Flamie, Princesse Myrtille, Marquise de Petits Pas

Cela fait maintenant un peu plus d’un an et demi que la Demoiselle a pris ces quartiers chez moi. Caractère bien trempé, machine à ronronner très fort, cet héritage au pelage tout doux, légué par mon Frère parti bien trop tôt, est une source permanente de surprises et de sourires. Si la cohabitation avec Monsieur Bingo n’est toujours pas simple, la Belle se sent de plus en plus à l’aise, et passe de nombreuses soirées couchée sur mon bureau, à coté de moi, voire à tchatter avec je ne sais qui, étendue sur mon clavier, actionnant les touches au petit bonheur la chance…

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Wisconsin

Bien sur, c’est difficile de tourner la page. Bien sur on s’est attachés, on a quand même passé pas mal de temps ensemble. Trente, trente-cinq ans ? Cinq ou six jours ?

Bill, c’est un petit bonhomme plein de rêve et d’imagination, amoureux de la nature et de ses créatures, le cœur bon, l’âme belle. Bill, écrasé sous la poigne alcoolique et mauvaise d’un être qui a oublié d’être humain. Bill, dont le miroir reflète une mère soumise, faible, et folle en devenir, une femme lettrée, qui accroche ses mots aux branches des arbres, ou les verse dans la rivière claire. Claire, c’est aussi son nom.

Jimmy. Jimmy le grand frère, protecteur, fier, qui veut en découdre pour prendre de la distance, s’auréoler de gloire, et ainsi souligner la couardise de son père.

Le Vietnam où les rêves sont réduits en cendre, et Jimmy s’effondre sous les tirs ennemis ou, pire, devient flamme dans le napalm. Mais il gagne sa liberté, celle de revenir hanter les terres qui lui sont chères, sa campagne du Wisconsin. Et de venir habiter chaque arbre, chaque cerf, chacun des êtres qu’il a aimés. Si John, le père abusif, semble peu affecté de ne plus revoir son fils, il en va différemment pour son petit frère, sa mère, ainsi que Rosemary et Ernie, deux voisins qui se sont pris d’affection pour les deux enfants, et ont toujours tenté de recoudre leurs ailes quand les grands les flétrissaient.

Wisconsin (The Turtle Warrior pour le titre original) est un roman qui sent le cèdre et l’eau vive, la tortue et la mousse, la nature dans ce qu’elle a de plus rude, mais aussi de plus beau. C’est une belle histoire de reconstruction, une décision prise de vivre, vivre ensemble, encore, et de s’aimer toujours…

Alors ça a été dur, oui, de tourner la dernière page…

(Roman de Mary Relindes Ellis, sorti en 2004, 438 pages dans l’édition 10/18, collection domaine étranger)

Grand Frère, Petit Frère,

Six ans de différence, quand on est vieux, c’est peu, dans l’enfance c’est tout un monde, presqu’une vie.

Moi pas née, toi six ans. Est-ce que tu m’attendais un peu, ou pas du tout ?

Moi six ans, toi douze, mes poupées et chiffons contre tes 400 coups et tes croutes aux genoux. Est-ce que tu m’aimais un peu, ou pas beaucoup ?

Quel bambin tu as été, je n’en sais rien, tu l’étais avant ma naissance. Je sais ta sensibilité, par Maman racontée… Mais pour le reste… rien… trop de différence d’âge, pas de jeux en partage, et un pan d’histoire en moins, comme un trou dans la mémoire.

Tumultes d’adolescence, et vinrent les chamailles, disputes et désaccords, quête de sens à ce charivari ambiant, parcours initiatiques, partages lectures et musique, mes goûts façonnés par les tiens, en adoption ou opposition. Neil Young et ‘A Heart of Gold’, tu aimais ça, j’aimais bien aussi…

Dans la fragilité de cet âge où l’enfant n’est plus, et l’adulte pas encore, j’ai pris conscience de tes ailes. Déployées au-dessus de moi, protection rapprochée, parfois contraignante, mais toujours bienveillante, pudeur rugueuse en surface, de l’amour déguisé.

