HaïkuChat

Des Haïkus Chat, parce que c’est comme chat !

 

 

Pour la petite histoire, avant d’arriver à la maison Providence vivait chez un marin-pêcheur qui l’emmenait à la pêche sur son bateau, avant de prendre lui-même une autre embarcation pour une autre rive du monde.

Providence fut donc une mini-navigatrice et il me plait de l’imaginer à l’avant du bateau, figure de proue d’un autre genre…

 

 

Vous parler de Providence

Il y a longtemps déjà que je veux vous parler d’elle. J’aurais dû le faire plus tôt, les mots auraient été autres.

 

Providence

Providence est entrée dans ma vie le 23 janvier 2021. Elle est entrée par une petite porte que je ne me croyais pas prête à ouvrir et qui, pourtant, s’est ouverte comme par enchantement. Parce que c’est ainsi. Providence est une jolie Minette, avec une robe noire et blanche, de drôles de tâches ici et là, un pelage de velours, et de magnifiques vibrisses. Je ne sais pas de quelle couleur sont ses yeux, car je n’ai jamais vu ses iris. Juste parfois un cercle autour de la pupille hyper dilatée, cercle d’or, ou de jade, selon le moment.

 

Providence

Petit flashback…

Le 17 janvier de cette année, ma jolie, si jolie et si affectueuse Biscotte mettait les voiles pour un voyage vers des cieux dont on ne revient pas. Biscotte était à la maison depuis le 21 aout 2020, nous n’avions donc passé que quelques mois ensemble. Elle avait 18 ans, avait atterri au refuge de la SHPA avec son copain Cookie, un superbe Red Tabby de 12 ans, suite au décès de leur humain. Ni l’un ni l’autre ne s’y adaptaient, alors les deux ont intégré ma maison ‘de retraite’. Nous avons eu ensemble quelques semaines heureuses.

Jusqu’à ce que Cookie ne devienne très malade et ne s’éteigne le 7 novembre 2020. J’adorais Cookie.

Mon souhait d’offrir une ‘maison de retraite’ à de vieux chats était installé dans mon esprit depuis de nombreuses années, s’était endormi, puis s’est réveillé lorsque mon beau Bingo, mon Royal de Gouttière, est passé de l’autre côté du monde, le 30 juillet 2020.

Bingo, mon beau Bingo

Bingo avait, lui aussi, 18 ans. Mais ces dix-huit années-là, nous les avions passées ensemble. Bingo, je l’avais trouvé alors qu’il était tout petit, dans le jardin de mes parents, au lendemain des obsèques de mon père. Étrange rencontre en un étrange jour, je sais que mon père aurait adopté ce chaton, je l’ai donc adopté. Après toutes ces années, je n’osais imaginer la vie sans lui, j’ai été brutalement rappelée à la réalité.

Et puis, il y avait eu Flamie aussi, Princesse Myrtille, ma belle Marquise à la robe bleue. Flamie était la Minette chérie de mon frère. Il y tenait comme à la prunelle de ses yeux et, en 2017, avant de rejoindre l’autre monde lui aussi, il me l’avait confiée, sachant que je prendrais bien soin d’elle. Elle avait douze ans. Bingo n’était pas très content de son arrivée mais nous lui avons fait une place, et j’ai eu du bonheur à partager plus de deux années avec elle. Elle était mon cher trait d’union avec mon cher frère. Mais elle est partie le rejoindre, le 11 octobre 2019, âgée alors de 14 ans.

 

Flamie Princesse

11 octobre 2019, Flamie,

30 juillet 2020, Bingo

07 novembre 2020, Cookie,

17 janvier 2021, Biscotte,

En 15 mois, mon cœur a été brisé 4 fois et mon esprit bien malmené.

