Nefertiti, Berlin

C’est ainsi depuis petite, j’ai toujours préféré l’Histoire à la Géographie. S’il fallait choisir entre Néfertiti et Titicaca, j’optais sans hésitation pour le glamour d’une mystérieuse princesse orientale plutôt que pour l’étude d’un lac…

L’Égypte, Terre de Pharaons, de dieux et de mythes, de Pyramides et de tombeaux royaux, civilisation aux connaissances étonnantes, au soleil magique et aux noms exotiques… Pays de rêve, pays rêvé, mais jamais vraiment espéré lorsque j’étais gamine, puisque que je n’avais alors, pour traverser l’enfance, qu’une frêle coquille qui naviguait à vue vers des avenirs lointains et incertains. Et L’Égypte, c’était encore plus loin, trop loin…

Me restait la Lune pour rêver, la même Lune qui entendait les mots tendres d’Akhenaton à sa Belle…

Et pourtant, un jour, sur mon chemin d’adulte, s’est ouvert un passage vers Alexandrie, où je résidais dix-huit mois. Le temps d’étancher ma soif du Nil, et de toucher le rêve du doigt. Je n’habitais pas les Pyramides, ne participais pas à des dîners pharaoniques, avec musiciens, danseuses et tutti quanti, non. Mon quotidien était autre et parfois difficile, mais la découverte fut extraordinaire et l’expérience intense.

En Égypte, c’est Histoire à tous les étages. La ville d’Alexandrie, avec son Phare, sa Bibliothèque, son Alexandre,…n’est pas en reste. Et, tandis qu’à l’Est du delta on peut découvrir Rosette, le village où fut découverte la pierre qui permit à Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes, à l’Ouest, c’est le sable d’El Alamein, théâtre de batailles pendant la seconde guerre mondiale, qu’on peut fouler au pied. Sur les berges du Nil, l’Histoire suinte, infiltre les pores grand ouverts, et éveille la curiosité.

Imprudente, je n’avais pas eu celle de vérifier où se trouvait le superbe buste de Néfertiti, célèbre dans le monde entier. Où pouvait-il être ailleurs qu’en Égypte ? Pour moi c’était une évidence. Eh bien non, il est à Berlin. Et, au moment de mon égyptomanie, Berlin était très très loin, puisque toujours partagé par un mur infâme, et soumis à des fonctionnements difficiles. Ça n’était pas envisageable, ça n’était donc pas envisagé. Tant pis pour le buste de Néfertiti… Je quittais donc cette terre des dieux avec ce grand regret, je pensais que je ne le verrais jamais.

Alors, dans ce Berlin d’aujourd’hui, réuni en d’autres couleurs, ma deuxième visite fut pour la Belle, au Neue Museum. L’impatience était forte, l’émotion fut intense, et le moment heureux. J’en avais rêvé, le temps a transformé le rêve en possible… Cette visite a ramené à ma mémoire des bouffées de ce temps passé sous le ciel de Râ, souvenirs heureux d’étonnants ailleurs qui prolongèrent le charme…

 

(Les photos étant interdites dans la salle où la Belle irradie, toutes les photos viennent de Wikipédia)

 

Nefertitini 1

 

Nefertiti 2

 

Nefertiti 3

Le Dome du Reichstag, Berlin                               

1 Reichstag

 

2 Reichstag

 

Pour accéder au dôme de verre et d’acier qui coiffe le Reichstag, il faut montrer patte blanche. A l’extérieur, la température affiche 38°, sous la coupole l’effet est accentué, et les rampes métalliques en deviennent hostiles. On pourrait y faire cuire un œuf ‘Sunny side up’. Qu’importe ! Ici, la lumière est reine et règne, elle fait son show. Elle accentue et déforme, souligne les détails, les multiplie, et fait vibrer l’atmosphère avant de s’échapper pour éclairer Berlin, autrement. Étonnant spectacle dont on devient acteur l’espace d’un moment, petit élément du kaléidoscope, pas de danse dans cette farandole, éclats de couleur…

 

 

En bas, c’est l’urbanité qui s’étend, et la Spree en filigrane. La hauteur permet un autre regard, une autre distance. D’ici, c’est la modernité de l’architecture qui domine. Les grands immeubles font de l’ombre aux bâtiment plus anciens, ceux qui ont résisté aux multiples bombardements. Néanmoins, cette partie de l’Histoire n’est jamais loin, partout des murs en portent encore les stigmates.