Adultes devenus, palabres et désaccords encore, nos chemins qui se croisent et se décroisent aussi, fils tendus, parfois lâches, parfois tissés serrés… Face à face dans le luxe de la discorde, cote à cote dans l’urgence, le bon sens, et le retour à la concorde. Nous étions là l’un pour l’autre, quand il le fallait. J’ai connu quelques hôpitaux au chevet de ta santé fragile. Et toi quelques magasins de matériaux au chevet de ma maison toute cassée. À présent, chacun de mes murs porte tes empreintes.

Et puis il y a eu ce dernier hôpital, trop d’épreuves, trop longtemps, opérations à répétition, ton petit cœur a lâché, nos mains se sont lâchées, mon cœur serré, serré. On avait tout vécu ensemble ces dernières semaines, même si tu étais seul à subir les douleurs physiques.

Ça fait un an aujourd’hui, Petit Frère, Grand Frère, une année particulière vu tes dernières volontés. Une année en tourmente, je t’espérais en paix, sans savoir si tu pouvais l’être. Moi j’étais comme en suspens. Et la semaine passée, dernier ‘rendez-vous’, en terre toute inconnue, en territoire perdu, chagrin en bandoulière, et esprit retourné. J’espère que tout est bien pour toi maintenant, et j’espère pouvoir m’apaiser…

Tu es

Dans mon esprit,

Chaque jour,

Dans mon cœur aussi…

Je t’

 

 

(P.S. : Je prends soin de ta princesse,

Elle est bien dans ma maison,

C’est un précieux héritage

Merci frangin)

 

 

 

Mon petit e.business

Ça y est, c’est décidé, je me lance moi aussi dans le commerce en ligne. Puisque sur la toile tout s’achète et tout se vend, et que j’ai besoin d’arrondir mes fins de mois, de moi, je crois que j’ai trouvé ma voie.

J’ai fait une bonne étude de marché et découvert un créneau, un filon à exploiter. Et j’ai conçu un concept, je vais vendre du cœur. Pas du Q, pas du sexe, non, ça n’aurait rien de novateur, mais du cœur, du e.coeur, voire geekcoeur, pour les gens qui en manquent,  ceux qui ont des haut-le-coeur,  qui ont mal au coeur, voire qui se sont lancés dans une aventure à coeur perdu et ne l’ont jamais retrouvé.

Vous trouverez donc ici une sélection d’organes ‘spécial web’, téléchargeables après acquittement de la facture, tarifs et bons de commande sur demande.

 

Cœur ardoise effaçable :

Format 20 X 30 ou 30 X 40 cm, pratique pour les amours crack-crack, de celles qui durent quelques minutes, effaçable à sec pour amours sans préliminaires quand le temps manque.

Fourni avec un marqueur noir référence ‘j’ai tout oublié’.

Lot de trois marqueurs de couleur en option.

Attention : difficilement transportable à cause de ses dimensions, à garder à l’écart des vêtements, il y a risques de salir les apparences et de nuire à l’apparat.

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Cœurs post-it :

Petit format, s’emmènent partout, disponibles en carnets de 50 ou 100 selon les besoins, particulièrement adaptés aux amours d’un soir ou d’une heure. Légers, en papier de bonne qualité, ils peuvent se repositionner plusieurs fois mais la durée de l’adhésion reste limitée.

Disponibles en trois coloris =

– cœur marron sur fond vert pour les amoureux de leur propre nature, les egologistes, référence ‘Que je m’aime’

– cœur noir sur fond rose pour les amours classiques, références ‘Que je baise’

– cœur rouge sur fond orange pour les overdynamiques, les cardiotoniques, référence ‘Vite je nique’.

En option : l’inscription ‘je t’aime’ en lettres romantiques ou gothiques.

Attention : ils ne sont pas waterproof, ne résistent pas plus aux larmes salées qu’à l’eau de mer, bien choisir son / sa partenaire. Légers, ils ne résistent pas non plus au vent du temps qui passe, ni au vent du changement.

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Cœurs magnétiques :

Plus résistants, ils sont repositionnables à l’infini pourvu que leur support soit bien dur et métallique. Particulièrement adaptés aux aventures multiples en simultané, on le pose, le décolle, le repositionne, sans altérer sa surface ni son adhésion.

