Je vole du temps

Dans cet automne à l’air d’été,

Et cette rentrée si étrange,

Toute en méfiance masquée,

Je vole du temps

Au tracas,

A la tristesse et aux demains sombres,

Et je m’évade.

Je m’offre des mini-vacances,

Le temps d’un jour,

En ailleurs proches

Ou même chez moi,

Parce que le voyage

C’est parfois, souvent,

Un simple changement de regard.

J’enfile des sandalettes,

Du lin et du coton,

Je prolonge mon été,

Et prends quelques acomptes

Sur le bonheur.

L’autre samedi à Pont L’Évêque,

Celui-ci à Honfleur,

Honfleur. Ville d’eau,

Pas en termes de thermes, non

Mais de lavoirs et d’abreuvoirs

De bassins et de mer,

De fleuve et de rivières

De ponts et d’estuaire.

Joli petit port de carte postale.

Les bâtisses qui, comme des cartes à jouer,

Se dédoublent en reflets,

Une façade sur la terre ferme,

L’autre plongée dans l’eau,

Qui frissonne et tremblote,

Au gré du vent.

Brise ou bise qui joue aussi

De la musique

Dans les mâts et les voiles,

Des bateaux chamarrés

Amarrés aux quais.

Ce samedi,

C’était vacances, donc

Comme une avance sur le bonheur,

Parce que la vie, c’est maintenant,

Et que demain… ?

On verra bien…

 

Si vous voulez écouter la version audio, cliquez ici :

 

 

La Porte (9 et fin)

Pour les épisodes précédents, il faut cliquer ici

La gardienne de ce temple n’avait pas envie de céder. Eh bien, elle allait entreprendre autre chose de plus radical comme les mots doux n’avaient point les effets escomptés.

Aussi, elle se transforma en une torche vivante tel un bûcher venu des fonds des âges et qui avait déridé d’un seul coup le bourgeois au visage de l’effroi.

On aurait pu s’attendre à ce que le béotien prenne ses jambes à son cou telle une comète à la chevelure de feu dessinant dans un ciel d’été une future apocalypse pour les terriens superstitieux jusqu’à la moelle des os surtout ceux du fémur.

Il n’en était rien. Planté comme une statue dans le cimetière du Père-Lachaise, la barbe fleurie, le bras gauche levé vers la porte enflammée et le bras droit désignant le fleuve à portée de main, la bouche ouverte vers le néant d’une voix qui s’était réfugiée bien loin dans le fond du gosier, il ne tentait aucune résistance à son sort scellé par son entêtement.

La Porte reconnaissait que l’homme avait du courage en posant comme un ancien sémaphore du rail, ce qui l’avait refroidi un tantinet sur le bord du chambranle.

Mais, il fallait en finir. Alors, par un effet dont la magie elle-même ne comprenait pas ce tour, la Porte avança vers ce têtu bipède pour le rôtir de son impertinence et l’emporter très loin dans les méandres d’un enfer dont le nom était tabou si ce n’est que personne n’était revenue pour le chanter voire le dire ou bien l’écrire tout simplement pour informer le commun des mortels.

Ainsi la Porte et le Bourgeois ne faisaient qu’un dans les flammes…

 

(texte de Max-Louis/Iotop)

 

(Merci beaucoup à Max-Louis – Iotop pour ce partage d’écriture, j’ai aimé faire ce ‘porte à porte’ à quatre mains)

La Porte (5)

Pour lire les épisodes précédents, cliquez ici

Aussi se dit-il qu’il est possible de soudoyer cette grande biche de porte qui n’avait pas l’air qu’elle devait avoir ni le tempérament trempé dans le bénitier avant la prière et par déduction l’âme tendre mais affûtée comme le rasoir du barbier de la place et dentiste de belle renommée qui endormait ses clients par un genre de sérum alcoolisé maison.

