Kohl Cologne

J’ai vu des photos de Cologne après la guerre, la seconde, une mondiale encore, une de trop. C’était un champ de ruines.

Alors, Cologne s’est reconstruite, pas seule, non, il a fallu l’aider. Une flopée d’architectes a du s’y mettre, si j’en crois l’aspect disparate des immeubles d’aujourd’hui, un centre ville en manque d’harmonie. J’habite, en France, une ville qui a été aussi entièrement détruite, au presque. Par les mêmes armées. La différence, c’est qu’en France on les appelait ‘les alliés’, tandis qu’en Allemagne c’était l’ennemi. Passage de frontière, changement de vocabulaire. Dans la ville où j’habite, la reconstruction a été confiée à un architecte, un seul, et le centre respire une certaine unité, unité qui manque singulièrement à Cologne.

Voici quelques exemples de maisons ‘colognales’

Tout a été détruit, sauf la cathédrale, gothique à souhait, un bijou d’architecture religieuse. Était-ce un miracle ? Il faut dire qu’elle renferme, dans une chasse bien gardée, elle-même protégée par des vitres, les reliques des ‘Rois Mages’. Rien de moins ! J’avoue que l’idée m’a fait sourire…

Ville étrange que celle-ci, comme un puzzle dont il me manquerait des pièces. Animée, vivante, boutiques de luxe et misère en cohabitation. Et puis, derrière, coule le Rhin, l’eau de Cologne…

Le Rhin, c’est bien, mais ça n’est pas la mer… Elle semble avoir manqué à ce graffeur qui m’a fait sourire, au détour d’une rue…

 

 

Liège sur Mer

J’ai beau ne pas être bonne en géographie, je savais bien que Liège n’était pas au bord de la mer… Sinon j’aurais aussi emmené un tuba et des palmes.

Départ à 13 heures, en ce joli dimanche de la mi-juillet, tout plein de soleil.

Direction Amiens, jusqu’ici tout va bien.

Itinéraire noté, en mode ‘sobrement dépouillé’, Amiens c’est Amiens, on n’y va pas par 4 chemins !

Direction Amiens Centre ? Non, pas question d’y entrer.

Ouest ? Je suis déjà un peu à l’Ouest, pas la peine d’en rajouter.

« On dirait le Sud, le temps dure longtemps » chante Nino Ferrer. J’éteints l’autoradio, le temps d’autoroute dure déjà assez longtemps, je ne vais pas prendre Amiens Sud et passer par Perpignan, ça rallonge.

Amiens Nord ? Oui, c’est cela, la Belgique c’est au Nord, la direction paraît adéquate.

Quitter l’A 29 et embarquer vers des terres boréales, voilà la solution.

Abbeville ? Ok, Abbeville c’est près d’Amiens, rien d’illogique là-dedans. Mon itinéraire indique une route qui mène aussi à Calais, alors je suis mon instinct, il y aura bien une sortie 53 après les sorties 22, 23, 24…

« Baie de la Somme » ?!! Ah ?! Pour un peu, le pare-brise se mouillerait d’embruns. Pas plus inquiète que cela, j’espère toujours la bifurcation vers l’Est, le retour vers les terres…

Quand je vois ‘Berck sur Mer’ à gauche, ‘Arras’ à droite, et ‘Dunkerque’ droit devant, je commence à avoir le mal de mer…

Il y a un problème, c’est certain ! Comment faire ?

SORTIR DE L’AUTOROUTE AU PLUS VITE !!!

Et sortir la carte de France aussi, bien à l’abri au fond d’un sac lui-même bien à l’abri au fond du coffre.

Dans l’état actuel des choses, Arras est moins pire que Berck, qui commence à se prononcer ‘beurk’ dans mon imaginaire de route des vacances.

