Gynter

La douzième marche grinça quand Dorde posa le pied dessus. Elle poursuivit l’ascension, se promettant, comme à chaque fois, d’essayer de soulager le bois pour qu’il ne crie plus et qu’il épouse le silence environnant.

Le regard se perdait à travers la succession de portes ouvertes, pour aller échouer sur le mur muet du fond, un horizon bouché, un horizon pour rien.

Tout était resté à l’identique, et pourtant tout avait changé…

***

« Je descends au village. As-tu besoin de quelque chose ? »

Dorde n’avait besoin de rien. Elle avait regardé Gynter descendre le chemin avant de s’enfoncer dans les bois, lui avait adressé un signe de la main et un sourire au moment où le vert sombre des futaies l’absorbait, puis était retournée à ses occupations. Dorde était heureuse, Gynter semblait l’être aussi. Ce jour-là, ils célébraient leur premier anniversaire de mariage. La jeune femme avait préparé des Frikadellers, ainsi que des gâteaux roulés à la cannelle, puis avait dressé une jolie table pour un déjeuner à deux, un déjeuner d’amoureux. Elle avait ensuite revêtu une robe noire agrémentée de dentelle et la coiffe traditionnelle brodée d’or héritée de sa mère. Quand elle revint à la fenêtre pour y guetter le retour de son homme, elle aperçut son reflet dans la vitre, et elle sourit à ce qu’elle vit. L’amour la rendait belle, l’amour accrochait à ses yeux des étoiles et à sa bouche des sourires.

Gynter ne tarderait plus maintenant…

La pendule égrena les heures sans qu’aucune ne marqua le retour de son bien-aimé. Les silhouettes des arbres s’allongeaient à mesure que la lumière déclinait. Dorde n’avait quitté son poste d’observation que pour entretenir le feu dans la grande cheminée, et se servir du café. Son inquiétude grandissait. Elle n’osait pas aller à la rencontre de Gynter parce que plusieurs chemins étaient possibles, et elle craignait qu’ils ne se croisent et ne se cherchent en vain. Elle avait fini par s’installer dans un fauteuil, une couverture sur les genoux, une corbeille avec un ouvrage de tapisserie à ses pieds. À vrai dire ce n’était qu’une toile encore vierge sur laquelle elle voulait broder l’arbre généalogique de l’enfant qui viendrait, celui qui n’était pas encore conçu mais naitrait de son ventre et de leurs amours. Commencer la tapisserie ce jour-là revêtait une valeur symbolique. Mais en l’absence de Gynter, elle ne parvint pas à broder quoi que ce soit… Et elle s’endormit dans un sommeil sans rêves.

Le matin tourna au cauchemar lorsqu’elle réalisa que son époux n’était pas rentré. Après avoir avalé un café brulant, elle s’habilla et s’équipa pour partir à sa recherche. Arrivée juste à l’orée du bois, elle tenta un appel sur le téléphone portable de Gynter, en vain. Leur maison était hors réseau, et il fallait trouver le point précis où leurs téléphones voulaient bien en capter un peu. Elle poursuivit sa descente à la lampe torche aussi vite qu’elle le pouvait, ses pieds trébuchaient parfois dans des racines ou roulaient sur des cailloux. Le village apparut enfin dans les premières lueurs du jour. Elle en fit le tour, personne n’avait vu Gynter la veille. Tous les hommes du village se mobilisèrent pour partir à sa recherche. Dorde fut invitée à rester au chaud chez une amie en attendant d’avoir des nouvelles, mais elle ne pouvait s’y résoudre. Elle aussi devait chercher Gynter.

Gynter ne rentra pas ce jour-là, pas plus que les suivants. Il avait disparu. Dorde passait ses journées et ses nuits à l’attendre, brodant inlassablement l’arbre généalogique qu’elle avait finalement entrepris, remplissant les médaillons ascendants, espérant pouvoir un jour remplir un médaillon descendant. Bien sur, la police avait été alertée et des recherches officielles entreprises. Bien sur, les villageois continuaient à chercher, à se préoccuper d’elle, à tenter de mettre du bleu sur son ciel… Dix, c’est le nombre d’hivers qu’elle avait passé dans l’attente, dix hivers et tout autant de printemps, d’étés, et d’automnes. Puis elle s’était autorisée à quitter la maison, à déménager pour se rapprocher de ses parents, pour prendre soin d’eux qui vieillissaient et perdaient de leur mobilité, prendre soin de la branche ascendante à défaut d’avoir pu veiller sur un enfant. Elle avait déménagé, vidé la maison ou presque, mais n’avait jamais pu se résoudre à la vendre. C’était le seul point de contact qu’elle avait encore avec Gynter, le seul endroit où il saurait la retrouver. Alors tous les ans, à l’occasion de l’anniversaire de leur mariage, Dorde revenait dans la vieille maison, et y passait quelques jours, quelques jours à attendre, quelques jours à espérer. Un lit, une table, un fauteuil, un vieux poêle et la cheminée suffisaient à son séjour, tout le reste avait été enlevé. Sauf le cadre avec leur photo de mariage, toujours posé sur la cheminée.

***

Dorde regardait les fissures qui couraient sur les murs, comme les rides couraient à présent sur son visage. La peinture s’écaillait et devenait flocons en se détachant des murs. Tout était comme avant, tout avait changé aussi. Elle cherchait la voix de Gynter, les yeux de Gynter, et puis son sourire, dans les replis de sa mémoire. Tout semblait s’effacer, sauf la douleur, sauf les questions, l’incompréhension. Soudain, son cœur fit un bond dans sa poitrine. Elle venait d’entendre la douzième marche grincer…

 

Ce texte s’inspire de ‘Still’, une exposition de photos de Trine Sondergaard, et les photos sont des photos de ses photos…

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Réflexions sur Sable et Sel, Etosha National Park

Le soleil se levait à peine lorsque j’ai arrêté le moteur de la voiture auprès du point d’eau. Là, à l’écart de toute civilisation, j’observe les animaux venus s’abreuver avant de se mettre au frais, autant que possible, pendant les heures chaudes de la journée. Etosha National Park, Namibie, environnement d’une belle étrangeté, de sable clair, de sel, et d’arbustes décharnés, un paysage lunaire parfois. Sur le gris cendre du sol, ma voiture blanche ne dénote pas trop.

J’observe, respire, souris, m’émerveille, et l’esprit s’envole parfois vers la Lune, ou bien s’enfonce dans les profondeurs de la terre, le lieu y invite. Dans les allers retours de mes pensées, l’animal et l’homme se croisent, et naissent des questions.

