Voiles en Ligne

 

Il y a des jours en bleu ici, ocre là, où l’on parvient à oublier

Oublier la misère d’un monde qui se délite sous l’effet de trop de liquidités ou d’actifs,

La tristesse qu’il construit dans son oubli d’hier et son absence d’à venir.

Il y a des jours où c’est pas difficile de laisser ça derrière,

Pourvu que l’on fasse face à la ligne d’horizon, qu’on ait en ligne de mire les bateaux à venir, et ceux qui partent au loin,

Pourvu qu’on pose sur leurs ponts nos rêves et nos espoirs, pour qu’ils partent prendre l’air, se secouent sur les vagues, s’embrouillent les embruns.

Qu’ils nous reviennent, tout ragaillardis, gorgés de soleil, d’idées, unis à d’autres rêves en fiançailles,

Et qu’ils nous racontent leur voyage…

 

Il y a des jours où dans ce monde qui se délite, on se délecte de n’être qu’une goutte d’eau, promise à la mer…

Et devant le show des flots, on se surprend à être heureux…

 

 

Omniboat stop

J’attendrai là, à l’arrêt,

Que le bateau passe me chercher.

J’achèterai un titre de transport,

Un billet pour le large,

Un aller-simple pour l’Horizon (ça c’est le nom de la station),

D’une durée illimitée,

Puisqu’elle se dérobe sans cesse, la station,

Et avec elle, recule l’Horizon,

J’adopterai le bruit des vagues, et me ferai bercer,

Ou bien chahuter par les flots,

Bousculer par les déferlantes, et je prendrai le ris,

Pour faire une révolution

Complète…

Alors je serai de retour

Dans 365 jours,

Un quart,

Si le bateau n’est pas en retard…

Bons baisers de Gorgonie

Fantastique éruption d’imagination, point de fusion entre le talent et la créativité de Bénédicte Devillers et de Michel Gouteux, la Gorgonie est une terre poétique et onirique, un pays empreint d’humour et de tendresse que l’on peut visiter sans passeport ni visa.

Invitation au voyage, bienvenue chez M. et Mme Gorgô…

 

À propos de M. et Mme Gorgô

Comme le disait si remarquablement Marcel Duchamp, « La peinture ne doit pas être exclusivement visuelle ou rétinienne. Elle doit intéresser aussi la matière grise, notre appétit de compréhension. »

Né d’une rencontre fusionnelle entre Michel Gouteux et Bénédicte Devillers deux artistes d’exception, l’univers onirique et surréaliste de Monsieur et Madame Gorgô, interroge dans la poétique de leurs œuvres cette dimension intellectuelle, en éveillant l’étrange inconnu qui sommeille en nous.

Créant en parfaite symbiose avec Michel Gouteux, qui travaille la structure de l’œuvre, c’est avec virtuosité que Bénédicte Devillers donne corps à la composition en livrant sur la toile tout un univers dans lequel sa palette sensuelle et audacieuse libère des personnages fantasques et singuliers jaillissant d’une société hybride dans laquelle l’espace et le temps n’existent plus.

Ainsi apparaissent dans la cérémonie de l’œuvre de Gorgô, des femmes aux formes voluptueuses et tentaculaires, tour à tour enfantines ou maternelles, des jeunes filles séductrices et maléfiques à la physionomie atypique et ambigüe, avec lesquelles cohabitent des créatures mi-homme-mi animal, aux malformations physiques symbolisant leur immoralité et leurs péchés.

Si la femme demeure fondamentalement présente dans la composition, on ne peut que s’attarder sur la symbolique de la naissance dans la représentation de nouveau-nés dont la posture picturale savamment exploitée par Bénédicte Devillers témoigne de l’éternel recommencement d’un monde, incarné par la présence du flamand rose à l ’esthétisme troublant.

D’une sincérité et d’une plastique picturale prodigieuses, l’œuvre de Gorgô nous raconte des histoires qui bousculent l’émotif et l’inconscient.

Visiter la Gorgonie, c’est tenter de comprendre l’absurde et l’irrationnel qui existe en chacun de nous.

