Réflexions sur Sable et Sel, Etosha National Park

Le soleil se levait à peine lorsque j’ai arrêté le moteur de la voiture auprès du point d’eau. Là, à l’écart de toute civilisation, j’observe les animaux venus s’abreuver avant de se mettre au frais, autant que possible, pendant les heures chaudes de la journée. Etosha National Park, Namibie, environnement d’une belle étrangeté, de sable clair, de sel, et d’arbustes décharnés, un paysage lunaire parfois. Sur le gris cendre du sol, ma voiture blanche ne dénote pas trop.

J’observe, respire, souris, m’émerveille, et l’esprit s’envole parfois vers la Lune, ou bien s’enfonce dans les profondeurs de la terre, le lieu y invite. Dans les allers retours de mes pensées, l’animal et l’homme se croisent, et naissent des questions.

Au bord de l’eau, déploiement d’impalas et de koudous, de zèbres et de girafes, de chacals à dos noir et de phacochères. Et puis un rhinocéros, et nombre d’oiseaux, au plumage discret ou coloré, probablement une myriade d’insectes et quelques reptiles aussi. Pas de prédateur à portée de sens, l’atmosphère est calme, tranquille, il règne ici une forme de sérénité, habillée de bruits paisibles, éclairée d’une lumière blanche à force de réfléchir le sel du sol. Ici, chacun vit sa vie, avec l’Autre ou à coté de l’Autre, unis par un objectif commun, boire, donc vivre, et soudés de fait contre l’ennemi, puisque l’alerte des Uns alertera aussi les Autres.

Moments précieux, débarrassés de tout superflu, épurés de toute frivolité, moments de retour à l’essence et à l’essentiel, je prends mon temps, sereine. Et les heures passent, seconde après seconde.

Lorsque je reprends contact avec ma réalité plastique et métallique et sa clé de contact, je réalise que mon véhicule carapace est complètement entouré. Que pendant que je me perdais en vues frontales et latérales, je n’avais pas ménagé mes arrières, et de nombreux animaux s’étaient, à leur tour, approchés du point d’eau.

Après un moment de panique réflexe, je suis littéralement encerclée, je souris à la vue des truffes, groins, et becs qui paissent, broutent, fouinent, bequettent, en s’ébrouant de ci de là. Je réalise que je ne suis pas envisagée comme une menace, et que, malgré mon allure étrange, toute de ferraille vêtue, et mes odeurs bizarres, malgré mes différences, je suis intégrée.

Dans la beauté nue de ce paysage, dans la tranquillité du moment, toute peur apaisée, le plaisir est intense.

Il faut repartir, se frayer un chemin. Je remets le moteur en marche, doucement, et patiente. Petit à petit les animaux s’écartent, sans heurt, et je peux reprendre ma route. Alors je me surprends à rêver que nous sommes nous aussi, les humains, capables de cela, d’accepter les différences, d’intégrer leur existence, et s’en enrichir. Vivre ensemble, les uns avec les autres ou seulement cote à cote. Que la mémoire revienne, que l’on se rappelle que nous sommes des maillons et, de ce fait, unis.

Se souvenir que « je suis parce que nous sommes ».

Et ne pas oublier d’aimer…

 

(nouvelle parue sous le titre ‘Bienveillance animale’, dans un recueil intitulé ‘Je suis parce que nous sommes’)

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Wisconsin

Bien sur, c’est difficile de tourner la page. Bien sur on s’est attachés, on a quand même passé pas mal de temps ensemble. Trente, trente-cinq ans ? Cinq ou six jours ?

Bill, c’est un petit bonhomme plein de rêve et d’imagination, amoureux de la nature et de ses créatures, le cœur bon, l’âme belle. Bill, écrasé sous la poigne alcoolique et mauvaise d’un être qui a oublié d’être humain. Bill, dont le miroir reflète une mère soumise, faible, et folle en devenir, une femme lettrée, qui accroche ses mots aux branches des arbres, ou les verse dans la rivière claire. Claire, c’est aussi son nom.

Jimmy. Jimmy le grand frère, protecteur, fier, qui veut en découdre pour prendre de la distance, s’auréoler de gloire, et ainsi souligner la couardise de son père.

Le Vietnam où les rêves sont réduits en cendre, et Jimmy s’effondre sous les tirs ennemis ou, pire, devient flamme dans le napalm. Mais il gagne sa liberté, celle de revenir hanter les terres qui lui sont chères, sa campagne du Wisconsin. Et de venir habiter chaque arbre, chaque cerf, chacun des êtres qu’il a aimés. Si John, le père abusif, semble peu affecté de ne plus revoir son fils, il en va différemment pour son petit frère, sa mère, ainsi que Rosemary et Ernie, deux voisins qui se sont pris d’affection pour les deux enfants, et ont toujours tenté de recoudre leurs ailes quand les grands les flétrissaient.