 

 

Et puis l’on redescend, par une autre spirale. Les ‘ascendants’ deviennent des ombres que la lumière titille, strie, grillage, comme une cage dans la cage, mais sans enfermement.

 

 

En bas de l’escargot, la coupole redevient dôme pour un dernier regard.

Et la douceur du vent.

 

20 Reichstag

 

21 Reichstag

 

22 Reichstag

Poudre de Berl’impinpin

 

Quels que soient le rythme, la cadence, parfois le pas se suspend, tandis que l’œil s’arrête. Pour une image, un ‘trois fois rien’ qui intrigue l’œil , génère surprise, tristesse, ou sourire.

Alors la cellule transforme l’émotion en pixels, pour quelques Berl’instantanés.

 

 

Une scène de rue, un détail, une image, une idée, un regard brièvement posé sur ce Berl’insolite….

 

Anastasia, Musée Juif de Berlin

C’est autour d’une borne interactive que je la rencontre. J’y suis arrivée juste avant elle. Elle semble impatiente de manipuler l’appareil, alors je lui propose de jouer ensemble. Elle acquiesce avec le sourire édenté d’une enfant de huit ou neuf ans et des petites lumières dans les yeux. En route pour le XIVe siècle, nous allons préparer les bagages d’une dame juive qui part en voyage. Nous devons sélectionner huit ‘objets’ parmi seize.

 

1 Le jeu

 

Anastasia a un débit de paroles tel celui d’une rivière bouillonnante à laquelle aucune incisive ne fait barrage. « Et mon petit frère… blablabla… », « Et ma grande sœur ceci…. », « Et à l’école cela…. », « Alors, hier nous avons…. ». Elle est rafraîchissante de vitalité dans ce lieu plutôt solennel, aux couleurs de béton silencieux.

 

Un lapin. Voilà sur quoi se porte son premier choix. Devant mon air surpris, elle m’affirme que, si elle avait un lapin, elle ne l’abandonnerait pas pendant les vacances et l’emmènerait donc en voyage avec elle…. Alors, un lapin … vu de sa hauteur, oui, évidemment…

 

Elle sélectionne ensuite le téléphone portable ! Tandis que je lui explique que, au XIVe siècle, les portables n’existaient pas, le basalte de ses yeux se teinte d’incrédulité.

 

Après concertation, discussion, et autre ratiocination, saupoudrées de rires en éclats, nous parvenons à boucler les valises de la Dame. Le temps a bien filé, la grande sœur d’Anastasia est venue la chercher. La libellule au teint de miel, aux cheveux noirs et aux yeux sombres, m’envoie quelques sourires en étoiles, et une brassées de mains agitées pour un au-revoir.

 

Si ce musée est empreint de gravité, sobriété, et mémoire, il est aussi porteur d’espoirs.

 

ANASTASIA 2Arbre à vœux pour un monde meilleur. Ça n’est pas difficile de le remplir….

Et l’on y rencontre des adultes, mais aussi des enfants, petites loupiottes d’aujourd’hui, mais adultes éclairés en devenir….

 

ANASTASIA 3

Musée Juif de Berlin, déambulation…

Palette berlinoise

1 Traban

 

Il y a dans le ciel comme un air de bleu… Pas un nuage, pas un éclair, à peine un souffle d’air pour faire valser le turquoise et marine des robes légères… Et l’outremer s’étend langoureusement sur le sable d’une plage que Berlin s’invente. Bienvenue à Check Point Charlie Beach pour un dernier verre …

 

2 Palette

 

… Avant que le soir élégant dans son complet de safre et de smalt n’allume quelques loupiotes et lanternes, pour que la nuit soit belle quand sonneront les douze coups du bleu de Minuit…

 

3 Palette

 

En attendant, sur nos papilles, au palais de nos délices, framboises et groseilles, fruits rouges gros de soleil, auront mêlé leurs notes acidulées, sucrées, et fraiches en une divine symphonie. La ville se fait gourmande…

 

4 Palette

 

5 Palette

 

A l’Est, rien de nouveau puisqu’ici aussi le rouge est mis. Mais d’une toute autre manière, qui s’étale en briques et blocs sur les murs d’un hôtel de Ville d’architecture massive, rappelant la puissance d’un autre rouge, en un autre temps.

