Carte Postale…

CARTE POSTALE 1

 

Et le clocher, une étoile accrochée à sa pointe, se découpe sur la nuit qui hésite entre chien et loup.

Derrière, l’horizon rougeoie encore des braises sur lesquelles le soleil s’est couché.

Quelques zébrures nuageuses taquinent la pureté du ciel.

Sur les toits, au premier plan, un chat gourmand s’entiche de la lune en croissant, regard fixe énamouré…

Ma rue comme une carte postale, invitation à la contemplation et à la rêverie.

Et l’esprit s’échappe, peu pressé de rentrer.

Qu’importe la fraîcheur de l’air, le vagabondage n’a pas froid aux yeux, et il se joue des kilomètres, rien ne l’arrête…

Les pensées filent le temps, traversent les océans, relient les continents.

Et trottent dans ma tête ces mots, cette chanson …

Universe am I …

Donovan, ‘Universe Am I’

  

 

CARTE POSTALE 2

 

(Pour écouter le texte mis en voix, cliquez ici)

 

© 13 décembre 2013 

Instants suspendus aux Jardins….

Entre Ciel et Mer, entre Ville et Jardins, suspendue dans l’air pastel de ce bleu de septembre, comme un été qui s’achève en douceur, comme une belle promesse d’autres saisons à venir….

Les Jardins Suspendus pour surplomber l’agitation citadine et portuaire, garder l’image mais couper le son, et s’offrir une journée buissonnière, là-haut, sur la falaise, bien plus près des oiseaux….

Recyclage…

Il arrive, dans la vie, que l’on tombe sur un os.

C’est ainsi que, après le repas, au moment de vider les reliefs de mon assiette dans la poubelle, je me trouve confrontée à un problème de taille, sans point commun avec la taille de la poubelle ou mon tour à moi. Non, c’est bien plus grave que ça.

 

Il y a un os.

Là, dans mon assiette. Et je ne sais qu’en faire.

Je mange très peu de viande, et quasiment jamais de viande avec os. Je suis donc bien démunie devant mes quatre poubelles. Où mettre cet importun ?

 

La poubelle ‘déchets courants’ ? C’est celle du dernier recours et je n’y recourre que si, après réflexion, je n’ai rien trouvé de plus adéquat. Au fil du temps et des déchets, on sait, on fait presque machinalement, la poubelle nous tend le couvercle. Mais là, vraiment, cela demande réflexion.

 

Bac à compost

 

Campée devant le bac à compost, j’hésite. Les os sont-ils biodégradables ? Puis-je transformer l’animal en végétal ? Il me semble que non, sinon les catacombes auraient fermé leurs portes, les autres ossuaires aussi. Et les chiens de mes parents n’en auraient pas planqué autant dans le jardin. Les chiens, c’est pas bête, s’il y avait un risque de voir les os se décomposer, ils les cacheraient ailleurs, les mettraient au grenier.

 

Caisse à verre

La caisse à verre ? Le point commun entre l’os et le verre est que tous les deux cassent. Mais, quand ça casse, ça laisse des traces. L’os de mon assiette n’a ni plâtre, ni atèle, ni stigmate de fracture visible à l’œil nu. J’ouvre un placard de la cuisine, en sors la balance ménagère, le mixer, le batteur, le presse-agrume et le presse-purée, l’appareil à raclette, celui à tartiflette, la crêpière, le gaufrier, la cafetière électrique et la cafetière à piston. J’atteins enfin le microscope caché tout au fond. Un examen approfondi de l’os me permet d’affirmer qu’il n’a ni fracture, ni fêlure. Donc, la caisse à verre n’est pas adaptée.

 

Poubelle à recyclage

 

Le bac à recyclage ? Je vérifie la liste de ce qui se recycle. J’y trouve le mot ‘plastique’. Mon os n’est pas en plastique, mais il paraît que si l’on trempe un os dans du vinaigre assez longtemps, il se ramollit et devient caoutchouteux. Voilà une piste intéressante. Si je transforme mon os en os en os en caoutchouc, en tirant un peu sur l’élastique sémantique, je pourrais peut-être me débarrasser de ce déchet bien encombrant en le jetant avec les plastiques. L’assiette plate étant peu adaptée à l’expérience, je sors un récipient propre et mets l’os dedans. Je réalise alors qu’il me faudrait au moins un litre de vinaigre pour que la totalité trempe. Un litre, une bouteille à recycler, l’enjeu ne vaut pas le vinaigre, ça n’est pas écologique. Exit le bac à recyclage.

Poubelle à déchets courants

 

 

Alors je reviens à la poubelle pour déchets courants, presque sure que c’est le meilleur endroit possible. Presque. Parce qu’il me reste tout de même des doutes. Un os, c’est du vivant mort, et dans ‘vivant mort’ il y a ‘vivant’, au passé, certes, mais quelle qu’en soit la conjugaison, le vivant, ça se respecte. Je ne peux me résoudre à laisser cet os qui, somme toute, ne m’avait nullement manqué de respect, côtoyer les pots à yaourt, les mégots de cigarettes et le papier d’emballage de la viande après décès mais avant cuisson. Non.