Au bord de l’eau, déploiement d’impalas et de koudous, de zèbres et de girafes, de chacals à dos noir et de phacochères. Et puis un rhinocéros, et nombre d’oiseaux, au plumage discret ou coloré, probablement une myriade d’insectes et quelques reptiles aussi. Pas de prédateur à portée de sens, l’atmosphère est calme, tranquille, il règne ici une forme de sérénité, habillée de bruits paisibles, éclairée d’une lumière blanche à force de réfléchir le sel du sol. Ici, chacun vit sa vie, avec l’Autre ou à coté de l’Autre, unis par un objectif commun, boire, donc vivre, et soudés de fait contre l’ennemi, puisque l’alerte des Uns alertera aussi les Autres.

Moments précieux, débarrassés de tout superflu, épurés de toute frivolité, moments de retour à l’essence et à l’essentiel, je prends mon temps, sereine. Et les heures passent, seconde après seconde.

Lorsque je reprends contact avec ma réalité plastique et métallique et sa clé de contact, je réalise que mon véhicule carapace est complètement entouré. Que pendant que je me perdais en vues frontales et latérales, je n’avais pas ménagé mes arrières, et de nombreux animaux s’étaient, à leur tour, approchés du point d’eau.

Après un moment de panique réflexe, je suis littéralement encerclée, je souris à la vue des truffes, groins, et becs qui paissent, broutent, fouinent, bequettent, en s’ébrouant de ci de là. Je réalise que je ne suis pas envisagée comme une menace, et que, malgré mon allure étrange, toute de ferraille vêtue, et mes odeurs bizarres, malgré mes différences, je suis intégrée.

Dans la beauté nue de ce paysage, dans la tranquillité du moment, toute peur apaisée, le plaisir est intense.

Il faut repartir, se frayer un chemin. Je remets le moteur en marche, doucement, et patiente. Petit à petit les animaux s’écartent, sans heurt, et je peux reprendre ma route. Alors je me surprends à rêver que nous sommes nous aussi, les humains, capables de cela, d’accepter les différences, d’intégrer leur existence, et s’en enrichir. Vivre ensemble, les uns avec les autres ou seulement cote à cote. Que la mémoire revienne, que l’on se rappelle que nous sommes des maillons et, de ce fait, unis.

Se souvenir que « je suis parce que nous sommes ».

Et ne pas oublier d’aimer…

 

(nouvelle parue sous le titre ‘Bienveillance animale’, dans un recueil intitulé ‘Je suis parce que nous sommes’)

Let’s pretend

On f’rait mine…

Que j’serais une princesse,

Je m’appellerais Dolores,

J’habiterais dans le donjon

D’un château de sable,

Un château en Espagne.

À mes pieds, des milliers,

De Princes Charmants, de soupirants,

Non visibles sur mes selfishs

Postés sur instagram, snapchat et twitter

Parce que mon smartphone

N’a pas de fonction ‘grand angle’

Mais crois-moi, oui, quand je te dis

Ma vie en tchat, derrière l’écran

Ma vie de rêve et mes licornes…

Tout est réel, j’t’assure.

Let’s pretend…

On f’rait mine…

Que j’serais immensément riche,

J’aurais, dans les poches, plein d’artiche,

Pour faire du shopping de luxe

Et mes fringues, ah non, sans façon,

Ne seraient pas des contrefaçons

Achetées sur le marché de Barbès

Ou dans le souk de Marrakech.

Ce s’rait du vrai, pas du fake

Et le DG sur ma ceinture

Ne s’rait pas pour Dingo et Gaga

Mais bien pour Dolce et Gabbana

Ma valise serait une Vuitton

Même si c’est une valise en carton,

Et l’gros lézard sur mon polo,

Pleurerait pas des larmes de croco

Let’s pretend…

On f’rait mine,

Que j’serais Johnny, Eddy ou Cloclo,

Que quand tu retiens la nuit,

Alexandra, Alexandrie,

Tes yeux sont couleur menthe à l’eau.

J’ai adopté tes sapes, ton look, tes paillettes,

Mes cheveux sont coiffés comme les tiens

J’ai mis de ta voix dans ma voix

Je bouge comme toi,

Je fais tes mimiques.

Et je milite sans limite

Pour le droit à l’imitation

Peut-être qu’un jour,

Je f’rais mieux que toi

Et si l’élève dépasse le maître,

Est-ce que l’élève devient un traitre ?

Let’s pretend…

 

Allez, stop, on ne fait plus mine,

D’être ce que l’on n’est pas,

Être soi, c’est déjà ça,

C’est déjà énorme même.

Prenons la vie sans les filtres,

Sans chichi ni tralala,

Sans fard ni falbala

Ouvrons nos yeux sur le monde,

Tel qu’il est à l’origine,

Sans luxe, sans leurres, sans marques,

Et on y trouvera notre place,

Pour s’en faire un nid,

Et y vivre heureux,

Essayons au moins, allez chiche ?!

Être toi moi nous, simplement,

Apprendre à s’aimer ainsi

Let’s not pretend any more…

 

Wisconsin

Bien sur, c’est difficile de tourner la page. Bien sur on s’est attachés, on a quand même passé pas mal de temps ensemble. Trente, trente-cinq ans ? Cinq ou six jours ?

Bill, c’est un petit bonhomme plein de rêve et d’imagination, amoureux de la nature et de ses créatures, le cœur bon, l’âme belle. Bill, écrasé sous la poigne alcoolique et mauvaise d’un être qui a oublié d’être humain. Bill, dont le miroir reflète une mère soumise, faible, et folle en devenir, une femme lettrée, qui accroche ses mots aux branches des arbres, ou les verse dans la rivière claire. Claire, c’est aussi son nom.

Jimmy. Jimmy le grand frère, protecteur, fier, qui veut en découdre pour prendre de la distance, s’auréoler de gloire, et ainsi souligner la couardise de son père.

Le Vietnam où les rêves sont réduits en cendre, et Jimmy s’effondre sous les tirs ennemis ou, pire, devient flamme dans le napalm. Mais il gagne sa liberté, celle de revenir hanter les terres qui lui sont chères, sa campagne du Wisconsin. Et de venir habiter chaque arbre, chaque cerf, chacun des êtres qu’il a aimés. Si John, le père abusif, semble peu affecté de ne plus revoir son fils, il en va différemment pour son petit frère, sa mère, ainsi que Rosemary et Ernie, deux voisins qui se sont pris d’affection pour les deux enfants, et ont toujours tenté de recoudre leurs ailes quand les grands les flétrissaient.

