Mon frère, ce héros.

C’est un bel oiseau avec un gros problème de patte. Le sang ne voulait plus l’irriguer, alors le docteur a réparé, dans l’urgence, parce que la faucheuse rodait. Il a mis un tuyau neuf.

Mais le tuyau s’est bouché.

Alors il a remis un autre tuyau, plus naturel, dans une autre urgence, et la faucheuse toujours tournoyait.

Putain de tuyau, il s’est encore bouché, alors le docteur a dit à l’Oiseau qu’il fallait la couper, cette patte, là, au-dessous de l’articulation. Et qu’il mettrait un bâtonnet, pour que l’Oiseau puisse encore marcher.

L’Oiseau s’est affolé, recroquevillé dans des draps qui n’étaient pas les siens. Sont venus les fantômes, les ombres, les silhouettes rugueuses, les monstres de la nuit. Dans les mains froides du chirurgien, il a bravé la faucheuse qui se réjouissait déjà. Il l’a bravée parce que, ailleurs, non loin, il y avait des océans d’amour et de tendresse qui l’attendaient. Alors il a cherché la force, l’énergie, et a redressé la tête. Il voulait de nouveau marcher, voler, voir le bleu du ciel. Aimer, être aimé, vivre…

Mais le sort s’est acharné, le docteur a dit qu’il fallait encore couper la patte, plus haut. L’Oiseau en a été assommé. Il a baissé la tête, replié ses ailes, tombé le cœur et l’envie de vivre. Son corps est si fatigué… Alors, les océans d’amour et de tendresse ont multiplié les vagues, les déferlantes, exit les 40ème rugissants, bienvenue aux 40ème murmurants, murmureurs de mots doux, générateurs d’énergie vitale, multiplicateurs de douceur…

 

Ce soir, le bel Oiseau a quitté le bloc opératoire, froid, métallique, impersonnel bien que rempli de personnel. Et il a retrouvé des bras aimants, plein de bras aimants. L’Oiseau m’a appris qu’il ne fallait plus vivre au jour le jour, mais vivre l’heure, la minute, la seconde, l’instant. L’instant présent et précieux. Et il force l’admiration par son courage.

Il est fatigué, l’Oiseau, il dort d’un sommeil bien mérité. Et quel que soit son demain, quel que soit le mien, ce soir cet Oiseau a les couleurs du héros, les plumes d’un champion.

Bravo Frérot, merci mon Frère…

Mon parc d’attractions

J’ai sept ans.

Le blé pousse en épis dans mes cheveux, j’ai la tignasse en champ de bataille et les yeux qui pétillent. Je ris.

Je dois traverser l’Amazone, sur un tronc d’arbre couché, en mode funambule et en équilibre instable. J’ai peur.

Un ru, une branche.

Le bassin au nymphéas, Claude Monet

Dans mon maillot de bain rose vif, je mâchouille un brin d’herbe verte cueilli dans la plaine immense. Je ris.

Assise au bord du lac Michigan, il va falloir me mettre à l’eau. Mais je ne sais pas très bien nager. J’ai peur.

Un pré, une mare.

 

J’ai enfreint les consignes, décroché le fruit défendu, planté mes dents dedans et tout recraché. Beurk ! Je ris.

Il y a un dragon dans le donjon. C’est sûr, il va m’attraper, cracher du feu, me cuire, me dévorer ! J’ai peur.

Une pomme à cidre, un colombier.

 

Dans la maison des 3 Ours, je fais la tambouille. Je prépare une bonne soupe, ils vont bientôt rentrer. Je ris.

Mes pieds glissent dans les chutes du Niagara, et je sens le courant qui m’emporte vers les rapides. J’ai peur.

Une remise, la chute d’une rivière.

 

Je me suis faufilée sous les grilles. La demeure, des yeux ouverts, d’autres fermés, fait des clins d’œil. Je ris.

Il y a des fantômes dans le château, leurs silhouettes s’agitent, j’entends des hurlements lugubres. J’ai peur.

Les volets du manoir qui claquent, des arbres dans le vent.