 

Le problème est cornélien, et moi je n’ai pas de chien. Un chien pourtant aurait bien fait l’affaire. Je n’ai qu’un chat, et il ne mange pas d’os.

 

Je suis désespérée, je ne sais plus quoi faire.

Et soudain mon esprit allume la lumière. Maintenant je sais.

 

Équipée d’une pelle et d’une pioche, je m’en vais creuser mon jardin, à la lampe torche. Je vais y enterrer mon os.

 

Voilà, c’est fait.

Avec une pince à linge en bois, je fabrique une croix, comme lorsque j’étais enfant et que j’enterrais oiseaux et coccinelles. Avec un stylo à pointe fine et encre indélébile, j’inscris : ‘Ci gît Saturnin, cuisse de canard malchanceux. Repose en paix’. Sur la petite tombe, je dépose une bougie en espérant que l’âme de mon os s’envole au ciel. Je me sens apaisée, consciente d’avoir fait mon devoir….

 

Voilà, maintenant je vais aller ranger la balance ménagère, le mixer, le batteur, le presse-agrume et le presse-purée, l’appareil à raclette, celui à tartiflette, la crêpière, le gaufrier, la cafetière électrique et la cafetière à piston, le microscope, la torche, la pelle et la pioche … Demain matin, je vais chercher un chien. Et la prochaine fois que j’ai envie de manger de la viande, j’achèterai un steak, parce qu’il n’y a pas d’os dans le bifteck.

 

Si vous voulez écoutez le texte mis en voix, cliquez ici.

 

Je ne suis pas si grande que ça …

J’ai froid.

Je suis soumise au vent, au vent du temps qui passe, et à l’humidité du fleuve qui s’écoule en un ruban sombre, à un jet de pierre d’ici. Les pieds toujours mouillés, je grelotte, je m’enrhume. Et si parfois je rouille, très souvent je dérouille sous l’assaut des bourrasques. J’ai cru parfois mourir, victime de la grippe des tempêtes ou de la grippe aviaire.

Jamais il n’est venu à l’idée des hommes de me couvrir un peu. Quelques couches de peinture glycérophtalique, comme de la poudre aux yeux, c’est tout ce dont je suis parée. Seul l’hiver, parfois, me couvre d’un manteau de neige. Si l’intention est bonne, le résultat n’est pas à ma hauteur, je suis glacée. Mais il paraît que je suis belle, toute d’éphémère blancheur vêtue.

 

J’ai peur.

C’est mon lot toutes les nuits, dès qu’on me laisse seule et que l’on éteint mes lumières. Seule la Lune m’éclaire. Elle pourrait me regarder avec condescendance, mais elle ne le fait pas. Elle est ma confidente, elle écoute mes peines avec bienveillance. Elle me rassure, elle me protège. Elle connaît mon chagrin d’avoir perdu mon père, Gustave c’était son nom, de moi il était fier. Il voulait que je sois la plus grande, que je sois la plus belle, il m’attendait avec impatience pendant ma réalisation.

Dans la journée, je joue avec les tout petits oiseaux, ils viennent me chatouiller et moi je les abrite, je suis leur deuxième nid, leur résidence secondaire. Mais souvent à l’aurore, ou bien au crépuscule, il y a des volatiles, pas du tout minuscules, qui viennent me harceler. Corbeaux croassant en résonances métalliques, ou mouettes rieuses riant de mes fils électriques, ils se moquent de moi, eux ne me trouvent pas belle. De leurs becs pointus ou crochus, ils viennent me torturer, s’amusant de l’effroi qu’ils réverbèrent en moi.

 

J’ai honte.

J’ai honte d’être exposée ainsi à tous les regards, dans ma nudité de métal. Je suis examinée sous toutes les coutures, on me touche, me caresse, tant de mains inconnues, tant de langues qui parlent de moi et que je ne comprends pas. Plantée comme une idiote sur cette grande esplanade appelée ‘Champ de Mars’, réveil au son du cor des écoles militaires. C’est un affront pour moi, je ne suis pas guerrière.

Quand on m’a dit ‘Paris’, j’ai presque sauté de joie. Je m’imaginais bien sur les hauteurs de Montmartre, entre Moulin Rouge et Sacré Cœur. J’aurais posé pour les artistes, les peintres m’auraient mise en couleurs, j’aurais été un modèle de sagesse. Mais les deux bâtiments ne voulurent pas de moi, prétextant que je leur ferais de l’ombre…

Alors je me pris à rêver de Notre Dame et son joli parvis mais il n’en fut pas question, la Dame Nôtre à elle seule, signa une pétition.

C’est ainsi que l’on décida de me mettre en scène sur les bords de la Seine, comme une vulgaire catin, une fille à soldats.