Wisconsin (The Turtle Warrior pour le titre original) est un roman qui sent le cèdre et l’eau vive, la tortue et la mousse, la nature dans ce qu’elle a de plus rude, mais aussi de plus beau. C’est une belle histoire de reconstruction, une décision prise de vivre, vivre ensemble, encore, et de s’aimer toujours…

Alors ça a été dur, oui, de tourner la dernière page…

(Roman de Mary Relindes Ellis, sorti en 2004, 438 pages dans l’édition 10/18, collection domaine étranger)

Quiz littéraire : Des Livres et Des Couleurs

En d’autres temps et d’autres lieux, j’ai élaboré quelques quiz que je publierai ponctuellement sur ces pages.

Ici un quiz sur le thème de la couleur en littérature…

J’espère que vous passerez un agréable moment, n’hésitez pas à indiquer vos résultats ou vos remarques en commentaire…

1 « La bicyclette bleue », de Régine Desforge, s’inspire d’un roman américain très célèbre. Il s’agit de :

A « Autant en emporte le vent »

B « Des souris et des hommes »

C « L’amant de Lady Chatterley »

 

2 Complétez le titre de ce roman de Gaston Leroux.

« Le mystère de la chambre —- «

A Verte

B Rouge

C Jaune

 

3 Michel Pastoureau a entrepris l’écriture d’une série d’ouvrages « Histoire d’une couleur ». Quelle fut la première couleur proposée aux lecteurs :

A Noir

B Bleu

C Vert

 

4 Où et quand se situe l’action du roman « Une saison blanche et sèche », de Nadine Gordimer ?

A Aux Etats-Unis, pendant la guerre de Sécession

B En Afrique du Sud, sous le régime de l’Apartheid

C En Inde pendant la décolonisation

 

5 « La ligne verte », raconte l’histoire d’un condamné à mort doté d’extraordinaires pouvoirs de guérisseur. Il a été écrit en 1996 par :

A Stephen King

B Mary Higgins Clark

C Dan Brown

 

6 De quelle couleur sont les âmes dans le magnifique roman de Philippe Claudel, paru en 2003 ?

A Bleues

B Roses

C Grises

 

7 Le film « La couleur pourpre » de Steven Spielberg, est l’adaptation de l’œuvre d’Alice Walker. S’agit-il, à l’origine :

A D’une pièce de théâtre ?

B D’un roman épistolaire ?

C D’une bande-dessinée ?

 

8 Qui devaient porter « La lettre écarlate », du roman de Nathaniel Hawthorne ?

A Les Catholiques

B Les étrangers

C Les femmes adultères

 

9 Le titre du roman de Tom Clancy, « Octobre Rouge », paru en 1984, fait référence à un équipement de l’armée soviétique. S’agit-il :

A D’un avion

B D’un porte-avion

C D’un sous-marin

 

10 L’histoire de « Un taxi mauve » se déroule en Irlande. Ce roman a été écrit par :

A Michel Houellebecq

B Michel Déon

C Michel Tournier

 

 

Quiz Des Livres et Des Couleurs : Réponses

1 « La bicyclette bleue », de Régine Desforge, s’inspire d’un roman américain très célèbre. Il s’agit de :

A « Autant en emporte le vent »

Vrai : Régine Desforge fut accusée de plagiat pour cet ouvrage.

B « Des souris et des hommes »

Faux : Ce roman de John Steinbeck n’a pas été l’inspirateur de Desforge.

C « L’amant de Lady Chatterley »

Faux : Ce roman est de D. H. Lawrence qui est un auteur anglais, pas américain.

 

2 Complétez le titre de ce roman de Gaston Leroux.

« Le mystère de la chambre —- «

A Verte

Faux : Additionnée à une autre couleur, la couleur recherchée

donne du vert.

B Rouge

Faux : La couleur recherchée est moins flamboyante.

C Jaune

Vrai : « Le mystère de la chambre jaune » est un roman

Policier publié en volume en 1908, dont les éléments

surréalistes et poétiques ont fait l’admiration de Jean Cocteau.

Ce dernier en signa la préface.

 

3 Michel Pastoureau a entrepris l’écriture d’une série d’ouvrages « Histoire d’une couleur ». Quelle fut la première couleur proposée aux lecteurs :

A Noir

Faux : C’est le deuxième ouvrage de la série, publié en 2008.

B Bleu

Vrai : Publié en 2002, cet ouvrage aborde différents aspects de cette couleur, son utilisation, sa symbolique etc.

C Vert

Faux : C’est le dernier ouvrage en date de la série, il a été publié en 2013.

 

4 Où et quand se situe l’action du roman « Une saison blanche et sèche », de Nadine Gordimer ?

A Aux Etats-Unis, pendant la guerre de Sécession

Faux : Plus tard, et sur l’autre hémisphère

B En Afrique du Sud, sous le régime de l’Apartheid

Vrai : Nadine Gordimer, Prix Nobel de Littérature en 1991, combattit l’Apartheid à travers plusieurs romans, entre autres actions.

C En Inde pendant la décolonisation

Faux : Gandhi n’est pas un héros de ce roman

 

5 « La ligne verte », raconte l’histoire d’un condamné à mort doté d’extraordinaires pouvoirs de guérisseur. Il a été écrit en 1996 par :

A Stephen King

Vrai : Ce roman fit l’objet d’une adaptation cinématographique par Frank Darabont en 1999

B Mary Higgins Clark

Faux : Mary Higgins Clark écrit des romans policiers.

C Dan Brown

Faux : Dan Brown n’avait rien publié encore en 1996

 

6 De quelle couleur sont les âmes dans le magnifique roman de Philippe Claudel, paru en 2003 ?

A Bleues

Faux : Les bleus de l’âme n’ont pas teinté celles-ci.

B Roses

Faux : Elles ne voient pas la vie de cette couleur.

C Grises

Vrai : « Les âmes grises », de Philippe Claudel est un superbe roman situé en 1917, dans un petit village de l’Est de la France. Il fut adapté au cinéma en 2007 par Yves Angelo.

 

7 Le film « La couleur pourpre » de Steven Spielberg, est l’adaptation de l’œuvre d’Alice Walker. S’agit-il, à l’origine :

A D’une pièce de théâtre ?

Faux : Pas de didascalies dans l’œuvre

B D’un roman épistolaire ?

Vrai : C’est un mélange de journal intime et de lettres.

C D’une bande-dessinée ?

Faux : Pas de bulles dans l’œuvre originale.

 

8 Qui devaient porter « La lettre écarlate », du roman de Nathaniel Hawthorne ?

A Les Catholiques

Faux : Si le Catholicisme n’est pas la religion dominante aux U.S.A. elle n’a jamais obligé ses croyants à se distinguer ainsi.

