Le problème qui nous concerne tous – 1963

Exposition Norman Rockwell, Caen 21 septembre 2019

New York, Washington ou Caen, le choix était cornélien…!

Après avoir mis tout dans la balance, le pour de chaque ville, le contre aussi, notre choix s’est fixé sur Caen. Il y a, dans la rue Guillaume le Conquérant, un fromager hors pair que nous n’aurions trouvé dans aucune des villes américaines sus mentionnées. Et puis Rockwell à une heure de route de chez nous, quand même, ça se tente.

Quelques modules d’Art Américain partagés avec une amie très chère ne nous avaient que peu initiées à cet artiste, il était peut-être temps d’en savoir davantage. Et ce fut une belle découverte – ou redécouverte pour certaines œuvres.

Illustrateur bienveillant, féministe, humaniste, homme de cœur et d’humour, cette exposition fut un vrai moment de bonheur.

À Caen, au Mémorial, jusqu’au 27 Octobre 2019. Dépêchez-vous… !

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Au-dessus du Volcan (1)

 

Au-dessus de ce Volcan dont les éruptions sont culturelles, le béton s’anime le soir, pour bousculer un peu la nuit, et les visiteurs aussi…

 

 

Impressions sur/Impression

C’est un petit peu comme si l’enfant prodige était de retour au pays le temps d’un court séjour, après une longue absence. On l’attendait, avec impatience, voire avec ferveur… Alors on se presse pour la saluer, et pour s’émerveiller…

Si chaque matin accouche du soleil sans que l’on n’y trouve matière à palabre, la naissance de ce soleil là fut une toute autre affaire. « Impression soleil levant », l’aube vue du Grand Quai, la lumière, encore hésitante, en reflets troublées à la surface de l’eau.

Et les traces du pinceau…

Impression soleil levant… Impression ? Ben voyons ?! De qui se moque-t-on ? Si les artistes commencent à peindre leurs impressions plutôt que ce qui est, où va-t-on ?

Eh bien…là, justement, vers l’un des mouvements les plus importants de l’histoire de la peinture moderne, un mouvement qui résonne encore très fort… L’Impressionnisme, on connaît tous ou presque, que l’on aime l’art ou pas. Et c’est de ce soleil levant là qu’il a surgi, il y a 145 ans, des pinceaux de Claude Monet…

L’exposition proposée à l’occasion des 500 ans du Havre est un enchantement, un truc à dealer des sourires, et une chance. Une chance de revoir l’enfant du pays, au pays, pendant un court moment…

Et c’est un bonheur en cascade puisque, autour de la pièce maîtresse, sont réunis des artistes magnifiques, des invités de prestige… Friesz, Dufy, Turner, Boudin, Pissarro, Vallotton…, des peintres donc, mais aussi des photographes… Une expo forte en émotion et en vibrations, un festival plein les mirettes, à ne surtout pas louper…

Impression Soleil Levant ? Impressionnant…

(Article écrit pour Agend’Havre et donc publié aussi sur le site ici)

Bons baisers de Gorgonie

Fantastique éruption d’imagination, point de fusion entre le talent et la créativité de Bénédicte Devillers et de Michel Gouteux, la Gorgonie est une terre poétique et onirique, un pays empreint d’humour et de tendresse que l’on peut visiter sans passeport ni visa.

Invitation au voyage, bienvenue chez M. et Mme Gorgô…

 

À propos de M. et Mme Gorgô

Comme le disait si remarquablement Marcel Duchamp, « La peinture ne doit pas être exclusivement visuelle ou rétinienne. Elle doit intéresser aussi la matière grise, notre appétit de compréhension. »

Né d’une rencontre fusionnelle entre Michel Gouteux et Bénédicte Devillers deux artistes d’exception, l’univers onirique et surréaliste de Monsieur et Madame Gorgô, interroge dans la poétique de leurs œuvres cette dimension intellectuelle, en éveillant l’étrange inconnu qui sommeille en nous.

Créant en parfaite symbiose avec Michel Gouteux, qui travaille la structure de l’œuvre, c’est avec virtuosité que Bénédicte Devillers donne corps à la composition en livrant sur la toile tout un univers dans lequel sa palette sensuelle et audacieuse libère des personnages fantasques et singuliers jaillissant d’une société hybride dans laquelle l’espace et le temps n’existent plus.

