La vie d’chateau

C’était au chateau de Gonfreville, dans les jardins.

La vue sur Seine, et ses usines,

et le Pont de Normandie au loin.

Du fond de cette parcelle, si l’on se penche un peu,

on pourrait presque toucher du doigt

l’autoroute en lacet accrochée à ses pieds…

Ce doit être beau, la nuit, quand l’industrie s’efface en laissant les lumières allumées.

Mais ça pue le jour, quand tout tourne à plein, et que le vent se charge de balader les relents..

 

 

 

 

Je vole du temps

Dans cet automne à l’air d’été,

Et cette rentrée si étrange,

Toute en méfiance masquée,

Je vole du temps

Au tracas,

A la tristesse et aux demains sombres,

Et je m’évade.

Je m’offre des mini-vacances,

Le temps d’un jour,

En ailleurs proches

Ou même chez moi,

Parce que le voyage

C’est parfois, souvent,

Un simple changement de regard.

J’enfile des sandalettes,

Du lin et du coton,

Je prolonge mon été,

Et prends quelques acomptes

Sur le bonheur.

L’autre samedi à Pont L’Évêque,

Celui-ci à Honfleur,

Honfleur. Ville d’eau,

Pas en termes de thermes, non

Mais de lavoirs et d’abreuvoirs

De bassins et de mer,

De fleuve et de rivières

De ponts et d’estuaire.

Joli petit port de carte postale.

Les bâtisses qui, comme des cartes à jouer,

Se dédoublent en reflets,

Une façade sur la terre ferme,

L’autre plongée dans l’eau,

Qui frissonne et tremblote,

Au gré du vent.

Brise ou bise qui joue aussi

De la musique

Dans les mâts et les voiles,

Des bateaux chamarrés

Amarrés aux quais.

Ce samedi,

C’était vacances, donc

Comme une avance sur le bonheur,

Parce que la vie, c’est maintenant,

Et que demain… ?

On verra bien…

 

Si vous voulez écouter la version audio, cliquez ici :

 

 

HaïkuChat

Des Haïkus Chat, parce que c’est comme chat !

 

 

Pour la petite histoire, avant d’arriver à la maison Providence vivait chez un marin-pêcheur qui l’emmenait à la pêche sur son bateau, avant de prendre lui-même une autre embarcation pour une autre rive du monde.

Providence fut donc une mini-navigatrice et il me plait de l’imaginer à l’avant du bateau, figure de proue d’un autre genre…

 

 

Vous parler de Providence

Il y a longtemps déjà que je veux vous parler d’elle. J’aurais dû le faire plus tôt, les mots auraient été autres.

 

Providence

Providence est entrée dans ma vie le 23 janvier 2021. Elle est entrée par une petite porte que je ne me croyais pas prête à ouvrir et qui, pourtant, s’est ouverte comme par enchantement. Parce que c’est ainsi. Providence est une jolie Minette, avec une robe noire et blanche, de drôles de tâches ici et là, un pelage de velours, et de magnifiques vibrisses. Je ne sais pas de quelle couleur sont ses yeux, car je n’ai jamais vu ses iris. Juste parfois un cercle autour de la pupille hyper dilatée, cercle d’or, ou de jade, selon le moment.

 

Providence

Petit flashback…

Le 17 janvier de cette année, ma jolie, si jolie et si affectueuse Biscotte mettait les voiles pour un voyage vers des cieux dont on ne revient pas. Biscotte était à la maison depuis le 21 aout 2020, nous n’avions donc passé que quelques mois ensemble. Elle avait 18 ans, avait atterri au refuge de la SHPA avec son copain Cookie, un superbe Red Tabby de 12 ans, suite au décès de leur humain. Ni l’un ni l’autre ne s’y adaptaient, alors les deux ont intégré ma maison ‘de retraite’. Nous avons eu ensemble quelques semaines heureuses.

Jusqu’à ce que Cookie ne devienne très malade et ne s’éteigne le 7 novembre 2020. J’adorais Cookie.

Mon souhait d’offrir une ‘maison de retraite’ à de vieux chats était installé dans mon esprit depuis de nombreuses années, s’était endormi, puis s’est réveillé lorsque mon beau Bingo, mon Royal de Gouttière, est passé de l’autre côté du monde, le 30 juillet 2020.

Bingo, mon beau Bingo

Bingo avait, lui aussi, 18 ans. Mais ces dix-huit années-là, nous les avions passées ensemble. Bingo, je l’avais trouvé alors qu’il était tout petit, dans le jardin de mes parents, au lendemain des obsèques de mon père. Étrange rencontre en un étrange jour, je sais que mon père aurait adopté ce chaton, je l’ai donc adopté. Après toutes ces années, je n’osais imaginer la vie sans lui, j’ai été brutalement rappelée à la réalité.