Alors, évidemment, lorsque, à l’occasion d’un passage par les bureaux de la SHPA, on m’a parlé de Providence, j’ai dit non. Non, je n’étais pas prête, non c’était trop tôt. Non, j’avais trop souffert…

Et pourtant, je suis allée la voir dans la chatterie, elle était dans sa cage, s’est jetée sur ma main pour y chercher des caresses. Et je suis repartie avec elle le soir même.

Biscotte me manquait encore cruellement, elle me manque toujours, comme Cookie, Bingo et Flamie me manquent aussi. Mais Providence a mis des touches de joie sur mon chagrin. Et elle a pris une place énorme dans ma vie.

Lui dire bonjour, l’inonder de caresses, de bisous, de tendresse, c’est la première chose que je fais le matin. Glisser ma main dans le velours de ses poils me fait du bien, me réconforte, m’apporte des sourires. Lui chantonner des petits airs à l’oreille, lui dire combien je l’aime… sa présence est précieuse.

Mais.

Mais aujourd’hui, en début d’après-midi, Providence a montré des signes de défaillances de l’arrière-train, elle ne marche plus bien, tombe sur le côté. Elle, abandonnée deux fois et devenue peureuse, ne demandait jamais rien, mais aujourd’hui elle n’a pas cessé de demander à sortir dans mon minuscule jardin.

Pour s’y cacher, et il fait froid, et il pleut, et je pense que ça n’est pas une bonne chose. Je l’ai laissé sortir, mais ne la laisse pas longtemps dehors. Tout à l’heure, elle était couchée sur la petite tombe de Biscotte. Et ça m’a rendue triste.

 

J’aurais dû vous parler de Providence avant, j’aurais eu d’autres mots.

Demain elle verra le vétérinaire.

Ces signes de dysfonctionnement moteur ressemblent lugubrement à ceux qui ont emporté Cookie en novembre.

Alors ce soir j’ai très peur…

 

*          *

*

 

De tous mes chats, Bingo est celui qui m’a inspiré le plus de mots et de photos. C’est aussi celui avec qui j’ai vécu le plus longtemps, ceci explique cela. Voici quelques-unes de nos publications, à lui et moi.

https://laplumedemouette.wordpress.com/2014/06/27/sil-te-plait-dis-moi-le-chat/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2020/05/05/bingo-royal-de-gouttiere/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2020/07/17/au-magasin/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2018/04/10/palabres-en-noir-et-blanc/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2017/03/30/mon-loubard/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2015/02/21/petit-dictionnaire-chat-a-lusage-des-humains/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2014/11/11/les-affres-de-lamour/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2019/01/23/coussins-velours/

De Bingo il y a aussi plein de photos…

 

Sur Flamie,

https://laplumedemouette.wordpress.com/2020/02/02/flamie-dans-les-etoiles/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2018/12/29/flamie-princesse-myrtille-marquise-de-petits-pas/

Et sur Biscotte

https://laplumedemouette.wordpress.com/2021/01/14/apicaday-biscotte/

 

Pas de publications sur Cookie, tout est allé si vite, et si tristement. Un jour j’écrirai la place qu’il avait et la béance qu’il a laissée…

 

 

 

 

 

Flamie Jolie

 

Bingo Royal de Gouttière

 

Du marronnier au sapin – édition 2020

Texte d’atelier d’écriture sur le thème ‘Clichés et Poncifs’, publié il y a quelques années, et tout juste remanié.

sujet : Rédigez un article de presse contenant au moins dix (peut-être quinze ?) des vingt-deux « clichés » proposés (voir liste sous le texte)

Ça y est, une fois de plus nous y sommes.

Aux quatre coins de l’Hexagone, mais pas seulement, on chante ‘Il est né le divin enfant’.

Et l’on s’apprête aussi à fêter l’année nouvelle, dès le réveillon de la Saint Sylvestre.

Fêter les Sylvestre après avoir contribué à la déforestation pour déguiser un sapin en arbre à lucioles domestiques, c’est un comble, mais le comble ne connaît pas la crise, lui.