À ses réflexions qu’il approuve avec lui-même, le Bourgeois revient à la charge avec une nouvelle tactique celle de l’endormissement à plusieurs paliers tel le plongeur en apnée qui a une certaine profondeur perd la notion du temps accédant à l’abyssale abstraction du soi dont le corps n’est plus qu’une onde informe et déstructurée par effet de l’émotion intrinsèquement déployée dans la plénitude du mystère de l’existence en tant que mammifère terrestre…

Et, il s’engage pour un nouveau round après avoir pansé ses deux doigts de la main gauche dont la douleur vivace s’éternise comme un enfer qui ne dit pas son nom mais brûle la chair en des picotements à la pivert.

— Ainsi vous n’êtes pas de chêne ?

— Je peux dire que j’ai le ventail sensible à qui sait apprécier mes ferrures…

— Vos atours ?

— C’est cela même…

— Je ne veux en aucun cas être votre heurtoir mais seulement un passager de votre seuil comme une feuille de printemps à la couleur du montant de votre teint automnal et ô combien charmant.

— Flatteur…

— Mon intention n’est-il pas de vous séduire pour entrevoir entre vous et moi… une ouverture ?

— Si fait, si fait… mais, n’en faites point trop.

— Je vous saurais redevable infiniment si vous me laissiez entrer.

— Vous n’avez que cette idée fixe.

— Fixe et ancrée, car elle y va de ma vie.

— Votre vie vaut-elle une telle amplitude d’obstination ?

— Et vous, très chère, part tous les temps vous résistez comme moi… aussi votre abîme est aussi un peu la mienne ?

— Certes… et si nous convenions que je vous fasse entrer par la petite porte ?

Le Bourgeois aux yeux allumés d’espoir, allait-il accepter cette proposition ou bien s’en mordre les doigts… une nouvelle fois ?

Naples

Agenda Ironique Juin 2021 – Sous les toits de Paris

Première participation à l’Agenda Ironique. Le thème en est ‘la langue’ et quatre mots sont à utiliser : chouette, insomniaque, narine, frigoriste. 

Étendue sur le quai de son lit, elle attend le train du sommeil, les yeux déjà fermés, prête pour le départ car souvent ce train arrive sans crier gare.

Huit heures de repos ferme, sans étapes, sans arrêt, voilà ce qu’elle désire, voilà ce qui serait une chouette destination. Devenue insomniaque, les nuits blanches se succèdent les unes après les autres, depuis bientôt trop longtemps. Et demain, demain dès l’aube ou presque, elle doit se rendre à l’université pour y passer ses derniers examens de l’année.

Quelle idée de venir faire des études d’anglais à Paris quand on est russe ? Elle aurait pu choisir Cambridge ou Oxford. Mais vu de Moscou, l’appel de Paris est bien plus fort. Et la langue anglaise n’est, somme toute, qu’un prétexte pour fuir tout ce qui pèse trop lourd dans un sac à main quand on a 18 ans.

Neuf mètres carrés sous les toits du Marais, l’adresse est chic. Chic et chère, certes, mais quelle vue ! Perchée sur le tabouret, en se penchant un peu, elle peut voir la place Georges Pompidou et les gros tuyaux colorés de Beaubourg. En juin, ça devient moins chic, quand les toits de zinc emmagasinent la chaleur toute la journée, et continuent de la diffuser pendant la nuit.

Les couinements du matelas dans le studio d’à côté semblent indiquer que son voisin non plus ne dort pas. La chaleur aussi, peut-être ? Pour un frigoriste, ce serait un comble. Cesser de penser, voilà ce qu’il faut faire pour commencer. Le sommeil se love mal dans les fils emmêlés des divagations de l’esprit. Pas de frigo dans sa chambre meublée, dommage, elle rêve de glace, de froid, de prendre un rail de neige dans les narines.

*          *          *

Vêtue d’un court tutu, chaussée de patins blancs, elle glisse sur la glace avec élégance et légèreté et effectue quelques figures gracieuses au bras de son frigoriste de voisin. Il parle russe aussi finalement. Tous deux font partie de la troupe de Holiday-on-Ice. Dans les gradins, le public les applaudit chaleureusement.

La stridence du réveil torpille son sommeil et perce ses oreilles.

Elle n’a pas assez dormi, tant pis…

La Porte (3)

Pour retrouver l’épisode 1, c’est ici

Et pour l’épisode 2, c’est . 