Ainsi apparaissent dans la cérémonie de l’œuvre de Gorgô, des femmes aux formes voluptueuses et tentaculaires, tour à tour enfantines ou maternelles, des jeunes filles séductrices et maléfiques à la physionomie atypique et ambigüe, avec lesquelles cohabitent des créatures mi-homme-mi animal, aux malformations physiques symbolisant leur immoralité et leurs péchés.

Si la femme demeure fondamentalement présente dans la composition, on ne peut que s’attarder sur la symbolique de la naissance dans la représentation de nouveau-nés dont la posture picturale savamment exploitée par Bénédicte Devillers témoigne de l’éternel recommencement d’un monde, incarné par la présence du flamand rose à l ’esthétisme troublant.

D’une sincérité et d’une plastique picturale prodigieuses, l’œuvre de Gorgô nous raconte des histoires qui bousculent l’émotif et l’inconscient.

Visiter la Gorgonie, c’est tenter de comprendre l’absurde et l’irrationnel qui existe en chacun de nous.

Sandrine Turquier    

Ecrivain – Critique d’art

 

Interview de M. et Mme Gorgô, pour Le Havre TV

 

Cliquez ici  pour aller à l’accueil du Musée Art and Caux, et découvrir ainsi les autres artistes exposés dans mon musée de pixels.

Tandis qu’un petit clic ici vous permettra de voir d’autres œuvres de M. et Mme Gorgo exposées à la Galerie Corinne Le Monnier.

 

 

Elle, par bonheur, et toujours nue

Elle, par bonheur, et toujours nue

Elle, par Bonnard, et toujours nue.

Elle, c’est Marthe, enfin Maria.

Marthe, Maria… 30 ans de vie commune avant que Pierre Bonnard ne découvre, sous la signature de l’acte de mariage, que la femme qu’il peut peindre de mémoire, celle dont il connaît le corps dans les moindres détails, son unique modèle de nue, sa muse, s’appelle Maria Boursin et non Marthe de Meligny ; qu’elle n’est pas une aristocrate née en Italie, mais une femme sans titre née dans le Berry.

Marthe, Maria, leurre des couleurs de la naissance,

Pierre Bonnard, l’amoureux, l’observateur du temps et de ses variations en couleur…

Deux chemins qui se croisent, se rejoignent et n’en feront plus qu’un.

Et un auteur, Guy Goffette, qui peint ce chemin, cet amour, cette histoire, en petites touches de mots qui, mis bout à bout, imprimeront la couleur des phrases. Et toutes ces phrases, harmonieusement assemblées composent un bel ouvrage, comme une toile impressionniste que n’aurait pas reniée Bonnard.

« La couleur est une femme qui se gagne lentement, regard après regard, caresse après caresse. On sait tout de suite que ce sera long, un combat sans cesse recommencé avec la lumière. Et qu’il faudra souvent faire mine de baisser les bras, de quitter le champ et de se retirer dans l’ombre, le silence, la solitude. 

Car il s’agit maintenant de donner des voyelles aux couleurs et que la lumière chante, sur une partition sans fausses notes, pour l’œil qui écoute et se tait. » (p. 73)

« Elle, par bonheur, et toujours nue », de Guy Goffette,

Un livre comme une pépite,

Cent cinquante-et-une pages de bonheur

Pour découvrir ou redécouvrir Bonnard,

Sous la plume libre de l’écrivain.

Libre parce que…

‘La liberté a les plus beaux yeux du monde’, (p. 30)

 

(Merci Dominique pour cette belle découverte)

Picasso et Dora, de Temur Gogia

Artiste Géorgien aux cordes et talents multiples, Temur Gogia inaugure une nouvelle salle du Musée Art&Caux, en cette presque rentrée…

 

Un très bel article sur Temur Gogia par Antoine FISZLEWICZ, pour le salon de l’Association des Arts Plastiques de la Pointe de Caux :

 

Retrouvez Temur Gogia sur son site :

http://www.gogia.sitew.fr/#Accueil_.A

 

Et voici une interview de Temur Gogia à l’occasion d’une exposition du Cercle des Artistes Havrais, en janvier 2017 (à partir de 45:10 jusqu’à 54:40)