Wisconsin (The Turtle Warrior pour le titre original) est un roman qui sent le cèdre et l’eau vive, la tortue et la mousse, la nature dans ce qu’elle a de plus rude, mais aussi de plus beau. C’est une belle histoire de reconstruction, une décision prise de vivre, vivre ensemble, encore, et de s’aimer toujours…

Alors ça a été dur, oui, de tourner la dernière page…

(Roman de Mary Relindes Ellis, sorti en 2004, 438 pages dans l’édition 10/18, collection domaine étranger)

Tempête

 

Et la mer, ce jour-là, était très en colère, griffant le sable et laissant, ici et là dans les sillons, marées d’écume et frissons d’eau.

Elle s’était reculée afin de reprendre son souffle et mieux revenir à la charge pour exprimer ainsi son ire à son heure.

Et les humains, téméraires, s’allèrent braver les vents, titiller la tourmente, se faire peur, un peu.

Ce jour-là, oui, tout était différent, irréel

Lumière, bruit, humidité de l’air

Comme un autre monde à venir,

Comme un adieu

Pour une renaissance…

 

Cloches et Glas

Elle a la tête courbe,

La stèle,

Comme pour adoucir la pierre,

Et arrondir les angles

De l’Histoire

Qui aimerait une autre Mémoire,

Un passé pas si sombre

Et moins de sang versé,

Noirci par les années,

À se voiler la face

À tenter d’oublier que le port n’était pas

Que de coton

Et de café,

À passer sous silence,

Les cales hurlantes et tourmentées,

De la douleur des hommes,

Des souffrances des femmes,

Et des pleurs des enfants

Esclaves des marchands

Sans âmes

Infâmes.

Maigre stèle,

Petite,

Pour grande honte.

(Esplanade Guynemer, plaque commémorative)

Mon frère, ce héros.

C’est un bel oiseau avec un gros problème de patte. Le sang ne voulait plus l’irriguer, alors le docteur a réparé, dans l’urgence, parce que la faucheuse rodait. Il a mis un tuyau neuf.

Mais le tuyau s’est bouché.

Alors il a remis un autre tuyau, plus naturel, dans une autre urgence, et la faucheuse toujours tournoyait.

Putain de tuyau, il s’est encore bouché, alors le docteur a dit à l’Oiseau qu’il fallait la couper, cette patte, là, au-dessous de l’articulation. Et qu’il mettrait un bâtonnet, pour que l’Oiseau puisse encore marcher.

L’Oiseau s’est affolé, recroquevillé dans des draps qui n’étaient pas les siens. Sont venus les fantômes, les ombres, les silhouettes rugueuses, les monstres de la nuit. Dans les mains froides du chirurgien, il a bravé la faucheuse qui se réjouissait déjà. Il l’a bravée parce que, ailleurs, non loin, il y avait des océans d’amour et de tendresse qui l’attendaient. Alors il a cherché la force, l’énergie, et a redressé la tête. Il voulait de nouveau marcher, voler, voir le bleu du ciel. Aimer, être aimé, vivre…

Mais le sort s’est acharné, le docteur a dit qu’il fallait encore couper la patte, plus haut. L’Oiseau en a été assommé. Il a baissé la tête, replié ses ailes, tombé le cœur et l’envie de vivre. Son corps est si fatigué… Alors, les océans d’amour et de tendresse ont multiplié les vagues, les déferlantes, exit les 40ème rugissants, bienvenue aux 40ème murmurants, murmureurs de mots doux, générateurs d’énergie vitale, multiplicateurs de douceur…

 

Ce soir, le bel Oiseau a quitté le bloc opératoire, froid, métallique, impersonnel bien que rempli de personnel. Et il a retrouvé des bras aimants, plein de bras aimants. L’Oiseau m’a appris qu’il ne fallait plus vivre au jour le jour, mais vivre l’heure, la minute, la seconde, l’instant. L’instant présent et précieux. Et il force l’admiration par son courage.

Il est fatigué, l’Oiseau, il dort d’un sommeil bien mérité. Et quel que soit son demain, quel que soit le mien, ce soir cet Oiseau a les couleurs du héros, les plumes d’un champion.

Bravo Frérot, merci mon Frère…

Mon parc d’attractions

J’ai sept ans.

Le blé pousse en épis dans mes cheveux, j’ai la tignasse en champ de bataille et les yeux qui pétillent. Je ris.

Je dois traverser l’Amazone, sur un tronc d’arbre couché, en mode funambule et en équilibre instable. J’ai peur.

Un ru, une branche.

Le bassin au nymphéas, Claude Monet

Dans mon maillot de bain rose vif, je mâchouille un brin d’herbe verte cueilli dans la plaine immense. Je ris.

Assise au bord du lac Michigan, il va falloir me mettre à l’eau. Mais je ne sais pas très bien nager. J’ai peur.