Et, à ses pieds, comme partout dans la capitale, les sous-sols suintent encore des larmes de sang, de tout le sang versé et des cœurs en miettes. Et la mémoire se murmure intarissablement, parce qu’il ne faut pas oublier…

 

6 Palette

 

Là-haut, au deuxième étage de la Terre, l’artiste œuvre sans relâche, il repeint la ville à sa manière. Le gazon se transforme en paille, les peaux se font ambre ou miel, et les cheveux blondissent. Invité vedette de ce milieu d’été, il rythme les pas, ralentit les cadences, fait plisser les yeux, voire… tourner les têtes. Le soleil… !

L’astre répand ses ors sans discernement, et rayonne jusqu’aux petites plaques de bronze des trottoirs de Kreuzberg. Petits pavés brillants au fond d’un océan d’inhumanité crasse, petites étoiles de mer fracassées dans les vagues barbares, et marquées du jaune de la honte…

 

7 Palette

 

… Honte, peur, trahison, cruauté, autant de sinistres ingrédients pour noircir encore l’encre sur les pages sombres de l’Histoire. Berlin, où l’horreur n’a trouvé de limites, hiérarchie de papier carbone pour ordres de barbarie multipliés, à l’infini… Au noir d’ivoire du ciel, les corbeaux de la peur, tournoyaient à leurs aises, ailes grand déployées… Ils étaient bien nourris…

 

8 Palette

(Mémorial de l’Holocauste, 2711 stèles de tailles différentes)

Chape de plomb sur la ville, rideau de fer pour mieux diviser, et le ciel vira au gris. Gris, comme les uniformes de la Stasi, et comme le béton, armé lui aussi, du mur de la séparation et de l’enfermement. Au cours de la sorgue, les bombes pulvérisaient le basalte du ciel, découchant des nuits blanches, accouchant de la mort. …

 

9 Palette

 

Et puis il y eut un autre matin, plus clair, comme un printemps en hiver. Le brouillard se dispersait en masses sombres, laissant la place à des nuages laiteux. Une crête d’Espoir avait apprivoisé le ciel devenu plus lumineux. Berlin fermait alors un livre, et ouvrait un nouveau cahier, plein de pages blanches à écrire…

 

10 Palette

 

11 Palette

 

L’aube de ce matin-là s’était teintée de rose… Puis le ciel repris ses couleurs, ses humeurs, reflétant celles du monde, de la vie, et des hommes aussi.

Mais du rose, Berlin en a gardé aux joues, et son cœur palpite d’une énergie nouvelle. Amoureuse de la vie, trépidante d’idées et d’idéaux, la Grande se refait une jeunesse…

 

12 Palette

 

… Au vert. Nichée dans un écrin émeraude de bois et de forêts, de parcs et jardins, la ville chatoie telle une pierre taillée, avec la Spree en filigrane…

 

 

Et puis, quand la belle opale a déployé tout l’éventail de ses couleurs d’un jour, le soir se glisse et l’étreint, et sur elle il se couche. Toujours elle se laisse faire. Alors, l’écho de son plaisir nocturne embrase les lanternes, lampions et feux de joie, et partout se reflète…

 

 

Ma palette incomplète, empreintes-couleurs de quelques jours, touches d’ombre et de lumière tracées par la mémoire des yeux. Berlin, ville sans fard mais pas sans caractère, sait hisser haut les couleurs et faire chavirer les cœurs…

 

East Side Gallery, Berlin

Bien sur, on aimerait qu’il y ait moins de monde. Bien sur on aimerait un autre bruit, ou un autre silence. Mais c’est ainsi. L’endroit est populaire, l’avenue large, et les touristes nombreux. Fermer les écoutilles, convoquer Nina Hagen dans ma tête, et faire abstraction de ce qui n’est pas la ville, la vie, le quartier.

