, tout d’abord, puisque Léopoldine Hugo a épousé Charles Vacquerie, le frère de Marie-Arsène Vacquerie devenue Madame Nicolas Lefèvre. Et Guillaume Régault était l’un des témoins de Charles Vacquerie à son mariage. Victor Hugo et Régault ont donc pu se rencontrer à cette occasion.

Par des liens d’amitié aussi, si l’on en croit les épitaphes écrites par le poète à la mémoire des fils jumeaux de Nicolas et Marie-Arsène Lefèvre, morts prématurément en 1839 et 1842. Liens renforcés lors du décès de Léopoldine Hugo–Vacquerie, noyée avec son mari dans la Seine en 1843. Victor Hugo était alors en voyage dans le sud de la France, il apprit la nouvelle par les journaux, six jours après le drame. C’est Madame Lefèvre qui s’occupa en partie des adieux à Léopoldine, relayant ainsi le père, l’ami, absent. Et enfin, parce que la confiance est sœur de l’amitié, et c’est ainsi que Victor Hugo confia à Ernest Lefèvre, fils aîné de Nicolas et Marie-Arsène, Président du Conseil Général de la Seine, et Député de Paris, la charge d’exécuteur testamentaire.

D’autre part, Adèle Fouchet, épouse de Victor dont il est séparé, a habité au Havre, et elle fréquentait la famille Régault. Hugo a fait quelques séjours dans cette ville normande, la rumeur dit que les Régault lui auraient offert l’hospitalité, et même que Guillaume Régault aurait vendu du vin à Victor Hugo.

Victor Hugo, Nicolas Lefèvre, Guillaume Régault, respectivement nés en 1802, 1801 et 1804, trois hommes d’une même génération, des destins qui se croisent à plusieurs reprises. Alors si la rumeur reste invérifiable et s’inscrit donc dans la légende, la probabilité de l’inspiration existe…

Les claquements des sabots de chevaux sur le pavé ont laissé place au bruit des klaxons et de la ville qui grouille à vos pieds. Avant d’ouvrir à nouveau les yeux, laissez le vent vous souffler, au travers du grand cèdre, une des épitaphes de Victor Hugo, précédemment citées :

« Il vivait, il jouait, riante créature

Que te sert d’avoir pris cet enfant, ô nature

N’as-tu pas les oiseaux peints de mille couleurs

Les astres, les grands bois, le ciel bleu, l’onde amère ?

Que te sert d’avoir pris cet enfant à sa mère

Et de l’avoir caché sous les touffes de fleurs ?

Pour cet enfant de plus, tu n’es pas plus peuplée

Tu n’es pas plus joyeuse, ô nature étoilée

Et le cœur de la mère en proie aux tristes soins

Ce cœur où toute joie engendre une torture

Cet abîme aussi grand que toi-même, ô nature

Est vide et désolé pour cet enfant de moins. »

V. Hugo

TOMBE PAUL LEON LEFEVRE

Sur la tombe de Paul Léon Lefèvre

 

Ainsi vous entendrez l’esprit de Victor Hugo flotter aujourd’hui encore sur ce cimetière qui abrite les tombes Lefèvre et Régault….

Et, lorsque vous quitterez ce lieu si romantique, laissez vos pas vous guider jusqu’à l’escalier Jean Valjean, la rue Fantine et l’impasse Cosette, à proximité immédiate de la rue de Bellefontaine, où au numéro 30 résidait la famille Régault …

Dans la rue Bellefontaine, l’escalier vous invite à monter jusqu’à l’impasse Cosette.

 

(Note : Régault ou Régnault, Guillaume voire William, l’équivalent anglais, César-Joseph, selon les documents l’orthographe des noms diffèrent, mais tous parlent du même homme. Problème de transcription ou volonté de déguiser quelque peu son identité ? à cette question, la rumeur n’a pas de réponse)