Comme un Port d’attache, Didier Antoine

Naître dans un port, grandir dans un autre, ça amarre. Entre Brest et Le Havre, il en a vu des bateaux, des arrivées, des départs, des cargaisons qu’on charge ou décharge… L’artiste Didier Antoine joue avec les couleurs, se jouent des perspectives, comme la mouette joue avec le vent. Il est libre Didier, et ses œuvres le disent bien…

Bienvenue dans son port d’attache, dans un monde en couleurs…

 

Interview de Didier Antoine réalisée en février 2017, un joli moment partagé…

Vous pourrez retrouver Didier bientôt, avec d’autres œuvres, dans le musée Art and Caux, mon musée de pixels dont l’accueil se trouve

Un petit clic ICI vous permettra de découvrir d’autres œuvres de Didier Antoine à la Galerie Hamon.

 

Femmes du Métro, Charlotte Abécassis

Pour inaugurer ce musée de pixels, je vous invite à découvrir le travail de Charlotte Abécassis, dans une série toute en couleurs, délicatesse, et élégance : ‘Femmes du Métro’

 

Charlotte ABECASSIS, par Corinne Le Monnier

Née en 1962 au Havre,

Diplômée de l’École Supérieure des Arts Appliqués de Paris, elle a exposé en Allemagne, à Paris, à Cannes, au Salon d’Automne et créé le Cercle des Artistes Havrais.

Même si dans sa Peinture, elle tient le réel à distance, elle n’en puise pas moins ses émotions dans les lieux chers à son cœur : devenue Parisienne d’adoption, les bords de Seine où la lumière scintille, les berges où il fait bon flâner, le jardin du Luxembourg, terre de jeux de son enfance lui ont inspiré nombre de « promenades »… Mais c’est le Havre qui reste sa « terre promise » : les lumières, les couleurs et les formes à couper le souffle … À chaque séjour, le charme opère avec un autre vocabulaire : le Port et le chant des Sirènes, la mer qui ondule les jours de gros temps ou qui s’adoucit l’Été, l’Architecture aux contours aigus de cette terre Maritime qui respire en profondeur…

C’est la Musique qui guide ses pas et lui donne l’impulsion de la Couleur :

La Palette tantôt feu, tantôt poudre, s’épanche naturellement sur la surface toile ou papier, pour accompagner un sujet naissant… Le personnage reste au centre de ses préoccupations, recueilli souvent dans une nouvelle terre de la Sagesse, le rêve tapi au plus profond de lui-même. Dès lors se superposent des compositions empruntées au Japon ancestral, à la Perse mutique, à l’Orient céleste sous de discrètes harmonies nacrées ou feutrées dans une écriture qui lui est si particulière.

Charlotte dans son atelier :


Un petit clic ici vous permettra de découvrir d’autres œuvres de Charlotte Abécassis exposées à la Galerie Corinne Le Monnier

 

Et un petit clic vous emmènera sur la page du Musée Art and Caux

Une palette et Saint Ex

La journée avait été belle,

La lumière tirait sur le soir, et un manteau de nuage s’apprêtait à recouvrir le jour, pour le protéger de la froidure de la nuit.

Devant la grande fenêtre, le chevalet était placé, et l’artiste entrait dans la danse, un pinceau pour cavalier, et pour piste une toile blanche.

Le Jaune était posé.

Fier de son importance, brillant de tous ses feux, il habitait le support dans toute sa longueur, et sur une belle hauteur. On ne voyait que lui ! À vrai dire, il n’y avait que lui. Il finit d’ailleurs par s’ennuyer un peu, les secondes s’étiraient en minutes.

Il vit, néanmoins, d’un mauvais œil, le pinceau s’approcher, d’un Violet sombre chargé.

Quoi !! On n’allait tout de même pas le faire cohabiter avec cette couleur infâme, impure, née de deux couleurs étrangères ! Pas question ! Le Jaune est une couleur primaire, parfaitement, primaire ! Primaire égale première, principale, primordiale, supérieure, ainsi l’avaient décrété toutes les couleurs primaires. On ne mélange pas les serviettes avec les torchons, les primaires avec les secondaires, faut pas exagérer !

Le Jaune n’eut guère le choix, il n’était pas maître de la situation. Derrière le Violet, le pinceau. Au bout du pinceau, la main. Et dans la main, la volonté. Volonté d’essayer de marier les couleurs, de bien les associer.