 

J’ai froid, j’ai peur, j’ai honte…

Tous ces humains me qualifient de Grande Dame, ou de Belle Dame. Ils oublient que, à l’échelle des autres monuments, Muraille de Chine, ou Pyramide de Gizeh, je suis encore toute jeune, je ne suis qu’une petite fille …

 

TEXTE TOUR EIFFEL

 

 

 

(Ré-écriture d’un texte publié dans le cadre des journées du patrimoine 2013, à propos de Dame Tour Eiffel)

Et dormir près des éléphants…

ELEPHANT 1

Il y a des voyages,

Qui espoirent une vie,

Découvrent des paysages,

Aux yeux, comme des caresses,

Et qui nourrissent l’âme

Pour mille ans à venir.

Et dormir près des éléphants…

Il y a des bords de route,

Où l’ombre qui s’étire,

Est celle d’un mastodonte,

Aux oreilles immenses,

Au nez fini en trompe,

Et aux yeux tout petits.

Et dormir près des éléphants…

Il y a des forêts,

Aux luxuriants feuillages,

Pelages en camouflage,

Pour mieux se protéger,

Et où glissent les serpents,

Silencieusement.

Et dormir près des éléphants…

Il y a des maisons rondes,

Qui ressemblent à des cases

Toits, de chaume vêtus,

Ouverts en leur centre,

Pour regarder la lune

Et aussi les étoiles.

Et dormir près des éléphants…

Il y a des nuits longues,

De sommeil en vacances,

A l’écoute de la vie

Des bruits de la nature,

Et des barrissements,

Là derrière le mur…

Et dormir près des éléphants…

Il y a des sourires,

En croissant sur ma bouche,

Tandis que le sommeil

Enfin rejoint ma couche,

Je suis bien, là, je dors

Tout près des éléphants…

ELEPHANT 2

Tranches (de vie) Napolitaines, 3è jour : Et la nuit écrasa l’aube…

TN3 NUAGE ROUGE

Flavius n’avait pas fermé l’œil de la nuit. En ce matin du 24 aout, le soleil était au bord du monde, prêt à l’inonder de sa bienveillante lumière, quand il entendit Arria rentrer. Il alla la rejoindre dans sa chambre où une servante baillait tout en la défaisant. Flavius congédia cette dernière d’une voix sourde, colère contenue…

Dans l’air, flottait l’odeur de la rose de Paestrum dont se parfumait le Consul Cornelius, une essence précieuse, coûteuse, que Flavius s’offrait parfois et que le Consul pouvait utiliser, lui, tous les jours. Et les nuits aussi…

Son épouse lui faisait face, il se mit à gronder « D’où viens-tu ? Dans quels bras as-tu passé la nuit, trainée ? » Sous l’insulte, les yeux noirs d’Arria se mirent à lancer des éclairs. « Tu sais très bien où j’étais, et tu sais aussi ce qu’il peut t’en coûter de me traiter ainsi ! »

Riche commerçant, Flavius ne pesait cependant pas plus qu’une plume dans la balance du pouvoir. Et il avait besoin de la protection du Consul. Sa femme savait le lui rappeler…

Mais il était trop fatigué, ce matin-là, pour contrôler la colère qui le dévastait, alors il éclata. « Par Jupiter, que Vulcain te foudroie sur le champ pour ta trahison ! »

TN3 VESUVE

 

Soudain, la terre se mit à trembler, le Vésuve, lui non plus, ne contenait plus sa colère et le feu qui brulait en son ventre… Et vint l’explosion. La lumière de l’aube se trouva soudain éteinte par un nuage noir chargé de ponces de phonolite projetées avec une force redoutable.

D’abord pétrifiée, bouche bée, Arria se jeta bientôt aux pieds de Flavius, implorant son pardon pour apaiser les dieux. Elle était ainsi, ventre à terre, quand un morceau du toit s’effondra sous le poids des pierres projetées, et l’écrasa avant de l’ensevelir sous les yeux horrifiés de son époux.

Elle est grande la folie des hommes qui consiste à croire que l’on peut implorer les Dieux et être entendus, exaucés… Et c’est bien la folie qui s’empara de Flavius, pétri de culpabilité au souvenir d’avoir maudit son épouse et d’avoir fait appel aux Dieux de l’Olympe pour la punir…

Il implora en vain, il implora encore, et il pleura beaucoup, des larmes de feu et de cendres…

La colère du Vésuve retentit toute la journée, et une partie de la nuit. Pompéi était recouverte d’une épaisse couche de pierres volcaniques et de gravats, auxquels s’ajoutaient des objets divers que le vent envoyait valser ici ou là.