Sandrine Turquier    

Ecrivain – Critique d’art

 

Interview de M. et Mme Gorgô, pour Le Havre TV

 

Cliquez ici  pour aller à l’accueil du Musée Art and Caux, et découvrir ainsi les autres artistes exposés dans mon musée de pixels.

Tandis qu’un petit clic ici vous permettra de voir d’autres œuvres de M. et Mme Gorgo exposées à la Galerie Corinne Le Monnier.

 

 

Pour faire le portrait d’un Géant

D’abord, dessinez des ficelles,

Pour qu’il s’y suspende,

Qu’il se sache soutenu.

Puis dessinez une ville,

Un lieu à sa taille,

Qu’il s’y sente comme chez lui.

Dans cette ville, peignez un port,

Un port d’attache, mais sans ficelles,

Juste un endroit pour amarrer son cœur,

Le temps d’une étape, d’une sieste.

Dans ce port, tracez des quais,

Et sur les quais, des containers,

Qu’importe la couleur, pourvu qu’ils soient accueillants,

Qu’il puisse s’y poser, et s’y reposer.

Puis attendez, patiemment.

Parfois, le Géant vient et revient vite,

Parce qu’il est impatient.

Parfois, ça peut prendre longtemps,

Onze ans, une éternité pour le peintre.

Trois minutes pour un Géant,

Parce qu’il vit dans un autre temps.

Quand le Géant arrive, il faut l’attacher,

L’attacher à nos cœurs, parce qu’ON est attaché.

Et puis, il faut le laisser dormir, il est si fatigué.

Alors, les yeux grand écarquillés,

On gomme les ficelles, et puis tout le bastringue,

On se laisse chambouler.

Et on se remet à l’ouvrage,

On peint le bleu du ciel, l’or du soleil,

Le souffle du vent qui coure dans ses cheveux,

L’écume des vagues, et aussi les embruns,

On écrit la rumeur qui envahit les rues, les places,

La ville entière…

« Le Géant est arrivé, il est revenu »

Si le tableau lui plait,

S’il trouve qu’il est beau,

Alors, à son réveil, il posera sur la toile,

Son regard grave et bienveillant,

Et il racontera son histoire,

Une histoire à dormir assis, sur un container,

Une histoire de Géants…

Et on l’écoutera, bouche bée,

Avec nos cœurs d’enfants…

(Très librement inspiré de Prévert et de son portrait d’un oiseau)

D’autres travaux d’intérêt général…

C’était un atelier d’écriture, sur le thème ‘Les nouveaux travaux d’Hercule’. En cette période difficile, j’ai envie de le publier ici, parce que rêver d’un monde qui tourne bien, ça ne peut pas nuire… 

 » La Cour vous condamne à des travaux d’intérêt général dont la durée est indéterminée et fonction du temps nécessaire à l’obtention de résultats. »

C’est par cette phrase que s’achevait mon procès. Clémence de la cour, pas d’amende à payer, du temps à donner, et du temps, j’en avais. J’avais été arrêtée et mise en prison pour avoir, précisément, libéré de prison tous les oiseaux du parc zoologique. Tous s’étaient envolés, sauf les autruches évidemment. Si l’amour de la liberté donne des ailes, les autruches n’avaient apparemment pas le cœur sensible, elles ne décollèrent pas, tête dans le sable, tout occupées à se satisfaire du monde souterrain où elles avaient plongé leur bec.

***

J’étais entrée à l’atelier par un matin brumeux. La Dame qui m’accueillit, était belle, bien que marquée ici et là de cicatrices profondes. Une Dame sans âge, concentrée sur son ouvrage, je l’aidais, je faisais de mon mieux.

– ça ne tourne pas rond, non, toujours pas. Passe-moi une clé de 12 et une de 31, la clé de 24 aussi, on va tenter de ralentir la cadence, elle semble responsable de la mauvaise rotation.