Malheur ! Le Violet s’étalait en une couche immonde, qui se juxtaposait au Jaune, semblait le chapeauter, lui fixer ses limites. L’hostilité grondait chez le Jaune, qui mesurait son impuissance, et subissait les coups de pinceau intempestifs sans rébellion possible. Son territoire se réduisait à vue d’œil, et il se sentait menacé d’un mélange impropre qui le réduirait à une masse brune dans le Violet du soir. Couleur devenue inexistante, dénaturée, dépouillée de ses droits, anéantie….

Les yeux pleins d’une colère ardente, il leva son regard vers le Violet pour le défier. Chez l’ennemi, il ne vit aucune animosité, aucune exaspération, c’était un nuage sans tempête. En l’observant un peu mieux, il constata la douceur de la couverture, le moelleux du l’épaisseur. Et puis… finalement, ce Violet le mettait lui, le Jaune, en valeur, en soulignant son éclat. Le Jaune se trouva soudain plus beau, et en sécurité sous cet édredon douillet.

Échange de bons procédés. Après tout, au contact du Jaune, le Violet s’éclairait et gagnait une autre intensité.

Ce Violet, au final, n’était pas bien méchant, il pouvait même s’avérer un allié.

Le pinceau revenait à la charge, cette fois-ci d’Orange chargé. Le Jaune se fit chatouiller le ventre, et puis le bout du nez, et l’Orange vint s’installer en sa demeure. C’était une couleur à la fois familière et étrangère, avec laquelle le Jaune était en cousinage, même si l’Orange avait aussi un peu de sang rouge. Le Jaune était donc en terrain plus connu qu’avec le Violet, et c’est avec chaleur qu’il accueillit l’Orange. Il demandait des nouvelles de la famille éloignée, et tous les pigments jaunes s’empressèrent de lui répondre. Qui se ressemble s’assemble, et c’est avec le Violet au sang rouge que les pigments rouges, eux, s’entretenaient.

Le Jaune réalisa alors qu’il était, par alliance, parent du Violet Il en fut décontenancé, et son animosité initiale se mua en curiosité, et puis en bienveillance.

L’ennui s’était enfui, chacun trouvait sa place, et magnifiait les autres. Nul n’était supérieur, nul n’était plus beau. Et si le Violet était une couleur secondaire, elle était, surtout, une couleur complémentaire. Et solidaire.

Pour couronner l’affaire et éclaircir la composition, la main et le pinceau permirent au Jaune de faire une excursion, dans le Violet clair presque bleu, au-dessus du nuage. Alors le Jaune, en touches, s’élança dans une partie de cache-cache sous des voiles de tulle blanc. Le ciel en résonna de joie.

À présent, les couleurs sont tranquilles, et le soir se referme, comme se referme la palette qui rêve de Saint Exupéry…

« Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente ».

 

toile-coucher-du-soleil



 

 

 

 

 

East Side Gallery, Berlin

Bien sur, on aimerait qu’il y ait moins de monde. Bien sur on aimerait un autre bruit, ou un autre silence. Mais c’est ainsi. L’endroit est populaire, l’avenue large, et les touristes nombreux. Fermer les écoutilles, convoquer Nina Hagen dans ma tête, et faire abstraction de ce qui n’est pas la ville, la vie, le quartier.

Au pied du Pont de l’Oberbaum se déroulent 1300 mètres de mur, restes de la camisole de force qui contraignit une partie de la ville à l’enfermement et à l’isolement. Comme dans un asile psychiatrique où les déments auraient été le personnel, et non les aliénés… Edgar Poe aurait aimé.

1300 mètres sur lesquels des artistes ou des anonymes ont laissé des traces, des empreintes, des rêves ou des cauchemars. 1300 mètres de sentiments exprimés, d’émotions libérées, de mémoire et d’espoir. Des messages, des chiffres, des cris et aussi des soupirs de soulagement. La plus grande galerie à ciel ouvert, touchante, très.