B Les étrangers

Faux : En dehors des Amérindiens, tous les autres habitants des U.S.A. sont d’origine étrangère, ce pays s’étant construit par la colonisation et l’immigration.

C Les femmes adultères

Vrai : Les femmes accusées d’adultère devaient coudre ce A de couleur écarlate sur leurs vêtements, afin d’être identifiées et mises au ban.

 

9 Le titre du roman de Tom Clancy, « Octobre Rouge », paru en 1984, fait référence à un équipement de l’armée soviétique. S’agit-il :

A D’un avion

Faux : La mer est un élément qui convient mieux à l’Octobre rouge

B D’un porte-avion

Faux : l’Octobre rouge préfère les profondeurs.

C D’un sous-marin

Vrai : Une histoire de mutinerie pour ce sous-marin, fleuron de la marine russe à son époque.

 

10 L’histoire de « Un taxi mauve » se déroule en Irlande. Ce roman a été écrit par :

A Michel Houellebecq

Faux : Houellebecq était encore un inconnu quand ‘Un taxi mauve’ a été publié.

B Michel Déon

Vrai : Paru en 1973 ce roman obtint le Grand Prix du roman de l’Académie Française. Une histoire de sentiments, de rencontres, qui emmène les lecteurs en balade, de la campagne irlandaise à ses pubs.

C Michel Tournier

Faux : Tournier est célèbre pour son ‘Vendredi et les limbes du Pacifique, entre autres, une histoire d’île mais ça n’est pas la bonne.

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(Je ne dispose pas ici d’un module ‘quiz’, j’ai donc adapté la présentation ‘au mieux’. Tout est perfectible, alors n’hésitez pas à laisser un commentaire si vous avez des suggestions, ou à indiquer votre score… ! )

Autres quiz sur le blog (cliquez sur le lien) :

Quiz Shakespeare

Quiz Victor Hugo

Quiz Littérature

Mon petit e.business

Ça y est, c’est décidé, je me lance moi aussi dans le commerce en ligne. Puisque sur la toile tout s’achète et tout se vend, et que j’ai besoin d’arrondir mes fins de mois, de moi, je crois que j’ai trouvé ma voie.

J’ai fait une bonne étude de marché et découvert un créneau, un filon à exploiter. Et j’ai conçu un concept, je vais vendre du cœur. Pas du Q, pas du sexe, non, ça n’aurait rien de novateur, mais du cœur, du e.coeur, voire geekcoeur, pour les gens qui en manquent,  ceux qui ont des haut-le-coeur,  qui ont mal au coeur, voire qui se sont lancés dans une aventure à coeur perdu et ne l’ont jamais retrouvé.

Vous trouverez donc ici une sélection d’organes ‘spécial web’, téléchargeables après acquittement de la facture, tarifs et bons de commande sur demande.

 

Cœur ardoise effaçable :

Format 20 X 30 ou 30 X 40 cm, pratique pour les amours crack-crack, de celles qui durent quelques minutes, effaçable à sec pour amours sans préliminaires quand le temps manque.

Fourni avec un marqueur noir référence ‘j’ai tout oublié’.

Lot de trois marqueurs de couleur en option.

Attention : difficilement transportable à cause de ses dimensions, à garder à l’écart des vêtements, il y a risques de salir les apparences et de nuire à l’apparat.

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Cœurs post-it :

Petit format, s’emmènent partout, disponibles en carnets de 50 ou 100 selon les besoins, particulièrement adaptés aux amours d’un soir ou d’une heure. Légers, en papier de bonne qualité, ils peuvent se repositionner plusieurs fois mais la durée de l’adhésion reste limitée.

Disponibles en trois coloris =

– cœur marron sur fond vert pour les amoureux de leur propre nature, les egologistes, référence ‘Que je m’aime’

– cœur noir sur fond rose pour les amours classiques, références ‘Que je baise’

– cœur rouge sur fond orange pour les overdynamiques, les cardiotoniques, référence ‘Vite je nique’.

En option : l’inscription ‘je t’aime’ en lettres romantiques ou gothiques.

Attention : ils ne sont pas waterproof, ne résistent pas plus aux larmes salées qu’à l’eau de mer, bien choisir son / sa partenaire. Légers, ils ne résistent pas non plus au vent du temps qui passe, ni au vent du changement.

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Cœurs magnétiques :

Plus résistants, ils sont repositionnables à l’infini pourvu que leur support soit bien dur et métallique. Particulièrement adaptés aux aventures multiples en simultané, on le pose, le décolle, le repositionne, sans altérer sa surface ni son adhésion.

Disponibles en différentes couleurs et différentes tailles =

– Grand cœur d’or, pour une générosité affichée sans trop d’engagements, référence ‘Je promets’ (grand succès dans les G20 entre autres)

– Grand cœur d’argent, pour une surface brillante et réfléchissante, référence ‘C’est beau ça brille’

– Petit cœur rouge, pour un amour passion, pas long et discret, référence ‘JE T’AIME’.

Autres coloris disponibles sur nuancier, taille adaptée à la demande, devis détaillé.

Possibilité de motif « cœur » : de pierre, d’artichaut, du problème. Un délai supplémentaire est à prévoir pour cette confection sur mesure.

Attention ! La base est piquante et les bords coupants, prendre des précautions au cours de la manipulation. De plus, par leur magnétisme ils peuvent s’amalgamer les uns sur les autres, risques d’embrouilles possibles.

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Cœur Bisounours :

 

Le plus gros de tous, pourtant très léger, tout est dans le volume rempli de creux, eux-mêmes remplis d’air. Particulièrement adapté aux amours Bisounours, celles qui ne durent que le temps d’un épisode et s’inscrivent dans une série. Par sa taille il impressionne, épate, et séduit.

Disponible en une seule taille, et un seul coloris, le rose, couleur ‘Planète Bisounours’. Référence «Quand je ne pense qu’à toi, je ne pense qu’à moi’.

Attention ! Penser à changer l’air de temps en temps, sous peine d’odeurs pestilentielles d’amour en putréfaction.

 

 

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Voici donc les produits disponibles, mais si vous en voulez encoeur, le catalogue s’étoffera ….

Amour en Requiem

On s’est aimé tellement si fort,

Qu’on s’en est fait mal au cœur,

Au corps, à l’âme,

Et sont venues les larmes,

Les armes de mots ou de silence,

Les silences de mort.

On a pris l’amour à bras le corps,

On s’est frotté, fritté, très fort,

Ont jailli les étincelles,

On aurait aimé la flamme,

Seulement la flamme,

Mais on a eu le brasier,

On n’a trop rien maîtrisé,

On s’est cramé les ailes, n’est-ce pas ?

Comment de cet amour si fort,

Est né un champ de ruines ?