 

Un cerbère garde l’entrée, je l’apprivoise de mon philtre magique, il se roule maintenant à mes pieds. Je ris.

Mais d’autres approchent en hurlant, je n’ai plus de potion qui calme, alors je tente l’apprivoisement, j’ai peur.

Un chien puis deux, quelques morceaux de sucre.

 

Dans une forteresse alliée, je troque armure contre tenue princière, remets de l’ordre dans mes épis. Je ris

L’allié s’avère être en colère, j’ai encore ignoré le code de conduite, j’affronte une nouvelle guerre. J’ai peur.

Short déchiré, les adultes.

Le Printemps, Claude Monet

De nombreux dimanches de mon enfance ont été faits de ces aventures-là. Un grand domaine, dont le propriétaire brillait par son absence, était notre royaume, le terrain de nos exploits. Des amis de mes parents en étaient les gardiens. Certains espaces nous étaient interdits. Sales mômes, sauvageons, nous jouissions de tout et bravions tous les ordres…

Souvenirs joyeux d’un âge perdu où nous avions encore tout à gagner.

 

Pour découvrir la version audio, cliquez ICI

 

D’autres travaux d’intérêt général…

C’était un atelier d’écriture, sur le thème ‘Les nouveaux travaux d’Hercule’. En cette période difficile, j’ai envie de le publier ici, parce que rêver d’un monde qui tourne bien, ça ne peut pas nuire… 

 » La Cour vous condamne à des travaux d’intérêt général dont la durée est indéterminée et fonction du temps nécessaire à l’obtention de résultats. »

C’est par cette phrase que s’achevait mon procès. Clémence de la cour, pas d’amende à payer, du temps à donner, et du temps, j’en avais. J’avais été arrêtée et mise en prison pour avoir, précisément, libéré de prison tous les oiseaux du parc zoologique. Tous s’étaient envolés, sauf les autruches évidemment. Si l’amour de la liberté donne des ailes, les autruches n’avaient apparemment pas le cœur sensible, elles ne décollèrent pas, tête dans le sable, tout occupées à se satisfaire du monde souterrain où elles avaient plongé leur bec.

***

J’étais entrée à l’atelier par un matin brumeux. La Dame qui m’accueillit, était belle, bien que marquée ici et là de cicatrices profondes. Une Dame sans âge, concentrée sur son ouvrage, je l’aidais, je faisais de mon mieux.

– ça ne tourne pas rond, non, toujours pas. Passe-moi une clé de 12 et une de 31, la clé de 24 aussi, on va tenter de ralentir la cadence, elle semble responsable de la mauvaise rotation.

Nous avons œuvré pendant un temps que je ne saurais évaluer, tant il était relatif à nos avancées, à nos doutes, à nos réussites, aux échecs rencontrés, à nos nouvelles tentatives …

Mais nous y sommes parvenues, nous avons réussi à desserrer les boulons du temps. C’était plus que nécessaire, tout allait trop vite, on ne maîtrisait plus rien, et surtout pas l’instant. Tout ce qui était neuf, nouveau, vieillissait à vue d’œil ; l’émotion et les sentiments n’avaient plus le temps de s’installer en profondeur ; la surface du globe était couverte d’une viscosité de miel ici, de fiel là… Nous en avons rétabli le PH, au plus près de celui de l’amour, fluidifiant ainsi l’ensemble qui pût, à nouveau, pénétrer les cœurs, jusqu’au cœur de la Terre.

Puis nous avons remis nombre d’humains à l’endroit, ils marchaient sur la tête. La plupart étant sur les sommets, on les repéra facilement, la chose ne fut pas compliquée. La rotation semblait se réguler, le travail était en bonne voie.

Ensuite, nous avons restauré la chaîne de solidarité, elle était cassée à de nombreux endroits. Notre émotion fut forte lorsque nous pûmes, enfin, réunir le maillon israélien et le maillon palestinien. Dans les canons syriens, nous avons planté en série des roses de Damas, leur parfum monta jusqu’à nous, jusqu’à provoquer l’ivresse et la liesse.