Il est déjà près de 18 heures, l’après midi du dimanche tire sur sa fin, et il semble que les Arrageois, Arrageoises et Atrebates, harassés de chaleur toute la semaine précédente, aient décidé de voir la mer, à Berck précisément. Il y en a beaucoup sur la voie rapide, nous ne tardons pas à embouteiller et bouchonner ensemble, en particulier quand quatre voies deviennent deux et que le goulot d’étranglement se forme…

Sous le soleil exactement, pas à coté, pas n’importe où…

Arras pointe le bout de son clocher, Cambrai semble être une étape possible dans la foulée. Cambrai, ville de bêtises…

La jauge de l’automobile indique qu’un plein lui ferait du bien. Je profite de l’arrêt dans une station au milieu de nulle part, mais tout près de Cambrai, pour me renseigner. La jeune fille (que je ne la recroise pas, celle-ci ! ) m’indique qu’il faut prendre l’autoroute en direction de Lille. Je proteste, je ne veux pas aller à Lille !

« Sur l’autoroute de Lille, vous trouverez bientôt la direction de Valencienne, et là, vous serez sur la bonne voie », insiste-t-elle.

J’ai finalement été jusqu’à Lille, me suis arrêtée dans une station sur l’autoroute où les canalisations étaient défectueuses, et où l’eau manquait terriblement. Pas de café, pas de toilettes, le calvaire continue. Plus je roule, plus Liège s’éloigne… Et plus je désespère. C’est que l’on m’attend à Liège… !

 

Enfin, j’entre en Belgique, comme en Terre Promise. Mons, Charleroi, Namur…

23 heures ! Est-ce une heure raisonnable pour arriver en Amitié ?

L’Amitié a laissé la porte ouverte, et la lumière allumée. Elle m’attend, et m’accueille chaleureusement. Un bon diner, un lit douillet et une couette douce et légère.

Les retrouvailles furent aussi agréables que le parcours fut difficile.

10 heures pour un trajet qui a duré 6 heures au retour.

Et enfin de beaux moments à vivre, ensemble, ensuite…

 

En bleu, l’itinéraire conseillé par Mappy, en rouge, le mien !!

Moussa, le Petit Géant

D’où vient-il, Moussa ? On ne sait pas vraiment.

C’est en Afrique qu’il a croisé le chemin du Géant, et le Géant l’a adopté.

Mais l’Afrique, c’est grand, ça n’est pas un pays, c’est tout un continent.

Par deux fois, il est venu nous rendre visite, arpentant nos rues et avenues. Il a du charme, Moussa, il nous a mis dans sa poche, et à notre tour nous l’avons adopté.

Moussa est un enfant presque comme les autres. Sauf qu’il a des grands pieds, de très grands pieds. Et qu’il aime les légumes.

Mais, comme tous les enfants ou presque, lorsque le Petit Géant s’apprête à faire la sieste et se déchausse, eh bien… il laisse trainer ses souliers…

 

Pour faire le portrait d’un Géant

D’abord, dessinez des ficelles,

Pour qu’il s’y suspende,

Qu’il se sache soutenu.

Puis dessinez une ville,

Un lieu à sa taille,

Qu’il s’y sente comme chez lui.

Dans cette ville, peignez un port,

Un port d’attache, mais sans ficelles,

Juste un endroit pour amarrer son cœur,

Le temps d’une étape, d’une sieste.

Dans ce port, tracez des quais,

Et sur les quais, des containers,

Qu’importe la couleur, pourvu qu’ils soient accueillants,

Qu’il puisse s’y poser, et s’y reposer.

Puis attendez, patiemment.

Parfois, le Géant vient et revient vite,

Parce qu’il est impatient.

Parfois, ça peut prendre longtemps,

Onze ans, une éternité pour le peintre.

Trois minutes pour un Géant,

Parce qu’il vit dans un autre temps.

Quand le Géant arrive, il faut l’attacher,

L’attacher à nos cœurs, parce qu’ON est attaché.

Et puis, il faut le laisser dormir, il est si fatigué.