Une légende dit que le 25 décembre, Jésus crie, comme crient les enfants à la naissance.

Enfin il cria, c’était il y a plus de 2000 ans.

Rassurons-nous, cela ne fait pas tant d’années que nous célébrons une naissance dont aucun registre d’Etat Civil ou paroissial ne fait mention. Non. Il n’y a pas si longtemps que Souverains Pontifes et poncifs souverains se pressent à l’occasion sur la Place Saint Pierre de Rome.

La date du 25 décembre fut choisie pour faire la nique à une fête païenne en l’honneur du solstice d’hiver. Le paganisme ne passera pas, na ! Ainsi en décidèrent les hautes autorités qui invitèrent les marabouts et autres druides à revoir leur copie et leur calendrier festif.

Et, petit à petit, le monde christianisé fut invité à passer de la célébration de la nuit la plus longue, et peut-être la plus ardente sous les couettes et duvets, à la célébration de la naissance d’un bambin pur produit de l’immaculée conception. Ce nouveau concept, pavé dans la mare, virage abrupt, finit par s’installer et par remplacer la grivoiserie du Solstice. Mais dans ce hold-up sur calendrier, on se demande à qui profite le crime ?

A l’Eglise catholique, bien sûr ! Car dès lors Jésus a eu le vent en poupe et a pu jouer dans la cour des grands, ses représentants aussi.

Pourtant, quelques siècles plus tard, cette tradition fit grincer des dents une autre religion et le dieu Dollar. Les marchands du temple de la consommation voulurent, eux aussi, leur part de galette, au beurre ou à la frangipane. Alors ils bottèrent en touche et mirent tout en œuvre pour renverser la vapeur en leur faveur.

Ainsi, à la croisée des chemins, un bonhomme tout de rouge et blanc vêtu, aux couleurs d’une célèbre marque de soda, vola bientôt la vedette à l’enfant Jésus, et dès lors les autres enfants devinrent rois. Adieu foi et religion, bonjour foie gras et dindons. Les sourires des enfants furent pris en otage par les requins de la finance qui constituent la partie émergée de l’iceberg de paquets cadeaux.

L’ironie de l’histoire, c’est que le vieillard caracole en tête des personnages associés à Noël, alors que tout le monde sait qu’il n’existe pas. Et, cerise sur le gâteau, ses temples se remplissent de plus en plus le dimanche, tandis que les églises, le même jour, se vident.

Quoi qu’il en soit, la balle est dans le camp des consommateurs. Ils sont attendus au tournant. Selon la ferveur de leur foi et de leur croyance, le monde peut s’enfoncer dans la crise, ou connaître une nouvelle croissance. En cette période tumultueuse, le risque zéro n’existe pas.

Enfin, je ne vous apprends rien, avec la multiplication des médias, les images ont fait le tour du monde.

Une affaire à suivre … l’année prochaine, à la même période !

De Flo G., envoyée spéciale sous le sapin, pour le Grincheux Magasine.

 

Clichés et Poncifs à utiliser

« la cerise sur le gâteau »

« le vent en poupe »

« grincer des dents »

« la cour des grands »

« un pavé dans la mare »

« la croisée des chemins »

« caracoler en tête »

« l’ironie de l’histoire »

« revoir sa copie »

« attendu au tournant »

« ne connaît pas la crise »

« la balle est dans le camp »

« botte en touche »

« la partie émergée de l’iceberg »

« renverser la vapeur »

« les quatre coins de l’Hexagone »

« à qui profite le crime »

« s’enfoncer dans la crise »

« le risque zéro n’existe pas »

« une affaire à suivre »

« ces images ont fait le tour monde »

Finalement, ils y sont tous !

 

APicADay – Coccinelle

Je l’ai rencontrée sur le bitume d’un trottoir, à quelques centaines de mètres de chez moi.  Je ne donnais pas cher de sa peau si je la laissais là. Alors je l’ai mise dans ma main pour lui trouver un peu de verdure plus propice à sa santé et à son épanouissement.  Finalement, je l’ai ramenée ainsi jusqu’à chez moi et posée délicatement dans mon jardin, en espérant qu’elle y soit bien.