Enfin, répartir les couleurs, répartir le bleu et l’or, jusqu’alors concentrés aux mêmes endroits. De nos souffles légers et combinés, nous avons invité l’eau à se répandre pour mieux irriguer les terres et mieux nourrir les ventres, soigner les maladies aussi. Les richesses suivirent, richesses temporelles se mêlant aux richesses culturelles et spirituelles, il y en eut partout à proportions égales, l’équilibre s’installait.

S’élevèrent alors vers nous des millions de petites étoiles brillant au bord des yeux, le globe devint lumineux…

Et les cicatrices de Dame Nature semblèrent s’atténuer.

Un rêve, une utopie, mais je préfère largement cela à toute dystopie, même si, toujours dans le cadre d’ateliers d’écriture, la dystopie j’ai écrit aussi… A lire en cliquant ici, si vous le voulez… 

Le Grand Sommeil…

Endormie dans l’obscuritérantisme ambiant, Marianne avait laissé glisser la couverture sur la droite du lit. La masse, le poids cumulé, et la loi de la gravité aidant, la couverture menaçait de tomber au plus bas. Marianne allait bientôt se retrouver nue, frigorifiée, dans les ténèbres et l’air glacial.

Sauf à se réveiller, rallumer ses Lumières, et tirer la couverture d’un grand coup de l’autre coté…

 

Petit Dictionnaire Chat à l’Usage des Humains Version 2017

“La théologie joue avec la vérité comme un chat avec une souris.” (Paul Valery)

“La théologie joue avec la vérité comme un chat avec une souris.” (Paul Valery)

 

Appartement / maison : lieu dont vous êtes locataire ou propriétaire, mais dont le chat bénéficie de l’usufruit, sans aucune forme de contribution financière. Il est à noter que la clause qui oblige l’usufruitier à conserver le bien en l’état, sans aucune destruction, ne s’applique pas avec les chats.

 

Canapé, deux ou trois places : trône de chat au singulier, souvent un peu étroit. Éventuellement aussi salle de réunion du chat avec lui-même, prend alors le nom de « salle du Chat Pitre » sur le modèle des Abbayes, ou ‘salle capitulaire’ où l’humain capitule parce qu’il n’a pas, lui, voix au chapitre.

 

Croquette / pâtée : dîme et gabelle versées dans la gamelle du Shah. La première pour la vénération due au Seigneur depuis que les Égyptiens ont déifié la bête sous le nom de Bastet ; la seconde pour le sel que le saigneur met dans la vie de l’humain. Pas d’impôt sur les cactus des griffes qui piquent, ni sur le chant qui pique les oreilles, c’est une chance.

 

Épaule, nue ou couverte : perchoir pour chat permettant à son regard toute la condescendance qui sied à son statut, tout en lui offrant un point de vue plus large sur l’étendue de son territoire. Sert aussi de reliquaire pour poils perdus, incrustés entre les mailles ad vitam eternam.

 

Lit : surface rectangulaire matelassée dont le centre est réservé au roi, que le lit soit ‘king size’ ou pas, et dont les bords sont réservés à la plèbe dont l’humain fait partie. Se rapproche des notions de ‘Haute Cour’ et ‘Basse Cour’ dans les forteresses miaoudiévales.

 

Miaulement : langue de chat sans beurre ni calories, donc parfaite pour la ligne, en particulier la ligne de conduite de l’humain ainsi régi. Bien que s’exprimant avec des sons différents des langues traditionnelles, elle est aisément compréhensible, facilitée par un apprentissage sur le mode ‘stimulus / réflexe’ et la répétition systématique.

 

Pantalon / bas / collant : griffoir douillet pour chat, douillet dans les deux sens du terme, confortable pour l’un, douloureusement ressenti pour l’autre. Qu’il soit griffé « grande marque » ou pas, il finit toujours marqué de griffes et a, par conséquent, une durée de vie et de présentabilité restreinte et une obsolescence programmée.

 

Rentir : verbe d’origine féline, composer du Français ‘rentrer’ et ‘sortir’ il est employé pour parler de l’hésitation dans la prise de décision au moment fatidique où le portier humain pose la question.