Disponibles en différentes couleurs et différentes tailles =

– Grand cœur d’or, pour une générosité affichée sans trop d’engagements, référence ‘Je promets’ (grand succès dans les G20 entre autres)

– Grand cœur d’argent, pour une surface brillante et réfléchissante, référence ‘C’est beau ça brille’

– Petit cœur rouge, pour un amour passion, pas long et discret, référence ‘JE T’AIME’.

Autres coloris disponibles sur nuancier, taille adaptée à la demande, devis détaillé.

Possibilité de motif « cœur » : de pierre, d’artichaut, du problème. Un délai supplémentaire est à prévoir pour cette confection sur mesure.

Attention ! La base est piquante et les bords coupants, prendre des précautions au cours de la manipulation. De plus, par leur magnétisme ils peuvent s’amalgamer les uns sur les autres, risques d’embrouilles possibles.

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Cœur Bisounours :

 

Le plus gros de tous, pourtant très léger, tout est dans le volume rempli de creux, eux-mêmes remplis d’air. Particulièrement adapté aux amours Bisounours, celles qui ne durent que le temps d’un épisode et s’inscrivent dans une série. Par sa taille il impressionne, épate, et séduit.

Disponible en une seule taille, et un seul coloris, le rose, couleur ‘Planète Bisounours’. Référence «Quand je ne pense qu’à toi, je ne pense qu’à moi’.

Attention ! Penser à changer l’air de temps en temps, sous peine d’odeurs pestilentielles d’amour en putréfaction.

 

 

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Voici donc les produits disponibles, mais si vous en voulez encoeur, le catalogue s’étoffera ….

Oxymores Photosémantiques V2

Le message se brouille, de lettres mal choisies, mal menées, en signes qui dessinent des perspectives trompe l’œil. Et sur le métal froid les cœurs lames de couteau poignardent l’espoir et mettent le feu aux sentiments. Aux dernières nouvelles, pas de changement, la haine ça rend toujours c…

Il neige sur l’amour comme des flocons de ‘N’, émotions glaçantes, sentiments givrés. Pour déclarer sa flamme, il faudrait rompre la glace, et c’est déjà une rupture, une mauvaise direction, un non-sens… L’amour, l’Amor, se nourrit d’oxymores…

Amour en Requiem

On s’est aimé tellement si fort,

Qu’on s’en est fait mal au cœur,

Au corps, à l’âme,

Et sont venues les larmes,

Les armes de mots ou de silence,

Les silences de mort.

On a pris l’amour à bras le corps,

On s’est frotté, fritté, très fort,

Ont jailli les étincelles,

On aurait aimé la flamme,

Seulement la flamme,

Mais on a eu le brasier,

On n’a trop rien maîtrisé,

On s’est cramé les ailes, n’est-ce pas ?

Comment de cet amour si fort,

Est né un champ de ruines ?

Le mystère demeure…

On s’est cogné les différences,

Et plutôt qu’elles nous augmentent,

Elles ont fait une soustraction,

L’amour moins la compassion,

Moins l’empathie aussi…

On a multiplié les heurts,

Menant à la division.

Je ne rêvais que d’étoiles,

J’ai vu trente-six chandelles,

Le goût du sang dans la bouche,

Mais plus assez dans les veines,

Trop de pression dans la tête,

La tension en ambulance,

Le chagrin en perfusion.

Quel que soit notre rhésus,

Il faut se faire une raison,

Notre amour est atteint d’incompatibilité.

Une maladie mortelle,

Et je veille à son chevet,

Espérant que sur sa tombe,

Fleurissent les fleurs du pardon,

De l’oubli et de l’espérance,

Et peut-être un jour aussi

Murissent les fruits d’amitié…

(Pour écouter l’enregistrement du texte, cliquez ici)

(Rubrique ‘Sous la contrainte’ : Atelier d’écriture ) 

Elle, par bonheur, et toujours nue

Elle, par bonheur, et toujours nue

Elle, par Bonnard, et toujours nue.

Elle, c’est Marthe, enfin Maria.