Et puis, il y avait eu Flamie aussi, Princesse Myrtille, ma belle Marquise à la robe bleue. Flamie était la Minette chérie de mon frère. Il y tenait comme à la prunelle de ses yeux et, en 2017, avant de rejoindre l’autre monde lui aussi, il me l’avait confiée, sachant que je prendrais bien soin d’elle. Elle avait douze ans. Bingo n’était pas très content de son arrivée mais nous lui avons fait une place, et j’ai eu du bonheur à partager plus de deux années avec elle. Elle était mon cher trait d’union avec mon cher frère. Mais elle est partie le rejoindre, le 11 octobre 2019, âgée alors de 14 ans.

 

Flamie Princesse

11 octobre 2019, Flamie,

30 juillet 2020, Bingo

07 novembre 2020, Cookie,

17 janvier 2021, Biscotte,

En 15 mois, mon cœur a été brisé 4 fois et mon esprit bien malmené.

Alors, évidemment, lorsque, à l’occasion d’un passage par les bureaux de la SHPA, on m’a parlé de Providence, j’ai dit non. Non, je n’étais pas prête, non c’était trop tôt. Non, j’avais trop souffert…

Et pourtant, je suis allée la voir dans la chatterie, elle était dans sa cage, s’est jetée sur ma main pour y chercher des caresses. Et je suis repartie avec elle le soir même.

Biscotte me manquait encore cruellement, elle me manque toujours, comme Cookie, Bingo et Flamie me manquent aussi. Mais Providence a mis des touches de joie sur mon chagrin. Et elle a pris une place énorme dans ma vie.

Lui dire bonjour, l’inonder de caresses, de bisous, de tendresse, c’est la première chose que je fais le matin. Glisser ma main dans le velours de ses poils me fait du bien, me réconforte, m’apporte des sourires. Lui chantonner des petits airs à l’oreille, lui dire combien je l’aime… sa présence est précieuse.

Mais.

Mais aujourd’hui, en début d’après-midi, Providence a montré des signes de défaillances de l’arrière-train, elle ne marche plus bien, tombe sur le côté. Elle, abandonnée deux fois et devenue peureuse, ne demandait jamais rien, mais aujourd’hui elle n’a pas cessé de demander à sortir dans mon minuscule jardin.

Pour s’y cacher, et il fait froid, et il pleut, et je pense que ça n’est pas une bonne chose. Je l’ai laissé sortir, mais ne la laisse pas longtemps dehors. Tout à l’heure, elle était couchée sur la petite tombe de Biscotte. Et ça m’a rendue triste.

 

J’aurais dû vous parler de Providence avant, j’aurais eu d’autres mots.

Demain elle verra le vétérinaire.

Ces signes de dysfonctionnement moteur ressemblent lugubrement à ceux qui ont emporté Cookie en novembre.

Alors ce soir j’ai très peur…

 

*          *

*

 

De tous mes chats, Bingo est celui qui m’a inspiré le plus de mots et de photos. C’est aussi celui avec qui j’ai vécu le plus longtemps, ceci explique cela. Voici quelques-unes de nos publications, à lui et moi.

https://laplumedemouette.wordpress.com/2014/06/27/sil-te-plait-dis-moi-le-chat/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2020/05/05/bingo-royal-de-gouttiere/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2020/07/17/au-magasin/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2018/04/10/palabres-en-noir-et-blanc/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2017/03/30/mon-loubard/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2015/02/21/petit-dictionnaire-chat-a-lusage-des-humains/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2014/11/11/les-affres-de-lamour/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2019/01/23/coussins-velours/

De Bingo il y a aussi plein de photos…

 

Sur Flamie,

https://laplumedemouette.wordpress.com/2020/02/02/flamie-dans-les-etoiles/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2018/12/29/flamie-princesse-myrtille-marquise-de-petits-pas/

Et sur Biscotte

https://laplumedemouette.wordpress.com/2021/01/14/apicaday-biscotte/

 

Pas de publications sur Cookie, tout est allé si vite, et si tristement. Un jour j’écrirai la place qu’il avait et la béance qu’il a laissée…

 

 

 

 

 

Flamie Jolie

 

Bingo Royal de Gouttière

 

Du marronnier au sapin – édition 2020

Texte d’atelier d’écriture sur le thème ‘Clichés et Poncifs’, publié il y a quelques années, et tout juste remanié.

sujet : Rédigez un article de presse contenant au moins dix (peut-être quinze ?) des vingt-deux « clichés » proposés (voir liste sous le texte)

Ça y est, une fois de plus nous y sommes.

Aux quatre coins de l’Hexagone, mais pas seulement, on chante ‘Il est né le divin enfant’.