TN3 VASE

 

L’aube naquit dans un calme relatif. Au matin du 25 aout, les quelques survivants abrités dans leur maison, virent à nouveau le soleil surgir du dessous du monde, et la lumière fut à nouveau. Puis elle ne fut plus. Le soulagement avait été de courte durée, puisqu’à présent un nuage de gaz toxiques, suivi d’un nuage de cendre, se chargeait de cueillir les dernières vies. La ville venait de vivre sa toute dernière aurore, sa toute dernière horreur aussi… En ce matin du 25 aout 79, Pompéi n’était plus…

 

TN3 COLONNES

Vous pourrez écouter la version audio sur l’Audioblog d’Arte, en cliquant ici.

 

 

 

 

 

Après le paradis…

 

rope-CC

On avait mis ma liberté en cage, moi qui avais couru sur les traces des antilopes, à travers la savane. J’étais devenu le plus rapide, je devais succéder au chasseur du village. À moi seul je nourrissais tant de ventres, l’enfant chétif devenu homme était enfin utile à ceux qu’il aimait, à ceux qui l’aimaient.

Quand Nameh posait sur moi ses grands yeux de faon, mon cœur s’accélérait comme pendant la chasse. Depuis que nous étions enfants, depuis nos courses folles et nos jeux innocents, nous savions que, un jour, nous serions unis comme s’unissent les grands. Elle était belle, douce, et gaie, sa peau et ses cheveux absorbaient les parfums des fleurs que je lui cueillais parfois. Elle et moi, nous étions heureux, promis à un avenir radieux …

Et puis ils sont arrivés, dans leurs bateaux géants, coiffés de voiles blanches, blanches comme l’écume à la commissure des lèvres lorsque le cœur s’arrête, lorsque le serpent a mordu. Blanches les voiles, de la couleur de la mort.

Ils ont mis le feu au village, après avoir volé nos pierres de couleurs glanées dans les sillons de notre terre. Les enfants ont hurlé sous les coups de leurs armes, les femmes ont pleuré toutes les larmes de leur corps, larmes mêlées de sang. Ces hommes, ces sauvages, ont enlevé les plus jeunes et les plus jolies d’entre elles, pour les emmener vers des destins de poussières. Nameh était la plus belle …

Alors j’ai connu les chaînes, les coups, le mépris et la haine. Sur leur bateau de crasse, j’ai vécu les pires outrages, le cœur fendu en deux comme les troncs de ces arbres qui alimentaient notre feu, le feu des temps heureux. J’ai fait un long voyage, par des vents détestables, des mers en colère, le vomir à la bouche, le goût du sang aussi. Nos dieux se rebellaient. En vain. J’ai vu mourir des frères, affamés, malades, les yeux révulsés, pauvres diables devenus inutiles, qui ne connurent de sépultures que la gueule des requins. J’ai appris le langage de mes bourreaux, un peu, les mots de l’humiliation, de la dégradation, le mode impératif du présent incertain et de l’avenir imparfait.

 ship-cc

On m’a débarqué enfin, sur une terre de grisaille, de pluie et d’ordures. J’ai fait les beaux jours de quelques scientifiques dont la mission majeure était de déterminer si, oui ou non, j’étais un homme, un humain. Puis on m’a baladé, de salon en salon, où j’ai fait rire les dames, rire jaune teinté de peur. « Quelle étrange créature ! » Ma différence devenue mon malheur.

Quand l’affaire fut réglée, mi-homme, mi-singe, ont-ils décrété, on m’a vendu à un cirque. De village en village, on m’a emmené. ‘Venez donc voir l’homme singe, la bête humaine’, c’est ainsi que l’on me présentait. Entre deux spectacles, aux basses besognes j’étais affecté, chaînes aux pieds, fouet au corps si mon ardeur faiblissait. Ma peau, de plaies vêtue, ressemblait de plus en plus à l’écorce d’un arbre meurtri ou à une terre sèche, oubliée de la pluie.

***

Mes rêves se sont éteints, privés de liberté, et ma vie, diluée dans l’amertume, m’abandonne. Plus la force de me battre, l’espoir au bord du vide, les oreilles écrasées d’insultes et de moqueries, les yeux brûlés d’humiliations, de leurs visages hilares, de leurs bouches ricanantes. Ma vie s’épuise, petite flamme soufflée par le vent de l’oubli. Je finirai aux chiens …

Nameh, Ô Nameh, où es-tu ma gazelle, ma tendre, mon aimée …

 

 

J’habite un port…

PORT 1

J’habite un port…

Un port, c’est des fragments du monde entier en visite à domicile, des cargos de tout pavillon, lettres rouille crasse, dégoulinantes sur les coques délavées. C’est des containers, boites de métal de toutes les couleurs pleines de trésors multicolores, Made in Ailleurs. C’est des bassins, des quais, des écluses, des ponts tournants ou à bascule, des grues et des portiques, des camions qui font la nique aux voitures plus vulnérables. C’est un lieu qui grouille, fourmille, s’agite au rythme des départs et des arrivées. Ça caresse les narines, ça sent l’huile et le métal, la graisse et la rouille, les gaz d’échappement et les embruns. Ça pue, oui, mais d’une puanteur noble.