Marthe, Maria… 30 ans de vie commune avant que Pierre Bonnard ne découvre, sous la signature de l’acte de mariage, que la femme qu’il peut peindre de mémoire, celle dont il connaît le corps dans les moindres détails, son unique modèle de nue, sa muse, s’appelle Maria Boursin et non Marthe de Meligny ; qu’elle n’est pas une aristocrate née en Italie, mais une femme sans titre née dans le Berry.

Marthe, Maria, leurre des couleurs de la naissance,

Pierre Bonnard, l’amoureux, l’observateur du temps et de ses variations en couleur…

Deux chemins qui se croisent, se rejoignent et n’en feront plus qu’un.

Et un auteur, Guy Goffette, qui peint ce chemin, cet amour, cette histoire, en petites touches de mots qui, mis bout à bout, imprimeront la couleur des phrases. Et toutes ces phrases, harmonieusement assemblées composent un bel ouvrage, comme une toile impressionniste que n’aurait pas reniée Bonnard.

« La couleur est une femme qui se gagne lentement, regard après regard, caresse après caresse. On sait tout de suite que ce sera long, un combat sans cesse recommencé avec la lumière. Et qu’il faudra souvent faire mine de baisser les bras, de quitter le champ et de se retirer dans l’ombre, le silence, la solitude. 

Car il s’agit maintenant de donner des voyelles aux couleurs et que la lumière chante, sur une partition sans fausses notes, pour l’œil qui écoute et se tait. » (p. 73)

« Elle, par bonheur, et toujours nue », de Guy Goffette,

Un livre comme une pépite,

Cent cinquante-et-une pages de bonheur

Pour découvrir ou redécouvrir Bonnard,

Sous la plume libre de l’écrivain.

Libre parce que…

‘La liberté a les plus beaux yeux du monde’, (p. 30)

 

(Merci Dominique pour cette belle découverte)

Pour faire le portrait d’un Géant

D’abord, dessinez des ficelles,

Pour qu’il s’y suspende,

Qu’il se sache soutenu.

Puis dessinez une ville,

Un lieu à sa taille,

Qu’il s’y sente comme chez lui.

Dans cette ville, peignez un port,

Un port d’attache, mais sans ficelles,

Juste un endroit pour amarrer son cœur,

Le temps d’une étape, d’une sieste.

Dans ce port, tracez des quais,

Et sur les quais, des containers,

Qu’importe la couleur, pourvu qu’ils soient accueillants,

Qu’il puisse s’y poser, et s’y reposer.

Puis attendez, patiemment.

Parfois, le Géant vient et revient vite,

Parce qu’il est impatient.

Parfois, ça peut prendre longtemps,

Onze ans, une éternité pour le peintre.

Trois minutes pour un Géant,

Parce qu’il vit dans un autre temps.

Quand le Géant arrive, il faut l’attacher,

L’attacher à nos cœurs, parce qu’ON est attaché.

Et puis, il faut le laisser dormir, il est si fatigué.

Alors, les yeux grand écarquillés,

On gomme les ficelles, et puis tout le bastringue,

On se laisse chambouler.

Et on se remet à l’ouvrage,

On peint le bleu du ciel, l’or du soleil,

Le souffle du vent qui coure dans ses cheveux,

L’écume des vagues, et aussi les embruns,

On écrit la rumeur qui envahit les rues, les places,

La ville entière…

« Le Géant est arrivé, il est revenu »

Si le tableau lui plait,

S’il trouve qu’il est beau,

Alors, à son réveil, il posera sur la toile,

Son regard grave et bienveillant,

Et il racontera son histoire,

Une histoire à dormir assis, sur un container,

Une histoire de Géants…

Et on l’écoutera, bouche bée,

Avec nos cœurs d’enfants…

(Très librement inspiré de Prévert et de son portrait d’un oiseau)

Flamy la puce

Boule de poil de caractère, très attachante, petit moteur ronronnant fort, la Marquise à la robe bleue et blanche est entrée dans la famille il y a longtemps déjà, mais dans ma maison depuis quelques semaines seulement.

J’aurais voulu la ramener chez son ‘Père’, j’aurais tant aimé qu’ils se retrouvent et reprennent leur chemin ensemble. Mais la vie, en s’envolant, en a décidé autrement. Mon Frère a rejoint les étoiles que Flamy scrute, le soir, perchée sur le muret.