 

Ronronnement : gratification momentanée à l’égard de la main et de l’humain pour récompenser les bons et loyaux services. S’exprime sous la forme de bruits de moteur bien huilé. Sa durée limitée en fait sa préciosité.

 

Sommeil : période de réflexion intensive de sa majesté, activité très accaparante puisqu’elle peut durer 22 à 23 heures par jour. S’accompagne parfois de petits sursauts lorsqu’une idée fulgurante traverse l’esprit du chat.

 

Sortrer : autre verbe d’origine féline et de même composition que Rentir (voir plus haut) utilisé dans la situation inverse de la décision non prise du verbe précédent. Je sais, c’est compliqué, mais c’est ainsi que c’est, et cela prend du temps.

 

Traitement, soins : moment de contrariété intense et l’espace devient un ring où s’affrontent le chat et l’humain dans un combat inégal, l’humain n’ayant que des mains quand le chat a des griffes.

 

Visite chez le vétérinaire / rappel de vaccination : contrôle technique annuel du cha(r)t d’assaut pour s’assurer que la bestiole fonctionne bien et pourra continuer à assurer son règne tyrannique.

 

N.B. Les mots  ‘maître’, ‘remerciement’, ‘travail’, ont été définitivement exclus du dictionnaire achadémique pour cause de non-pertinence. 

 

 

Pour écouter la version audio du précédent dico, c’est ici (la mise à jour sera faite quand l’enregistrement le sera aussi) :

http://audioblog.arteradio.com/blog/3047008/la_plume_de_mouette/

 

 

StalactiMite

stalactimite-couleur

Elle arriva avec la neige,

Resta accrochée au bois,

La bête.

On l’observa de plus près,

Il brillait de mille feux,

L’insecte

stalactimite-ok-new-bw

L’inconscient, le malheureux,

Fils de l’eau et du froid,

Mourut d’un coup de soleil,

C’est bête…

 

(Les Fagnes, Belgique 2016. Ceci est une stalactite que j’ai un peu ‘bricolée’)

Une palette et Saint Ex

La journée avait été belle,

La lumière tirait sur le soir, et un manteau de nuage s’apprêtait à recouvrir le jour, pour le protéger de la froidure de la nuit.

Devant la grande fenêtre, le chevalet était placé, et l’artiste entrait dans la danse, un pinceau pour cavalier, et pour piste une toile blanche.

Le Jaune était posé.

Fier de son importance, brillant de tous ses feux, il habitait le support dans toute sa longueur, et sur une belle hauteur. On ne voyait que lui ! À vrai dire, il n’y avait que lui. Il finit d’ailleurs par s’ennuyer un peu, les secondes s’étiraient en minutes.

Il vit, néanmoins, d’un mauvais œil, le pinceau s’approcher, d’un Violet sombre chargé.

Quoi !! On n’allait tout de même pas le faire cohabiter avec cette couleur infâme, impure, née de deux couleurs étrangères ! Pas question ! Le Jaune est une couleur primaire, parfaitement, primaire ! Primaire égale première, principale, primordiale, supérieure, ainsi l’avaient décrété toutes les couleurs primaires. On ne mélange pas les serviettes avec les torchons, les primaires avec les secondaires, faut pas exagérer !

Le Jaune n’eut guère le choix, il n’était pas maître de la situation. Derrière le Violet, le pinceau. Au bout du pinceau, la main. Et dans la main, la volonté. Volonté d’essayer de marier les couleurs, de bien les associer.

Malheur ! Le Violet s’étalait en une couche immonde, qui se juxtaposait au Jaune, semblait le chapeauter, lui fixer ses limites. L’hostilité grondait chez le Jaune, qui mesurait son impuissance, et subissait les coups de pinceau intempestifs sans rébellion possible. Son territoire se réduisait à vue d’œil, et il se sentait menacé d’un mélange impropre qui le réduirait à une masse brune dans le Violet du soir. Couleur devenue inexistante, dénaturée, dépouillée de ses droits, anéantie….

