Le grand chantier

Il y avait eu du laisser aller, un peu de négligence dans l’air, comme un retour de vacances, la tête encore à Buenos Aires ou sur une plage de la Manche…

Il fallait remettre de l’ordre, il y avait du pain sur la planche.

Convocation générale, toute l’équipe dans mon bureau !

D’abord remonter les bretelles des couleurs, et renvoyer Azur, Smalt et Safre au dernier étage, pour qu’ils me mettent du bleu plein les cieux.

Le rose ? En joue !

Le rouge à la bouche et au cœur.

Le jaune dans mon soleil, et le vert dans le printemps déguisé en automne.

On y voyait déjà plus clair…

Puis j’ai convoqué l’Instant, je l’ai goûté pleinement.

Un grand bol d’air, de légèreté, pour une belle et grande respiration en forme d’aspiration à la joie.

Enfin, je me suis longuement entretenue avec la Bande à Bonheurs, les petits, les grands, avec ou sans majuscule mais toujours avec majesté. Je les ai regardés, appréciés, et je les ai pris dans mes bras…

Prête pour une nouvelle rentrée, et pour toutes les vies qui commencent…

 

 

 

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Self-portraits in Black and Red (Ombres, Reflets, et Lumière)

« Je suis ce que je suis,

Mais je ne suis pas ce que je suis »

Je suis…. ? L’ ombre.

*

L’ombre et la lumière jouent

Illusionnent, déforment, augmentent ou rapetissent,

Éloignent, rapprochent, superposent…

Les dimensions s’affolent,

Et les regards se perdent,

Dans un trop plein d’éclat,

Ou un manque d’éclair.

*

Série Ombres, Reflets, Lumière

Ici : Auto-portraits sur couette qui sèche de l’autre coté de la vitre,

Et reflets de petit déjeuner

 

 

D’autres (Ombres, Reflets, et Lumière)

Ici : Fleurs de Papier

Ici : D’ombre et d’Haïku

Ici : Reflet d’Haïku

ici : Un autre manège

Bal chez l’Armateur, L.H.

La Maison de l’Armateur…

Belle demeure, vitrine de luxe, et observatoire sur les allées et venues dans le port…

Invitation au voyage et à la rêverie…

De quelques pixels volés en ce lieu, et ailleurs, j’ai fait une parure, que j’ai imaginé pour une soirée mondaine, un bal chez l’armateur, un bal pour célébrer le 500ème anniversaire de la Ville du Havre…

Ces bijoux ne sont pas portables, puisqu’ils ne sont que de pixels…

 

Pour mieux comprendre l’élaboration, voici la version « making of ». les éléments sont extraits de photos prises ici ou là, des photos qui, pour la plupart, ne présentent aucun intérêt, sauf le petit détail que mon œil recherchait. Une fois les éléments découpés, extraits de la photo initiale, et façonnés, j’en retravaille parfois les couleurs, pour qu’elles correspondent à ce que j’envisageais.

Pour en savoir plus sur mon Improbable Bijouterie, c’est ici !

Une palette et Saint Ex

La journée avait été belle,

La lumière tirait sur le soir, et un manteau de nuage s’apprêtait à recouvrir le jour, pour le protéger de la froidure de la nuit.

Devant la grande fenêtre, le chevalet était placé, et l’artiste entrait dans la danse, un pinceau pour cavalier, et pour piste une toile blanche.

Le Jaune était posé.

Fier de son importance, brillant de tous ses feux, il habitait le support dans toute sa longueur, et sur une belle hauteur. On ne voyait que lui ! À vrai dire, il n’y avait que lui. Il finit d’ailleurs par s’ennuyer un peu, les secondes s’étiraient en minutes.

Il vit, néanmoins, d’un mauvais œil, le pinceau s’approcher, d’un Violet sombre chargé.

Quoi !! On n’allait tout de même pas le faire cohabiter avec cette couleur infâme, impure, née de deux couleurs étrangères ! Pas question ! Le Jaune est une couleur primaire, parfaitement, primaire ! Primaire égale première, principale, primordiale, supérieure, ainsi l’avaient décrété toutes les couleurs primaires. On ne mélange pas les serviettes avec les torchons, les primaires avec les secondaires, faut pas exagérer !

Le Jaune n’eut guère le choix, il n’était pas maître de la situation. Derrière le Violet, le pinceau. Au bout du pinceau, la main. Et dans la main, la volonté. Volonté d’essayer de marier les couleurs, de bien les associer.

Malheur ! Le Violet s’étalait en une couche immonde, qui se juxtaposait au Jaune, semblait le chapeauter, lui fixer ses limites. L’hostilité grondait chez le Jaune, qui mesurait son impuissance, et subissait les coups de pinceau intempestifs sans rébellion possible. Son territoire se réduisait à vue d’œil, et il se sentait menacé d’un mélange impropre qui le réduirait à une masse brune dans le Violet du soir. Couleur devenue inexistante, dénaturée, dépouillée de ses droits, anéantie….