Aujourd’hui, elle et moi avions un rendez-vous très important, le premier ensemble chez le vétérinaire.  Identification en perspective, car elle est audacieuse et explore pas mal les alentours, et comme ça n’est pas encore son quartier, j’ai peur qu’elle ne se perde. Pucée, on se donne plus de chances de se retrouver. Mais il faut que la Belle soit assez calme pour le permettre sans sédation. Cela me parait préférable, elle a vécu assez de tourments ses derniers temps, moi aussi, nous n’avions pas besoin de nous en infliger davantage. J’en ai eu les tripes nouées toute la journée, j’avais la trouille de son comportement, que je connais encore bien mal, que j’apprends à apprendre. Les cliniques vétérinaires ne sont pas des lieux de récréation pour les quatre-pattes. Le succès de l’entreprise dépendait de sa réaction à la table métallique du véto.

Ce soir, à 18h15, par le biais d’une micro-puce glissée à son cou, je l’ai officiellement adoptée. Ce soir, j’ai accolé mon nom à celui de Flamy et elle a changé d’adresse.  Tout s’est bien passé, puce injectée sans rébellion, vaccins mis à jour, nous sommes reparties, elle contente de quitter le véto, moi émue de ce bel héritage.

Nous allons poursuivre notre nouvelle vie, la voilà co-propriétaire, avec Bingo, de la maison, et je me demande quand elle pensera à me réclamer, elle aussi, un loyer…

J’espère que le montant n’en sera pas exorbitant….

Mon frère, ce héros.

C’est un bel oiseau avec un gros problème de patte. Le sang ne voulait plus l’irriguer, alors le docteur a réparé, dans l’urgence, parce que la faucheuse rodait. Il a mis un tuyau neuf.

Mais le tuyau s’est bouché.

Alors il a remis un autre tuyau, plus naturel, dans une autre urgence, et la faucheuse toujours tournoyait.

Putain de tuyau, il s’est encore bouché, alors le docteur a dit à l’Oiseau qu’il fallait la couper, cette patte, là, au-dessous de l’articulation. Et qu’il mettrait un bâtonnet, pour que l’Oiseau puisse encore marcher.

L’Oiseau s’est affolé, recroquevillé dans des draps qui n’étaient pas les siens. Sont venus les fantômes, les ombres, les silhouettes rugueuses, les monstres de la nuit. Dans les mains froides du chirurgien, il a bravé la faucheuse qui se réjouissait déjà. Il l’a bravée parce que, ailleurs, non loin, il y avait des océans d’amour et de tendresse qui l’attendaient. Alors il a cherché la force, l’énergie, et a redressé la tête. Il voulait de nouveau marcher, voler, voir le bleu du ciel. Aimer, être aimé, vivre…

Mais le sort s’est acharné, le docteur a dit qu’il fallait encore couper la patte, plus haut. L’Oiseau en a été assommé. Il a baissé la tête, replié ses ailes, tombé le cœur et l’envie de vivre. Son corps est si fatigué… Alors, les océans d’amour et de tendresse ont multiplié les vagues, les déferlantes, exit les 40ème rugissants, bienvenue aux 40ème murmurants, murmureurs de mots doux, générateurs d’énergie vitale, multiplicateurs de douceur…

 

Ce soir, le bel Oiseau a quitté le bloc opératoire, froid, métallique, impersonnel bien que rempli de personnel. Et il a retrouvé des bras aimants, plein de bras aimants. L’Oiseau m’a appris qu’il ne fallait plus vivre au jour le jour, mais vivre l’heure, la minute, la seconde, l’instant. L’instant présent et précieux. Et il force l’admiration par son courage.

Il est fatigué, l’Oiseau, il dort d’un sommeil bien mérité. Et quel que soit son demain, quel que soit le mien, ce soir cet Oiseau a les couleurs du héros, les plumes d’un champion.