Alors, les yeux grand écarquillés,

On gomme les ficelles, et puis tout le bastringue,

On se laisse chambouler.

Et on se remet à l’ouvrage,

On peint le bleu du ciel, l’or du soleil,

Le souffle du vent qui coure dans ses cheveux,

L’écume des vagues, et aussi les embruns,

On écrit la rumeur qui envahit les rues, les places,

La ville entière…

« Le Géant est arrivé, il est revenu »

Si le tableau lui plait,

S’il trouve qu’il est beau,

Alors, à son réveil, il posera sur la toile,

Son regard grave et bienveillant,

Et il racontera son histoire,

Une histoire à dormir assis, sur un container,

Une histoire de Géants…

Et on l’écoutera, bouche bée,

Avec nos cœurs d’enfants…

(Très librement inspiré de Prévert et de son portrait d’un oiseau)

Flamy la puce

Boule de poil de caractère, très attachante, petit moteur ronronnant fort, la Marquise à la robe bleue et blanche est entrée dans la famille il y a longtemps déjà, mais dans ma maison depuis quelques semaines seulement.

J’aurais voulu la ramener chez son ‘Père’, j’aurais tant aimé qu’ils se retrouvent et reprennent leur chemin ensemble. Mais la vie, en s’envolant, en a décidé autrement. Mon Frère a rejoint les étoiles que Flamy scrute, le soir, perchée sur le muret.

Aujourd’hui, elle et moi avions un rendez-vous très important, le premier ensemble chez le vétérinaire.  Identification en perspective, car elle est audacieuse et explore pas mal les alentours, et comme ça n’est pas encore son quartier, j’ai peur qu’elle ne se perde. Pucée, on se donne plus de chances de se retrouver. Mais il faut que la Belle soit assez calme pour le permettre sans sédation. Cela me parait préférable, elle a vécu assez de tourments ses derniers temps, moi aussi, nous n’avions pas besoin de nous en infliger davantage. J’en ai eu les tripes nouées toute la journée, j’avais la trouille de son comportement, que je connais encore bien mal, que j’apprends à apprendre. Les cliniques vétérinaires ne sont pas des lieux de récréation pour les quatre-pattes. Le succès de l’entreprise dépendait de sa réaction à la table métallique du véto.

Ce soir, à 18h15, par le biais d’une micro-puce glissée à son cou, je l’ai officiellement adoptée. Ce soir, j’ai accolé mon nom à celui de Flamy et elle a changé d’adresse.  Tout s’est bien passé, puce injectée sans rébellion, vaccins mis à jour, nous sommes reparties, elle contente de quitter le véto, moi émue de ce bel héritage.

Nous allons poursuivre notre nouvelle vie, la voilà co-propriétaire, avec Bingo, de la maison, et je me demande quand elle pensera à me réclamer, elle aussi, un loyer…

J’espère que le montant n’en sera pas exorbitant….

Les ombres du Hall Nord

C’est à partir de 20 heures que cela commence. Parce que plus tôt, c’est impossible. Trop de bruits, de mouvements, de couleurs, trop d’ondes discordantes selon le pourquoi de la présence ici, trop de pas, et trop de Marchants. Parfois on pointe le bout du nez dans la journée, pour une cigarette, pour un café. Mais en général, le jour c’est pas notre truc. On porte une sorte d’uniforme, facilement repéré, et du coup on se perd, soit dans la pitié des Marchants, soit dans leur indifférence, le vide d’émotion. Parfois c’est bonne pioche, et un moment d’échange, un sourire en empathie, des rires provisoirement arrachés au morose. Une éclaircie.

Entre 19 heures et 20 heures, si le lieu se vide un peu, il résonne encore de l’activité des Entrants ou des Sortants.