Les yeux pleins d’une colère ardente, il leva son regard vers le Violet pour le défier. Chez l’ennemi, il ne vit aucune animosité, aucune exaspération, c’était un nuage sans tempête. En l’observant un peu mieux, il constata la douceur de la couverture, le moelleux du l’épaisseur. Et puis… finalement, ce Violet le mettait lui, le Jaune, en valeur, en soulignant son éclat. Le Jaune se trouva soudain plus beau, et en sécurité sous cet édredon douillet.

Échange de bons procédés. Après tout, au contact du Jaune, le Violet s’éclairait et gagnait une autre intensité.

Ce Violet, au final, n’était pas bien méchant, il pouvait même s’avérer un allié.

Le pinceau revenait à la charge, cette fois-ci d’Orange chargé. Le Jaune se fit chatouiller le ventre, et puis le bout du nez, et l’Orange vint s’installer en sa demeure. C’était une couleur à la fois familière et étrangère, avec laquelle le Jaune était en cousinage, même si l’Orange avait aussi un peu de sang rouge. Le Jaune était donc en terrain plus connu qu’avec le Violet, et c’est avec chaleur qu’il accueillit l’Orange. Il demandait des nouvelles de la famille éloignée, et tous les pigments jaunes s’empressèrent de lui répondre. Qui se ressemble s’assemble, et c’est avec le Violet au sang rouge que les pigments rouges, eux, s’entretenaient.

Le Jaune réalisa alors qu’il était, par alliance, parent du Violet Il en fut décontenancé, et son animosité initiale se mua en curiosité, et puis en bienveillance.

L’ennui s’était enfui, chacun trouvait sa place, et magnifiait les autres. Nul n’était supérieur, nul n’était plus beau. Et si le Violet était une couleur secondaire, elle était, surtout, une couleur complémentaire. Et solidaire.

Pour couronner l’affaire et éclaircir la composition, la main et le pinceau permirent au Jaune de faire une excursion, dans le Violet clair presque bleu, au-dessus du nuage. Alors le Jaune, en touches, s’élança dans une partie de cache-cache sous des voiles de tulle blanc. Le ciel en résonna de joie.

À présent, les couleurs sont tranquilles, et le soir se referme, comme se referme la palette qui rêve de Saint Exupéry…

« Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente ».

 

toile-coucher-du-soleil



 

 

 

 

 

 

Du marronnier au sapin …

Texte d’atelier d’écriture sur le thème ‘Clichés et Poncifs’,

sujet : Rédigez un article de presse contenant au moins dix (peut-être quinze ?) des vingt-deux « clichés » proposés (voir liste sous le texte)

Ça y est, une fois de plus nous y sommes. Aux quatre coins de l’Hexagone, mais pas seulement, on chante ‘Il est né le divin enfant’, On s’apprête aussi à fêter l’année nouvelle, dès le soir de la Saint Sylvestre. Fêter les Sylvestre après avoir participé à la déforestation pour déguiser un sapin en arbre à lucioles domestiques, c’est un comble, mais le comble ne connaît pas la crise, lui.

La légende dit que le 25 décembre, Jésus crie, comme crient les enfants à la naissance, enfin il criait, c’était il y a plus de 2000 ans. Rassurons-nous, cela ne fait pas tant d’années que nous célébrons une naissance dont aucun registre d’Etat Civil ne fait mention. Non, il n’y a pas si longtemps que Souverains Pontifes et poncifs souverains se pressent sur la Place Saint Pierre, à Rome. La date du 25 décembre fut choisie pour faire la nique à une fête païenne en l’honneur du solstice d’hiver. Le paganisme ne passera pas, ainsi en décidèrent les hautes autorités qui invitèrent les marabouts et autres druides à revoir leur copie et leur calendrier festif. C’est ainsi que, petit à petit, le monde christianisé fut invité à passer de la célébration de la nuit la plus longue, et peut-être la plus ardente sous les couettes et duvets, à la célébration de la naissance d’un bambin pur produit de l’immaculée conception. Ce nouveau concept, pavé dans la mare, virage abrupt, finit par s’installer et par remplacer la grivoiserie du Solstice. Mais… à qui profite le crime ? A l’Eglise catholique, bien sûr, car depuis Jésus a le vent en poupe et joue dans la cour des grands, ses représentants aussi.