Un pré, une mare.

 

J’ai enfreint les consignes, décroché le fruit défendu, planté mes dents dedans et tout recraché. Beurk ! Je ris.

Il y a un dragon dans le donjon. C’est sûr, il va m’attraper, cracher du feu, me cuire, me dévorer ! J’ai peur.

Une pomme à cidre, un colombier.

 

Dans la maison des 3 Ours, je fais la tambouille. Je prépare une bonne soupe, ils vont bientôt rentrer. Je ris.

Mes pieds glissent dans les chutes du Niagara, et je sens le courant qui m’emporte vers les rapides. J’ai peur.

Une remise, la chute d’une rivière.

 

Je me suis faufilée sous les grilles. La demeure, des yeux ouverts, d’autres fermés, fait des clins d’œil. Je ris.

Il y a des fantômes dans le château, leurs silhouettes s’agitent, j’entends des hurlements lugubres. J’ai peur.

Les volets du manoir qui claquent, des arbres dans le vent.

 

Un cerbère garde l’entrée, je l’apprivoise de mon philtre magique, il se roule maintenant à mes pieds. Je ris.

Mais d’autres approchent en hurlant, je n’ai plus de potion qui calme, alors je tente l’apprivoisement, j’ai peur.

Un chien puis deux, quelques morceaux de sucre.

 

Dans une forteresse alliée, je troque armure contre tenue princière, remets de l’ordre dans mes épis. Je ris

L’allié s’avère être en colère, j’ai encore ignoré le code de conduite, j’affronte une nouvelle guerre. J’ai peur.

Short déchiré, les adultes.

Le Printemps, Claude Monet

De nombreux dimanches de mon enfance ont été faits de ces aventures-là. Un grand domaine, dont le propriétaire brillait par son absence, était notre royaume, le terrain de nos exploits. Des amis de mes parents en étaient les gardiens. Certains espaces nous étaient interdits. Sales mômes, sauvageons, nous jouissions de tout et bravions tous les ordres…

Souvenirs joyeux d’un âge perdu où nous avions encore tout à gagner.

 

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Le brevet de 23 mètres

Elle est là, sur le bord du bassin, tremblante sur ses jambes trop longues et trop maigres, submergée par la trouille.

C’est la première année que sa classe participe aux cours de natation. Elle a donc appris à nager, elle connaît les mouvements à faire pour brasser l’eau, mais elle n’arrive pas à décrocher du bord du bassin si elle n’a pas de bouchons. Et malgré les bouchons, elle ne quitte pas le premier couloir. Ainsi, en cas de panique, elle peut se raccrocher au bord. Encore.

Ce n’est pas qu’elle n’aime pas l’eau, non. Quand on la laisse tranquille, sans imposer des exercices, elle s’y amuse bien au contraire. En particulier dans le petit bassin, avoir pied, ça booste l’assurance. Ce qu’elle déteste par dessus tout, c’est le contact brutal avec l’eau. Sauter dans l’eau est une torture, plonger elle ne l’envisage même pas ! ça lui fait mal aux oreilles, au nez, aux yeux, elle panique et s’agite comme un poisson rouge hors de son bocal.

Mais aujourd’hui c’est le jour du brevet de 25 mètres brasse. Et c’est le grand saut. Parce que, non, on ne descend pas par l’échelle, on se jette à l’eau. Les consignes sont données : premier essai pour tous les volontaires, puis deuxième essai pour les recalés du premier. En cas de problème, le maître nageur suit avec une perche à laquelle on peut se raccrocher. Ceux qui ne veulent pas tenter le brevet vont s’asseoir sur les gradins.

Quelques camarades, terrorisés, s’extraient du groupe et suivent la consigne. Ils encourageront les copains. Elle s’apprête à les suivre, penaude, quand le Maître Nageur la retient doucement.

« Tu es sure que tu ne veux pas tenter ? Tu sais nager, et je suis sur que tu peux le faire. « Il est souriant et semble confiant. Elle lève la tête et dit sa terreur de la tête qui cogne l’eau , et la douleur dans les oreilles. Il sourit à nouveau. « Alors ce sera le mauvais moment à passer pour le plaisir ensuite de fendre l’eau, et le brevet à l’arrivée. Et si tu n’y arrives pas la première fois, tu pourras essayer à nouveau ».

Si l’adulte a confiance en elle, elle peut essayer de rassembler ses forces. Pour le remercier de sa confiance peut-être. Et ne pas décevoir. L’institutrice lui sourit aussi.

Elle est là, sur le bord du bassin, tremblante sur ses jambes trop longues et trop maigres, submergée par la trouille.

« A trois, tu sautes, ok ? « Un timide hochement de tête indique que la consigne a été reçue.

