« M », variations sur une lettre-thème : Rupture…

Mon chéri,

Je pars travailler, un petit mot pour te dire que :

– j’ai sorti la poubelle, pourrais-tu la rentrer ?

– j’ai nourri le chat, les poissons rouges aussi.

– et arrosé les plantes, elles en avaient besoin.

– ta mère et ta sœur ont tenté de te joindre, une urgence, apparemment. Il faut que tu les rappelles.

– j’ai mis le lave-vaisselle en route,

– tu as rendez-vous à 15 heures chez le coiffeur, n’oublie pas.

– le robinet du lavabo fuit, je pense qu’il faudrait changer le joint.

– je ne peux pas acheter le pain aujourd’hui,

– j’ai fait de l’houmous, il est au frigo,

– il ne faut pas m’attendre pour dîner,

– je ne rentre pas à la maison ce soir,

Ni demain

Ni jamais,

Je suis partie, je pars.

 

Adieu mon chéri

 

P.S. : n’oublie surtout pas d’acheter du pain aujourd’hui.

Et demain,

Et tous les autres jours …

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L’éternité, c’est loin…

 L’éternité c’est loin…  L’éternité est située à …. Pffiou ! Je ne sais pas combien d’ici mais loin, très… …

Tellement loin que personne n’a encore eu le temps d’en revenir pour nous dire comment c’est.

Par conséquent, personne ne sait à quoi ça ressemble vraiment …

Comme un point dans l’espace qui file, qui file toujours, ouvrant le couloir du temps qui nous laisse derrière…

Nul n’en connaît la fin. On ne peut que l’imaginer, chacun à sa manière, chacun à sa propre échelle…

 

… mais l’instant, lui, est là.  Enfin, il y était, le temps que je le nomme, ou l’écrive, il est déjà passé, il ne reviendra plus.

Il faut accueillir le suivant, puis l’autre, puis l’autre…. C’est bon d’en profiter…

Sourire. Sourire à la vie pour qu’elle nous sourit, que l’instant nous cueille dans cet état-là. Pas le temps d’analyser l’instant pour savoir s’il mérite un sourire, il est déjà parti…

Il faudrait alors analyser le suivant, et ainsi de suite, indéfiniment…

S’ouvrir. A l’air, au vent, à l’instant qui est, à celui qui viendra… Le prendre. Et se laisser prendre aussi. S’ouvrir au possible, aux possibles…

 « L’amour ne veut pas la durée, il veut l’instant et l’éternité. » Et ça, c’est Nietzsche.

 

Montres suspendues

Savoir perdre…

Parce que j’ai de bonnes manières,

Ainsi qu’un bon esprit pratique,

Si vous voulez bien, je suggère

Des œuvres d’utilité publique…

Puisque nous sommes tous, un jour ou l’autre, confrontés à la ‘chose’, tentons de rendre la ‘chose’ utile…

Perdons !  Perdons… Oui mais…

Perdons…

… Nos gants, nos boucles d’oreilles, voire nos chaussures,  ou nos chaussettes, mais perdons bien. Perdons les deux au même endroit. Pensons à l’heureux trouveur, la demi-paire ne sert à rien, il lui faut les deux ! Faisons preuve d’un peu de bonne volonté, et apprenons à bien compter….

 PERDONS NOS GANTS

Perdons…

…Nos clés, mais fixées sur un porte-clés où figure notre adresse ou l’immatriculation de la voiture. Nous ne pourrons plus rentrer chez nous, même à pied, alors ayons la générosité de laisser quelqu’un d’autre y faire son nid douillet.  

Perdons…

… Notre carte bancaire,  le code secret soigneusement gravé au dos, nul doute que cela fera des heureux. Et le bonheur des autres est parfois contagieux, nous nous en rendrons compte, et nos comptes aussi. Le rouge est une belle couleur…

Perdons…

… Pied au Royaume Uni, ou dans le tunnel sous la Manche. Imposons le système métrique, quitte à garder le foot-ball, il y a tant d’amateurs…  Où perdre un pied de nez ? Au milieu de la figure. Quant au pied à coulisse, les coulisses s’imposent. Ainsi les choses seront bien rangées…

Perdons…

…La mémoire dans les trous noirs d’un amnésique, offrons-lui des souvenirs, une vie par procuration. Ou bien… perdons-la aux anniversaires, pour les oublieux, ou près de chez la boulangère, pour rappeler d’acheter du pain… Installons quelques mégas en barrettes, de la mémoire dans d’autres têtes, de la puissance dans le disque dur, et contribuons ainsi à la mémoire collective….

Perdons…

… Du poids, pourquoi pas ? Mais alors en Grèce, les banques ont besoin qu’on les engraisse, après avoir bien dégraisser leur mammouth… Ailleurs aussi, d’ailleurs, on trouvera, le choix ne manquera pas….  Une crise comme une insolence, c’est à y perdre son latin, et son grec, ses racines et celles de la Démocratie…

Perdons…

… La foi, mais perdons la mauvaise, et une bonne fois pour toutes. Si cette émotion négative rencontre celle du trouveur, ces deux moins feront un plus, c’est mathématique. Alors nous nous bonifierons, les uns et les autres. Le phénomène peut se répandre comme de la poudre, et nous ferons alors un monde meilleur, en toute bonne foi.