Nous avons œuvré pendant un temps que je ne saurais évaluer, tant il était relatif à nos avancées, à nos doutes, à nos réussites, aux échecs rencontrés, à nos nouvelles tentatives …

Mais nous y sommes parvenues, nous avons réussi à desserrer les boulons du temps. C’était plus que nécessaire, tout allait trop vite, on ne maîtrisait plus rien, et surtout pas l’instant. Tout ce qui était neuf, nouveau, vieillissait à vue d’œil ; l’émotion et les sentiments n’avaient plus le temps de s’installer en profondeur ; la surface du globe était couverte d’une viscosité de miel ici, de fiel là… Nous en avons rétabli le PH, au plus près de celui de l’amour, fluidifiant ainsi l’ensemble qui pût, à nouveau, pénétrer les cœurs, jusqu’au cœur de la Terre.

Puis nous avons remis nombre d’humains à l’endroit, ils marchaient sur la tête. La plupart étant sur les sommets, on les repéra facilement, la chose ne fut pas compliquée. La rotation semblait se réguler, le travail était en bonne voie.

Ensuite, nous avons restauré la chaîne de solidarité, elle était cassée à de nombreux endroits. Notre émotion fut forte lorsque nous pûmes, enfin, réunir le maillon israélien et le maillon palestinien. Dans les canons syriens, nous avons planté en série des roses de Damas, leur parfum monta jusqu’à nous, jusqu’à provoquer l’ivresse et la liesse.

Enfin, répartir les couleurs, répartir le bleu et l’or, jusqu’alors concentrés aux mêmes endroits. De nos souffles légers et combinés, nous avons invité l’eau à se répandre pour mieux irriguer les terres et mieux nourrir les ventres, soigner les maladies aussi. Les richesses suivirent, richesses temporelles se mêlant aux richesses culturelles et spirituelles, il y en eut partout à proportions égales, l’équilibre s’installait.

S’élevèrent alors vers nous des millions de petites étoiles brillant au bord des yeux, le globe devint lumineux…

Et les cicatrices de Dame Nature semblèrent s’atténuer.

Un rêve, une utopie, mais je préfère largement cela à toute dystopie, même si, toujours dans le cadre d’ateliers d’écriture, la dystopie j’ai écrit aussi… A lire en cliquant ici, si vous le voulez… 

Nefertiti, Berlin

C’est ainsi depuis petite, j’ai toujours préféré l’Histoire à la Géographie. S’il fallait choisir entre Néfertiti et Titicaca, j’optais sans hésitation pour le glamour d’une mystérieuse princesse orientale plutôt que pour la profondeur d’un lac…

L’Égypte, Terre de Pharaons, de dieux et de mythes, de Pyramides et de tombeaux royaux, civilisation aux connaissances étonnantes, au soleil magique et aux noms exotiques… Pays de rêve, pays rêvé, mais jamais vraiment espéré lorsque j’étais gamine, puisque que je n’avais alors, pour traverser l’enfance, qu’une frêle coquille qui naviguait à vue vers des avenirs lointains et incertains. Et L’Égypte, c’était encore plus loin, trop loin…

Me restait la Lune pour rêver, la même Lune qui entendait les mots tendres d’Akhenaton à sa Belle…

Et pourtant, un jour, sur mon chemin d’adulte, s’est ouvert un passage vers Alexandrie, où je résidais dix-huit mois. Le temps d’étancher ma soif du Nil, et de toucher le rêve du doigt. Je n’habitais pas les Pyramides, ne participais pas à des dîners pharaoniques, avec musiciens, danseuses et tutti quanti, non. Mon quotidien était autre et parfois difficile, mais la découverte fut extraordinaire et l’expérience intense.

En Égypte, c’est Histoire à tous les étages. La ville d’Alexandrie, avec son Phare, sa Bibliothèque, son Alexandre,…n’est pas en reste. Et, tandis qu’à l’Est du delta on peut découvrir Rosette, le village où fut découverte la pierre qui permit à Champollion de déchiffrer les hiéroglyphes, à l’Ouest, c’est le sable d’El Alamein, théâtre de batailles pendant la seconde guerre mondiale, qu’on peut fouler au pied. Sur les berges du Nil, l’Histoire suinte, infiltre les pores grand ouverts, et éveille la curiosité.