Bravo Frérot, merci mon Frère…

Petit Dictionnaire Chat à l’Usage des Humains Version 2017

“La théologie joue avec la vérité comme un chat avec une souris.” (Paul Valery)

“La théologie joue avec la vérité comme un chat avec une souris.” (Paul Valery)

 

Appartement / maison : lieu dont vous êtes locataire ou propriétaire, mais dont le chat bénéficie de l’usufruit, sans aucune forme de contribution financière. Il est à noter que la clause qui oblige l’usufruitier à conserver le bien en l’état, sans aucune destruction, ne s’applique pas avec les chats.

 

Canapé, deux ou trois places : trône de chat au singulier, souvent un peu étroit. Éventuellement aussi salle de réunion du chat avec lui-même, prend alors le nom de « salle du Chat Pitre » sur le modèle des Abbayes, ou ‘salle capitulaire’ où l’humain capitule parce qu’il n’a pas, lui, voix au chapitre.

 

Croquette / pâtée : dîme et gabelle versées dans la gamelle du Shah. La première pour la vénération due au Seigneur depuis que les Égyptiens ont déifié la bête sous le nom de Bastet ; la seconde pour le sel que le saigneur met dans la vie de l’humain. Pas d’impôt sur les cactus des griffes qui piquent, ni sur le chant qui pique les oreilles, c’est une chance.

 

Épaule, nue ou couverte : perchoir pour chat permettant à son regard toute la condescendance qui sied à son statut, tout en lui offrant un point de vue plus large sur l’étendue de son territoire. Sert aussi de reliquaire pour poils perdus, incrustés entre les mailles ad vitam eternam.

 

Lit : surface rectangulaire matelassée dont le centre est réservé au roi, que le lit soit ‘king size’ ou pas, et dont les bords sont réservés à la plèbe dont l’humain fait partie. Se rapproche des notions de ‘Haute Cour’ et ‘Basse Cour’ dans les forteresses miaoudiévales.

 

Miaulement : langue de chat sans beurre ni calories, donc parfaite pour la ligne, en particulier la ligne de conduite de l’humain ainsi régi. Bien que s’exprimant avec des sons différents des langues traditionnelles, elle est aisément compréhensible, facilitée par un apprentissage sur le mode ‘stimulus / réflexe’ et la répétition systématique.

 

Pantalon / bas / collant : griffoir douillet pour chat, douillet dans les deux sens du terme, confortable pour l’un, douloureusement ressenti pour l’autre. Qu’il soit griffé « grande marque » ou pas, il finit toujours marqué de griffes et a, par conséquent, une durée de vie et de présentabilité restreinte et une obsolescence programmée.

 

Rentir : verbe d’origine féline, composer du Français ‘rentrer’ et ‘sortir’ il est employé pour parler de l’hésitation dans la prise de décision au moment fatidique où le portier humain pose la question.

 

Ronronnement : gratification momentanée à l’égard de la main et de l’humain pour récompenser les bons et loyaux services. S’exprime sous la forme de bruits de moteur bien huilé. Sa durée limitée en fait sa préciosité.

 

Sommeil : période de réflexion intensive de sa majesté, activité très accaparante puisqu’elle peut durer 22 à 23 heures par jour. S’accompagne parfois de petits sursauts lorsqu’une idée fulgurante traverse l’esprit du chat.

 

Sortrer : autre verbe d’origine féline et de même composition que Rentir (voir plus haut) utilisé dans la situation inverse de la décision non prise du verbe précédent. Je sais, c’est compliqué, mais c’est ainsi que c’est, et cela prend du temps.

 

Traitement, soins : moment de contrariété intense et l’espace devient un ring où s’affrontent le chat et l’humain dans un combat inégal, l’humain n’ayant que des mains quand le chat a des griffes.

 

Visite chez le vétérinaire / rappel de vaccination : contrôle technique annuel du cha(r)t d’assaut pour s’assurer que la bestiole fonctionne bien et pourra continuer à assurer son règne tyrannique.

 

N.B. Les mots  ‘maître’, ‘remerciement’, ‘travail’, ont été définitivement exclus du dictionnaire achadémique pour cause de non-pertinence. 

 

 

Pour écouter la version audio du précédent dico, c’est ici (la mise à jour sera faite quand l’enregistrement le sera aussi) :

http://audioblog.arteradio.com/blog/3047008/la_plume_de_mouette/