Perdons…

… Notre sang froid en pleine canicule, soyons rafraichissants. Ou bien auprès d’esprits qui s’échauffent pour leur éviter une surchauffe et un court-circuit. Le sang froid s’adapte bien si on le prend  à chaud.  Alors  refroidissons les sanguins, et faisons-le vite, il faut battre le fer pendant qu’il est chaud.

Perdons…

… Nos illusions, si on en a encore. Mais, là, allons tout de même voir, d’abord, au guichet des illusions perdues. Nous y trouverons peut-être quelques ‘vérités’… Sinon, visons un meeting politique. Nul doute qu’un prétendant au trône sera ravi de les transformer en poudre aux yeux, pour donner l’illusion…

Perdons…

… Notre temps ou notre argent n’importe où ! Ouf, quel vent de liberté !  Tout le monde manque de l’un ou de l’autre, souvent les deux, alors le veinard sera ravi ! Et cela quel qu’en soit le lieu. N’est-ce pas merveilleux de contribuer à rendre les gens heureux ?

Perdons…

… La tête, mais légère, et à corps perdu, avec un amoureux, en tête-à-tête. C’est qu’on en a trouvé un, donc on n’a rien perdu. Et perdre la boule pour un esprit carré n’a rien d’irrationnel, c’est parfois bon sur toute la ligne…

Perdons…

…. La raison au profit du plus fort, on dit que c’est toujours la meilleure, c’est la raison d’état, ça fait une bonne raison. Mais veillons à ne pas perdre les raisons de la colère, et si nous perdons une bataille, ne perdons pas la guerre. Il y a tant de raisons de lever le poing encore… 

Perdons…

… Le Nord, au profit du Sud, apportons de l’air frais et puis un renouveau là où le soleil brule, trop. Pour qu’un jour l’autre ‘hémisfrère’ porte les grains de joie et l’eau de vie.  L’Occident, s’oxydant de tant d’eau gaspillée,  cœur rouillé et complètement à l’Ouest, croit parfois encore qu’il n’y a ‘à l’est, rien de nouveau’.

Cela nous consolerait, nous les loosers d’un moment d’égarement, de penser à l’heureux glaneur d’un jour de chance. Il suffit juste d’y mettre un peu de bonne volonté pour perdre vraiment utile… 

Enfin… Perdons… Perdons… Perdons…

Mais vous perdez votre temps à me lire, probablement,

Pardon.

 

PERDONS NOS CLES

Les affres de l’Amour…

Il pleut des cordes,

J’espère qu’elle est rentrée, sinon elle va être trempée.

Je m’inquiète….

Je ne voudrais pas qu’elle attrape froid,

Elle est si fragile, elle ne s’en remettrait pas.

Je tiens tant à elle…

Elle est entrée dans ma vie comme une ombre chinoise, par un bel après midi d’été.

Elle dans la rue, moi à l’intérieur. Son ombre dessinait, sur le store, chacun de ses mouvements.

Quelle silhouette ! J’en fus tout ébaubis.

Et amusé.

Alors, je me mis à bouger comme elle, à suivre ses ondulations…

Je devais être en phase puisque l’autre, celle qui habite chez moi, a cru que c’était mon ombre à moi qui se reflétait sur le store japonais. Il faudra que je pense à lui parler de la lumière et des chemins qu’elle emprunte, il faudra que je lui apprenne un truc ou deux.

La belle m’a enfin remarqué ! Et il m’a semblé que son ombre me souriait…

Depuis, j’en suis craquadingue, mais elle me fait tourner en bourrique.

Elle s’approche, puis s’éloigne, se donne des airs de Madone, ou des airs de canaille, tandis que moi je l’appelle. Tendrement je l’appelle….

Plusieurs fois déjà je l’ai invitée chez moi, j’ai mon entrée privée, mais elle fait semblant de ne pas comprendre….

J’avoue que ça me gêne qu’elle traine ainsi la rue, ça ne fait pas très sérieux. Mais ça me laisse le loisir de l’observer par la vitre, quand je demande à ma servante de m’ouvrir le store, voire la fenêtre, si le temps le permet…

Elle a beau faire sa pimbêche, je sais qu’elle en pince pour moi. Sinon pourquoi roderait-elle si souvent par là ?

Et moi, je suis fou d’amour, j’ai retrouvé le cœur de ma jeunesse, ça palpite fort dans mon caisson, je frétille, m’émoustille, et danse avec les papillons…

Je m’appelle Bingo,

Je suis un chat, un Royal de Gouttière,

J’ai douze ans, mais je suis encore vert,

Et j’aime, passionnément….

 

Black and White