« 1… 2… 3 ! «

Soudain, le ciel et la terre, et toute l’Humanité, disparaissent. Les Quarantièmes Rugissants et les Cinquantièmes Hurlants ont convergé en une vague immense afin de l’engloutir. En-dessous d’elle, il n’y a plus rien, plus rien qu’une infinie masse d’eau, et peut-être des requins. Elle va mourir, c’est sur.

Après des heures et de heures à battre des pieds pour retrouver la surface, elle voit une chose brillante, argentée, comme un trésor à attraper. Elle pose une main dessus, puis deux, ouvre enfin les yeux, exténuée. À l’autre extrémité de la perche, le même visage souriant. « Tu vois, tu l’as fait, tu as sauté, c’est super ! »

Elle n’a fait que ça, plonger, suffoquer, boire la tasse, suffoquer encore, manquer de se noyer, avant de se raccrocher à la vie en forme de tube métallique. Elle s’est à peine éloignée du rebord, alors elle se laisse glisser jusqu’à l’échelle, et retrouve le monde, avec un regard neuf, lavé aux larmes et au chlore. L’institutrice et quelques camarades la félicitent d’avoir essayé.

Elle n’a pas de problèmes à l’école, elle apprend facilement et retient bien les choses, surtout quand elle peut y mettre du sens. Elle n’avait, jusqu’à lors, jamais testé sa pugnacité face à la difficulté. Dégoulinante et grelottante, elle va prendre sa place dans la file pour le deuxième essai. Elle est devenue muette, tournée sur ses émotions, ce cœur qui bat trop vite, et cette respiration agitée. Elle ferme les yeux pour mieux se concentrer. Et puis c’est son tour à nouveau…

Elle est là, sur le bord du bassin, tremblante sur ses jambes trop longues et trop maigres, habitée d’une autre détermination.

Un dernier regard vers le sourire du Maître Nageur, le nez pincé entre deux doigts, les yeux prêts à se fermer, la bouche déjà close.

« 1… 2… 3 ! »

Elle saute, et l’eau ouvre un passage pour mieux la laisser glisser. La sensation est toujours aussi désagréable, mais la peur est mieux maîtrisée, la panique s’est diluée. Et elle n’a pas, cette fois, perdu le monde à la surface. Elle sait qu’il y aura un ‘après’. Dur, mais bref moment à passer…

Lorsque sa tête jaillit de l’eau, elle rassemble ses leçons pour tenter de bien coordonner ses mouvements, et avancer. Elle est souriante, heureuse d’avoir vaincu sa terreur et d’avoir découvert pour cela des forces insoupçonnées. Envie de rire et de pleurer à la fois. Ce trop plein d’émotions finit par avoir raison de son énergie, et elle saisit à nouveau la perche. Deux mètres la séparent du bout du bassin. La déception d’avoir renoncé si près du but n’entame pas sa joie d’avoir apprivoisé sa peur.

Une tape sur l’épaule au sortir du bassin, le Maître Nageur la félicite. « Bravo !! Tu y es presque arrivée ! » L’institutrice la félicite aussi. Des yeux, elle parcourt la distance qu’elle a effectuée.

Même si, ce jour-là, elle a échoué au brevet de 25 mètres, elle a gagné un brevet de 23 mètres de peur vaincue…

Gertrud, Berlin.

Quand il se pencha pour embrasser affectueusement le front de sa mère, Anton vit un sourire éclairer son regard. Il en fut heureux, tant il était habitué à la tristesse bleutée qui habitait ses yeux, depuis ce maudit jour d’avril 1945 où son père avait péri sous les bombes. Alors, ses cheveux avaient pris la couleur de la cendre qu’était devenue sa vie de femme. La Mère, elle, était restée debout, digne, courageuse et affectueuse… mais triste. Malmenée par la vie, elle avait vieilli trop vite, et à 55 ans, Gertrud en paraissait dix de plus.

 

– Viendras-tu déjeuner avec moi demain ? Je pourrai faire tes boulettes préférées.

– Hmm, si tu me prends par les sentiments du ventre… ! Je viendrai, oui, avec plaisir. Et puis nous irons manger une pâtisserie si tu veux, ça te fera prendre l’air.

– J’aimerais bien, oui. Je n’ai pas peur quand je sors avec toi.

 

La guerre et les bombardements, et puis l’occupation du territoire, la division, le claquement des bottes, les cris et les pleurs, la peur…Trop de bruits avaient fait sursauter Gertrud, elle en était devenue craintive, et elle ne sortait guère que pour se ravitailler, toujours au plus près.

 

Anton, qui travaillait et vivait dans la zone américaine, venait voir sa mère aussi souvent que possible. Dans la chaleur accablante de ce samedi 12 août, il lui avait apporté des belles fraises, gorgées de sucre et de soleil, que son collègue lui avait données. Gertrud adorait les fraises, elle s’en régalerait.