Imprudente, je n’avais pas eu celle de vérifier où se trouvait le superbe buste de Néfertiti, célèbre dans le monde entier. Où pouvait-il être ailleurs qu’en Égypte ? Pour moi c’était une évidence. Eh bien non, il est à Berlin. Et, au moment de mon égyptomanie, Berlin était très très loin, puisque toujours partagé par un mur infâme, et soumis à des fonctionnements difficiles. Ça n’était pas envisageable, ça n’était donc pas envisagé. Tant pis pour le buste de Néfertiti… Je quittais donc cette terre des dieux avec ce grand regret, je pensais que je ne le verrais jamais.

Alors, dans ce Berlin d’aujourd’hui, réuni en d’autres couleurs, ma deuxième visite fut pour la Belle, au Neue Museum. L’impatience était forte, l’émotion fut intense, et le moment heureux. J’en avais rêvé, le temps a transformé le rêve en possible… Cette visite a ramené à ma mémoire des bouffées de ce temps passé sous le ciel de Râ, souvenirs heureux d’étonnants ailleurs qui prolongèrent le charme…

 

(Les photos étant interdites dans la salle où la Belle irradie, toutes les photos viennent de Wikipédia)

 

Nefertitini 1

 

Nefertiti 2

 

Nefertiti 3

 

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

Gertrud : ici,

East Side Gallery : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Anastasia, Musée Juif de Berlin : ici,

Poudre de Berl’impinpin :  ici,

Le Dôme du Reichstag : ici,

Ou Street Art in Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

 

East Side Gallery, Berlin

Bien sur, on aimerait qu’il y ait moins de monde. Bien sur on aimerait un autre bruit, ou un autre silence. Mais c’est ainsi. L’endroit est populaire, l’avenue large, et les touristes nombreux. Fermer les écoutilles, convoquer Nina Hagen dans ma tête, et faire abstraction de ce qui n’est pas la ville, la vie, le quartier.

Au pied du Pont de l’Oberbaum se déroulent 1300 mètres de mur, restes de la camisole de force qui contraignit une partie de la ville à l’enfermement et à l’isolement. Comme dans un asile psychiatrique où les déments auraient été le personnel, et non les aliénés… Edgar Poe aurait aimé.

1300 mètres sur lesquels des artistes ou des anonymes ont laissé des traces, des empreintes, des rêves ou des cauchemars. 1300 mètres de sentiments exprimés, d’émotions libérées, de mémoire et d’espoir. Des messages, des chiffres, des cris et aussi des soupirs de soulagement. La plus grande galerie à ciel ouvert, touchante, très.

 

 

Il est des lieux que l’on ne traverse pas indemne. Berlin en est un, en particulier dans les traces que l’Histoire y a laissées. Ce mur, que j’ai longtemps cru indémontable, rappelle que si certains espoirs ou rêves exprimé ici ne se sont pas réalisés – la colombe de la Paix s’épuise toujours à voleter ici et là, sans succès., d’autres ont été rendus possibles. Par les Hommes, par la volonté des Hommes, pour les Hommes, et le mur a fini par céder…

 

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

Gertrud : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Anastasia, Musée Juif de Berlin : ici,

Poudre de Berlimpinpin : ici,

voire Le Dôme du Reichstag :  ici,

Street Art in Berlin : ici,

ou Nefertiti, Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

Si seulement …

 

Elle lui parle, il ne lui répond pas, il ne répond jamais. Elle est venue pour déjeuner là, pour être près de lui. Il ne mange pas, il n’a jamais faim.

 

Elle le regarde.

Occupé à son dernier tableau, il porte sa toile, semble l’embrasser, ses deux bras tendrement affairés autour d’elle. Une pointe de jalousie lui transperce le cœur. Il est si tendre avec son oeuvre.

Il est torse nu, il est beau. Le mouvement entrepris fait saillir les muscles sous sa peau, quelques grains de beauté constellent son épaule, il dégage une force, une puissance, que seule la fragilité de son regard dément. Son visage est de trois-quarts, légèrement incliné. Sa barbe en bataille, fils châtains parsemés d’argent, hérisse son menton. Son nez, fort mais bien droit, se découpe dans la lumière. Elle l’observe attentivement, et à chaque fois qu’elle le dévore des yeux ainsi, son cœur fait des soubresauts dans sa poitrine. Lui, il ne la regarde pas, il ne la regarde jamais.