Avant, c’était un port ouvert, on y circulait à découvert, on voyageait de navire en navire. Et puis, le temps a déroulé son chapelet de mesures sécuritaires. Aujourd’hui, il faut montrer patte blanche, être autorisé à y circuler. J’y travaille de temps en temps, et j’y ai donc mes entrées. Badges pour barrières qui se lèvent, salutations des gardiens en uniformes, l’affaire est sérieuse… Je joue le jeu, je me prête aux rituels avec le sourire. À vrai dire je me sens un peu privilégiée. Qu’importe les formalités obligatoires, elles n’entravent pas les rêveries entre les quais, l’émerveillement devant le soleil levant qui découpe les coques monstrueuses et reflète le ciel à la surface des bassins.

Dans le dédale des voies de circulation, la route débouche parfois face à un quai où est amarré un géant d’acier. Et j’imagine que les portes des cales vont s’ouvrir, comme sur un ferry, pour me laisser embarquer vers une longue traversée. « Tanzania » c’est écrit, Tanzanie, oui … pourquoi pas ….

J’habite un port et j’aime ça….

PORT 2

« Du Frog and Roll au Rock and Roll, la véritable histoire »

Au XVIIIè siècle, Jean-Baptiste Grenouille dépeçait les jeunes filles

pour créer ‘Le Parfum’.

Au XXè siècle, Jean-Baptiste Parfum dépeçait les grenouilles

pour étoiler son restaurant.

Il relança ainsi la consommation des cuisses de batraciens.

Le quotidien des Rainettes et autres amphibiens s’en trouva très affecté,

plus aucun endroit sûr pour se cacher.

La vie de rêve, c’était ‘avant’.

Love is all, Roger Glover

Avant que cela ne tourne au cauchemar.

Il fallut envisager le départ, vers des cieux plus cléments.

Vers d’autres mares …

Partir, oui, mais où ?

La perfide Albion pouvait être une alliée.

Là-bas, nul n’aurait songé à déguster ce genre de victuailles …

Angleterre, terre d’accueil idéale.

De coassement en coassement « à l’aide »,

l’écho s’échoua sur les côtes d’outre-manche.

Il ne tarda pas à trouver une réponse, ça n’était pas le 18 juin,

mais, partout au pays du Général de Gaulle,

on entendit l’appel qui rugissait au loin,

‘L’appel de Londres’.

Londong Calling, The Clash

Londres ? Oui, avec plaisir, mais comment faire ?

Quelques crapauds hardis avaient déjà tenté,

sur radeaux nénuphars,

l’immense traversée.

Nénuphars renversés par le vent du large,

ou bien grillés par le sel marin, crapauds itou.

Des héros, certes, mais des héros morts prématurément.

Comment faire pour traverser la Manche ?

Une idée folle, petit à petit, pénétra les esprits.

Trop dangereux par voie de mer, il fallait creuser un tunnel.

Quelques crapauds buffles furent enrôlés de force,

forces de la nature pour faire la sale besogne.

Le chantier démarra sous la direction d’un batracientifique.

Une armée de grenouilles fut chargée de ramener

nombre de pierres qui roulent.

Crapauds buffles harnachés s’allèrent sans conviction,

faire avancer ces pierres, de rebonds en rebonds.

La tâche était pénible, les privations nombreuses.

Bientôt les crapauds buffles revendiquèrent un peu.

« Jamais nous n’obtenons aucune satisfaction »,

était leur leitmotiv.

Sentiments partagés par toutes les pierres qui roulent …

Satisfaction, The Rolling Stones

Après nombre de mois, et bien plus de têtards,

on crut sentir, enfin, les beans et l’apple pie.

Emportées  par la foule,

les premières grenouilles se trouvèrent éjectées

sur le rivage anglais.

Aveuglées de lumière, les pattes engourdies,

elles allèrent s’écraser, sur les rochers,

avant de rouler sur les galets.

C’est ainsi qu’on put lire dans la Gazette des Rainettes,

à la une de l’édition du soir :

« French Frogs Rock and Roll on the beach »

La population Britishbatracienne s’émeut de l’événement.

Alors se multiplièrent les concerts de charité,

auxquels, bien entendu, les grenouilles émigrées étaient conviées.

Coassements électriques, percussions métalliques …

ne tardèrent pas à irriter le genre humain,

dont l’humour tant souligné trouvait là ses limites.

Il ne fut guère de temps, avant que les critiques

ne qualifièrent ce nouveau genre de musique de ‘Frog&Roll’,

puis de ‘Rock&Roll’.

Dis-moi le chat…

Dis-moi le Chat...

Dis-moi le Chat…

 

Je voudrais savoir, le Chat…

Où tu vas quand tu pars le soir, dans la nuit glacée,

Délaissant ainsi cheminée, coussins, câlins, canapés…

À quoi occupes-tu ces longues heures d’absence ?

Sur quelles nouvelles toitures te mènent tes errances ?

C’est quoi la froidure et la chaleur pour toi ?