# 3

La Porte vibra légèrement sur son alignement, gauche, réveillant imperceptiblement le gond à scellement double feuille à l’oreille délicate.

— Des menaces, grand dadais ?

— Il n’est que temps que cette farce s’arrête et que le bon sens reprenne sa ligne de conduite !

— Vous parlâtes pour vous et j’en suis fort aise …

— Vous vous méprenez porte de malheur, prenez garde et faites que mon ordre d’être reçu par le directeur de ce lieu vienne à mon secours !

— Et votre directeur de conscience, il vous dit quoi, béotien ?

— Votre insolence est tout feu tout flamme, il se peut que votre entêtement ne vous gâche la journée !

— Vous faites l’artiste devant moi et regardez toutes ces bonnes gens derrière vous… vous faites carnaval …

— Assez ! assez ! je reviendrais et me ferais force loi …

— C’est cela, c’est cela …

Et d’un pas décidé et jambes enrôlées jusqu’aux mollets toutes font courses vers une légitime demande devant le premier haut fonctionnaire que le bourgeois, tout à sa colère d’être retenu comme un simple valet et risée de la rue passante à la moquerie facile, souhaite entretenir.

Naples

Porte à porte (1)

Avec Max-Louis du blog Le Dessous des Mots ( https://ledessousdesmots.wordpress.com ), nous avons fait un peu de porte à porte, enfoncé des portes ouvertes, balayé devant notre porte… Aventures racontées à quatre mains et en plusieurs paragraphes, dont voici le premier qui a été écrit par Max-Louis. La suite demain, sur son blog à lui avec ma deuxième partie à moi. 

***

*

La Porte était au seuil de sa réflexion que l’on frappe d’un objet genre pommeau de canne bourgeoise sur son panneau chêne sculpté … à la ferronnerie de belles figures.

— ¡Hola! Qu’est-ce ? Voilà t’y pas un bourgeois impertinent !

— «L’aile n’est pas celle que l’on pense»

— Le mot de passe est erroné, veuillez recommencer !

— Comment erroné ?

— Écoute bourgeois, j’ai la fibre végétale sensible aujourd’hui, alors, si je te dis : « Le mot de passe est erroné, veuillez recommencer !», ce n’est pas pour le plaisir.

— Ah ? alors : «L’on pense que l’aile n’est pas icelle»

— C’est mieux, mais ce n’est pas ça.

— «Pense que l’aile n’est pas à la selle»

— Mais ça ne veut rien dire, bougre d’âne !

— Bon Dieu de bois, il faut que je rentre !!!

— Que nenni mon bon, je ne suis pas la première venue à qui l’on conte fleurette, j’attends et j’ai tout mon temps, moi !

 

(à suivre ici, chez Max-Louis)

 

 

 

HaïkuChat

Des Haïkus Chat, parce que c’est comme chat !

 

 

Pour la petite histoire, avant d’arriver à la maison Providence vivait chez un marin-pêcheur qui l’emmenait à la pêche sur son bateau, avant de prendre lui-même une autre embarcation pour une autre rive du monde.

Providence fut donc une mini-navigatrice et il me plait de l’imaginer à l’avant du bateau, figure de proue d’un autre genre…

 

 

Hey, dis-moi le Chat…

Bingo 2002 – 2020 Royal de Gouttière, inspirateur de mots…

Je voudrais savoir, le Chat…

Où tu vas quand tu pars le soir, dans la nuit glacée,

Délaissant ainsi cheminée, coussins, câlins, canapés…

À quoi occupes-tu ces longues heures d’absence ?

Sur quelles nouvelles toitures te mènent tes errances ?

C’est quoi la froidure et la chaleur pour toi ?

Est-ce qu’elles ne te font ni chaud ni froid ?

*

Dis-moi, le Chat…

D’où sors-tu que c’est moi qui fais l’ondée ?

Celle que tu me reproches, miaulements courroucés.

Je ne fais ni la pluie ni le beau temps, voyons !

Je n’ai pas le pouvoir d’orchestrer les saisons.

Ça fait quoi, l’eau qui tombe sur tes poils de soie ?

Pourquoi tu passes autant de temps dessous, parfois ?