Puis le rythme se calme, et l’espace nous revient. On peut sortir de l’ombre pour s’exposer un peu, s’éclairer d’une autre lumière, sous les leds ou sous les étoiles. Dans la journée, dans l’esprit des Marchants, un pyjama est un pyjama. Le soir, chacun d’eux retrouve sa forme, sa matière, et ses couleurs. Et nous aussi. On peut parler fringues, comparer, complimenter… La tenue de rigueur rime avec confort, pas de chichis, pas d’esbroufe, les efforts se font ailleurs.

Chacun d’entre nous est un Roulant, puisqu’il roule quelque chose, son fauteuil, son mât de misères, et puis, dehors, des cigarettes. Mais on ne roule pas des mécaniques, non, on n’a pas les moyens, les nôtres sont grippées.

Au couchant du soleil, l’immense hall d’accueil aux guichets maintenant aveugles s’offre à une autre vie, une ambiance plus feutrée et plus intime. Les fauteuils des espaces d’attente deviennent lieux de détente, petits salons hospitaliers ouverts aux improbables rencontres. Il faut souligner que le centre lui-même est très hospitalier, puisqu’il accueille des résidents de tout âge, de tout horizon, de tout passé, de tout avenir, réunis par la nécessité bien plus que par l’envie. La contrainte est un point commun qui brise un peu les barrières, les frontières, nivelle les statuts, déclassifie les classes. On est tous dans la même galère, c’est ça qui nous rassemble.

Les précieux petits salons s’animent. On se retrouve par hasard, ou par reconnaissance, par affinités ou par service… Ici on peut tout dire. Sa vie d’avant, ses projets pour après… La douleur, les frayeurs, les inquiétudes, les angoisses… Les bonnes nouvelles, les espoirs, les dates de sortie, les anecdotes de la journée… On rit, on sourit, on pleure aussi parfois. Partager les expériences difficiles ne les divise pas, mais ça fait du bien quand même. Ici les voiles tombent, et la pudeur aussi. Le jour, il faut se plier au corps médical, à son lugubre ballet parfaitement orchestré et donc à ses horaires. Et puis il faut prendre en charge les visiteurs, soulager leurs inquiétudes, simuler pour rassurer, réconforter, et ainsi s’oublier… La nuit, on tombe le masque et on revient à soi, en se disant aux autres. À des inconnus qu’on ne reverra probablement jamais en pyjama, mais qui, l’espace d’un séjour, sont nos frères de sueur. De cette émission âcre et salée qui exprime notre peur et l’expire par tous nos pores. Et la trouille au ventre, ici, on connaît tous.

Parfois, c’est un peu la fête, pourvu que des Marchants en tenue de ville viennent rendre visite à l’un d’entre nous. Ça amène un peu d’air frais, de légèreté, de baume au coeur.

À l’extérieur, si le ciel laisse scintiller les étoiles, l’esprit peut s’échapper, vagabonder à sa guise, chevaucher des rêves à dormir debout. S’il pleut, on fume sa clope à l’abri, près de l’entrée, on discute. Dehors, on respire un autre air, on entend d’autres bruits. Les voitures sur les grands axes alentours, et aussi les oiseaux. Des bruits ordinaires qui prennent une autre couleur, celle de la ‘vie normale’, hors d’ici.

Les petits salons se vident à mesure que la nuit avance et que les éclairages faiblissent. Et le hall s’enfonce dans le silence, ou presque, puisque quelques pas discrets ou quelques grincements de roues le brisent parfois. Pas un mot, non, ça n’est plus le lieu pour, on ne fait que le traverser. Les mots, s’ils s’échangent, c’est dehors. Dans les heures les plus noires et le petit matin, les rares ombres mobiles sont celles d’employés qui se posent, de veilleurs d’amour en quête d’un peu de répit et d’air frais, ou de résidents insomniaques aspirant au sommeil. On a tous de bonnes raisons pour être dehors à cette heure où tout le monde dort, mais ce ne sont pas les mêmes. Et selon que l’on soit Marchant ou Roulant, on ne perçoit pas les bruits de la même façon, et l’on entend les oiseaux autrement. Alors souvent, oui, le silence s’impose tandis que, tranquillement, le jour se lève. Bientôt, le hall ouvrira les yeux de ses guichets, se réveillera doucement, avant de retrouver son brouhaha et son agitation diurne.