Le lendemain elle était là, et j’ai pu faire plein de photos. Comment je sais que c’était la même ? Notre court voyage en commun m’avait laissé le temps de voir combien la vie sur les trottoirs l’avait cabossée. J’ai retrouvé les mêmes marques sur sa carapace, là.

Coccinelle, demoiselle, bête à…

 

Au magasin

Je regarde, j’examine, je lis les étiquettes. Nez en l’air, bras itou, je fouille les étagères du haut, en quête d’autres pistes, d’autres trésors. Ce n’est pas simple de choisir, je ne suis jamais certaine que ça va faire plaisir. Ce n’est pas faute d’essayer, faute d’y mettre du cœur mais, même quand on croit connaître les gouts, on peut faire des erreurs.

Et des erreurs, j’en fais.

Il faut dire que les gouts changent au fil des années, des mois, des jours… voire des heures. Il faut dire aussi qu’il est un peu capricieux.

Alors les actes les plus simples tournent parfois au casse-tête, et moi j’en perds la mienne, de tête…

Un pas sur le coté, je continue l’exploration, et soudain mes mains frissonnent d’émotion. Je viens de tomber en admiration devant le bleu clair d’une belle boite en carton recyclé et recyclable. Voilà, c’est ça que je cherchais, cette marque-là, mais j’ignorais l’existence de ces coffrets dégustation. Six portions, trois saveurs, cela fera surement son bonheur. La liste des ingrédients affiche des produits sains et un bel équilibre, une éthique honorable, un commerce équitable, un souci du prochain.

Je suis si heureuse que je ne prends pas une boite, mais deux.

Et c’est les mains pleines, le pied et le cœur légers que, de quelques entrechats, je quitte le rayon des aliments pour chats…

Avec ce regard-là, je ne résiste pas…

Là aussi, je suis démunie…

Que voulez-vous que j’y fasse ? Je cède…

Si la photo est moche, la scène, elle, est jolie, Bingo boit dans ma main

(Eh bien, finalement, ces petites bouchées qu’il a tant aimées, il ne les aime plus, plus trop… ) 

 

Bingo Royal de Gouttière

Ce sont d’abord des cris que j’entends. Miaulements aigus en forme de reproches exprimés d’une voix pointue. Puis apparaissent les triangles. Deux noirs doublés de rose pour les oreilles, un blanc et noir pour la tête, et un minuscule et tout rose pour le museau. Tout autour, des pattes et un petit corps chétif. À l’autre extrémité, une longue queue noire ébouriffée et décorée de toiles d’araignée.

20 juin 2002. Il fait grand soleil dehors, l’été est pour demain. Mais moi j’ai le cœur en hiver et l’obscurité à l’intérieur. Hier, nous avons dit adieu à mon père. Ça fait huit jours qu’il a fait ses bagages pour d’autres rivages, un grand voyage dont il ne reviendra jamais. Mon père, un pilier qui vient de s’effondrer. Et moi avec.

Du coup, cette petite vie qui s’est cachée dans une dépendance de la maison de mes parents, je la cueille comme un cadeau. Mon père aurait adopté ce petit chat, je le sais. Et moi je vais en prendre soin. Je le ramène donc chez moi. Mais chez moi, c’est un appartement, au cinquième étage, sans balcon. Adopter Sieur Chaton, c’est lui donner de l’amour, des soins, à manger, subvenir à ces besoins mais… c’est le priver de liberté. Et l’idée m’est très difficile.

Alors j’en propose l’adoption à un couple d’amis qui a une très grande maison, un grand jardin, une multitude de coussins, des canapés, des lits, et des genoux accueillants, et des mains caressantes. Et surtout, cette maison offre la liberté via une chatière. C’est là qu’il sera nommé Bingo. Et moi je continue à le voir plusieurs fois par semaine.