*

Explique-moi, le Chat …

À quoi tu penses quand, perché sur le muret,

Silhouette sur fond de lune, tête légèrement penchée,

tu zieutes vers le ciel ce que je ne sais voir.

À quelle constellation racontes-tu des histoires ?

Fais-tu la cour aux étoiles du Poisson ?

Ou bien observes-tu le vol d’un papillon ?

*

Raconte-moi, le Chat …

Comment tu fais pour monter tes jouets à l’étage ?

J’aimerais bien voir ta tête, je souris à l’image.

Est-ce que ton esprit prête vie aux souris toc,

Que chaque nuit, dans la salle de bain, tu emportes ?

Dans quelles batailles furieuses retournes-tu les tapis ?

Es-tu toujours vainqueur de ces luttes sans merci ?

*

Avoue-moi, le Chat …

Comment tu me perçois, moi, soucieuse de ta liberté,

Que tu observes parfois, à travers la surface vitrée,

Moi enfermée, et toi dehors, libre et léger comme l’air

Suis-je comme un poisson dans un bocal en verre ?

Une drôle de bestiole aux gestes étonnants ?

Allez, dis-moi, suis-je un spectacle réjouissant ?

*

J’aimerais comprendre, le Chat…

Ce que je suis pour toi.

Je ne suis pas ton ‘maître’, non,

Les chats n’en ont pas,

Suis-je un animal utile,

Auquel tu tiens compagnie ?

Ou bien suis-je ton tendre chaton ?

*

Je te vois, le Chat…

Tu me regardes, de tes grands yeux curieux,

Tu me comprends peut-être, ou pas, ou juste un peu.

Mais il est clair que, de toute façon,

Tu ne répondras pas à toutes mes questions,

Parce qu’on le sait, si les chats pouvaient parler…

ils ne parleraient pas !

 

(Pour la version audio, cliquez sur le mot, ici )

 

Ce texte a été initialement publié en 2014, et très légèrement modifié aujourd’hui. J’ai eu envie de le republier en hommage à ce cher chat qui a fait un joli bout de chemin avec moi. 18 ans, c’est pas rien…) 

La Bise

Elle était de toutes les fêtes,

En famille, entre amis.

Dans les bars,

les guinguettes

les discothèques,

Elle était au boulot aussi.

Alors comment vivre sans elle… ?

Elle était partout,

Et puis, elle est partie…

Nul ne le sait où,

Depuis des jours,

des semaines,

des mois,

plus d’un an déjà…

Est-ce qu’elle reviendra ?

On n’en sait rien,

Tout dépendra de la conjoncture.

Pourtant c’est notre culture !

Comment faire sans elle ?

Il semble que les voisins y parviennent,

Les gens des autres terres,

Et des pays lointains.

Certains mêmes nous taquinent

Pour ce trait très particulier,

Qu’on échange sans façon,

En toute intimité,

Par deux, par trois, par quatre,

En commençant par la joue gauche ou bien la droite.

De l’eau au moulin des Anglais,

Qui pouffent déjà de nos baguettes, bérets, bidets,

Un ‘b’ de plus, qu’on se le dise,

Et c’est le ‘b’ du mot Bise !

Mais nous ?

Nous, on l’a toujours connue,

On ne sait pas quand elle est apparue,

Dans des temps immémoriaux, c’est sûr.

Jean de la Fontaine la mentionne déjà,

Dans une de ses fables illustres,

Intitulée « La Cigale et la Fourmi. »

Quand il écrit :

« La Cigale ayant chanté tout l’été,

Se trouva fort dépourvue,

Quand la bise fut venue. »

Il parle bien de notre bise !

Et si d’aucuns prétendent qu’il s’agit d’autre chose,

Laissez-les mouliner leurs paroles dans le vent.

On sait bien, nous, qu’il parle de la petite chose rose,

Qu’on pose ça et là sur les joues des ami(e)s

Des parents, et des collègues aussi.

La bise, première victime du Covid,

Se remettra-t-elle de la crise ?

J’en sais rien,

En attendant, il faut trouver un moyen différent

Pour dire le bon jour,

Autrement…

Namasté !