Le mystère demeure…

On s’est cogné les différences,

Et plutôt qu’elles nous augmentent,

Elles ont fait une soustraction,

L’amour moins la compassion,

Moins l’empathie aussi…

On a multiplié les heurts,

Menant à la division.

Je ne rêvais que d’étoiles,

J’ai vu trente-six chandelles,

Le goût du sang dans la bouche,

Mais plus assez dans les veines,

Trop de pression dans la tête,

La tension en ambulance,

Le chagrin en perfusion.

Quel que soit notre rhésus,

Il faut se faire une raison,

Notre amour est atteint d’incompatibilité.

Une maladie mortelle,

Et je veille à son chevet,

Espérant que sur sa tombe,

Fleurissent les fleurs du pardon,

De l’oubli et de l’espérance,

Et peut-être un jour aussi

Murissent les fruits d’amitié…

(Pour écouter l’enregistrement du texte, cliquez ici)

(Rubrique ‘Sous la contrainte’ : Atelier d’écriture ) 

Incompréhension Masculine

C’est un lieu commun chez les hommes que de dire qu’ils ne comprennent pas les femmes. Ça n’a pas la saveur d’un aveu de faiblesse neuronale, non, c’est plutôt comme une conclusion qui s’impose : les femmes sont incompréhensibles. C’est un combat vieux comme le monde, les hommes ont toujours essayé sans jamais y parvenir. Des mammouths, des bisons, des terres saintes, des feuilles d’impôts et des traversées d’autoroutes, ça ils peuvent gérer, ils l’ont déjà fait, vainqueurs sur plusieurs générations. Mais la femme est leur Graal, le trésor de l’île aux pirates dont ils n’ont ni la carte ni le code.

De récentes études menées par moi-même sur un échantillon non représentatif de la gente masculine m’ont permis de soulever quelques questions issues de ma longue et minutieuse observation. Les réponses à ces questions tendraient à disculper les hommes, souvent accusés, peut-être à tort, d’être de mauvaise volonté. Si vous pensiez que les seules différences physiques entre les hommes et les femmes étaient liées à la couleur de la layette qui enveloppe leur nudité dès leur venue au monde, et à la longueur des cheveux, vous vous trompiez.

Il semblerait que l’homme qui, depuis Icare et en dépit de Newton, rêve de voler et de passer le mur du son, ait subi une mutation génétique qui l’a cuirassé contre les effets secondaires nocifs. L’expérience a démontré que la même information envoyée à une femme et à un homme ne générait pas du tout le même temps de réaction. Une réplique de l’expérience, sous X et rayons X, a montré que les mots véhiculant l’information se heurtaient, chez l’homme, à une sorte de ‘bouclier’, invisible mais bien réel. Cette protection a pour effet de ralentir la vitesse du son. Du coup, vous aviez envisagé Mach 1 et votre message est livré à la vitesse de la tortue.

À ce stade, les conséquences sont déjà conséquentes.

– Les mots se déforment parfois en se heurtant sur l’arme implacable. En s’entrechoquant, les lettres se transforment, s’emboîtent les unes dans les autres, se télescopent, s’emmêlent, s’écrasent … et les mots font de même.

Ainsi naissent nombre de malentendus : le rendez-vous, c’est à 9 ou à 19 h ? Sa sœur s’appelle Lou ou Chou ? Elle a dit ‘pour que tu me plaises’ ou ‘pour que tu me baises’ ? …

– Certains mots ne passent absolument pas le bouclier. J’ai testé ‘m’aider’, ‘vaisselle’, ‘repassage’, ‘à l’heure’, ‘j’ai mal’, rien n’a traversé, les mots me sont revenus, certains quand même bien amochés, tout pleins de fautes d’orthographe.

Autre différence majeure : l’intérieur du système auditif. Si, à l’œil nu et à l’exception du Prince Charles, les hommes et les femmes se distinguent peu sur le plan de l’oreille, il n’en est pas de même en ce qui concerne le conduit interne et les différents éléments qui forment le système. Le conduit masculin a des facultés assez peu banales de distorsion, tension, torsion, rétrécissement…. Ainsi une fois l’information parvenue, déformée et tronquée, de l’autre coté du bouclier, elle est confrontée à un circuit toujours différent. Parfois le conduit est en rétrécissement et en tension, l’info entre dans une oreille et ressort par l’autre aussitôt. Parfois le conduit est complètement détendu, distendu, tordu, plein de nœuds, et l’info doit faire des km avant de parvenir au cerveau, si elle y parvient, et dans l’état où elle y parvient. Du coup le pain attendu le mardi arrive le mercredi, le rendez-vous à prendre cette année le sera l’an prochain, et le ‘attention au stop’ devient un accident.

Autant d’élasticité ne peut s’obtenir sans être contrebalancée par une faiblesse en termes d’étanchéité. On le sait aujourd’hui, le conduit auditif masculin est comme le cerveau du même genre, pas étanche. Une cause de plus de perte d’informations donc de compréhension.

Voilà où j’en suis à ce stade de mes expériences. Il faut que cesse enfin cette discrimination, gratuite et sans fond, à l’égard des hommes et de leur prétendue ‘mauvaise volonté’. C’est pas ça, c’est juste génétique ! Enfin … je crois.

J’espère, Messieurs, que vous ne m’en voudrez pas, souvenez vous que ‘qui aime bien, châtie bien’, et je vous aime bien … quand même !

 

Ecrit en janvier 2012, j’apprends aujourd’hui que cette infâme insulte au genre masculin a été mise en scène dans un théâtre de Lorraine la saison dernière. Et que cela se diffuse m’amuse, alors je diffuse aussi… 

Écris-moi 6mots (2)

Des 6mots qui se moquent du style, de ses figures, et s’amusent des sens…

Occis mort pléonasme mais pas oxymore ok

Palindrome un mot dénué de sens ok.

Néologisme barbarisme flirtant avec le dictionnaire ok

* Un palindrome est un mot, ou une phrase, qui se lit dans les deux sens, comme ‘elle’, ‘Eve’, ‘rêver’, « élu par cette crapule » …)`

* Un barbarisme est une forme d’un mot qui n’existe pas et est donc jugée ‘fautive’ (comme ‘Bravitude’). Un néologisme est un mot nouveau. Certains barbarismes deviennent des néologismes en faisant leur entrée dans le dictionnaire).

* Un oxymore est une figure de style qui associe deux mots d’apparence contraire, par exemple une ‘nuit blanche’. Un pléonasme est la répétition de deux mots de sens identique, ‘occis’ et ‘mort’ veulent tous deux dire la même chose.

 

 

Pour en savoir plus sur les 6Mots, rendez-vous ici !