Est-ce qu’elles ne te font ni chaud ni froid ?

*

Dis-moi, le Chat…

D’où sors-tu que c’est moi qui fait l’ondée ?

Celle que tu me reproches, miaulements courroucés.

Je ne fais ni la pluie ni le beau temps, voyons !

Je n’ai pas le pouvoir d’orchestrer les saisons.

Ça fait quoi, l’eau qui tombe sur tes poils de soie ?

Pourquoi tu passes autant de temps dessous, parfois ?

*

Explique-moi, le Chat …

À quoi tu penses quand, perché sur le muret,

Silhouette sur fond de lune, tête légèrement penchée,

tu zieutes vers le ciel ce que je ne sais pas voir.

À quelle constellation racontes-tu des histoires ?

Fais-tu la cour aux étoiles du Poisson ?

Ou bien observes-tu le vol d’un papillon ?

*

Raconte-moi, le Chat …

Comment tu fais pour monter tes jouets à l’étage ?

J’aimerais bien voir ta tête, je souris à l’image.

Est-ce que ton esprit donne vie aux souris toc,

Que chaque nuit, dans la salle de bain, tu emportes ?

Dans quelles batailles furieuses retournes-tu les tapis ?

Es-tu toujours vainqueur de ces luttes sans merci ?

*

Avoue-moi, le Chat …

Comment tu me perçois, moi, soucieuse de ta liberté,

Que tu observes parfois, à travers la surface vitrée,

Moi enfermée, et toi dehors, libre et léger comme l’air

Suis-je comme un poisson dans un bocal en verre ?

Une drôle de bestiole aux gestes étonnants ?

Allez, dis-moi, suis-je un spectacle réjouissant ?

*

J’aimerais comprendre, le Chat…

Ce que je suis pour toi.

Je ne suis pas ton ‘maître’, non,

Les chats n’en ont pas,

Suis-je un animal utile,

Auquel tu tiens compagnie ?

Ou bien suis-je ton tendre chaton ?

*

Je te vois, le Chat…

Tu me regardes, de tes grands yeux curieux,

Tu me comprends peut-être, ou pas, ou juste un peu.

Mais il est clair que, de toute façon,

Tu ne répondras pas à toutes mes questions,

Parce que, c’est bien connu, si les chats pouvaient parler,

Eh bien …ils ne parleraient pas !

 

Pour la version audio de ce texte, c’est ici

Chèvremont, Abbey Road

À Chèvremont, la mousse n’est pas celle de la bière,

Mais celle du temps qui passe et s’oublie sur les pierres.

Il y a comme une désertion, un parfum d’abandon,

Comme si l’Abbaye haut perchée n’était pas sur la route de la vie,

Comme si le tic tac de l’horloge s’était arrêté,

Mécanisme à bout de souffle.

Même les cierges et les lumignons se sont fait la malle,

On mettra une pièce quand même,

De quoi payer deux clous pour une ardoise du toit,

Et on priera pour qu’il ne nous tombe pas sur la tête.

Chèvremont, aujourd’hui, rime avec désolation…

 

Kohl Cologne

J’ai vu des photos de Cologne après la guerre, la seconde, une mondiale encore, une de trop. C’était un champ de ruines.

Alors, Cologne s’est reconstruite, pas seule, non, il a fallu l’aider. Une flopée d’architectes a du s’y mettre, si j’en crois l’aspect disparate des immeubles d’aujourd’hui, un centre ville en manque d’harmonie. J’habite, en France, une ville qui a été aussi entièrement détruite, au presque. Par les mêmes armées. La différence, c’est qu’en France on les appelait ‘les alliés’, tandis qu’en Allemagne c’était l’ennemi. Passage de frontière, changement de vocabulaire. Dans la ville où j’habite, la reconstruction a été confiée à un architecte, un seul, et le centre respire une certaine unité, unité qui manque singulièrement à Cologne.

Voici quelques exemples de maisons ‘colognales’

Tout a été détruit, sauf la cathédrale, gothique à souhait, un bijou d’architecture religieuse. Était-ce un miracle ? Il faut dire qu’elle renferme, dans une chasse bien gardée, elle-même protégée par des vitres, les reliques des ‘Rois Mages’. Rien de moins ! J’avoue que l’idée m’a fait sourire…

Ville étrange que celle-ci, comme un puzzle dont il me manquerait des pièces. Animée, vivante, boutiques de luxe et misère en cohabitation. Et puis, derrière, coule le Rhin, l’eau de Cologne…

Le Rhin, c’est bien, mais ça n’est pas la mer… Elle semble avoir manqué à ce graffeur qui m’a fait sourire, au détour d’une rue…

 

 

Liège Guillemins d’été

Retour à Liège, passage obligé.

Je n’ai pas de train à prendre cette fois, mais mes yeux en veulent encore.