APicADay – Graville, l’Abbaye

Nichée à flanc de colline, dans un écrin vert,

elle dégage un mystère auquel je suis sensible.

La nuit, dans son cimetière, se murmurent des légendes,

des histoires de marchands, de notables et d’affaires.

Et puis on peut aussi y entendre les rires

des enfants couchés là,  qui n’ont pas pu grandir,

fauchés beaucoup trop tôt,

partis beaucoup trop vite.

Et pour qui a les yeux suffisamment perçants,

pour déchiffrer la pierre,  érodée par le vent,

soumise par le temps,

se liront les épitaphes et la douceur des mots,

qu’un jour a écrit l’homme aux multiples talents

cet immense écrivain, qu’on appelait Hugo,

Victor de son prénom…

 

(Il y a entre ma ville et Victor Hugo des liens tissés, parfois lâches, parfois serrés, pas toujours tissés de son plein gré, mais il n’empêche… il a laissé ses traces. Si vous voulez découvrir quelques éléments de cette histoire, voici un article écrit il y a quelques années déjà. )

Jean Valjean, la légende

 

APicADay – La Mer et les Rabbits (et les bateaux aussi)

Là où j’habite, y’a des mini rabbits.

C’est comme des lapins, mais ceux-là sont petits, tout petits, et magiques.

Du matin au soir, ils s’affairent, entre terre, ciel et mer, pour changer le paysage,

comme des machinistes au théâtre changent les décors.

Sur la mer, ils s’en donnent à coeur joie,

un coup un bateau comme ci, un coup un bateau comme ça,

Cargos, paquebots, ferries et bateaux de croisière,

Canots, voiliers, chaluts ou pétroliers,

ça dépend de leur humeur.

Du coup, aller à la plage, c’est aller au théâtre,

en ne sachant jamais quelle pièce on va y jouer…

 

(et puis, à terre, ils font la nique à la superstition qui dit :

« sur un bateau, on ne prononce pas le mot « rabbit » !)

 

Trois anges et un flan

 

J’ai fait un flan. Il me restait des œufs et je ne savais qu’en faire. Quand ça arrive, je fais un flan. Et puisqu’une boite d’ananas trainait dans le placard, j’ai envisagé un flan à l’ananas. En bidouillant plusieurs recettes. Parce qu’il existe des recettes de flan à l’ananas mais toutes ne jurent que par le caramel. Moi je n’ai ni le temps, ni l’envie de faire un caramel. Alors je réorganise les données pour les intégrer dans les possibles de ma cuisine. Occupée à mélanger le sucre et la farine, casser les œufs, les incorporer et verser doucement le lait sur la préparation tandis que l’ananas compotait à feu doux et au sucre de coco, je ne l’ai pas vu venir. Une chanson tarte a fait le siège du capitole de ma tête tandis que je faisais le flan.

« Trois anges sont venus ce soir, t’apporter de bien belles choses… ! «

Est-ce une trace de parfum de Noël qui persiste dans ma cuisine (j’ai pourtant mangé tous les chocolats) ou des réminiscences de l’enfance (je chantais cette chanson, gamine, et la recette de base de mon flan est celle de ma Maman… Souvenir) ?

En tout cas, l’air et le peu de paroles dont je me souviens se sont invités du début à la fin, de la préparation à la cuisson.

Et voilà que la phrase ‘car le bon dieu au fond du ciel bleu’ tournicote dans mon cerveau, entrechoque mes neurones, et me titille… Pourquoi préciser ‘le bon dieu’ ? Y aurait-il un ‘mauvais dieu’ ? Est-ce que le ‘mauvais dieu’ c’est celui des autres ? Et le ‘bon dieu’ le nôtre ? Le nôtre à qui, d’ailleurs, puisque ma tête chante cette chanson alors que je suis athée et que j’ai rangé tout dieu au placard (largement derrière la boite d’ananas) depuis que je suis en mesure de ranger ces affaires dont je n’ai rien à faire. Si dieu est amour, est-ce que l’expression ‘bon dieu’ n’est pas un pléonasme ? Une redondance ? Et c’est alors que la ‘coccinelle, demoiselle, bête à bon dieu’ vient mettre la deuxième couche. J’ai éteint le four, le flan était cuit, et j’ai quitté la cuisine sur ce syllogisme.