J’avais une idée de scénario

J’avais une idée de scénario, un péplum de Science-fiction, un truc improbable et loufoque, absurde et décalé

L’action serait située dans un futur très éloigné. Un pays du Continent Ancien aurait asservi ses droits de l’homme et totalement vendus ses sujets à d’insatiables financiers en bandes organisées.

Des méchants faisaient pousser des maladies, en semant des poisons dans l’atmosphère et dans l’aliment, sous forme de pesticides, d’engrais, et autre pollution joyeuse. Pendant ce temps, des labos pharmaceutiques cherchaient frénétiquement des remèdes pour soigner, ou pas, germes virus et autres perturbateurs de corps. Ces traitements coûtaient fort cher aux patients attendant patiemment leur tour dans les cliniques privées aux tarifs décomplexés. Et les crabes se propageaient, comme se propageait la misère.

Les banquiers devenaient banquistes, comme autant de banquises glaciales et frigides en dérive sur les flots et les flux financiers. Rivières de pots de vin et malversations finissant parfois en cascades après avoir heurté le rocher douteux d’une Affaire en initiale capitale. Quelle que soit l’importance de la pierre d’achoppement et des éclaboussures, les liquidités retombaient toujours dans les mêmes fonds couverts et opaques. Et partout des gueules de requins voraces prêtes à engloutir tout petit poisson épargnant à portée de conte et de dents.

Des puissances étrangères, pas vraiment altruistes, faisaient main mise, impair et passe, sur l’intérêt général des petits citoyens, au profit de capiteux capitaux qui faisaient leur nectar, les grisaient pour un soir, une cotation, une vie… Les richesses croupissaient et dégageaient d’abondants effluves nauséabonds, aux relents acides de pouvoir.

Bien sûr, il y aurait eu de l’action, des combats, des révoltes, le peuple serait descendu dans la rue, aurait manifesté contre l’oppression. Et l’oppresseur aurait sorti le rouleau compresseur de droits, d’espoir, d’avenir… Toutes les forces armées se seraient mises en branle et l’on aurait vu s’affronter des pères en uniformes, et des fils devenus des hommes. Ça aurait fait des scènes terribles, gaz lacrymogènes répandus sans gêne, et sans plaisir, et écrans de fumée…

Une déchéance courue d’avance, puisque le vers était dans le fruit. L’énorme lombric du pouvoir grossissait à vue d’œil, il devenait de plus en plus gourmand, s’arrogeant privilèges par ci, primes par là, au vu et au su de tous ou presque. Et la colère grondait… Une jeunesse se levait, digne et fière, et revendiquait son droit à vivre, à espérer, à croire et à penser, à rire et à aimer, en dehors des chaines et des baillons…

Dans les hauteurs, on faisait briller les ors et les velours pour tenter de masquer l’obscurité ambiante, et on faisait beaucoup de bruit pour étouffer les grondements de la rue, et pour cacher les murmures des accords secrets. Au plafond de l’état, seuls les lustres éclairaient, les esprits, eux, ne fournissaient plus d’étincelles belles et porteuses de solutions, de projets, de progrès, pour le pays. Ils n’avaient plus besoin d’utiliser leur capacité neuronale, d’autres le faisaient pour eux, qui dictaient les lois et les orientations. La philosophie était devenue une science désuète, voire un sujet de moquerie.

À défaut de penser, la tête s’amusait. Dans le vide d’idées hautes, les rires et les insultes résonnaient en éclat de voix, on s’invectivait, se tapait sur l’épaule, se faisait claquer l’élastique… pan à ma gauche, pan à ma droite, on se racontait ses Affaires, l’avancement des procès… Ou bien, si le déjeuner avait été trop copieux et / ou trop arrosé, on dormait sur son fauteuil, et les ronflements faisaient écho à l’incompétence de cette assemblée… Parce qu’elle ne savait pas faire grand chose, cette tête, et surtout pas de belles choses…

Ça aurait pu être un film ‘futuriste historique’. Le peuple, les pauvres, habillés de combinaisons en aluminium, type couvertures de survie. L’or, les pierres dures et précieuses, et les luxueuses soieries pour la monarchie, l’aristocratie, et le nouveau clergé aux confessions obscures. On aurait retrouvé la même pyramide que tentèrent de faire tomber quelques allumés avec des feux d’artifice. C’était un 14 juillet, c’était la Révolution, c’était il y a longtemps.

Avec le succès que l’on connaît…

Dans mon film, le peuple usé de tenir les ors et le velours à bouts de bras et au rouge bancaire, se serait vraiment uni pour redresser l’échine. Le haut de la pyramide en aurait ressenti une secousse de 1,5 sur l’échelle de riche-ter, et aurait continué à se gausser. Mais, sur la dernière scène, un détail, je ne sais pas encore quoi, aurait assombri leur tableau, quelque chose comme une menace. Et puis….

Et puis je me suis dit qu’il était nul mon scénar, qu’il n’avait rien d’original et qu’il avait peut-être même déjà été écrit, tourné, diffusé…. Un navet, une série B, de toute évidence. Sinon on en aurait entendu parler…

 

Si seulement …

 

Elle lui parle, il ne lui répond pas, il ne répond jamais. Elle est venue pour déjeuner là, pour être près de lui. Il ne mange pas, il n’a jamais faim.

 

Elle le regarde.

Occupé à son dernier tableau, il porte sa toile, semble l’embrasser, ses deux bras tendrement affairés autour d’elle. Une pointe de jalousie lui transperce le cœur. Il est si tendre avec son oeuvre.

Il est torse nu, il est beau. Le mouvement entrepris fait saillir les muscles sous sa peau, quelques grains de beauté constellent son épaule, il dégage une force, une puissance, que seule la fragilité de son regard dément. Son visage est de trois-quarts, légèrement incliné. Sa barbe en bataille, fils châtains parsemés d’argent, hérisse son menton. Son nez, fort mais bien droit, se découpe dans la lumière. Elle l’observe attentivement, et à chaque fois qu’elle le dévore des yeux ainsi, son cœur fait des soubresauts dans sa poitrine. Lui, il ne la regarde pas, il ne la regarde jamais.