 

Elle lui parle encore, lui raconte la ville, la mer où elle est née, et où elle aurait tant aimé qu’il l’accompagne, elle aurait adoré lui en faire sentir les embruns, le vent qui fouette le visage. Il en aurait apprécié le ciel, toujours changeant, toujours splendide, même dans le gris du temps. De cela, elle était certaine, les plus grands peintres s’en étaient régalés. Elle lui explique les petites choses de la vie qu’elle aurait tant souhaité faire avec lui. Les marchés en plein air, aux étalages couverts de légumes qu’ils auraient cuisinés à deux. Les terrasses de café, où il faisait bon traîner, les mains agitées de discussions sans fin. Les soirées entre amis, où l’on refaisait le monde, toujours mieux, toujours plus grand… Et elle lui murmure les mots tendres de l’amour qu’il aurait fait ensemble …. Si seulement … si seulement …

 

Elle pose à nouveau les yeux sur lui. La toile s’impose à son regard, pleine de couleurs vives, pleine de couleurs gaies, de mouvements et de fragments d’âme. C’est la vie même qui semble jaillir du cadre.

Alors, elle range la photo dans son sac, essuie machinalement les miettes de sandwich tombées sur la tombe de granit noir, avant de se relever.

 

Elle ne connaît de lui que cette photo montrée par sa sœur, amie de cet artiste qui s’est donné la mort quelques semaines auparavant. Au premier regard, elle était tombée amoureuse de l’homme et de son œuvre. Depuis, elle pleurait celui qu’elle n’avait pas connu, ou connu trop tard et pas de la meilleure façon . Elle pleurait leur amour, mort avant d’avoir vécu…

 

Si seulement il avait su …

Version 2

© 9 juin 2013/25 mars 2016

(Pour écouter le texte mis en voix, cliquez ici)

Des mots et des valises…

Un atelier d’écriture en direct et en temps limité, avec pour consigne d’intégrer le maximum de mots valises de notre cru. Inspiration en forme de souvenirs du Cap de Bonne Espérance, où l’Océan Indien et l’Océan Atlantique s’affrontent et se mêlent, devenant ainsi un ‘océan valise’.

 

Version 2Pointe du Cap de Bonne Espérance, photo argentique numérisée

Face à la mer, les cheveux emberlibourrasqués de vents contraires, le visage embruns et rafales, je contemple, ébaubie par tant de beauterrassante. La force des éléments s’impose à tous mes sens. Je suis la goutte d’eau, le grain de sable, le soupçon de sel. Je me décompose et deviens le vent, dans une musique cacosymphonique …

Devant moi, ils dansent, deux océans pour une rencontre IndienAtlantique, crête d’écume sur bleu outremerveilleux.

Un pas de deux, un rock endiablé, une valse qu’a mis le temps, bras de mer embrassés, la côte en est fracationnée.

Là-bas, au large, les éléphanfarons de mer n’en mènent vraiment pas large. Phoquing life que les courants chambouleversent sans aménités. Pour ‘La complainte du phoque en Alaska’, c’est Beau Dommage mais il faudra repasser de l’autre coté de l’équateur. Parce qu’ici, c’est NinoFerrerisé, ‘On dirait le Sud’, et si le temps dure longtemps, c’est pour nous amener vers l’Antarctique, vers une Terre Adelidéalisée …

Et là où les yeux se perdent, étreinte horizontale. et tendres épousailles aquamarinazurées d’un ciel un peu timide et d’une belle Océane. Je crépuscule des yeux pour assister au coucher de l’Enfant-Râ dans le lit de sa Mer… Sous mes pieds, la roche rosit encore. D’humeur changeante, pleine de plais-Ire, soumise aux caresses pressantes du vent et aux coups de fouet des vagues, elle s’abandonnera bientôt à la nuit …

Et c’est sur cette roche, à la pointe du Cap, que du bout des orteils, je touche du doigt un rêvEspérance …

 

Pour écouter le texte, cliquez ici.