 

1 Check Point

 

Il avait passé le check-point en espérant ne pas avoir affaire au gros porc alcoolisé qui l’avait pris en grippe et lui cherchait toujours des noises. Tous ces contrôles et ces contraintes, les difficultés régulièrement rencontrées, lui faisaient toujours craindre le pire, l’interdiction d’accès.

 

– Tu porteras ce petit pain chaud à Anna, en descendant ?

Anna, la jeune voisine du premier étage, s’entendait bien avec Gertrud, et toutes deux se rendaient mutuellement service. Jolie, du caractère, elle n’était pas insensible au charme d’Anton mais, bien qu’attiré lui aussi, il gardait ses distances. Enfant d’une Allemagne en dérive, la liberté comme utopie, le rêve accroché à la pointe des cils, il espérait le jour où l’horizon se dessinerait au-dessus des décombres, et où le mot ‘Avenir’ reprendrait tout son sens… Alors, peut-être, il se laisserait aller à aimer…

Gertrud aurait pourtant souhaité les voir se rapprocher, savoir qu’une autre femme aimait Anton, autrement, l’aurait rassurée. Alors elle multipliait les occasions de rencontres. Le petit pain chaud en était une de plus, il n’était pas dupe. Cela le fit sourire.

En partant, il la serra très fort contre lui, elle passa la main dans ses cheveux bruns, ‘Prends soin de toi, mon fils’.

Il déposa le petit pain comme convenu, discuta quelques minutes avec Anna, puis repris sa route vers le check-point.

 

*      *

*

Les boulettes ont refroidi dans l’assiette. Anton ne vint pas en ce dimanche 13 aout 1961. Anton ne vint plus.

Dans la nuit, un mur avait été érigé pour isoler radicalement la partie Est de l’Ouest de la ville, et mettre fin ainsi à la fuite des habitants. Cette nuit-là, Berlin fut encore mutilé.

Anton resta longtemps à proximité du barrage, espérant voir le visage de sa mère, espérant qu’elle aurait osé quitter sa maison et tenter de fuir, pendant que c’était encore possible, bien que très difficile. Espoirs vains, il s’en doutait, Gertrud n’oserait pas…

 

*      *

*

 

2 Brandebourg

 

Après la chute du mur, le 9 novembre 1989, Anton remonta le flux de migrants vers l’Ouest pour retourner à l’appartement de sa mère. Contre toute attente, la maison était toujours debout, mais, comme il le craignait, sa mère n’y était plus.

 

Gertrud

 

Il fit son enquête dans le voisinage, apprit ainsi que Gertrud était partie d’un hiver trop rude, trop froid, trop plein de solitude… Et qu’Anna était morte aussi. Au pied du mur. D’un désir trop plein de Liberté…

 

3 La Liberté ou la Vie

 

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

ou encore East Side Gallery : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Anastasia, Musée Juif de Berlin : ici,

Poudre de Berlimpinpin : ici,

voire Le Dôme du Reichstag :  ici,

Street Art in Berlin : ici,

ou Nefertiti, Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

Berlin, Prenzlauer Berg, en ombres et lumières …

Prenzlauer Berg, un dimanche « matin du coté de midi ». Amorcer la journée par un brunch en terrasse, déguster d’improbables raviolis à la choucroute, et s’en régaler, rêvasser, nez en l’air, tandis que le thé refroidit un peu…

 

1 Brunch Time

 

En face, dans le parc, une vieille tour. Un ancien château d’eau, en fait, devenu salle de torture aux heures noires du national-socialisme, avant d’être réaménagé en logements.

 

2 Chateau d'eau

 

C’est ainsi à Berlin. Quelles que soient les couleurs du jour, le gris et le noir surgissent toujours, sur un mur, une façade, un boulevard, une pancarte, une photo… Autant de fragments d’Histoire que l’on prend en pleine face.

 

Puis les couleurs se ravivent en morceaux de jardins urbains et de ‘plantations sauvages’, en graffitis et tags… et le soleil toujours….

 

3 Plantations en rébellion...

 

Sur le chemin, Pankow, le musée, la vie ‘d’avant’ à l’Est. Photos, objets, installations, outils de propagande à gogo… Et le temps se pose à nouveau sur une case noire de l’échiquier du jour.

 

4 On achève bien les chevaux...

 

A présent, les rues grouillent. Aucune brise ne vient troubler la chaleur intense de l’après midi. Les voitures klaxonnent, les métros grincent et sifflent en tranchant l’air épais et lourd.

Par les portes ouvertes des échoppes et magasins s’échappent des musiques, sans fil harmonique, en toute cacophonie.

Et, sur les trottoirs, se trament des rubans de passants qui vont ou viennent, comme autant de fils de couleur. Un lieu tout en contrastes.