Si l’amour est aveugle,

Et si dieu est amour,

Alors dieu est aveugle.

C’est peut-être parce qu’il ne voit pas bien qu’il n’est pas toujours bon et laisse les hommes commettre des horreurs en son nom.

Le flan, lui, était bon…

 

Si vous voulez, vous aussi, cuisiner dans ces conditions, voici la chanson en question pour envahir la tête…

Du marronnier au sapin – édition 2020

Texte d’atelier d’écriture sur le thème ‘Clichés et Poncifs’, publié il y a quelques années, et tout juste remanié.

sujet : Rédigez un article de presse contenant au moins dix (peut-être quinze ?) des vingt-deux « clichés » proposés (voir liste sous le texte)

Ça y est, une fois de plus nous y sommes.

Aux quatre coins de l’Hexagone, mais pas seulement, on chante ‘Il est né le divin enfant’.

Et l’on s’apprête aussi à fêter l’année nouvelle, dès le réveillon de la Saint Sylvestre.

Fêter les Sylvestre après avoir contribué à la déforestation pour déguiser un sapin en arbre à lucioles domestiques, c’est un comble, mais le comble ne connaît pas la crise, lui.

Une légende dit que le 25 décembre, Jésus crie, comme crient les enfants à la naissance.

Enfin il cria, c’était il y a plus de 2000 ans.

Rassurons-nous, cela ne fait pas tant d’années que nous célébrons une naissance dont aucun registre d’Etat Civil ou paroissial ne fait mention. Non. Il n’y a pas si longtemps que Souverains Pontifes et poncifs souverains se pressent à l’occasion sur la Place Saint Pierre de Rome.

La date du 25 décembre fut choisie pour faire la nique à une fête païenne en l’honneur du solstice d’hiver. Le paganisme ne passera pas, na ! Ainsi en décidèrent les hautes autorités qui invitèrent les marabouts et autres druides à revoir leur copie et leur calendrier festif.

Et, petit à petit, le monde christianisé fut invité à passer de la célébration de la nuit la plus longue, et peut-être la plus ardente sous les couettes et duvets, à la célébration de la naissance d’un bambin pur produit de l’immaculée conception. Ce nouveau concept, pavé dans la mare, virage abrupt, finit par s’installer et par remplacer la grivoiserie du Solstice. Mais dans ce hold-up sur calendrier, on se demande à qui profite le crime ?

A l’Eglise catholique, bien sûr ! Car dès lors Jésus a eu le vent en poupe et a pu jouer dans la cour des grands, ses représentants aussi.

Pourtant, quelques siècles plus tard, cette tradition fit grincer des dents une autre religion et le dieu Dollar. Les marchands du temple de la consommation voulurent, eux aussi, leur part de galette, au beurre ou à la frangipane. Alors ils bottèrent en touche et mirent tout en œuvre pour renverser la vapeur en leur faveur.

Ainsi, à la croisée des chemins, un bonhomme tout de rouge et blanc vêtu, aux couleurs d’une célèbre marque de soda, vola bientôt la vedette à l’enfant Jésus, et dès lors les autres enfants devinrent rois. Adieu foi et religion, bonjour foie gras et dindons. Les sourires des enfants furent pris en otage par les requins de la finance qui constituent la partie émergée de l’iceberg de paquets cadeaux.

L’ironie de l’histoire, c’est que le vieillard caracole en tête des personnages associés à Noël, alors que tout le monde sait qu’il n’existe pas. Et, cerise sur le gâteau, ses temples se remplissent de plus en plus le dimanche, tandis que les églises, le même jour, se vident.

Quoi qu’il en soit, la balle est dans le camp des consommateurs. Ils sont attendus au tournant. Selon la ferveur de leur foi et de leur croyance, le monde peut s’enfoncer dans la crise, ou connaître une nouvelle croissance. En cette période tumultueuse, le risque zéro n’existe pas.

Enfin, je ne vous apprends rien, avec la multiplication des médias, les images ont fait le tour du monde.