Liège Guillemins, c’est une gare, dit-on, pas très hospitalière au voyageur qu’elle secoue de tous les vents qui se vautrent à l’intérieur. Je m’en souviens, c’était l’hiver…

Sous les dards du soleil, elle brille de mille feux qui se réverbèrent, de ligne en ligne, de courbe en courbe. Et l’air qui la traverse a la douceur de l’été, c’est alors une chaude torpeur qui se diffuse.

C’est une gare, dit-on, mais c’est aussi, vue de l’extérieur, un oiseau, un squale, un poisson… et quand on s’y engouffre, c’est toujours le ventre d’une baleine ici, ou des projections multiples là. Elle est ce que l’on veut, ce que l’on y respire, mais elle est belle, cela ne fait pas de doute. Et c’est un défi au troisième œil, à celui de l’appareil photo qui n’en finit pas de mitrailler les ombres et la lumière, les courbes et les droites, les treillis de métal et de soleil…

 

Liège sur Mer

J’ai beau ne pas être bonne en géographie, je savais bien que Liège n’était pas au bord de la mer… Sinon j’aurais aussi emmené un tuba et des palmes.

Départ à 13 heures, en ce joli dimanche de la mi-juillet, tout plein de soleil.

Direction Amiens, jusqu’ici tout va bien.

Itinéraire noté, en mode ‘sobrement dépouillé’, Amiens c’est Amiens, on n’y va pas par 4 chemins !

Direction Amiens Centre ? Non, pas question d’y entrer.

Ouest ? Je suis déjà un peu à l’Ouest, pas la peine d’en rajouter.

« On dirait le Sud, le temps dure longtemps » chante Nino Ferrer. J’éteints l’autoradio, le temps d’autoroute dure déjà assez longtemps, je ne vais pas prendre Amiens Sud et passer par Perpignan, ça rallonge.

Amiens Nord ? Oui, c’est cela, la Belgique c’est au Nord, la direction paraît adéquate.

Quitter l’A 29 et embarquer vers des terres boréales, voilà la solution.

Abbeville ? Ok, Abbeville c’est près d’Amiens, rien d’illogique là-dedans. Mon itinéraire indique une route qui mène aussi à Calais, alors je suis mon instinct, il y aura bien une sortie 53 après les sorties 22, 23, 24…

« Baie de la Somme » ?!! Ah ?! Pour un peu, le pare-brise se mouillerait d’embruns. Pas plus inquiète que cela, j’espère toujours la bifurcation vers l’Est, le retour vers les terres…

Quand je vois ‘Berck sur Mer’ à gauche, ‘Arras’ à droite, et ‘Dunkerque’ droit devant, je commence à avoir le mal de mer…

Il y a un problème, c’est certain ! Comment faire ?

SORTIR DE L’AUTOROUTE AU PLUS VITE !!!

Et sortir la carte de France aussi, bien à l’abri au fond d’un sac lui-même bien à l’abri au fond du coffre.

Dans l’état actuel des choses, Arras est moins pire que Berck, qui commence à se prononcer ‘beurk’ dans mon imaginaire de route des vacances.

Il est déjà près de 18 heures, l’après midi du dimanche tire sur sa fin, et il semble que les Arrageois, Arrageoises et Atrebates, harassés de chaleur toute la semaine précédente, aient décidé de voir la mer, à Berck précisément. Il y en a beaucoup sur la voie rapide, nous ne tardons pas à embouteiller et bouchonner ensemble, en particulier quand quatre voies deviennent deux et que le goulot d’étranglement se forme…

Sous le soleil exactement, pas à coté, pas n’importe où…

Arras pointe le bout de son clocher, Cambrai semble être une étape possible dans la foulée. Cambrai, ville de bêtises…

La jauge de l’automobile indique qu’un plein lui ferait du bien. Je profite de l’arrêt dans une station au milieu de nulle part, mais tout près de Cambrai, pour me renseigner. La jeune fille (que je ne la recroise pas, celle-ci ! ) m’indique qu’il faut prendre l’autoroute en direction de Lille. Je proteste, je ne veux pas aller à Lille !

« Sur l’autoroute de Lille, vous trouverez bientôt la direction de Valencienne, et là, vous serez sur la bonne voie », insiste-t-elle.

J’ai finalement été jusqu’à Lille, me suis arrêtée dans une station sur l’autoroute où les canalisations étaient défectueuses, et où l’eau manquait terriblement. Pas de café, pas de toilettes, le calvaire continue. Plus je roule, plus Liège s’éloigne… Et plus je désespère. C’est que l’on m’attend à Liège… !

 

Enfin, j’entre en Belgique, comme en Terre Promise. Mons, Charleroi, Namur…

23 heures ! Est-ce une heure raisonnable pour arriver en Amitié ?

L’Amitié a laissé la porte ouverte, et la lumière allumée. Elle m’attend, et m’accueille chaleureusement. Un bon diner, un lit douillet et une couette douce et légère.

Les retrouvailles furent aussi agréables que le parcours fut difficile.

10 heures pour un trajet qui a duré 6 heures au retour.