 

Et pour écouter Beau Dommage et sa belle Complainte, c’est là !

https://www.youtube.com/watch?v=TyVeNB0sC3k

 

Quant au Sud de Nino Ferrer, le voici !

https://www.youtube.com/watch?v=FgxwKEuy-pM

Un printemps, à Prague : 3 – La vie de château…

A peine mon carrosse entré dans la cour, je vois Vladimir passer par la fenêtre et atterrir sur les pavés luisants de pluie, à quelques mètres de mon attelage.

C’en est trop ! C’est le troisième amant que mon mari défenestre cette année, cette situation devient intolérable. Tandis que sa réputation en acquiert de l’éclat, la mienne se ternit et les hommes me fuient. Comment les en blâmer, maudite que je suis ? S’il me veut tout à lui, qu’il s’en donne la peine ! Et puis qu’il cesse donc de trainer autour de ces catins qui grattent aux portes des salons où elles n’ont pas leur place.

L’orage gronde en mon ciel immédiat, je m’en vais de ce pas dire à mon époux ce que m’inspirent ses indélicatesses !

 

VIE DE CHATEAU 1

Je monte l’escalier aussi vite que possible, pestant contre ma robe dont les volants m’encombrent, et entre sans frapper dans le bureau de mon ministre d’époux. Je crie et je tempête, je fulmine et m’exprime, je rue et tonitrue, rien n’y fait. Il sourit, il aime me voir ainsi, volcan en éruption.

Soudain j’entends le clic de la porte de l’antichambre. Et un clic en écho.

Puis des centaines, des milliers, des milliards de clics, un assourdissement de clics ! Je me réveille sur le muret de mon sommeil. Un car de touristes vient d’arriver et tous ont dégainé leurs appareils photo plus vite que leur ombre pour mitrailler la scène. C’est vrai que, d’ici, la vue sur le château et la cathédrale Saint Guy est très jolie …

VIE DE CHATEAU 2

 

Drôle de rêve ! Ma journée au château et le soleil m’ont tourné la tête, je me suis cru comtesse l’espace d’une sieste… Et puis ces histoires de défenestrations à tire-larigot au cours de ma visite ont fait le reste… Il fut un temps où c’était ainsi, au château de Prague, les importuns ne prenaient pas la porte, mais la fenêtre !

 

 

VIE DE CHATEAU 3

 

De retour dans mon 21è siècle, à peine réveillée et largement tête en l’air, je pars très vite pour fuir la horde de touristes… J’en oublie mon sac à main sur le muret. Mais je l’ai retrouvé, ouf !

 

Et la porte se ferme …

Le bleu glacé du ciel a laissé place à la nuit qui s’invite dans la pièce, à travers les vitres. Dans la cheminée, heureusement en service, le rouge et l’or crépitent et réchauffent l’atmosphère. Je suis épuisée. Je me suis mise à l’ouvrage dès les premières heures du jour, il faut que tout soit prêt à la fin de la semaine pour accueillir enfin ma nouvelle vie. 

D’abord lessiver la cuisine, ce qui m’a lessivée. Puis une couche de peinture sur les murs, du blanc parce qu’elle est petite, mais aussi de l’orange ‘lever du soleil’, pour de joyeux réveils et du peps. 

Puis j’ai dégainé la décolleuse à papier peint, je me suis métamorphosée en Calamity Jane du confetti récalcitrant. J’ai tiré sur tout ce qui bougeait, ppchit ppchit ça faisait, et ça ne bougeait pas en fait, ce qui m’arrangeait bien. Entre deux, j’enfilais mon costard de turfiste, ‘Je mise sur ce mur, fini dans trois quarts d’heure’, je misais sur des chevaux-vapeur, nul chevaux en vue mais de la vapeur, il y en avait. Je n’ai pas toujours gagné, mais ça me faisait du bien d’y croire. 

Entre chaque mur terminé, une bûche, parce qu’il fait vraiment froid en ce mois de décembre, l’hiver s’annonce rude, et un café réconfort. 