Au pied du Pont de l’Oberbaum se déroulent 1300 mètres de mur, restes de la camisole de force qui contraignit une partie de la ville à l’enfermement et à l’isolement. Comme dans un asile psychiatrique où les déments auraient été le personnel, et non les aliénés… Edgar Poe aurait aimé.

1300 mètres sur lesquels des artistes ou des anonymes ont laissé des traces, des empreintes, des rêves ou des cauchemars. 1300 mètres de sentiments exprimés, d’émotions libérées, de mémoire et d’espoir. Des messages, des chiffres, des cris et aussi des soupirs de soulagement. La plus grande galerie à ciel ouvert, touchante, très.

 

 

Il est des lieux que l’on ne traverse pas indemne. Berlin en est un, en particulier dans les traces que l’Histoire y a laissées. Ce mur, que j’ai longtemps cru indémontable, rappelle que si certains espoirs ou rêves exprimé ici ne se sont pas réalisés – la colombe de la Paix s’épuise toujours à voleter ici et là, sans succès., d’autres ont été rendus possibles. Par les Hommes, par la volonté des Hommes, pour les Hommes, et le mur a fini par céder…

Gertrud, Berlin.

Quand il se pencha pour embrasser affectueusement le front de sa mère, Anton vit un sourire éclairer son regard. Il en fut heureux, tant il était habitué à la tristesse bleutée qui habitait ses yeux, depuis ce maudit jour d’avril 1945 où son père avait péri sous les bombes. Alors, ses cheveux avaient pris la couleur de la cendre qu’était devenue sa vie de femme. La Mère, elle, était restée debout, digne, courageuse et affectueuse… mais triste. Malmenée par la vie, elle avait vieilli trop vite, et à 55 ans, Gertrud en paraissait dix de plus.

 

– Viendras-tu déjeuner avec moi demain ? Je pourrai faire tes boulettes préférées.

– Hmm, si tu me prends par les sentiments du ventre… ! Je viendrai, oui, avec plaisir. Et puis nous irons manger une pâtisserie si tu veux, ça te fera prendre l’air.

– J’aimerais bien, oui. Je n’ai pas peur quand je sors avec toi.

 

La guerre et les bombardements, et puis l’occupation du territoire, la division, le claquement des bottes, les cris et les pleurs, la peur…Trop de bruits avaient fait sursauter Gertrud, elle en était devenue craintive, et elle ne sortait guère que pour se ravitailler, toujours au plus près.

 

Anton, qui travaillait et vivait dans la zone américaine, venait voir sa mère aussi souvent que possible. Dans la chaleur accablante de ce samedi 12 août, il lui avait apporté des belles fraises, gorgées de sucre et de soleil, que son collègue lui avait données. Gertrud adorait les fraises, elle s’en régalerait.

 

1 Check Point

 

Il avait passé le check-point en espérant ne pas avoir affaire au gros porc alcoolisé qui l’avait pris en grippe et lui cherchait toujours des noises. Tous ces contrôles et ces contraintes, les difficultés régulièrement rencontrées, lui faisaient toujours craindre le pire, l’interdiction d’accès.

 

– Tu porteras ce petit pain chaud à Anna, en descendant ?

Anna, la jeune voisine du premier étage, s’entendait bien avec Gertrud, et toutes deux se rendaient mutuellement service. Jolie, du caractère, elle n’était pas insensible au charme d’Anton mais, bien qu’attiré lui aussi, il gardait ses distances. Enfant d’une Allemagne en dérive, la liberté comme utopie, le rêve accroché à la pointe des cils, il espérait le jour où l’horizon se dessinerait au-dessus des décombres, et où le mot ‘Avenir’ reprendrait tout son sens… Alors, peut-être, il se laisserait aller à aimer…

Gertrud aurait pourtant souhaité les voir se rapprocher, savoir qu’une autre femme aimait Anton, autrement, l’aurait rassurée. Alors elle multipliait les occasions de rencontres. Le petit pain chaud en était une de plus, il n’était pas dupe. Cela le fit sourire.

