Amour en Requiem

On s’est aimé tellement si fort,

Qu’on s’en est fait mal au cœur,

Au corps, à l’âme,

Et sont venues les larmes,

Les armes de mots ou de silence,

Les silences de mort.

On a pris l’amour à bras le corps,

On s’est frotté, fritté, très fort,

Ont jailli les étincelles,

On aurait aimé la flamme,

Seulement la flamme,

Mais on a eu le brasier,

On n’a trop rien maîtrisé,

On s’est cramé les ailes, n’est-ce pas ?

Comment de cet amour si fort,

Est né un champ de ruines ?

Le mystère demeure…

On s’est cogné les différences,

Et plutôt qu’elles nous augmentent,

Elles ont fait une soustraction,

L’amour moins la compassion,

Moins l’empathie aussi…

On a multiplié les heurts,

Menant à la division.

Je ne rêvais que d’étoiles,

J’ai vu trente-six chandelles,

Le goût du sang dans la bouche,

Mais plus assez dans les veines,

Trop de pression dans la tête,

La tension en ambulance,

Le chagrin en perfusion.

Quel que soit notre rhésus,

Il faut se faire une raison,

Notre amour est atteint d’incompatibilité.

Une maladie mortelle,

Et je veille à son chevet,

Espérant que sur sa tombe,

Fleurissent les fleurs du pardon,

De l’oubli et de l’espérance,

Et peut-être un jour aussi

Murissent les fruits d’amitié…

(Pour écouter l’enregistrement du texte, cliquez ici)

(Rubrique ‘Sous la contrainte’ : Atelier d’écriture ) 

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Saisons de plage

Au midi de la plage,

Ou un peu juste après,

Quand la lumière écrit

En bleu et en doré,

Sur le sable et sur l’eau…

 

À l’annonce du soir,

Ou juste un peu avant,

Les noirs se diagonalent,

En ombres sombres,

Et la ville dore

 

Avant que la nuit tombe,

Oui, juste un peu avant,

Les bleus se moirent,

La ville se mire,

Buildings en bracelet

 

Au minuit de mes songes,

Je rêve de printemps,

De prés verts et de coquelicots,

Alors je convoque les couleurs,

Et repeints toute la plage…

 

(4 variations pour une même photo, où j’ai imprimé ‘mes saisons’…)

En trombes

La pluie tombe des trombes,

En pointillés d’éclaircies aussi,

Énormes, les trombes,

Minuscules, les pointillés…

La terre devient boue, gadoue,

Les nappes phréatiques, frénétiques,

Mes poumons tournent branchies,

Ma peau se couvre d’écailles,

Et moi je caille…

Cinq automnes en un hiver,

Mille saisons des pluies

J’ai comme l’impression de vivre

Un film de Cronenberg,

Une Existenz’ moite et glauque,

Sur un petit écran

Un aquarium,

Et moi je suis dedans…

On dit qu’il sauver Nemo,

Mais il faut me sauver des Flo(ts) aussi,

Alors j’en appelle au printemps,

En espérant qu’il m’entende

Et qu’il ne me réponde pas

Au goutte à goutte….

 

 

Les P’tits Bateaux…

 

On avait convoqué les bleus,

Ceux du ciel et de la mer

Des bleus profonds, et puis des clairs,

Et aussi invité Éole avec toutes ses trompettes,

Fallait que ça souffle,

Fallait de l’air dans les voiles,

Et puis le vent en poupe

On avait prié le soleil pour qu’il se montre généreux,

Pour qu’il souligne d’un trait gracieux

Nos blanches falaises,

Tout, on a tout eu !

Coquilles de noix en défilé,

Triangles multicolores

Rails d’écume…

C’est que…

Si on sait accueillir, ici,

On sait aussi raccompagner…

(Départ de la Transat J. Vabre, novembre 2017)

22h22

22h22

Symétrie de chiffres.

Je tourne en rond dans la maison.

Envie de prendre l’air.

Suis resté enfermée toute la journée, prête à sortir pourtant, mais un peu en carafe, un peu oubliée.

Enfiler les bottes, prendre gants, porte-monnaie, téléphone, et clés, et dévaler la rue jusqu’en bas, jusqu’au passage piéton, jusqu’à la T.junction.

Respirer, apprécier la froidure de la nuit en partie débarrassée du vent.

Se remplir les yeux du bleu de minuit accroché au clocher de l’église du quartier, et puis y laisser entrer les étoiles aussi.

Filer. Descendre les escaliers, traverser la place, rejoindre la grande rue, le carrefour, les feux tricolores.

Je me dirige vers un café, pas celui que je fréquente parfois en journée, celui d’en face. Dehors, des fumeurs, frigorifiés mais vaillants. Je traverse un nuage de monoxyde de carbone avant de m’engouffrer dans une atmosphère feutrée, que seuls quelques bruissements de voix meublent.

Un petit crème dans un fauteuil club, et puis, non loin, la mer. Je sais sa présence, là, juste en face, même si je suis à l’abri, même si des vitres nous séparent.

Départ. Retrouver l’air, les embruns, le bruit des vagues qui se fracassent sur les galets encore secoués par les récentes tempêtes.

Je croise une autre femme, seule elle aussi.

Un groupe de jeunes mecs.

Et puis une autre femme.

Sœurs solitaires dans cette urbanité nocturne. Voilà, c’est ça, on ose, on ne se donne pas des airs, l’air on le prend !

Alors c’est ainsi, l’esprit aéré et la lune en tête, que je reprends le chemin, en sens inverse…

Industrielle, la zone

Elle fume depuis si longtemps,

Qu’elle a les poumons encrassés,

La Zone.

Elle est sale, elle pue,

Mais parfois, en nocturne,

Elle se la joue paillette,

Et brille de tous ses ors,

Les spots se font lampions,

Les phares filent en colliers,

Dorés,

Et l’on dirait New York vu de l’Empire State,

Un tout petit New York, certes,

Mais quand même…

 

 

Jambinai

C’était quelque part, au croisement du Punk et de la musique traditionnelle de Corée du Sud. C’était dans un autre espace-temps, une autre harmonie, une autre douceur qui ferraille avec l’acier et le métal. Des cordes comme des prolongements des doigts, et puis du bois avec lequel le corps fait corps… Qui se joue de qui, ? Qui est l’instrument de l’autre… ? Jambinai n’aura pas, ce soir, répondu à ces questions, mais m’aura offert un beau voyage, hors confort et repères,  loin, très loin…

Encore un beau concert, encore une belle soirée…