De chez ma voisine, une vieille dame que j’ai déjà croisée, monte une odeur de tarte aux pommes qui me met l’eau à la bouche et de la nostalgie au nez, odeur des tartes de mon enfance, cuisinées avec amour par ma mère. 

Ma mère … 

Mémoire olfactive qui me revient, son absence se fait sentir. Alors je décide de m’accorder une pause, fais un nouveau café, et, soigneusement, je coupe au cutter le gros scotch qui scelle un carton étiqueté ‘Albums photos’. Assise sur le canapé, café sur la table basse, j’observe avec tendresse ces souvenirs du temps joyeux où son rire tintait encore… 

Bon, il faut se remettre au travail, il n’y a plus qu’un mur à dénuder. 

À ma grande surprise, je découvre une porte camouflée sous les couches de papier peint, dont les coloris rappellent les modes successives. Je pousse l’escabeau, et son pied heurte un mécanisme au raz de la plinthe. Surprise ! La porte s’ouvre, l’entrebâillement m’aspire, et la porte se referme derrière moi. Dans l’obscurité qui envahit la pièce, mon angoisse est palpable. Petit à petit, mes yeux s’habituent et dessinent les contours d’une armoire, d’une chaise, et d’un lit. Sur le lit, une forme s’anime, camouflée sous une couverture. Je pousse un cri auquel un grognement fait écho. Alors s’élève une petite voix aux résonances familières.

– Laissez-moi tranquille, les Vagues ! Ne me touchez pas ! Si vous m’emportez, mon père et ma mère appelleront la police et viendront me chercher ! 

La peur ainsi exprimée, écho du silence qui étreignait la mienne, finalement me rassure. Je m’approche du lit, qui grogne toujours un peu, et m’assieds sur la chaise.

– Je ne m’appelle pas les Vagues, je ne vais pas t’emporter, n’aie pas peur. Et pourquoi crains-tu que les Vagues ne t’emportent ?

– Ma mère me dit toujours, quand je vais à la mer, de ne pas trop m’éloigner du bord, sinon les vagues m’emporteraient. Alors je dois faire attention, je scrute l’horizon, et guette leur bateau. Ce sont des méchants messieurs, les Vagues, puisqu’ils viennent emporter les enfants, les font grimper à bord ! On ne sait pour où, d’ailleurs, puisqu’on ne les retrouve jamais. 

Stupéfaite et en proie au trouble, j’insiste :

– Mais tu n’es pas à la mer, là, tu es dans ton lit !

– Oui, mais hier, à la télé, ils ont dit que des Vagues de froid allaient traverser la France, et moi j’habite en France.

Je ne peux réprimer un rire, la forme sous la couverture s’agite moins.

– Si tu ne t’appelles pas les Vagues, comment tu t’appelles ?

– Je m’appelle Florence.

Silence. La couverture-cachette s’abaisse un petit peu, dévoilant une bataille de mèches blondes et deux yeux.

– Moi aussi, je m’appelle Florence.

– Je sais, lui dis-je en souriant. 

 Ses yeux me sourient aussi.

– Dis, tu veux bien faire sortir le monstre qui se cache dans mon armoire, et le loup sous mon lit ?

– Oui, tu vas voir, c’est facile.

Alors j’allume la petite lampe qui diffuse une lumière douce dans la pièce. Le papier peint vert et la couverture violette retrouvent leurs couleurs. Je sais comment débarrasser la nuit de toutes ces créatures effrayantes. Je connais ce monstre d’étoffes et de lainages que l’obscurité transforme en forme immonde aux yeux boutons de nacre. Une simple pression sur la porte entrouverte suffit à enfermer l’odieuse bête qui, au matin, redeviendra simple pile de pull-overs, gilets, chemisiers, tee-shirts, petits amis qui réchauffent le corps. 

Reste à s’occuper du loup. À voix basse j’appelle : « Tom ? Tom ? Tu viens ? » et le petit chien sort du dessous du lit où chaque nuit il se réfugie. Il secoue son sommeil, peuplé peut-être de rêves papillons après lesquels il court, et se met à remuer la queue avant de sauter sur la couverture. La petite fille s’est redressée et le prend dans ses bras, enfouissant son nez dans le cou noir et blanc. À la vue de la chemise de nuit rose, je souris.