 

 

Il est des lieux que l’on ne traverse pas indemne. Berlin en est un, en particulier dans les traces que l’Histoire y a laissées. Ce mur, que j’ai longtemps cru indémontable, rappelle que si certains espoirs ou rêves exprimé ici ne se sont pas réalisés – la colombe de la Paix s’épuise toujours à voleter ici et là, sans succès., d’autres ont été rendus possibles. Par les Hommes, par la volonté des Hommes, pour les Hommes, et le mur a fini par céder…

 

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

Gertrud : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Anastasia, Musée Juif de Berlin : ici,

Poudre de Berlimpinpin : ici,

voire Le Dôme du Reichstag :  ici,

Street Art in Berlin : ici,

ou Nefertiti, Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

Ne pas bouder Boudin

Samedi 21 mai, Nuit des Musées, je m’en réjouis, c’est beau un musée la nuit…

Direction l’expo Boudin. ‘L’atelier de la lumière’. Il est 22h30, j’espère ne pas me faire refouler à l’entrée pour cause de ‘trop plein de visiteurs’.

Non. Non seulement j’entre facilement, mais je constate que le musée est quasi vide. C’est vraiment étonnant, c’est le lieu privilégié des ‘Nuits’, d’ordinaire, et c’est une très belle expo. Le contexte social actuel y est probablement pour quelque chose. Tant pis.

Tant mieux. Parce que, vraiment, c’est beau un musée la nuit… Et encore plus lorsque l’intimité s’installe avec les toiles, que le silence est choisi, et que l’âme peut s’envoler, vers ces cieux là, vers cette lumière là, dans ce bel atelier…

 

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Scène de plage à Trouville-sur Mer

 

Derrière les fines cloisons où les cadres s’animent on devine la mer, la digue, on sait la ligne d’horizon, et la lune l’éclaire…

Le musée ferme ses portes plus tôt que les autres années, je n’ai pas vu toute l’expo, mais ce que j’ai vu a enchanté ma soirée. Et puis j’y retourne la semaine prochaine, de jour, et dans un autre contexte. Je continuerai…

En sortant, j’ai eu la jolie et touchante surprise de recevoir le catalogue en cadeau, pour finir la visite à la maison, en attendant la semaine prochaine…

Dehors, les bassins, les lumières, l’eau, le ciel où la lune ronde teinte parfois d’orange orage les nuages qui la chatouillent. L’air est doux, le moment aussi…

C’est beau aussi, la mer, la nuit.

 

BOUDIN 1

Si seulement …

 

Elle lui parle, il ne lui répond pas, il ne répond jamais. Elle est venue pour déjeuner là, pour être près de lui. Il ne mange pas, il n’a jamais faim.

 

Elle le regarde.

Occupé à son dernier tableau, il porte sa toile, semble l’embrasser, ses deux bras tendrement affairés autour d’elle. Une pointe de jalousie lui transperce le cœur. Il est si tendre avec son oeuvre.

Il est torse nu, il est beau. Le mouvement entrepris fait saillir les muscles sous sa peau, quelques grains de beauté constellent son épaule, il dégage une force, une puissance, que seule la fragilité de son regard dément. Son visage est de trois-quarts, légèrement incliné. Sa barbe en bataille, fils châtains parsemés d’argent, hérisse son menton. Son nez, fort mais bien droit, se découpe dans la lumière. Elle l’observe attentivement, et à chaque fois qu’elle le dévore des yeux ainsi, son cœur fait des soubresauts dans sa poitrine. Lui, il ne la regarde pas, il ne la regarde jamais.

 

Elle lui parle encore, lui raconte la ville, la mer où elle est née, et où elle aurait tant aimé qu’il l’accompagne, elle aurait adoré lui en faire sentir les embruns, le vent qui fouette le visage. Il en aurait apprécié le ciel, toujours changeant, toujours splendide, même dans le gris du temps. De cela, elle était certaine, les plus grands peintres s’en étaient régalés. Elle lui explique les petites choses de la vie qu’elle aurait tant souhaité faire avec lui. Les marchés en plein air, aux étalages couverts de légumes qu’ils auraient cuisinés à deux. Les terrasses de café, où il faisait bon traîner, les mains agitées de discussions sans fin. Les soirées entre amis, où l’on refaisait le monde, toujours mieux, toujours plus grand… Et elle lui murmure les mots tendres de l’amour qu’il aurait fait ensemble …. Si seulement … si seulement …

 

Elle pose à nouveau les yeux sur lui. La toile s’impose à son regard, pleine de couleurs vives, pleine de couleurs gaies, de mouvements et de fragments d’âme. C’est la vie même qui semble jaillir du cadre.

Alors, elle range la photo dans son sac, essuie machinalement les miettes de sandwich tombées sur la tombe de granit noir, avant de se relever.