2003. La canicule puis le crabe ont invité la faucheuse chez ces amis. Entre temps, j’ai déménagé et je suis passée d’un appartement à une maison, avec petit jardin et aussi chatière, coussins, lits, canapés, genoux aussi, bien sur, et mains caressantes. Bingo est donc venu vivre avec moi. Et depuis, j’habite chez lui.

2020. Bingo est là, tout près, tandis que moi j’écris. Le véto avait estimé qu’il était né ‘+ ou – le 5 mai’, il a donc dix-huit ans aujourd’hui. Il fatigue un peu, un peu plus chaque jour. Il y a quelques temps déjà qu’il n’a pas fait le cascadeur dans le pommier. Cela fait dix-huit ans qu’on s’accompagne, qu’on s’aime, et que l’on partage l’essentiel. Ça n’est pas rien, c’est un sacré bout de chemin, et il n’est pas un matin sans que je le remercie d’être là. Encore.

Ah, j’ai oublié de vous dire, c’est un Royal de Gouttière.

18 ans, ça en fait des photos aussi… Difficile de choisir… 

(ps : dès que je retrouve des photos de lui tout petit, je les scanne et les publie).

Bergame 18 04 19 et 20

Le funiculaire déverse son lot d’habitants, d’employés, ou de visiteurs qui se dispersent.

Chacun son chemin, son restau, sa terrasse, son église ou sa petite place, chacun son truc.

Puis les ruelles reviennent à la lenteur et au silence de l’après déjeuner, du temps des siestes.

C’était il y a un an,

C’était après Milan,

C’était Bergame et ses hauteurs.

Ici tout invite à la rêverie ou à la contemplation.

Les points de vue sur la ville basse,

Les façades des maisons,

Les jardins qu’on entrevoit,

Les portes que l’on a envie de pousser,

Que l’on pousse parfois,

Pour découvrir un patio ou un cloitre.

Et puis la vie derrière les volets clos.

La vie, oui.

Les murmures puis les bruits qu’on retrouve sur les places,

Les cris et les rires installés aux terrasses,

Des glaces en plein soleil,

Mille parfums.

Et mille autres douceurs.

La ville inspire, expire, chuchote, s’agite…

Et vit.

Et puis…

Bergame 2020

C’est le silence en ambulance,

Et les ruelles en peine,

Les murs qui suintent le chagrin.

Et les maisons désertées.

Combien de visages croisés hier,

Peuvent aujourd’hui sourire encore ?

Il semblait faire bon vivre à Bergame,

Et puis… une saleté de virus.

Alors j’espère que cette ville se relèvera,

Plus forte et fière,

Plus solide et solidaire…

 

 

Les jumelles

Nouvelle écrite dans le cadre d’un atelier d’écriture. L’action se situe à l’automne 1946, dans ce que l’on appelait un ‘camp cigarette’, base de l’armée américaine pendant les mois précédant la libération, puis habitations provisoires pour des familles havraises dont le logement a été soufflé lors des bombardements. Contraintes : deux enfants, des jumelles, des bouteilles, un adulte, une référence à la nourriture, un petit événement. 

– On n’a qu’à les laisser là, bien cachées, comme ça on les retrouvera la prochaine fois et on partira en exploration dans la forêt. Ah ah, les écureuils n’ont qu’à bien se tenir, sinon on les trucidera avec nos lance-pierres !

Daniel était surexcité depuis que Rémi avait trouvé les jumelles dans leur bel étui de cuir fauve, après avoir trébuché dessus dans une ornière.

– c’est comme les lièvres, les écureuils, ça se mange ? demanda Rémi.

– ch’ais pas, j’en ai jamais mangé ! Mais pourquoi voudrais-tu manger des écureuils ?