 

Elle lui parle encore, lui raconte la ville, la mer où elle est née, et où elle aurait tant aimé qu’il l’accompagne, elle aurait adoré lui en faire sentir les embruns, le vent qui fouette le visage. Il en aurait apprécié le ciel, toujours changeant, toujours splendide, même dans le gris du temps. De cela, elle était certaine, les plus grands peintres s’en étaient régalés. Elle lui explique les petites choses de la vie qu’elle aurait tant souhaité faire avec lui. Les marchés en plein air, aux étalages couverts de légumes qu’ils auraient cuisinés à deux. Les terrasses de café, où il faisait bon traîner, les mains agitées de discussions sans fin. Les soirées entre amis, où l’on refaisait le monde, toujours mieux, toujours plus grand… Et elle lui murmure les mots tendres de l’amour qu’il aurait fait ensemble …. Si seulement … si seulement …

 

Elle pose à nouveau les yeux sur lui. La toile s’impose à son regard, pleine de couleurs vives, pleine de couleurs gaies, de mouvements et de fragments d’âme. C’est la vie même qui semble jaillir du cadre.

Alors, elle range la photo dans son sac, essuie machinalement les miettes de sandwich tombées sur la tombe de granit noir, avant de se relever.

 

Elle ne connaît de lui que cette photo montrée par sa sœur, amie de cet artiste qui s’est donné la mort quelques semaines auparavant. Au premier regard, elle était tombée amoureuse de l’homme et de son œuvre. Depuis, elle pleurait celui qu’elle n’avait pas connu, ou connu trop tard et pas de la meilleure façon . Elle pleurait leur amour, mort avant d’avoir vécu…

 

Si seulement il avait su …

Version 2

© 9 juin 2013/25 mars 2016

(Pour écouter le texte mis en voix, cliquez ici)

Recyclage…

Il arrive, dans la vie, que l’on tombe sur un os.

C’est ainsi que, après le repas, au moment de vider les reliefs de mon assiette dans la poubelle, je me trouve confrontée à un problème de taille, sans point commun avec la taille de la poubelle ou mon tour à moi. Non, c’est bien plus grave que ça.

 

Il y a un os.

Là, dans mon assiette. Et je ne sais qu’en faire.

Je mange très peu de viande, et quasiment jamais de viande avec os. Je suis donc bien démunie devant mes quatre poubelles. Où mettre cet importun ?

 

La poubelle ‘déchets courants’ ? C’est celle du dernier recours et je n’y recourre que si, après réflexion, je n’ai rien trouvé de plus adéquat. Au fil du temps et des déchets, on sait, on fait presque machinalement, la poubelle nous tend le couvercle. Mais là, vraiment, cela demande réflexion.

 

Bac à compost

 

Campée devant le bac à compost, j’hésite. Les os sont-ils biodégradables ? Puis-je transformer l’animal en végétal ? Il me semble que non, sinon les catacombes auraient fermé leurs portes, les autres ossuaires aussi. Et les chiens de mes parents n’en auraient pas planqué autant dans le jardin. Les chiens, c’est pas bête, s’il y avait un risque de voir les os se décomposer, ils les cacheraient ailleurs, les mettraient au grenier.

 

Caisse à verre

La caisse à verre ? Le point commun entre l’os et le verre est que tous les deux cassent. Mais, quand ça casse, ça laisse des traces. L’os de mon assiette n’a ni plâtre, ni atèle, ni stigmate de fracture visible à l’œil nu. J’ouvre un placard de la cuisine, en sors la balance ménagère, le mixer, le batteur, le presse-agrume et le presse-purée, l’appareil à raclette, celui à tartiflette, la crêpière, le gaufrier, la cafetière électrique et la cafetière à piston. J’atteins enfin le microscope caché tout au fond. Un examen approfondi de l’os me permet d’affirmer qu’il n’a ni fracture, ni fêlure. Donc, la caisse à verre n’est pas adaptée.

 

Poubelle à recyclage

 

Le bac à recyclage ? Je vérifie la liste de ce qui se recycle. J’y trouve le mot ‘plastique’. Mon os n’est pas en plastique, mais il paraît que si l’on trempe un os dans du vinaigre assez longtemps, il se ramollit et devient caoutchouteux. Voilà une piste intéressante. Si je transforme mon os en os en os en caoutchouc, en tirant un peu sur l’élastique sémantique, je pourrais peut-être me débarrasser de ce déchet bien encombrant en le jetant avec les plastiques. L’assiette plate étant peu adaptée à l’expérience, je sors un récipient propre et mets l’os dedans. Je réalise alors qu’il me faudrait au moins un litre de vinaigre pour que la totalité trempe. Un litre, une bouteille à recycler, l’enjeu ne vaut pas le vinaigre, ça n’est pas écologique. Exit le bac à recyclage.

Poubelle à déchets courants

 

 

Alors je reviens à la poubelle pour déchets courants, presque sure que c’est le meilleur endroit possible. Presque. Parce qu’il me reste tout de même des doutes. Un os, c’est du vivant mort, et dans ‘vivant mort’ il y a ‘vivant’, au passé, certes, mais quelle qu’en soit la conjugaison, le vivant, ça se respecte. Je ne peux me résoudre à laisser cet os qui, somme toute, ne m’avait nullement manqué de respect, côtoyer les pots à yaourt, les mégots de cigarettes et le papier d’emballage de la viande après décès mais avant cuisson. Non.

 

Le problème est cornélien, et moi je n’ai pas de chien. Un chien pourtant aurait bien fait l’affaire. Je n’ai qu’un chat, et il ne mange pas d’os.

 

Je suis désespérée, je ne sais plus quoi faire.

Et soudain mon esprit allume la lumière. Maintenant je sais.

 

Équipée d’une pelle et d’une pioche, je m’en vais creuser mon jardin, à la lampe torche. Je vais y enterrer mon os.

 

Voilà, c’est fait.

Avec une pince à linge en bois, je fabrique une croix, comme lorsque j’étais enfant et que j’enterrais oiseaux et coccinelles. Avec un stylo à pointe fine et encre indélébile, j’inscris : ‘Ci gît Saturnin, cuisse de canard malchanceux. Repose en paix’. Sur la petite tombe, je dépose une bougie en espérant que l’âme de mon os s’envole au ciel. Je me sens apaisée, consciente d’avoir fait mon devoir….

 

Voilà, maintenant je vais aller ranger la balance ménagère, le mixer, le batteur, le presse-agrume et le presse-purée, l’appareil à raclette, celui à tartiflette, la crêpière, le gaufrier, la cafetière électrique et la cafetière à piston, le microscope, la torche, la pelle et la pioche … Demain matin, je vais chercher un chien. Et la prochaine fois que j’ai envie de manger de la viande, j’achèterai un steak, parce qu’il n’y a pas d’os dans le bifteck.

 

Si vous voulez écoutez le texte mis en voix, cliquez ici.

 

Des mots et des valises…

Un atelier d’écriture en direct et en temps limité, avec pour consigne d’intégrer le maximum de mots valises de notre cru. Inspiration en forme de souvenirs du Cap de Bonne Espérance, où l’Océan Indien et l’Océan Atlantique s’affrontent et se mêlent, devenant ainsi un ‘océan valise’.