Et l’on s’apprête aussi à fêter l’année nouvelle, dès le réveillon de la Saint Sylvestre.

Fêter les Sylvestre après avoir contribué à la déforestation pour déguiser un sapin en arbre à lucioles domestiques, c’est un comble, mais le comble ne connaît pas la crise, lui.

Une légende dit que le 25 décembre, Jésus crie, comme crient les enfants à la naissance.

Enfin il cria, c’était il y a plus de 2000 ans.

Rassurons-nous, cela ne fait pas tant d’années que nous célébrons une naissance dont aucun registre d’Etat Civil ou paroissial ne fait mention. Non. Il n’y a pas si longtemps que Souverains Pontifes et poncifs souverains se pressent à l’occasion sur la Place Saint Pierre de Rome.

La date du 25 décembre fut choisie pour faire la nique à une fête païenne en l’honneur du solstice d’hiver. Le paganisme ne passera pas, na ! Ainsi en décidèrent les hautes autorités qui invitèrent les marabouts et autres druides à revoir leur copie et leur calendrier festif.

Et, petit à petit, le monde christianisé fut invité à passer de la célébration de la nuit la plus longue, et peut-être la plus ardente sous les couettes et duvets, à la célébration de la naissance d’un bambin pur produit de l’immaculée conception. Ce nouveau concept, pavé dans la mare, virage abrupt, finit par s’installer et par remplacer la grivoiserie du Solstice. Mais dans ce hold-up sur calendrier, on se demande à qui profite le crime ?

A l’Eglise catholique, bien sûr ! Car dès lors Jésus a eu le vent en poupe et a pu jouer dans la cour des grands, ses représentants aussi.

Pourtant, quelques siècles plus tard, cette tradition fit grincer des dents une autre religion et le dieu Dollar. Les marchands du temple de la consommation voulurent, eux aussi, leur part de galette, au beurre ou à la frangipane. Alors ils bottèrent en touche et mirent tout en œuvre pour renverser la vapeur en leur faveur.

Ainsi, à la croisée des chemins, un bonhomme tout de rouge et blanc vêtu, aux couleurs d’une célèbre marque de soda, vola bientôt la vedette à l’enfant Jésus, et dès lors les autres enfants devinrent rois. Adieu foi et religion, bonjour foie gras et dindons. Les sourires des enfants furent pris en otage par les requins de la finance qui constituent la partie émergée de l’iceberg de paquets cadeaux.

L’ironie de l’histoire, c’est que le vieillard caracole en tête des personnages associés à Noël, alors que tout le monde sait qu’il n’existe pas. Et, cerise sur le gâteau, ses temples se remplissent de plus en plus le dimanche, tandis que les églises, le même jour, se vident.

Quoi qu’il en soit, la balle est dans le camp des consommateurs. Ils sont attendus au tournant. Selon la ferveur de leur foi et de leur croyance, le monde peut s’enfoncer dans la crise, ou connaître une nouvelle croissance. En cette période tumultueuse, le risque zéro n’existe pas.

Enfin, je ne vous apprends rien, avec la multiplication des médias, les images ont fait le tour du monde.

Une affaire à suivre … l’année prochaine, à la même période !

De Flo G., envoyée spéciale sous le sapin, pour le Grincheux Magasine.

 

Clichés et Poncifs à utiliser

« la cerise sur le gâteau »

« le vent en poupe »

« grincer des dents »

« la cour des grands »

« un pavé dans la mare »

« la croisée des chemins »

« caracoler en tête »

« l’ironie de l’histoire »

« revoir sa copie »

« attendu au tournant »

« ne connaît pas la crise »

« la balle est dans le camp »

« botte en touche »

« la partie émergée de l’iceberg »

« renverser la vapeur »

« les quatre coins de l’Hexagone »

« à qui profite le crime »

« s’enfoncer dans la crise »

« le risque zéro n’existe pas »

« une affaire à suivre »

« ces images ont fait le tour monde »

Finalement, ils y sont tous !

 

APicADay – Coccinelle

Je l’ai rencontrée sur le bitume d’un trottoir, à quelques centaines de mètres de chez moi.  Je ne donnais pas cher de sa peau si je la laissais là. Alors je l’ai mise dans ma main pour lui trouver un peu de verdure plus propice à sa santé et à son épanouissement.  Finalement, je l’ai ramenée ainsi jusqu’à chez moi et posée délicatement dans mon jardin, en espérant qu’elle y soit bien.

Le lendemain elle était là, et j’ai pu faire plein de photos. Comment je sais que c’était la même ? Notre court voyage en commun m’avait laissé le temps de voir combien la vie sur les trottoirs l’avait cabossée. J’ai retrouvé les mêmes marques sur sa carapace, là.

