Bingo, bricoleur du soir

J’étais en train de bricoler

Lui aussi

On le voit bien, il tient la planche qui me sert à enfoncer des clous

Heureusement qu’il est là pour m’aider…

(il a l’air bien concentré, non ? Moi, évidemment, j’ai du m’arrêter, je n’ai pas pris le risque de donner un coup de marteau sur de si jolies petites pattes…  ) 

Pattes de chat et Chat sur tablette de bois, ton sur ton…

 

Au fil de l’eau, de l’onde amère

Dis-moi 10 mots. Cette année, c’était au fil de l’eau que nous invitait le Ministère de la Culture. Un défi d’écriture et 10 mots à caser. Tout ça, c’était il y a longtemps, c’était au temps ‘d’avant’, d’avant que le temps et le reste ne nous échappent et que l’on ait à tout réinventer… 

Cette année, j’ai participé. J’ai envoyé deux textes, un léger (publication précédente), l’autre  beaucoup moins (publié ici). Et j’ai appris hier que ce texte-ci avait été sélectionné et avait obtenu le premier prix de la catégorie adulte  à la bibliothèque de ma ville. 

Les 10 mots à utiliser : aquarelle (nom) à vau-l’eau (adv.) engloutir (v.) fluide (adj.) mangrove (nom) oasis (nom) ondée (nom) plouf (interj.) ruisseler (v.) spitant (adj.)

Et mon 2è texte, celui qui dit mieux je crois  : 

 

Ils cherchaient un endroit pour les accueillir, un morceau de terre comme une oasis, un lieu pour poser le fardeau de leur vie et en faire une chance. Ils ont pris la mer dans des bateaux amochés, trop chargés, ou trop petits, c’est selon… Ils en ont essuyé, des ondées, des orages, des vagues, des déferlements ramenant à la petitesse de l’humain face aux éléments. Leur malheur devenu fluide, liquide, ruisselait de partout. Quand le ciel était noir de nuages, quand la nuit enveloppait les nues, la mer, et les humains, dans un même drap obscur, les seules étoiles visibles étaient celles qui brillaient dans les yeux des enfants, des femmes, et des hommes qui y croyaient encore. Des étoiles en forme de lueurs d’espoir.

Jusqu’à la vague de trop, l’averse de trop, et le moment fatal où tout part à vau-l’eau et où les êtres glissent vers les profondeurs marines qui les engloutissent froidement. Et quand les ‘plouf’, les ‘splash’, les pleurs et les cris finissent par se taire, c’est que le grand drap obscur est devenu linceul.

 

 

À celles et ceux qui ont tenté leur chance mais à qui la chance n’a pas tendu la main…

Bingo Royal de Gouttière

Ce sont d’abord des cris que j’entends. Miaulements aigus en forme de reproches exprimés d’une voix pointue. Puis apparaissent les triangles. Deux noirs doublés de rose pour les oreilles, un blanc et noir pour la tête, et un minuscule et tout rose pour le museau. Tout autour, des pattes et un petit corps chétif. À l’autre extrémité, une longue queue noire ébouriffée et décorée de toiles d’araignée.

20 juin 2002. Il fait grand soleil dehors, l’été est pour demain. Mais moi j’ai le cœur en hiver et l’obscurité à l’intérieur. Hier, nous avons dit adieu à mon père. Ça fait huit jours qu’il a fait ses bagages pour d’autres rivages, un grand voyage dont il ne reviendra jamais. Mon père, un pilier qui vient de s’effondrer. Et moi avec.

Du coup, cette petite vie qui s’est cachée dans une dépendance de la maison de mes parents, je la cueille comme un cadeau. Mon père aurait adopté ce petit chat, je le sais. Et moi je vais en prendre soin. Je le ramène donc chez moi. Mais chez moi, c’est un appartement, au cinquième étage, sans balcon. Adopter Sieur Chaton, c’est lui donner de l’amour, des soins, à manger, subvenir à ces besoins mais… c’est le priver de liberté. Et l’idée m’est très difficile.

Alors j’en propose l’adoption à un couple d’amis qui a une très grande maison, un grand jardin, une multitude de coussins, des canapés, des lits, et des genoux accueillants, et des mains caressantes. Et surtout, cette maison offre la liberté via une chatière. C’est là qu’il sera nommé Bingo. Et moi je continue à le voir plusieurs fois par semaine.

2003. La canicule puis le crabe ont invité la faucheuse chez ces amis. Entre temps, j’ai déménagé et je suis passée d’un appartement à une maison, avec petit jardin et aussi chatière, coussins, lits, canapés, genoux aussi, bien sur, et mains caressantes. Bingo est donc venu vivre avec moi. Et depuis, j’habite chez lui.

2020. Bingo est là, tout près, tandis que moi j’écris. Le véto avait estimé qu’il était né ‘+ ou – le 5 mai’, il a donc dix-huit ans aujourd’hui. Il fatigue un peu, un peu plus chaque jour. Il y a quelques temps déjà qu’il n’a pas fait le cascadeur dans le pommier. Cela fait dix-huit ans qu’on s’accompagne, qu’on s’aime, et que l’on partage l’essentiel. Ça n’est pas rien, c’est un sacré bout de chemin, et il n’est pas un matin sans que je le remercie d’être là. Encore.

Ah, j’ai oublié de vous dire, c’est un Royal de Gouttière.