Bientôt c’est l’entrée du Mauerpark. Dimanche c’est marché aux puces et karaoké géants. Et il y a foule. L’endroit est animé, bruyant, sent la saucisse et les frites, et plein d’autres odeurs encore. Il semble qu’une jeunesse berlinoise se donne rendez-vous là. Sur la scène du karaoké, des amateurs se lancent, encouragés par le public massé sur les gradins. L’ambiance est bon enfant, applaudissements et rires se mêlent, c’est chouette. Si j’osais, j’irais pousser la chansonnette, mais… je n’ose pas.

 

5 Karaoké géant

 

Retourner vers les puces, se frayer un chemin parmi les stands hétéroclites, et puis partir.

 

6 Urbanité lugubre

 

Descendre le boulevard, enfilade d’immeubles dégradés sur fond de trafic intense. Paysage sinistre, qui le devient encore davantage devant l’espace, soudain vide d’habitations, où s’étend le Mémorial du Mur de Berlin. Tronçons de mur encore intacts, double paroi de béton armé, chemin de ronde et mirador, armés là encore.

 

 

Et partout les traces. Ruines, plans, photos, articles, témoignages… Multitude de détails qui fragmentent l’Histoire en milliers d’autres histoires, personnelles, de séparation, de deuil, de vie et de mort…

 

Version 2

 

La guerre, toujours décidée par les ‘grands’, et subie par les ‘petits’… Ici, certaines victimes retrouvent leur place dans cette maudite Histoire.

 

Version 3

 

Et le béton pleure encore.

 

13 Larmes de béton

 

De nouveau, la journée perd ses couleurs, longer BernaeurStrass est une expérience dont on ne sort pas indemne.

 

 

14 BernaeurStrass

 

Plus tard, d’autres lumières éclaireront la soirée, l’air deviendra plus léger. Et l’on rentrera à l’hôtel avec, collées à la peau moite, toutes ces particules de journée, et les tripes chambouleversées de toutes ces émotions…

 

15 Rêver derrière le mur...

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Gertrud : ici,

ou encore East Side Gallery : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Anastasia, Musée Juif de Berlin : ici,

Poudre de Berlimpinpin : ici,

voire Le Dôme du Reichstag :  ici,

Street Art in Berlin : ici,

ou Nefertiti, Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

Coup de Blues…

C’est protéiforme,

Mais ça ne ressemble à rien.

Une béance,

Un vide à combler,

Une absence à apprivoiser.

Et un nœud dans les tripes.

Une ligne d’horizon floue,

Une perspective qui s’amenuise,

Le regard qui s’égare faute d’objectif à fixer.

Des odeurs de septembre,

De rentrée,

Le vent qui va tout emporter,

Les feuilles, les rires,

L’insouciance d’un été.

C’est la grisaille qui s’annonce,

Le froid aussi,

Un sentiment d’abandon,

L’enthousiasme en fin de série,

Et l’espoir en putréfaction.

Une solitude de grande ville,

Et la vie qui se barre en vrille,

Dans les heures sombres du soir,

Fracassant la force et l’envie.

Alors la façade se fissure,

Et s’ouvrent les failles.

Attention fragile.

AUTOMAT EDWARD HOPPER 1927(Edward Hopper, Automate, 1927)

© 26 août 2013.

Far(e) West

La nuit était glaciale, éclairée par une lune blanche et intense comme le faisceau lumineux d’un interrogatoire d’urgence et d’état. Un vent piquant agitait les arbres dénudés en sifflant entre les branches. D’autres bruits étaient perceptibles à distance, comme des craquements de bois sous le poids des bottes, et des bêtes en fuite.

 

Égarée dans cet univers hostile, envahie par la peur, j’avançais, ne sachant pas où j’allais, juste guidée par le bruit des vagues, et l’espoir des côtes. Les pas bottés semblaient se rapprocher, tandis que l’effroi montait. Soudain, j’aperçus une faible lueur rotative, un doux, très doux amer, des petits flashes comme des guides… Les bottes avaient du renoncer et rebrousser chemin, je ne les entendais plus. Le sourire me revint comme me revint la faim.

 

Je sortis de mon sac une part de far acheté au village. Et je repris la route, pas léger et bouche vorace. Le sort s’acharna sous la forme d’une vague grosse comme une réforme orthographique ! Dépitée, cheveux trempés, pruneaux inondés, je jetai mes reliefs, au vent et puis aux mouettes… ! Alors je vis voler les restes de mon far, dans la timide lumière du fare qui les avaient absorbés…

 

En perdant son PH, grec, certes, donc pas neutre, le fare avait aussi perdu un peu de sa lumière, et n’éclairait que faiblement l’écume colérique des tempêtes académiques qui détroussaient le far de ses pruneaux.

Petites questions existentielles…

A chaque âge se posent des questions existentielles …

Je suis assez grande pour me poser des questions, pas assez pour savoir lire. Trop petite pour comprendre le monde et les problèmes des grands, mais des problèmes, j’en ai aussi.