Et enfin de beaux moments à vivre, ensemble, ensuite…

 

En bleu, l’itinéraire conseillé par Mappy, en rouge, le mien !!

Moussa, le Petit Géant

D’où vient-il, Moussa ? On ne sait pas vraiment.

C’est en Afrique qu’il a croisé le chemin du Géant, et le Géant l’a adopté.

Mais l’Afrique, c’est grand, ça n’est pas un pays, c’est tout un continent.

Par deux fois, il est venu nous rendre visite, arpentant nos rues et avenues. Il a du charme, Moussa, il nous a mis dans sa poche, et à notre tour nous l’avons adopté.

Moussa est un enfant presque comme les autres. Sauf qu’il a des grands pieds, de très grands pieds. Et qu’il aime les légumes.

Mais, comme tous les enfants ou presque, lorsque le Petit Géant s’apprête à faire la sieste et se déchausse, eh bien… il laisse trainer ses souliers…

 

Pour faire le portrait d’un Géant

D’abord, dessinez des ficelles,

Pour qu’il s’y suspende,

Qu’il se sache soutenu.

Puis dessinez une ville,

Un lieu à sa taille,

Qu’il s’y sente comme chez lui.

Dans cette ville, peignez un port,

Un port d’attache, mais sans ficelles,

Juste un endroit pour amarrer son cœur,

Le temps d’une étape, d’une sieste.

Dans ce port, tracez des quais,

Et sur les quais, des containers,

Qu’importe la couleur, pourvu qu’ils soient accueillants,

Qu’il puisse s’y poser, et s’y reposer.

Puis attendez, patiemment.

Parfois, le Géant vient et revient vite,

Parce qu’il est impatient.

Parfois, ça peut prendre longtemps,

Onze ans, une éternité pour le peintre.

Trois minutes pour un Géant,

Parce qu’il vit dans un autre temps.

Quand le Géant arrive, il faut l’attacher,

L’attacher à nos cœurs, parce qu’ON est attaché.

Et puis, il faut le laisser dormir, il est si fatigué.

Alors, les yeux grand écarquillés,

On gomme les ficelles, et puis tout le bastringue,

On se laisse chambouler.

Et on se remet à l’ouvrage,

On peint le bleu du ciel, l’or du soleil,

Le souffle du vent qui coure dans ses cheveux,

L’écume des vagues, et aussi les embruns,

On écrit la rumeur qui envahit les rues, les places,

La ville entière…

« Le Géant est arrivé, il est revenu »

Si le tableau lui plait,

S’il trouve qu’il est beau,

Alors, à son réveil, il posera sur la toile,

Son regard grave et bienveillant,

Et il racontera son histoire,

Une histoire à dormir assis, sur un container,

Une histoire de Géants…

Et on l’écoutera, bouche bée,

Avec nos cœurs d’enfants…

(Très librement inspiré de Prévert et de son portrait d’un oiseau)

Flamy la puce

Boule de poil de caractère, très attachante, petit moteur ronronnant fort, la Marquise à la robe bleue et blanche est entrée dans la famille il y a longtemps déjà, mais dans ma maison depuis quelques semaines seulement.

J’aurais voulu la ramener chez son ‘Père’, j’aurais tant aimé qu’ils se retrouvent et reprennent leur chemin ensemble. Mais la vie, en s’envolant, en a décidé autrement. Mon Frère a rejoint les étoiles que Flamy scrute, le soir, perchée sur le muret.

Aujourd’hui, elle et moi avions un rendez-vous très important, le premier ensemble chez le vétérinaire.  Identification en perspective, car elle est audacieuse et explore pas mal les alentours, et comme ça n’est pas encore son quartier, j’ai peur qu’elle ne se perde. Pucée, on se donne plus de chances de se retrouver. Mais il faut que la Belle soit assez calme pour le permettre sans sédation. Cela me parait préférable, elle a vécu assez de tourments ses derniers temps, moi aussi, nous n’avions pas besoin de nous en infliger davantage. J’en ai eu les tripes nouées toute la journée, j’avais la trouille de son comportement, que je connais encore bien mal, que j’apprends à apprendre. Les cliniques vétérinaires ne sont pas des lieux de récréation pour les quatre-pattes. Le succès de l’entreprise dépendait de sa réaction à la table métallique du véto.

Ce soir, à 18h15, par le biais d’une micro-puce glissée à son cou, je l’ai officiellement adoptée. Ce soir, j’ai accolé mon nom à celui de Flamy et elle a changé d’adresse.  Tout s’est bien passé, puce injectée sans rébellion, vaccins mis à jour, nous sommes reparties, elle contente de quitter le véto, moi émue de ce bel héritage.

Nous allons poursuivre notre nouvelle vie, la voilà co-propriétaire, avec Bingo, de la maison, et je me demande quand elle pensera à me réclamer, elle aussi, un loyer…

J’espère que le montant n’en sera pas exorbitant….