En partant, il la serra très fort contre lui, elle passa la main dans ses cheveux bruns, ‘Prends soin de toi, mon fils’.

Il déposa le petit pain comme convenu, discuta quelques minutes avec Anna, puis repris sa route vers le check-point.

 

*      *

*

Les boulettes ont refroidi dans l’assiette. Anton ne vint pas en ce dimanche 13 aout 1961. Anton ne vint plus.

Dans la nuit, un mur avait été érigé pour isoler radicalement la partie Est de l’Ouest de la ville, et mettre fin ainsi à la fuite des habitants. Cette nuit-là, Berlin fut encore mutilé.

Anton resta longtemps à proximité du barrage, espérant voir le visage de sa mère, espérant qu’elle aurait osé quitter sa maison et tenter de fuir, pendant que c’était encore possible, bien que très difficile. Espoirs vains, il s’en doutait, Gertrud n’oserait pas…

 

*      *

*

 

2 Brandebourg

 

Après la chute du mur, le 9 novembre 1989, Anton remonta le flux de migrants vers l’Ouest pour retourner à l’appartement de sa mère. Contre toute attente, la maison était toujours debout, mais, comme il le craignait, sa mère n’y était plus.

 

Gertrud

 

Il fit son enquête dans le voisinage, apprit ainsi que Gertrud était partie d’un hiver trop rude, trop froid, trop plein de solitude… Et qu’Anna était morte aussi. Au pied du mur. D’un désir trop plein de Liberté…

 

3 La Liberté ou la Vie

 

Berlin, Prenzlauer Berg, en ombres et lumières …

Prenzlauer Berg, un dimanche « matin du coté de midi ». Amorcer la journée par un brunch en terrasse, déguster d’improbables raviolis à la choucroute, et s’en régaler, rêvasser, nez en l’air, tandis que le thé refroidit un peu…

 

1 Brunch Time

 

En face, dans le parc, une vieille tour. Un ancien château d’eau, en fait, devenu salle de torture aux heures noires du national-socialisme, avant d’être réaménagé en logements.

 

2 Chateau d'eau

 

C’est ainsi à Berlin. Quelles que soient les couleurs du jour, le gris et le noir surgissent toujours, sur un mur, une façade, un boulevard, une pancarte, une photo… Autant de fragments d’Histoire que l’on prend en pleine face.

 

Puis les couleurs se ravivent en morceaux de jardins urbains et de ‘plantations sauvages’, en graffitis et tags… et le soleil toujours….

 

3 Plantations en rébellion...

 

Sur le chemin, Pankow, le musée, la vie ‘d’avant’ à l’Est. Photos, objets, installations, outils de propagande à gogo… Et le temps se pose à nouveau sur une case noire de l’échiquier du jour.

 

4 On achève bien les chevaux...

 

A présent, les rues grouillent. Aucune brise ne vient troubler la chaleur intense de l’après midi. Les voitures klaxonnent, les métros grincent et sifflent en tranchant l’air épais et lourd.

Par les portes ouvertes des échoppes et magasins s’échappent des musiques, sans fil harmonique, en toute cacophonie.

Et, sur les trottoirs, se trament des rubans de passants qui vont ou viennent, comme autant de fils de couleur. Un lieu tout en contrastes.

Bientôt c’est l’entrée du Mauerpark. Dimanche c’est marché aux puces et karaoké géants. Et il y a foule. L’endroit est animé, bruyant, sent la saucisse et les frites, et plein d’autres odeurs encore. Il semble qu’une jeunesse berlinoise se donne rendez-vous là. Sur la scène du karaoké, des amateurs se lancent, encouragés par le public massé sur les gradins. L’ambiance est bon enfant, applaudissements et rires se mêlent, c’est chouette. Si j’osais, j’irais pousser la chansonnette, mais… je n’ose pas.

 

5 Karaoké géant

 

Retourner vers les puces, se frayer un chemin parmi les stands hétéroclites, et puis partir.

 

6 Urbanité lugubre

 

Descendre le boulevard, enfilade d’immeubles dégradés sur fond de trafic intense. Paysage sinistre, qui le devient encore davantage devant l’espace, soudain vide d’habitations, où s’étend le Mémorial du Mur de Berlin. Tronçons de mur encore intacts, double paroi de béton armé, chemin de ronde et mirador, armés là encore.