Je ne connais pas l’âge de ma mère. Mais je sais qu’à quarante ans, on meurt. Tous. Parce que quarante ans, c’est vieux, très. C’est … pfff, mon âge multiplié par je ne sais combien, les maths ça n’est pas encore mon truc bien sûr, ça ne le sera jamais d’ailleurs.

J’ai une sœur beaucoup plus grande, qui vit ailleurs, en Italie. Ne me demandez pas où est l’Italie, c’est loin, c’est tout. La géographie, c’est pas mon truc non plus. Je situe bien la Camargue, pays d’Amérique du Sud où vivaient les Incas, et le Pérou, région de moustiques et de chevaux dans le sud de la France. À mon âge, c’est déjà pas mal. Par la suite, quand j’ai eu accès aux livres de géographie, j’ai vu qu’ils avaient tout inversé. Les adultes ont parfois la tête à l’envers. Depuis, je sais qu’il ne faut pas croire tout ce qui est dans les livres…

Ma mère a envoyé une carte à ma sœur pour son anniversaire. Moi, j’ai fait un dessin dessus. Quelques semaines plus tard, une lettre arrive d’Italie, avec une belle carte postale pour moi, glissée entre les feuilles. À défaut de pouvoir déchiffrer les signes cabalistiques dont le verso est couvert, c’est ma mère qui m’en fait la lecture. « Milan, le 30 août … ». Mon cœur bondit dans ma poitrine, je n’entends pas les mots qui suivent. Mille ans ! Ma sœur a eu mille ans le 30 août !! Je suis atterrée. Si ma sœur a mille ans, quel âge a donc ma mère ? Au moins deux ou trois mille !

Toute ma théorie vient de s’écrouler ! On ne meurt pas à quarante ans puisque ma sœur a mille ans, ma mère deux ou trois mille… Mais alors, à quel âge meurt-on ? « … je t’embrasse, à bientôt … ». Je n’entends que ces derniers mots. Je récupère ma carte postale et m’enfuis dans ma chambre. Ma mère vient de prendre un sacré coup de vieux, c’est sûr elle va bientôt mourir. Insupportable, l’idée-étau serre mon cœur. J’ai peur, et je pleure, en silence…

***

J’ai grandi. Je suis grande, même si les adultes m’appellent encore ‘Petite’. Je sais lire et écrire. J’ai toujours des questions, ce ne sont plus les mêmes. Il n’empêche qu’elles me taraudent. Qui sommes-nous ? Pourquoi sommes-nous là ? Jusqu’à quand ? D’où vient le premier humain ?

Dans une famille athée, il n’y a point de Genèse, il faut trouver autre chose. J’ai beau lire tout plein de romans, aucun n’est apte à me fournir une explication. Ni le Clan des Sept, ni le Club des Cinq, ni même Alice et Fantômette réunies, n’ont proposé une piste, ou un semblant de piste. Ils enquêtent beaucoup mais pas sur mon problème. Au mieux, ils génèrent d’autres questions, et développent un peu mon sens de la logique.

Un jour, j’ai une urgence. Il faut que je sache. Et puisque je n’ai pas réussi à trouver par moi-même, je vais demander aux adultes. Ils savent, eux, évidemment, puisque les adultes savent tout. Ma mère est sortie, alors je vais interroger mon père. En entrant dans la salle à manger, la première personne sur laquelle je tombe est le voisin, un alcoolique notoire. Il est venu emprunter un truc à mon père et mon père est parti chercher le truc.

Qu’importe, c’est un adulte. Alors tout de go je lui demande : « Dis-moi, est-ce que tu sais, toi, comment il est né le premier homme ? » Ma question le surprend visiblement, ses yeux et sa bouche s’ouvrent en grand. « Euh … je ne sais pas, non … Je pense qu’il a été fait avec de la canne à sucre. » Là, c’est moi qui suis surprise. Une fois de plus, toutes les théories échafaudées tombent en ruine. J’étais prête à tout ou presque, mais pas à la canne à sucre. Et flottent toujours mes doutes, et ses vapeurs d’alcool, diffusées tandis qu’il distillait sa théorie.

Alors, tout à coup, je comprends. Je suis victime d’une nouvelle liaison dangereuse. Ce que mon interlocuteur a entendu, c’est « premier rhum » et non « premier homme ».

Je connais le rhum, ma mère nous fait de délicieux babas, et elle en met aussi dans les crêpes. Je sais que c’est de l’alcool. Après la surprise, c’est le dépit qui m’envahit. Comment a-t-il pu imaginer que l’origine du rhum m’intéressait ? J’ai des questions bien plus importantes que cela.

Je n’ose même pas re-poser la question à mon père, revenu avec le truc, un outil je crois, et je retourne dans ma chambre, toujours encombrée de mes incertitudes. Ce que j’ai appris, c’est que les adultes ne comprennent pas toujours ce que disent les enfants, et qu’ils ne sont pas fiables….