Pourtant, quelques siècles plus tard, cette tradition fit grincer des dents une autre religion. Les marchands du temple de la consommation voulurent, eux aussi, leur part de galette, qu’elle soit à la frangipane ou pas. Alors ils bottèrent en touche et mirent tout en œuvre pour renverser la vapeur.

Ainsi, à la croisée des chemins, un bonhomme tout de rouge et blanc vêtu, aux couleurs d’une célèbre marque de soda, vola bientôt la vedette à l’enfant Jésus, et les autres enfants devinrent rois. Adieu foi et religion, bonjour foie gras et dindons. Le sourire des enfants fut pris en otage par les requins de la finance, cette dernière représentant la partie émergée de l’iceberg.

L’ironie de l’histoire, c’est que le vieillard caracole en tête des personnages associés à Noël, alors que tout le monde sait qu’il n’existe pas. Et, cerise sur le gâteau, les temples se remplissent de plus en plus le dimanche, tandis que les églises, le même jour, se vident.

Néanmoins, la balle est dans le camp des consommateurs, attendus au tournant. S’enfoncer dans la crise, ou relancer la croissance, pour eux, le risque zéro n’existe pas.

Enfin, je ne vous apprends rien, les images ont fait le tour du monde.

Une affaire à suivre … l’année prochaine, à la même période !

 

De Flo G., envoyée spéciale sous le sapin, pour le Grincheux Magasine.

du-marronnier-au-sapin

 

Clichés et Poncifs à utiliser

« la cerise sur le gâteau »

« le vent en poupe »

« grincer des dents »

« la cour des grands »

« un pavé dans la mare »

« la croisée des chemins »

« caracoler en tête »

« l’ironie de l’histoire »

« revoir sa copie »

« attendu au tournant »

« ne connaît pas la crise »

« la balle est dans le camp »

« botte en touche »

« la partie émergée de l’iceberg »

« renverser la vapeur »

« les quatre coins de l’Hexagone »

« à qui profite le crime »

« s’enfoncer dans la crise »

« le risque zéro n’existe pas »

« une affaire à suivre »

« ces images ont fait le tour monde »

Je les ai tous utilisés !

Carrefour des civilisations

Recherche sur le web

Une carte, l’Egypte.

Revoir ce beau pays…

De fil en aiguille, j’explore mon ancien quartier

Je cherche la rue où j’habitais.

C’était il y a très longtemps…

Zoom avant, zoom arrière,

Je survole les lieux…

Tiens, ils ont aménagé un nouveau carrefour,

Me dis-je en voyant l’inscription sur la carte.

Je pointe le curseur, et clique.

Horreur.

Malheur.

Il ne s’agit pas de deux rues qui se croisent,

Non.

Mais d’une enseigne.

D’un hypermarché.

Je zoome plus fort pour entrer dans les lieux.

Et je découvre, les yeux écarquillés.

Un labyrinthe de rayons dont les produits dégoulinent

Là où j’ai connu une certaine ‘sobriété’,

Des allées, larges, et des femmes voilées

Tant de femmes voilées…

Il n’y en avait pas quand j’y vivais.

Et puis,

Au carrefour du vide et de l’opulence,

Un sapin de nowel

Énorme et tout enguirlandé !

Symbole d’un mercantilisme

Dont on a habillé un Christ.

Un arbre de nowel !

En Égypte où le ‘dimanche’ est le vendredi,

Où la culture chrétienne est minoritaire

Où le sapin ne pousse guère

Où nowel ne veut rien dire…

En Égypte

Comme dans le reste de l’Orient…

Faut-il rire ou pleurer

Ici

Quand une déshumanité

Crie et tempête

Que tous ces ‘immigrés’

Vont ‘dénaturer notre culture’ ?

Eux qui fuient leurs pays

Parce que plus rien n’y pousse,

Depuis qu’on y sème la terreur

Et la guerre.

En graines de bombes,

Lancées à la volée.

Mortelles,

Terres arrosées de sang et de larmes.