Un hôpital, ça vit la nuit aussi …

Voleur Volant

 

Étretat… sa plage… ses petits galets aux formes douces…

Étretat… ses falaises bien sûr… et puis ses mouettes et ses goélands.

Je les aime beaucoup, les oiseaux de mer, j’aime leur liberté, leur capacité à évoluer entre la terre, les airs, et l’eau. Et puis je les trouve beaux.

Il n’empêche.

Étretat, les Vieilles Halles, il est tard déjà, et je n’ai pas déjeuné. Je me laisse tenter par une barquette de frites que je m’apprête à déguster tranquillement sur la plage, avec ‘vue sur’. Après une descente dans les galets qui roulent, je me pose et contemple. C’est beau de tous les cotés. J’ouvre la barquette, et commence à picorer.

Les goélands sont là, évidemment.

Je sors mon appareil photo, et mitraille gentiment. Un intrépide s’approche, me zieute, penche la tête d’un coté ou de l’autre, avance toujours… Moi je suis si contente de pouvoir le photographier d’aussi près que mes victuailles sont devenues le cadet de mes soucis. Je crois n’avoir pas imaginé qu’il oserait, là, sous mon nez. Ce n’est pas son cas à lui. Il ose.

J’assiste à un vol plané de frites d’une grande élégance, avant un misérable fracas sur les galets.

Je courre après la barquette, et le goéland donc. Je ne veux pas qu’il mange du polystyrène et s’intoxique. Il lâche l’affaire, je ne sais pas pourquoi, mais ça m’arrange bien. Je reprends le coffre au trésor, il me reste encore à récupérer ses joyaux éparpillés, et à briquer les galets. Corvée.

Mais, ô miracle, les galets sont tout nettoyés, d’autres goélands s’en sont chargé. Ils finissent le boulot, d’ailleurs, hardiment et ardemment, là, devant moi.

Au final je me suis fait racketer une poignée de frites par un gang de voleurs à plumes, plutôt bien organisé. Je ne suis pas bien sure que les frites soient une nourriture idéale pour les goélands, mais s’ils ont mal au ventre, ils ne l’auront pas volé !

 

Mon frère, ce héros.

C’est un bel oiseau avec un gros problème de patte. Le sang ne voulait plus l’irriguer, alors le docteur a réparé, dans l’urgence, parce que la faucheuse rodait. Il a mis un tuyau neuf.

Mais le tuyau s’est bouché.

Alors il a remis un autre tuyau, plus naturel, dans une autre urgence, et la faucheuse toujours tournoyait.

Putain de tuyau, il s’est encore bouché, alors le docteur a dit à l’Oiseau qu’il fallait la couper, cette patte, là, au-dessous de l’articulation. Et qu’il mettrait un bâtonnet, pour que l’Oiseau puisse encore marcher.

L’Oiseau s’est affolé, recroquevillé dans des draps qui n’étaient pas les siens. Sont venus les fantômes, les ombres, les silhouettes rugueuses, les monstres de la nuit. Dans les mains froides du chirurgien, il a bravé la faucheuse qui se réjouissait déjà. Il l’a bravée parce que, ailleurs, non loin, il y avait des océans d’amour et de tendresse qui l’attendaient. Alors il a cherché la force, l’énergie, et a redressé la tête. Il voulait de nouveau marcher, voler, voir le bleu du ciel. Aimer, être aimé, vivre…

Mais le sort s’est acharné, le docteur a dit qu’il fallait encore couper la patte, plus haut. L’Oiseau en a été assommé. Il a baissé la tête, replié ses ailes, tombé le cœur et l’envie de vivre. Son corps est si fatigué… Alors, les océans d’amour et de tendresse ont multiplié les vagues, les déferlantes, exit les 40ème rugissants, bienvenue aux 40ème murmurants, murmureurs de mots doux, générateurs d’énergie vitale, multiplicateurs de douceur…

 

Ce soir, le bel Oiseau a quitté le bloc opératoire, froid, métallique, impersonnel bien que rempli de personnel. Et il a retrouvé des bras aimants, plein de bras aimants. L’Oiseau m’a appris qu’il ne fallait plus vivre au jour le jour, mais vivre l’heure, la minute, la seconde, l’instant. L’instant présent et précieux. Et il force l’admiration par son courage.