***

Aujourd’hui je suis grande, et j’ignore toujours à quel âge on meurt. J’ai du admettre, avec mes parents, qu’il n’y avait pas d’âge. Et, si je comprends un peu mieux d’où je viens, je ne cerne toujours pas ce que je fais là. Je sais bien peu de choses en fait, mais ce que j’ai appris c’est qu’il y a toujours des questions, et que certaines sont sans réponses.

Des questions, j’en ai encore plein. Et pourtant je suis grande, enfin… je crois.

 

( Si vous voulez écouter la version lue, cliquez ici )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Derrière les murs…

Derrière les murs percés de hautes fenêtres, les couloirs éclairés de lueurs blafardes hurlent à la mort. La nuit et son cortège d’ombres et de fantômes ont envahi l’espace alentour.

Dans les lits métalliques, autour desquels rode l’infatigable peur, des corps décharnés s’agitent, appellent, crient, supplient. La nuit est une horreur, la terre où tout s’agite, où le passé et le présent se piétinent, s’entrechoquent, se heurtent… Quant au futur, c’est un temps qui n’existe pas, et cela ajoute à l’horreur.

C’est l’heure du face à face avec soi-même, le moment de faire des comptes, de soustraire au malheur les rires et les jours heureux, puis d’additionner les regrets, les remords, les non-dits ou les trop-dits. Face à face avec l’autre aussi, que l’on ne connaît pas, ou à peine, toujours très pressé qu’il est… Alors les gestes techniques se couvrent d’un voile d’incompréhension.

Ses corps en souffrance et ses cheveux blanchis dissimulent des vies riches d’expériences, de souvenirs, de connaissances, qui tombent en poussières faute de transmission… Poussières de vies qui seront balayées d’un revers de main, quand on changera les draps demain…

Derrière les murs percés de hautes fenêtres, les couloirs hurlent à la mort. Une voix vient de s’éteindre, et une vie aussi…

 

 

 

Un printemps, à Prague : 7 – Rencontre du dernier jour…

Préambule :

Pour le retour de Prague à chez moi, c’est presque comme à l’aller. Presque. A quelques différences nano-colossales près, nano dans le fond, colossales dans l’instant…

 

Vous étiez belle, Madame,

J’étais perdue quand je vous ai croisée.

70, 75 ans ? Je ne sais pas votre âge. Pantalon et foulard bleus, assortis à vos yeux, tandis que c’est l’argent qui anime vos cheveux. Une allure élégante, chic et sport à la fois. D’un pas rapide et assuré, vous sembliez savoir où vous alliez. Moi pas. Je vous ai demandé de l’aide, vous m’avez regardée, et le soleil a éclairé votre visage et votre joli sourire.

Après courte réflexion, vous m’avez invitée à vous suivre et m’avez emmenée à un arrêt d’autobus. Au chauffeur du 189 vous avez demandé des informations, en Tchèque. Ce bus n’allait pas à l’aéroport mais pouvait m’en approcher. Il me faudrait prendre un autre bus après. Sans tambours ni trompette, vous êtes montée, ma valise et moi à votre suite. Vous m’emmeniez jusqu’au bon arrêt pour prendre le 119 qui faisait la liaison avec l’aéroport !

C’est avec émerveillement que j’ai découvert votre capacité d’improvisation. J’avais très certainement perturbé vos projets de la journée, même si vous m’assuriez que non et que vous aviez du temps disponible. Charmante personne que vous êtes.

Au ruban noir de l’asphalte a défilé notre conversation. Nous savions toutes les deux la fugacité de l’instant, et sa préciosité. J’étais à la fois confuse de mon intrusion brutale dans votre journée, et ravie de cette jolie rencontre.

Lorsque nous sommes arrivées au terme de notre voyage commun, je vous ai remerciée chaleureusement, nous avons échangé un dernier ‘au-revoir’, un adieu en fait. Puis j’ai du m’engouffrer dans le bus 119 qui arrivait. Le temps de me frayer un chemin, vous aviez disparu.

Il me reste la douceur de votre visage, le bleu de vos yeux, votre sourire, et le mien maintenant. Parce que je peux, moi aussi, improviser au gré du vent, j’en connais les joies.

Rencontre improbable, fugace, et salutaire pour un moment partagé, et autant de plaisir…

J’étais perdue quand je vous ai croisée.

Et vous m’avez sauvée…

Merci encore, Madame…

 

RENCONTRE 1

 

Me voici au terme de mon voyage. J’ai quitté la beauté d’un ciel tchèque pour retrouver celle de mon ciel de Normandie… Les nuages dansaient avec le soleil sur la route du retour, j’ai aimé l’accueil… !

 

RENCONTRE 2

 

RENCONTRE 3

 

RENCONTRE 4