 

Version 2Pointe du Cap de Bonne Espérance, photo argentique numérisée

Face à la mer, les cheveux emberlibourrasqués de vents contraires, le visage embruns et rafales, je contemple, ébaubie par tant de beauterrassante. La force des éléments s’impose à tous mes sens. Je suis la goutte d’eau, le grain de sable, le soupçon de sel. Je me décompose et deviens le vent, dans une musique cacosymphonique …

Devant moi, ils dansent, deux océans pour une rencontre IndienAtlantique, crête d’écume sur bleu outremerveilleux.

Un pas de deux, un rock endiablé, une valse qu’a mis le temps, bras de mer embrassés, la côte en est fracationnée.

Là-bas, au large, les éléphanfarons de mer n’en mènent vraiment pas large. Phoquing life que les courants chambouleversent sans aménités. Pour ‘La complainte du phoque en Alaska’, c’est Beau Dommage mais il faudra repasser de l’autre coté de l’équateur. Parce qu’ici, c’est NinoFerrerisé, ‘On dirait le Sud’, et si le temps dure longtemps, c’est pour nous amener vers l’Antarctique, vers une Terre Adelidéalisée …

Et là où les yeux se perdent, étreinte horizontale. et tendres épousailles aquamarinazurées d’un ciel un peu timide et d’une belle Océane. Je crépuscule des yeux pour assister au coucher de l’Enfant-Râ dans le lit de sa Mer… Sous mes pieds, la roche rosit encore. D’humeur changeante, pleine de plais-Ire, soumise aux caresses pressantes du vent et aux coups de fouet des vagues, elle s’abandonnera bientôt à la nuit …

Et c’est sur cette roche, à la pointe du Cap, que du bout des orteils, je touche du doigt un rêvEspérance …

 

Pour écouter le texte, cliquez ici.

 

Et pour écouter Beau Dommage et sa belle Complainte, c’est là !

https://www.youtube.com/watch?v=TyVeNB0sC3k

 

Quant au Sud de Nino Ferrer, le voici !

https://www.youtube.com/watch?v=FgxwKEuy-pM

Humérus numérique

Texte écrit en octobre 2013 dans le cadre d’un atelier d’écriture sur le thème de la ‘fracture numérique’. La consigne demandait d’écrire un dialogue entre un ado geek et ses grands-parents, et de jouer avec humour sur la différence de champ lexical entre ces deux générations.

 

– Allo, Quentin ? C’est mamie. Bonjour mon petit, tu vas bien ?

– Mouais, ça va. Et toi ?

– Eh bien non, pas vraiment, c’est pourquoi je t’appelle. Figure-toi que ton grand-père a eu un souci avec son ordinateur ce matin. Ça l’a énervé, et il a fini par tout envoyer valser sur son bureau. Dans la tourmente, il s’est cogné le bras, et voilà… fracture d’un humérus !

– Problème avec l’ordi ? Fracture numérique, tu veux dire alors ? Avez-vous fait venir un réparateur ?

– Il n’a pas parlé d’une humérique, non, il n’a pas dit ça comme ça, mais bon… Et oui, bien sûr, nous avons fait venir le docteur ! (appeler le docteur ‘réparateur’, quelle drôle d’idée, il ne va pas mieux mon Quentin). Alors j’aimerais savoir si tu peux venir samedi après midi. Ton grand-père a besoin d’aide pour son dossier photos, et il n’a plus qu’un bras. Moi, je ne peux pas l’aider, je n’y entends rien, je suis une paire de bras cassés en informatique. Enfin, si j’ose dire.

– Ben non, samedi après midi j’ai un rendez-vous In Real Life* avec Puce Spring Rose, une meuf que j’ai rencontrée sur la toile.

– Springrose ? Elle est anglaise ? Tu vas où ?? C’est où Inrieullaïfe ? tu y vas en train ?

– Mais non, Mamie, je ne vais pas loin, j’y vais en R.E.R.. En fait, je vais aider une nana qui a un problème de smart-phone. Je vais essayer de la dépanner.

– C’est quoi une ‘Smart-faune’, une série ‘Jungle’ de la petite Mercedes ? Tu sais dépanner les voitures maintenant ?

– Pff ! Non, laisse tomber, Mamie. En fait, c’est un téléphone, qui fait des trucs que tu peux pas piger. Faudrait être smart pour ça ! Et, en tout cas, les téléphones, oui, je sais les réparer. Enfin … certains modèles, dont le sien. Faudra juste que je fasse gaffe à pas niquer la puce.

– « Niquer la Puce » !!!! Mais enfin Quentin ! En voilà une façon de parler et une façon de faire ! Je suis … stupéfaite !!!! Mais … euh … dis-moi, mon petit …. Enfin, comment te dire … dis-moi … quand  … quand tu ‘sors’, tu ‘sors … couvert’ ?

– Pas de panique, Mamie, t’inquiète, je ne sors jamais sans mon sweat à capuche !

– Non, mais … ce que je voulais dire c’est …. Euh … Ce n’est pas grave, nous en reparlerons. En attendant, oui, fais le maximum pour ne pas ‘niquer la Puce’.

– ???

– Quoi qu’il en soit, puisque tu ne peux pas venir samedi après midi, tu pourras peut-être le matin, si cela convient à papy. Je pourrai t’appeler ?

– Oui, oui, pas de souci, je ne bouge pas le matin, je serai devant l’ordi. Sauf bien sûr, si je suis eÏ ef keï bayo ! Non j’rigole.

– Eï ef queï bayo ? Tu parles Ouzbek maintenant, Quentin ??

– Lol ! Mais non, Mamie, AFK bio* veut dire ‘sauf si je suis parti aux toilettes’ !

– Quentin !!

 

 

In Real Life : ‘dans la vraie vie’, en opposition à l’espace numérique.

AFK bio (prononcer eï ef keï bayo): ‘Away From Keyboard’ + bio : parti aux toilettes.

 

6mots pour un Printemps des Poètes.

ANNONCE COLLECTIVE 6MOTS PRINTEMPS DES POETES

 

Avec la participation de :

Chantal Toune, Auch,

Josiane Mérard, Cachan,

Flo Mouvaux, Lille,

Rodrigue Rouyer, Nancy, Paris,

Laurent Patenaude, Québec

Et moi même, au Havre !

 

Et voici quelques photos de l’événement, les semis de 6mots continuent jusqu’au 20 mars  : 

 

 

(Le comptage des mots se fait sur le mode américain, soit par blocs. ex :  « J’ai » = 1 bloc)