Il est fatigué, l’Oiseau, il dort d’un sommeil bien mérité. Et quel que soit son demain, quel que soit le mien, ce soir cet Oiseau a les couleurs du héros, les plumes d’un champion.

Bravo Frérot, merci mon Frère…

Mon parc d’attractions

J’ai sept ans.

Le blé pousse en épis dans mes cheveux, j’ai la tignasse en champ de bataille et les yeux qui pétillent. Je ris.

Je dois traverser l’Amazone, sur un tronc d’arbre couché, en mode funambule et en équilibre instable. J’ai peur.

Un ru, une branche.

Le bassin au nymphéas, Claude Monet

Dans mon maillot de bain rose vif, je mâchouille un brin d’herbe verte cueilli dans la plaine immense. Je ris.

Assise au bord du lac Michigan, il va falloir me mettre à l’eau. Mais je ne sais pas très bien nager. J’ai peur.

Un pré, une mare.

 

J’ai enfreint les consignes, décroché le fruit défendu, planté mes dents dedans et tout recraché. Beurk ! Je ris.

Il y a un dragon dans le donjon. C’est sûr, il va m’attraper, cracher du feu, me cuire, me dévorer ! J’ai peur.

Une pomme à cidre, un colombier.

 

Dans la maison des 3 Ours, je fais la tambouille. Je prépare une bonne soupe, ils vont bientôt rentrer. Je ris.

Mes pieds glissent dans les chutes du Niagara, et je sens le courant qui m’emporte vers les rapides. J’ai peur.

Une remise, la chute d’une rivière.

 

Je me suis faufilée sous les grilles. La demeure, des yeux ouverts, d’autres fermés, fait des clins d’œil. Je ris.

Il y a des fantômes dans le château, leurs silhouettes s’agitent, j’entends des hurlements lugubres. J’ai peur.

Les volets du manoir qui claquent, des arbres dans le vent.

 

Un cerbère garde l’entrée, je l’apprivoise de mon philtre magique, il se roule maintenant à mes pieds. Je ris.

Mais d’autres approchent en hurlant, je n’ai plus de potion qui calme, alors je tente l’apprivoisement, j’ai peur.

Un chien puis deux, quelques morceaux de sucre.

 

Dans une forteresse alliée, je troque armure contre tenue princière, remets de l’ordre dans mes épis. Je ris

L’allié s’avère être en colère, j’ai encore ignoré le code de conduite, j’affronte une nouvelle guerre. J’ai peur.

Short déchiré, les adultes.

Le Printemps, Claude Monet

De nombreux dimanches de mon enfance ont été faits de ces aventures-là. Un grand domaine, dont le propriétaire brillait par son absence, était notre royaume, le terrain de nos exploits. Des amis de mes parents en étaient les gardiens. Certains espaces nous étaient interdits. Sales mômes, sauvageons, nous jouissions de tout et bravions tous les ordres…

Souvenirs joyeux d’un âge perdu où nous avions encore tout à gagner.