Une affaire à suivre … l’année prochaine, à la même période !

De Flo G., envoyée spéciale sous le sapin, pour le Grincheux Magasine.

 

Clichés et Poncifs à utiliser

« la cerise sur le gâteau »

« le vent en poupe »

« grincer des dents »

« la cour des grands »

« un pavé dans la mare »

« la croisée des chemins »

« caracoler en tête »

« l’ironie de l’histoire »

« revoir sa copie »

« attendu au tournant »

« ne connaît pas la crise »

« la balle est dans le camp »

« botte en touche »

« la partie émergée de l’iceberg »

« renverser la vapeur »

« les quatre coins de l’Hexagone »

« à qui profite le crime »

« s’enfoncer dans la crise »

« le risque zéro n’existe pas »

« une affaire à suivre »

« ces images ont fait le tour monde »

Finalement, ils y sont tous !

 

APicADay – A l’Heure de la Nuit

La nuit a commencé tard, ou tôt, je ne sais plus. Je n’étais pas là. J’étais à Oran, absorbée dans les tourments de la Peste, hypnotisée par les mots de Camus et la force de son écriture,  embarquée au navire de ses réflexions, attristée par le naufrage des vies… La Peste est partie. Mais peut-être pas très loin. Et peut-être pas pour longtemps…

Et voilà, ce fut la nuit, et je n’ai pas vu la fin du jour pointer, je n’ai pas perçu que APicADay allait bientôt être périmé pour le 8. Alors une nuit à Renne ou à Tour ou encore à Rouen,  je ne sais plus, pour tenter de retenir la  nuit, comme Johnny, ou le jour, comme… ? Je ne sais pas, comme nous tous le week-end, peut-être…? Retenir le samedi, retenir le dimanche, faire barrage au lundi et à tous ses followers ? APicADay du 8 décembre postée le 8 décembre plus 2 heures. Parce que c’est la nuit, que tous les chats sont gris, aussi…

 

 

Au fil de l’eau, de l’onde amère

Dis-moi 10 mots. Cette année, c’était au fil de l’eau que nous invitait le Ministère de la Culture. Un défi d’écriture et 10 mots à caser. Tout ça, c’était il y a longtemps, c’était au temps ‘d’avant’, d’avant que le temps et le reste ne nous échappent et que l’on ait à tout réinventer… 

Cette année, j’ai participé. J’ai envoyé deux textes, un léger (publication précédente), l’autre  beaucoup moins (publié ici). Et j’ai appris hier que ce texte-ci avait été sélectionné et avait obtenu le premier prix de la catégorie adulte  à la bibliothèque de ma ville. 

Les 10 mots à utiliser : aquarelle (nom) à vau-l’eau (adv.) engloutir (v.) fluide (adj.) mangrove (nom) oasis (nom) ondée (nom) plouf (interj.) ruisseler (v.) spitant (adj.)

Et mon 2è texte, celui qui dit mieux je crois  : 

 

Ils cherchaient un endroit pour les accueillir, un morceau de terre comme une oasis, un lieu pour poser le fardeau de leur vie et en faire une chance. Ils ont pris la mer dans des bateaux amochés, trop chargés, ou trop petits, c’est selon… Ils en ont essuyé, des ondées, des orages, des vagues, des déferlements ramenant à la petitesse de l’humain face aux éléments. Leur malheur devenu fluide, liquide, ruisselait de partout. Quand le ciel était noir de nuages, quand la nuit enveloppait les nues, la mer, et les humains, dans un même drap obscur, les seules étoiles visibles étaient celles qui brillaient dans les yeux des enfants, des femmes, et des hommes qui y croyaient encore. Des étoiles en forme de lueurs d’espoir.

Jusqu’à la vague de trop, l’averse de trop, et le moment fatal où tout part à vau-l’eau et où les êtres glissent vers les profondeurs marines qui les engloutissent froidement. Et quand les ‘plouf’, les ‘splash’, les pleurs et les cris finissent par se taire, c’est que le grand drap obscur est devenu linceul.

 

 

À celles et ceux qui ont tenté leur chance mais à qui la chance n’a pas tendu la main…