 

 

Et partout les traces. Ruines, plans, photos, articles, témoignages… Multitude de détails qui fragmentent l’Histoire en milliers d’autres histoires, personnelles, de séparation, de deuil, de vie et de mort…

 

Version 2

 

La guerre, toujours décidée par les ‘grands’, et subie par les ‘petits’… Ici, certaines victimes retrouvent leur place dans cette maudite Histoire.

 

Version 3

 

Et le béton pleure encore.

 

13 Larmes de béton

 

De nouveau, la journée perd ses couleurs, longer BernaeurStrass est une expérience dont on ne sort pas indemne.

 

 

14 BernaeurStrass

 

Plus tard, d’autres lumières éclaireront la soirée, l’air deviendra plus léger. Et l’on rentrera à l’hôtel avec, collées à la peau moite, toutes ces particules de journée, et les tripes chambouleversées de toutes ces émotions…

 

15 Rêver derrière le mur...

 

Un peu d’architecture, Berlin

Berlin, capitale qui s’étale le long de la Spree,

En quartiers disparates, architectures mêlées.

Moderne, ancien, ancien refait, diversité des styles

Qui se côtoient, surprennent, et charment.

Une ville en mouvement, de grues hérissée,

Parce que partout il reste à faire,

Parce que Berlin se reconstruit encore,

Et se construit toujours…

 

La Tour de Télévision, Berlin

Berlin est une grande ville qui s’étend sur…  Pfff, qui s’étend loin ! On s’y perdrait facilement s’il n’y avait la tour de télévision, ce repère visible de partout. Construite dans la partie Est de la ville à l’époque de la RDA, elle en était le fleuron, la flèche d’une « cathédrale communiste ».

Au cours de mon séjour, elle fut ma boussole pour me diriger dans les différents quartiers. Une boussole qui aurait perdu le Nord et indiquerait l’Est. Un phare, un amer très amer puisque j’abhorre la télévision et ne la regarde pas. Un totem cynique mais photogénique, que je me suis amusée à mettre en cellule ici ou là…

 

 

La Tour s’est prêtée aux haïkus aussi….

 

TOUR TV BERLIN - HAIKU 1

 

 

TOUR TV BERLIN - HAIKU 2

 

 

C’était comment, Berlin, avant ?

J’aurais voulu coucher ici mon Berlin ‘d’avant’, l’inconnu, l’imaginé, le fantasmé. J’aurais aimé esquisser ici les images que cette ville invitait à mon esprit, en touches de mots, de couleurs sombres, mais gaies aussi…

Mais je n’ai pas pris le temps, ce fichu truc qui m’échappe trop souvent, et transforme une partie de mes volontés en simples velléités. Alors il n’y aura pas de Berlin ‘d’avant’, celui ‘d’après’ l’a absorbé.

Cette destination faisait partie des ailleurs possibles, mais se conjuguait davantage au futur incertain, sur le mode ‘un jour j’irai là-bas’, qu’au présent d’intention. Il n’y avait pas d’urgence… Puis il y en eut une.

Petits morceaux de ville et de vies, terre de drames, de larmes, mais de charme aussi, j’en ai fait mon kaléidoscope de mots et d’images que je déroulerai ici au fil des jours.

Berlin semble savoir ouvrir les bras, je me suis laissé apprivoiser, puis embrasser, conquise…

 

Tour télévision, atterissage à Berlin

Atterrissage à Berlin, la Tour de Télévision comme un phare…

LIEGE GUILLEMINS

Elle a quelque chose d’aquatique, nez de requin, aileron, ou ventre de la baleine. C’est pourtant avec le vent qu’elle aime jouer, ouverte à l’air du temps qui passe…

Toute en courbes élégantes, brillante comme l’acier, elle engouffre les voyageurs qui vont bon train, pour mieux les régurgiter, quelques centaines de kilomètres plus loin.

La gare de Liège-Guillemins, bijou d’architecture, belle parure de facture moderne, apporte à la ville un nouvel éclat…