 

Pour découvrir la version audio, cliquez ICI

 

D’autres travaux d’intérêt général…

C’était un atelier d’écriture, sur le thème ‘Les nouveaux travaux d’Hercule’. En cette période difficile, j’ai envie de le publier ici, parce que rêver d’un monde qui tourne bien, ça ne peut pas nuire… 

 » La Cour vous condamne à des travaux d’intérêt général dont la durée est indéterminée et fonction du temps nécessaire à l’obtention de résultats. »

C’est par cette phrase que s’achevait mon procès. Clémence de la cour, pas d’amende à payer, du temps à donner, et du temps, j’en avais. J’avais été arrêtée et mise en prison pour avoir, précisément, libéré de prison tous les oiseaux du parc zoologique. Tous s’étaient envolés, sauf les autruches évidemment. Si l’amour de la liberté donne des ailes, les autruches n’avaient apparemment pas le cœur sensible, elles ne décollèrent pas, tête dans le sable, tout occupées à se satisfaire du monde souterrain où elles avaient plongé leur bec.

***

J’étais entrée à l’atelier par un matin brumeux. La Dame qui m’accueillit, était belle, bien que marquée ici et là de cicatrices profondes. Une Dame sans âge, concentrée sur son ouvrage, je l’aidais, je faisais de mon mieux.

– ça ne tourne pas rond, non, toujours pas. Passe-moi une clé de 12 et une de 31, la clé de 24 aussi, on va tenter de ralentir la cadence, elle semble responsable de la mauvaise rotation.

Nous avons œuvré pendant un temps que je ne saurais évaluer, tant il était relatif à nos avancées, à nos doutes, à nos réussites, aux échecs rencontrés, à nos nouvelles tentatives …

Mais nous y sommes parvenues, nous avons réussi à desserrer les boulons du temps. C’était plus que nécessaire, tout allait trop vite, on ne maîtrisait plus rien, et surtout pas l’instant. Tout ce qui était neuf, nouveau, vieillissait à vue d’œil ; l’émotion et les sentiments n’avaient plus le temps de s’installer en profondeur ; la surface du globe était couverte d’une viscosité de miel ici, de fiel là… Nous en avons rétabli le PH, au plus près de celui de l’amour, fluidifiant ainsi l’ensemble qui pût, à nouveau, pénétrer les cœurs, jusqu’au cœur de la Terre.

Puis nous avons remis nombre d’humains à l’endroit, ils marchaient sur la tête. La plupart étant sur les sommets, on les repéra facilement, la chose ne fut pas compliquée. La rotation semblait se réguler, le travail était en bonne voie.

Ensuite, nous avons restauré la chaîne de solidarité, elle était cassée à de nombreux endroits. Notre émotion fut forte lorsque nous pûmes, enfin, réunir le maillon israélien et le maillon palestinien. Dans les canons syriens, nous avons planté en série des roses de Damas, leur parfum monta jusqu’à nous, jusqu’à provoquer l’ivresse et la liesse.

Enfin, répartir les couleurs, répartir le bleu et l’or, jusqu’alors concentrés aux mêmes endroits. De nos souffles légers et combinés, nous avons invité l’eau à se répandre pour mieux irriguer les terres et mieux nourrir les ventres, soigner les maladies aussi. Les richesses suivirent, richesses temporelles se mêlant aux richesses culturelles et spirituelles, il y en eut partout à proportions égales, l’équilibre s’installait.

S’élevèrent alors vers nous des millions de petites étoiles brillant au bord des yeux, le globe devint lumineux…

Et les cicatrices de Dame Nature semblèrent s’atténuer.

Un rêve, une utopie, mais je préfère largement cela à toute dystopie, même si, toujours dans le cadre d’ateliers d’écriture, la dystopie j’ai écrit aussi… A lire en cliquant ici, si vous le voulez… 

Le Grand Sommeil…

Endormie dans l’obscuritérantisme ambiant, Marianne avait laissé glisser la couverture sur la droite du lit. La masse, le poids cumulé, et la loi de la gravité aidant, la couverture menaçait de tomber au plus bas. Marianne allait bientôt se retrouver nue, frigorifiée, dans les ténèbres et l’air glacial.

Sauf à se réveiller, rallumer ses Lumières, et tirer la couverture d’un grand coup de l’autre coté…