– Bah, si on leur tire dessus, c’est pour les manger, non ? Sinon ça servirait à quoi de les tuer ? Tu sais, moi je n’aime déjà pas le lièvre. Quand mon père en prépare un, il laisse les yeux dans le bouillon, et moi j’imagine que le lièvre me voit, qu’il sait que c’est mon père qui l’a chassé, et qu’il se vengera en me faisant mal au ventre. Alors non, vraiment, j’aime pas. Et je crois que j’aimerais encore moins manger des écureuils !

– Mais non, c’est pas pour les manger, juste pour s’entrainer à tirer, s’entrainer à la guerre. On ne sait jamais, ça pourrait recommencer !

– Oh non, ne dis pas ça ! La guerre a déjà tué ma Maman, je ne voudrais pas qu’elle revienne et prenne mon Papa.

La voix du petit Rémi devint blanche en prononçant ces mots, tandis que ses lèvres tremblotèrent et que ses yeux devinrent brillants de larmes contenues. Du haut de ses 6 ans, il s’efforçait de ne pas pleurer à l’idée de revivre l’effroi des années passées. La guerre, il n’avait pratiquement connu que cela, il aspirait au répit. Ne pas pleurer non, parce que, à 6 ans, il avait le sentiment d’être déjà un homme, et parce que son copain Daniel, de 3 ans son ainé, se moquerait de lui. Daniel, lui, n’avait peur de rien, ni de la forêt, ni de l’obscurité, ni de grimper aux arbres, ni de chasser les animaux, ni de jouer avec les orvets, ni de la guerre. Non, rien ne lui faisait peur, semblait-il. Il avait déjà une stature de héros.

Daniel avait tôt fait de s’emparer des jumelles et ne les avait pas lâchées depuis. Elles étaient lourdes, toute de métal et de verre, noires sauf pour l’axe central en bronze et le lien de coton qui permettait de les suspendre au cou.

Les yeux collés aux œilletons, il scrutait l’alentour, et soudain s’exclama :

– Il y a un loup qui approche, un loup mangeur de petits garçons, prends garde Rémi !

Rémi sursauta, hurla, et voulut s’enfuir, quand Daniel l’attrapa par le bras en éclatant de rire.

– Mais non, c’est juste pour plaisanter voyons ! Il n’y a pas de loups dans la forêt, tu sais bien, les Américains les ont tous tués à la libération.

– C’est pas gentil de me faire peur comme ça. Je vais avoir la trouille quand il faudra que j’aille chercher du bois tout seul maintenant.

Silencieuses, les larmes coulaient à présent sur le visage de l’enfant, il n’avait pas pu les retenir davantage, et il était en colère contre Daniel qui le malmenait de la sorte. Le soir tombait, la forêt perdait de ses verts, de ses rouges et de ses roux pour se vêtir de gris et de noir. En remontant du sol, l’humidité formait une légère brume qui se faisait tapis lugubre, comme le suaire de la journée terminée, avant d’aller envelopper la cime des arbres d’une chevelure effrayante. Rémi aurait aimé être déjà arrivé chez lui, mais il restait du chemin à faire avant de retrouver les lueurs rassurantes et la maigre chaleur réconfortante du baraquement qu’il occupait à la lisière avec son père. Il n’était plus que tous les deux depuis qu’une bombe l’avait privé de l’amour de sa mère, de sa douceur, et du timbre chantant de sa voix. Il espérait que son père aurait fait à manger et ne se serait pas endormi dans l’ivresse du mauvais vin dont il abusait parfois pour noyer son chagrin. Les deux enfants hâtèrent le pas.