18 ans, ça en fait des photos aussi… Difficile de choisir… 

(ps : dès que je retrouve des photos de lui tout petit, je les scanne et les publie).

Bergame 18 04 19 et 20

Le funiculaire déverse son lot d’habitants, d’employés, ou de visiteurs qui se dispersent.

Chacun son chemin, son restau, sa terrasse, son église ou sa petite place, chacun son truc.

Puis les ruelles reviennent à la lenteur et au silence de l’après déjeuner, du temps des siestes.

C’était il y a un an,

C’était après Milan,

C’était Bergame et ses hauteurs.

Ici tout invite à la rêverie ou à la contemplation.

Les points de vue sur la ville basse,

Les façades des maisons,

Les jardins qu’on entrevoit,

Les portes que l’on a envie de pousser,

Que l’on pousse parfois,

Pour découvrir un patio ou un cloitre.

Et puis la vie derrière les volets clos.

La vie, oui.

Les murmures puis les bruits qu’on retrouve sur les places,

Les cris et les rires installés aux terrasses,

Des glaces en plein soleil,

Mille parfums.

Et mille autres douceurs.

La ville inspire, expire, chuchote, s’agite…

Et vit.

Et puis…

Bergame 2020

C’est le silence en ambulance,

Et les ruelles en peine,

Les murs qui suintent le chagrin.

Et les maisons désertées.

Combien de visages croisés hier,

Peuvent aujourd’hui sourire encore ?

Il semblait faire bon vivre à Bergame,

Et puis… une saleté de virus.

Alors j’espère que cette ville se relèvera,

Plus forte et fière,

Plus solide et solidaire…

 

 

Bavardage Oiseux

Ça fait mal ? demanda l’Accenteur Mouchet.

Très, répondit la Grive Musicienne, c’est comme une fulgurance qui te transperce le torse et t’ôte la vie, ou tout au moins un morceau de ta vie, pour la donner à je ne sais qui, je ne sais où. Ça éblouit les yeux et aveugle, le temps d’un éclair.

Le merle, à l’écoute, ricana dans son coin. Madame Grive en faisait toujours un peu trop. Là encore, elle tentait de se faire mousser, prétendait avoir vécu toutes les guerres et échappé à tous les dangers. Il savait bien lui, Monsieur Merle, que ce que les humains appelaient ‘appareil photo’ ne produisait ni feu ni flammes, et se contentait de capturer une image, un instant, une pose, un sourire. Les humains entraient ça dans l’appareil et le ressortaient parfois sur un bout de papier qu’ils accrochaient dans ce qu’ils appelaient ‘maison’ mais qui n’était qu’un nid, souvent bien encombré. Et dans la maisonnid qui les nourrit, il n’y a ni flash, ni éclair. Madame Grive exagère !

(Si j’ai commis quelques erreurs d’identification des oiseaux qui font salon dans mon jardin, n’hésitez pas à me le dire, merci)

Le problème qui nous concerne tous – 1963

Exposition Norman Rockwell, Caen 21 septembre 2019

New York, Washington ou Caen, le choix était cornélien…!

Après avoir mis tout dans la balance, le pour de chaque ville, le contre aussi, notre choix s’est fixé sur Caen. Il y a, dans la rue Guillaume le Conquérant, un fromager hors pair que nous n’aurions trouvé dans aucune des villes américaines sus mentionnées. Et puis Rockwell à une heure de route de chez nous, quand même, ça se tente.

Quelques modules d’Art Américain partagés avec une amie très chère ne nous avaient que peu initiées à cet artiste, il était peut-être temps d’en savoir davantage. Et ce fut une belle découverte – ou redécouverte pour certaines œuvres.

Illustrateur bienveillant, féministe, humaniste, homme de cœur et d’humour, cette exposition fut un vrai moment de bonheur.

À Caen, au Mémorial, jusqu’au 27 Octobre 2019. Dépêchez-vous… !

Ailleurs… Loin… Tout près…

Après La Bouille, ses chats noirs et ses eaux captivantes, la route du retour recelait d’autres surprises…

Sous la voute changeante, de nuages chargée, bleue mais pas que, les couleurs s’offraient sans réserve.

Vert des champs et des prés, brun de terre, jaune colza, s’exposaient dans une géométrie variable.

J’étais à seulement huit, sept, puis six… dizaines de kilomètres de chez moi, mais je ne reconnaissais rien, je posais un œil neuf sur tous les paysages que me révélait la journée.

Je redécouvrais tout, avec bonheur…

J’étais ailleurs, loin, et pourtant tout près…

 

De l’eau de La Bouille

Le ciel reflétait sur l’eau ses humeurs

Qu’il avait très changeantes,

Ici, un amas de nuages boudeurs

Engrisonnait le fleuve.

Là, les trompettes du vent

Avaient soufflé les cumulus tristes

Mais gardé quelques réserves,

Au cas où… la pluie.

Alors le bleu de ciel reprenait du terrain,

Et la Seine, du vert et de l’outremer.

Elle était haute, la Belle,

Et léchait les parapets.

Elle avait un air de mystère,

Une rondeur grondeuse,

Insondable et dangereuse.

Je ne peux passer sur ces rives,

Sans penser à Léopoldine Hugo

Et son malheureux naufrage.

 

Elle était belle la Seine, ce jour-là

Belle et cruelle un peu…

 

La Bouille, 8 mai 2019