 

Elle ne connaît de lui que cette photo montrée par sa sœur, amie de cet artiste qui s’est donné la mort quelques semaines auparavant. Au premier regard, elle était tombée amoureuse de l’homme et de son œuvre. Depuis, elle pleurait celui qu’elle n’avait pas connu, ou connu trop tard et pas de la meilleure façon . Elle pleurait leur amour, mort avant d’avoir vécu…

 

Si seulement il avait su …

Version 2

© 9 juin 2013/25 mars 2016

(Pour écouter le texte mis en voix, cliquez ici)

LIEGE GUILLEMINS

Elle a quelque chose d’aquatique, nez de requin, aileron, ou ventre de la baleine. C’est pourtant avec le vent qu’elle aime jouer, ouverte à l’air du temps qui passe…

Toute en courbes élégantes, brillante comme l’acier, elle engouffre les voyageurs qui vont bon train, pour mieux les régurgiter, quelques centaines de kilomètres plus loin.

La gare de Liège-Guillemins, bijou d’architecture, belle parure de facture moderne, apporte à la ville un nouvel éclat…

 

 

La tête dans le bidon…

Version 2

Vraiment bon ce petit vin blanc. Et léger… Du style à faire marcher un tout petit centimètre au-dessus du sol, tête en l’air, esprit entre ‘dégagé’ et ‘embrumé’. Il n’y a que l’esprit pour connaître ces deux états à la fois…

C’est ainsi que je quittais la boutique d’un ami caviste – mais pas que, avec un bidon sous le bras. Plus précisément, raccompagnée par une âme charitable qui portait le bidon dans ses bras. L’âme aussi a des bras, surtout quand elle est charitable.

Un bidon, que dis-je, un fût ! Un fût industriel, vide fort heureusement. J’ai sept jours pour le décorer. Puis il sera mis à l’entrée d’un magasin du quartier, dans le cadre d’un parcours artistique conjuguant fûts à l’extérieur et expos à l’intérieur.

Un bidon dans mon salon. Une belle surface à découvrir, avant de la recouvrir. Mais comment ? Il me faut d’abord apprivoiser la bête, entrer en communication. Je tourne autour, l’interroge du regard, en vain, elle reste muette. Aller dormir paraît la meilleure alternative.

 

BIDON 1

Au réveil, tardif, la gueule est de bois, et l’esprit plus encombré que dégagé, à l’image du salon. J’avais oublié le bidon ! Son bleu électrique éblouit mes yeux encore ensommeillés. Faire un thé. Prendre son temps. Trouver un fil, une invitation…

Je caresse la surface, pianote du bout des doigts – le son est agréable, puis m’enhardis un peu. Crescendo. Ça percusionne dans mon salon. Alors je pars à l’aventure, vers les Tambours du Bronx, et puis les tamtams de l’Afrique …

L’Afrique…. Continent cher à mon cœur, en voilà un fil conducteur… Me reviennent en mémoire les couleurs des sables que j’en ai ramenés, sables foulés au pied, arpentés, collés aux semelles, comme autant de traces pour autant de chemins. Rendre le fût à la Terre, y imprimer ses couleurs, voilà ce que j’aimerais faire….

BIDON 2

 

BIDON 4

Trouver la bonne colle, sélectionner les couleurs. Badigeonner, saupoudrer, laisser sécher, secouer, vernir, recommencer… Fût à plat, un coté à la fois. Des heures à ‘bidonner’, d’abord inquiète sur le timing, mais contente de relever ce défi. Et d’apprendre. Parce que ça, je n’avais jamais fait.

BIDON 5

Une fois le tour entièrement ‘sablé’, je me suis amusée à exploiter les lézardes nées des différentes applications. Veines de bleus et de verts, comme des semis de lapis-lazuli, malachite ou émeraude, inclus dans des filons d’or. Parce qu’elle est belle et qu’elle est riche, la Terre…

Version 2

 

Voilà ! Mon bidon est parti un jour plus tôt que prévu. Je n’étais pas fâchée de mettre un terme à notre vie commune, il avait transformé ma cuisine en champ de bataille, et mes nuits en courts-métrages.

Ravie de cette expérience, l’urgence a du bon parfois, et contente aussi que le fût subisse les épreuves de la pluie et du vent, sans altérations…

Version 2