Les yeux pleins d’une colère ardente, il leva son regard vers le Violet pour le défier. Chez l’ennemi, il ne vit aucune animosité, aucune exaspération, c’était un nuage sans tempête. En l’observant un peu mieux, il constata la douceur de la couverture, le moelleux du l’épaisseur. Et puis… finalement, ce Violet le mettait lui, le Jaune, en valeur, en soulignant son éclat. Le Jaune se trouva soudain plus beau, et en sécurité sous cet édredon douillet.

Échange de bons procédés. Après tout, au contact du Jaune, le Violet s’éclairait et gagnait une autre intensité.

Ce Violet, au final, n’était pas bien méchant, il pouvait même s’avérer un allié.

Le pinceau revenait à la charge, cette fois-ci d’Orange chargé. Le Jaune se fit chatouiller le ventre, et puis le bout du nez, et l’Orange vint s’installer en sa demeure. C’était une couleur à la fois familière et étrangère, avec laquelle le Jaune était en cousinage, même si l’Orange avait aussi un peu de sang rouge. Le Jaune était donc en terrain plus connu qu’avec le Violet, et c’est avec chaleur qu’il accueillit l’Orange. Il demandait des nouvelles de la famille éloignée, et tous les pigments jaunes s’empressèrent de lui répondre. Qui se ressemble s’assemble, et c’est avec le Violet au sang rouge que les pigments rouges, eux, s’entretenaient.

Le Jaune réalisa alors qu’il était, par alliance, parent du Violet Il en fut décontenancé, et son animosité initiale se mua en curiosité, et puis en bienveillance.

L’ennui s’était enfui, chacun trouvait sa place, et magnifiait les autres. Nul n’était supérieur, nul n’était plus beau. Et si le Violet était une couleur secondaire, elle était, surtout, une couleur complémentaire. Et solidaire.

Pour couronner l’affaire et éclaircir la composition, la main et le pinceau permirent au Jaune de faire une excursion, dans le Violet clair presque bleu, au-dessus du nuage. Alors le Jaune, en touches, s’élança dans une partie de cache-cache sous des voiles de tulle blanc. Le ciel en résonna de joie.

À présent, les couleurs sont tranquilles, et le soir se referme, comme se referme la palette qui rêve de Saint Exupéry…

« Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente ».

 

toile-coucher-du-soleil



 

 

 

 

 

À la manière de… Marcel Faure

Le jour était encore en peignoir zébré de rose, d’or, et de bleu nuit, quand je me suis levé. Ce n’était pas le jour d’hier, c’en était un nouveau, alors j’ai écarquillé les rideaux et les yeux pour lui souhaiter la bienvenue. Et le jour me sourît, d’un sourire qui, s’élargissant, éclairait de plus en plus les verts dans le jardin, et l’ocre sur le muret.

J’avais sorti le plus grand bol, celui des matins frileux, et le thé doré fumait, tandis que la faïence rouge me réchauffait les mains. Je trinquais avec l’eau de l’aube, les yeux musardant sur la rosée.

Cahuète, le chat des voisins, était réveillé lui aussi. Perché sur le muret, nimbé d’or, il semblait guetter une proie au pied de notre érable. La bise entama une valse des feuilles, et le chat s’élança dans une salsa à la poursuite de ces missives sans mots, mais pleines de couleurs, envoyées on ne savait où, adressées à on ne savait qui.

Le spectacle me réjouît tant que le thé, humblement, refroidissait dans le bol. Et puis j’ai entendu la porte de notre chambre s’ouvrir, et la danse de tes pas sur le chêne du parquet.

 

Te voilà, dans l’encadrement de la porte, en peignoir rose, rouge, bleu et or. Pas tout à fait la même qu’hier, alors je te souris avec mes yeux pour te souhaiter la bienvenue. Tu me souris en retour, éclairant ainsi la cuisine et ma vie. Ce matin, comme chaque matin, j’ai le bonheur d’assister à deux levers du jour.

 

Tout à l’heure nous irons nous aussi, valser avec la bise, enveloppés de feuilles et de couleurs.

 

F.G, 17 Octobre 2016

 

Ce texte répond au défi d’une amie de plume d’écrire ‘à la manière d’un ami de plume’. Difficile exercice que de tenter d’imiter, seule l’écriture de Marcel Faure m’était assez familière pour m’inviter à relever le challenge. Mon texte est loin d’égaler son travail d’orfèvre, alors je vous invite à découvrir ses pépites en cliquant ici, ou ….