– Et maintenant, ça va ? Tu n’as plus peur ?

Je pose la question en caressant la tête blonde.

– Cela va mieux, oui, mais j’ai toujours ma grande peur, ma peur de quand je serai grande, ma peur de demain.

Mon cœur fait un bond dans ma poitrine, cette angoisse je m’en souviens si bien, ce vide à remplir de je ne savais quoi, ce grand mystère.

– Ne t’inquiète pas, ton demain est mon hier, et je te promets qu’il se passera bien … Tu devrais dormir à présent, te reposer, pour vivre ce beau demain en pleine forme…

Je la prends dans mes bras, mon nez dans les odeurs de l’enfance, du sommeil, puis dépose un baiser sur sa joue rose, avant de me diriger vers le rai de lumière que la porte, à nouveau entrebâillée, laisse filtrer. D’un sourire et d’un geste de la main, je referme la porte sur mon enfance… 

PRESQUE 5 ANS

***

Le café est froid dans ma tasse. Combien de temps me suis-je assoupie ? je ne sais pas, le feu s’est éteint, j’ai froid. Je cherche à tâtons la couverture violette, rien. L’album jaune ‘soleil de l’enfance’ a glissé de mes genoux et gît maintenant au sol, ouvert. J’en referme les pages, comme on referme une porte. 

 

J’ai fait un rêve étrange … 

Emile et Etoile (sur une photo de Nessim)

emile et étoile

(photo Nessim sur Flickr, à retrouver ici…)

Tu as posé sur moi ton regard noir et blanc,  

Etre… ou n’être pas,

Dans la vie où sont nos marges.

Courir sur les trottoirs pour rattraper le temps,

En col blanc et costard,

Ou bien en faire domaine, y faire son nid le soir,

Heures sombres macadam où tous le monde est gris.

Dans la chaleur précaire d’un amas de cartons,

Dans l’humide et le froid,

Le moite et l’étouffant,

Qu’importe la saison.

Le temps passe, indifférent et sourd,

Pour toi, pour moi, 

Différemment, et en même temps

Solidaire aux compagnons

 

Tu as posé sur moi ton regard noir et blanc,

Et ton indifférence crasse,

Ton déni d’existence, le DELIT d’existence

Un crissement au tableau lisse

De  bienséance,

Poussière sur la manche,

Que l’on souffle et qu’on oublie.

Lumière éteinte à la bougie

Une vie en négatif, image de toi demain

Un « Peut-être »…, un ‘Et si…, 

Horizon potentiel, avenir sans ciel,

Une vie en deux tons et trois dimensions,

Pour un miroir qui fait peur…

Un reflet inquiétant…

Et si ma pauvreté avait don

De contagion… ?

 

Tu as posé sur moi ton regard noir et blanc,

Et pourtant… !

Regarde-moi vraiment, regarde mes couleurs,

Je suis autrement riche de ça,

Je suis riche autrement…

Je tutoie les étoiles,

Je parle aux animaux qui se régalent à ma table.

Et si parfois le soir, c’est au fond de mon verre

Que je plonge chercher les degrés nécessaires

A réchauffer mon cœur, mon corps, ma couenne,

Sache que, lorsqu’une douce vapeur  m’envahit,

Quand belle ivresse m’enlace et me réchauffe,

Je rêve, les yeux ouverts, prunelles écarquillées,

Je rêve à la beauté du monde,

A ses mers et merveilles… J’en perce les mystères…

 

Alors, s’il te plait, défais-toi

De ta condescendance,

Souviens-toi que,

Si toi tu me vois en noir et blanc,

J’habite Moi, un monde tout en couleur.

Dans les poches pas d’argent,

Plein d’or dans le cœur,

Et tous les arcs-en-ciel au fond de mes pupilles… 

 

Merci à Nessim de m’avoir laissé écrire sur sa photo

et d’avoir mêlé quelques uns de ses mots aux miens