Coccinelle, demoiselle, bête à…

 

Au magasin

Je regarde, j’examine, je lis les étiquettes. Nez en l’air, bras itou, je fouille les étagères du haut, en quête d’autres pistes, d’autres trésors. Ce n’est pas simple de choisir, je ne suis jamais certaine que ça va faire plaisir. Ce n’est pas faute d’essayer, faute d’y mettre du cœur mais, même quand on croit connaître les gouts, on peut faire des erreurs.

Et des erreurs, j’en fais.

Il faut dire que les gouts changent au fil des années, des mois, des jours… voire des heures. Il faut dire aussi qu’il est un peu capricieux.

Alors les actes les plus simples tournent parfois au casse-tête, et moi j’en perds la mienne, de tête…

Un pas sur le coté, je continue l’exploration, et soudain mes mains frissonnent d’émotion. Je viens de tomber en admiration devant le bleu clair d’une belle boite en carton recyclé et recyclable. Voilà, c’est ça que je cherchais, cette marque-là, mais j’ignorais l’existence de ces coffrets dégustation. Six portions, trois saveurs, cela fera surement son bonheur. La liste des ingrédients affiche des produits sains et un bel équilibre, une éthique honorable, un commerce équitable, un souci du prochain.

Je suis si heureuse que je ne prends pas une boite, mais deux.

Et c’est les mains pleines, le pied et le cœur légers que, de quelques entrechats, je quitte le rayon des aliments pour chats…

Avec ce regard-là, je ne résiste pas…

Là aussi, je suis démunie…

Que voulez-vous que j’y fasse ? Je cède…

Si la photo est moche, la scène, elle, est jolie, Bingo boit dans ma main

(Eh bien, finalement, ces petites bouchées qu’il a tant aimées, il ne les aime plus, plus trop… ) 

 

Bingo Royal de Gouttière

Ce sont d’abord des cris que j’entends. Miaulements aigus en forme de reproches exprimés d’une voix pointue. Puis apparaissent les triangles. Deux noirs doublés de rose pour les oreilles, un blanc et noir pour la tête, et un minuscule et tout rose pour le museau. Tout autour, des pattes et un petit corps chétif. À l’autre extrémité, une longue queue noire ébouriffée et décorée de toiles d’araignée.

20 juin 2002. Il fait grand soleil dehors, l’été est pour demain. Mais moi j’ai le cœur en hiver et l’obscurité à l’intérieur. Hier, nous avons dit adieu à mon père. Ça fait huit jours qu’il a fait ses bagages pour d’autres rivages, un grand voyage dont il ne reviendra jamais. Mon père, un pilier qui vient de s’effondrer. Et moi avec.

Du coup, cette petite vie qui s’est cachée dans une dépendance de la maison de mes parents, je la cueille comme un cadeau. Mon père aurait adopté ce petit chat, je le sais. Et moi je vais en prendre soin. Je le ramène donc chez moi. Mais chez moi, c’est un appartement, au cinquième étage, sans balcon. Adopter Sieur Chaton, c’est lui donner de l’amour, des soins, à manger, subvenir à ces besoins mais… c’est le priver de liberté. Et l’idée m’est très difficile.

Alors j’en propose l’adoption à un couple d’amis qui a une très grande maison, un grand jardin, une multitude de coussins, des canapés, des lits, et des genoux accueillants, et des mains caressantes. Et surtout, cette maison offre la liberté via une chatière. C’est là qu’il sera nommé Bingo. Et moi je continue à le voir plusieurs fois par semaine.

2003. La canicule puis le crabe ont invité la faucheuse chez ces amis. Entre temps, j’ai déménagé et je suis passée d’un appartement à une maison, avec petit jardin et aussi chatière, coussins, lits, canapés, genoux aussi, bien sur, et mains caressantes. Bingo est donc venu vivre avec moi. Et depuis, j’habite chez lui.

2020. Bingo est là, tout près, tandis que moi j’écris. Le véto avait estimé qu’il était né ‘+ ou – le 5 mai’, il a donc dix-huit ans aujourd’hui. Il fatigue un peu, un peu plus chaque jour. Il y a quelques temps déjà qu’il n’a pas fait le cascadeur dans le pommier. Cela fait dix-huit ans qu’on s’accompagne, qu’on s’aime, et que l’on partage l’essentiel. Ça n’est pas rien, c’est un sacré bout de chemin, et il n’est pas un matin sans que je le remercie d’être là. Encore.

Ah, j’ai oublié de vous dire, c’est un Royal de Gouttière.

18 ans, ça en fait des photos aussi… Difficile de choisir… 

(ps : dès que je retrouve des photos de lui tout petit, je les scanne et les publie).