Hélas, son père dormait sur une chaise, en ronflant bouche ouverte, quand Rémi entra dans la masure. Cette fois-ci, c’est la bière qui semblait avoir eu raison de sa raison, vu les quelques bouteilles ambrées qui gisaient sur le sol, à ses pieds. Le feu était en train de mourir dans le poêle. Doucement Rémi recouvrit son père d’une vieille veste pour qu’il ne prenne pas froid. Dans son sommeil, son père sourit alors. Rémi ne savait pas sur quel rêve le Pélican de la bière l’avait emmené, mais ce sourire lui réchauffa le cœur. Puis il ramassa les bouteilles au sol pour qu’il ne trébuche pas dessus à son réveil, remis quelques morceaux de bois dans le feu et, un crouton de pain dans une main et un verre de lait coupé d’eau dans l’autre, il se hissa sur le lit, prêt pour une nouvelle soirée sombre et une nuit glacée.

 

Flamie dans les étoiles…

Ma plume était trop lourde, sa pointe toute émoussée, son encre trop salée, je n’ai pas pu écrire avant. Cela fera bientôt quatre mois que tu as congédié les papillons qui habitaient tes rêves, que ton ombre s’est éteinte sur le muret, et que l’or de tes yeux a rejoint celui de la Terre. Depuis le silence a étreint les murs du jardin, le vide s’y est installé.

Je n’étais pas prête, l’est-on jamais ? Ton départ fut donc d’une grande brutalité. Un soulagement pour toi, probablement, puisque ta santé avait soudain fichu le camp, un déchirement pour moi.

Tu avais quatorze ans, six mois, et un jour. C’est un bon âge a dit le véto, pour moi c’est bien trop tôt. Et Toi et moi, c’était ‘seulement’ depuis deux ans, six mois et trois jours. Dans l’absence on fait les comptes, et chaque jour de présence compte. Un temps d’apprivoisement l’une de l’autre lors de la maladie de ton Humain, mon Frère, puis après son départ en voyage vers d’autres éternités. Moi je t’ai adoptée de suite, toi tu as mis plus de temps. Tu as gardé des distances, la mesure était invariablement la tienne ; vautrée sur mon clavier d’ordinateur, sur mon bureau, tes pattes mouillées de pluie sur mes documents de travail ; étalée sur la table, ventre exposé au soleil, pattes en l’air ; couchée sur ma chaise, mon fauteuil… En dépit de la présence de Sieur Bingo, Royal de Gouttière déjà installé dans les lieux et peu aimable avec toi, tu prenais tes aises, mais il n’était pas questions que j’aie quelques ‘familiarités spontanées’. Une main dans ta belle fourrure bleue et blanche, sur ta petite tête ou sur ton ventre, générait systématiquement ou presque des petits cris de mécontentement, souvent suivis de ronronnements intempestifs. Mais parfois, tout de même, tu venais me chercher pour qu’ensemble nous fassions le tour de notre minuscule jardin. J’écris ces mots et je souris à ce souvenir…

Il m’a fallu du temps pour dire cette séparation dramatique. Du temps à te chercher ailleurs, à trier les photos de toi, presque 2 000, à regarder les quelques vidéos que j’avais enregistrées, à me souvenir combien tu étais belle, et combien je t’aime encore. J’ai fini le tri cette semaine, et il est devenu urgent pour moi d’écrire, de te rendre cet hommage, même si, bien sur, tu ne me liras pas puisque tu ne savais pas lire, enfin je ne crois pas. Mais il me plait de croire que, mes mots, tu les sauras, qu’ils feront le chemin de mon esprit au tien. J’ai toujours pour toi un océan de tendresse et je n’ai pas encore apprivoisé ton absence, je t’espère encore, ici ou là, dans la maison, le jardin, sur le toit.

Mais à présent je vais

Tenter de garder la joie,

La joie de t’avoir eu près de moi,

Tu fus un joli trait d’union terrestre

Entre mon Frère et moi,

Aujourd’hui devenu trait d’union stellaire

C’est comme ça que je le vois.

Après avoir rêvé de chasser les papillons, tu es devenue papillon à ton tour, tu as pris ton envol vers les étoiles et je t’espère ronronnant à présent dans les oreilles de mon cher Frère.

Merci pour le temps partagé…