Devenues stériles et infectes,

Où l’on verra un jour fleurir des boules de plastique

Brillantes et multicolores,

Sur des sapins artificiels,

Plantés là,

Dans les trous laissés par nos obus…

On hurle ici pour une Mosquée,

Mais c’est sans vergogne qu’on exporte

Nos temples de la consommation.

Nos icones de pacotille

À profusion,

Nos nouveaux missionnaires,

Prosélytes toujours,

Ou nos Rois i-Mages

En costard – cravate,

Dévoués à la signature de saintes écritures

Prêts à porter la parole sacrée.

« Buvez, ceci est mon pesticide »

« Mangez, ceci est mon OGM »

« Achetez, ceci est votre pouvoir »

Au début était le verbe.

À la fin, la confusion.

« Vénérez ce dieu, il est plein d’amour »…

…De l’argent, quelle qu’en soit la provenance,

Il n’est pas regardant…

 

Nowel

Sous

Des forêts

De ruban bolduc

Des bouts de Chine,

D’Inde et du Bengladesh,

Des bruits de chaînes qui tiennent

Des enfants

En esclavage,

Pour des Himalaya

De papier d’emballage,

Made in usines, made in douleur,

Paquets multicolores, plaisirs fugaces,

Jamais assez,

Assemblés sous la menace,

Des enfants rient, d’autres crient,

Suent, souffrent, triment, s’échinent,

Pour un bol de riz, ou une auge de soupe,

Soutien de leur famille,

Quelques yuans, quelques roupies,

Pour vivre, survivre, pour que demain existe

Ils n’ont pas le temps de jouer, qu’importe, ils n’ont pas les moyens

D’acheter ce que

Leurs mains construisent…

Si Jésus et le Père Nowel existent

Leur bienveillance n’est pas assez large,

Pour s’étendre au-delà de l’Occident, Ils oublient leurs autres enfants…

Et pendant ce temps,

Les calendriers de l’Avent,

Avant l’orgie de trucs en toc, Les sapins, les guirlandes,

Les anges en plumes, les étoiles, les boules, moi aussi je les ai,

(Elles ne sont pas brillantes).

Et les soirées paillettes

Allez, faut faire la fête

Puisqu’on nous le dit….

 

nowel

Il pleut…

Version 2

… Est ce que, après qu’une goutte de pluie a épousé le sol, elle se met à râler elle aussi parce qu’il pleut ?

Est-ce que, juste après avoir changé de condition, elle oublie d’où elle vient, elle oublie ses racines ?

Se met-elle à rejeter toute goutte qui menace son territoire ?

Quels destins pour les gouttes d’une pluie, d’une vie, d’une vie de pluie ?

Funeste, si le ciel n’est pas clément et fait grise mine. Parce que, après avoir brillé, scintillé en surface, la goutte sera absorbée dans les entrailles de la Terre, pour y être purifiée, de strate en strate. Si elle est exemplaire, si elle fédère et est source d’inspiration, elle refera surface, enfin propre ou presque, ailleurs. Dans un grand rassemblement, une rivière, un fleuve, pour un autre voyage…

Céleste, si elle noue une relation évaporée avec le soleil. 35 degrés suffisent, pas besoin de faire bouillir Dame Goutte pour la séduire sur un bitume chauffé. Deuxième vie assurée, en deux temps trois mouvements. Chute, évaporation, puis, plus long, recherche du bon cumulonimbus pour l’accueillir jusqu’à la prochaine pluie. Elle peut être exigeante, elle veut y être à l’aise, heureuse, comme sur un nuage.

On dit que l’eau que l’on boit aujourd’hui est la même que celle que buvaient les dinosaures, Monsieur Neandertal, Louis XVI et Madame Bovary (chasser l’intrus).

Il en est ainsi parce qu’elle a plusieurs vies.

En perdant la vie, les dinosaures, Monsieur Neandertal, Louis XVI et Madame Bovary ont aussi perdu la mémoire (l’intrus est toujours là). Ça va de pair, c’est pourquoi les vivants entretiennent la Mémoire de ce qui n’est plus.

Mais qu’en est-il des gouttes ?

Est-ce que les gouttes ont de la mémoire ?

Se souviennent-elles…

… De l’air de l’autre monde, celui d’avant les hommes ?

… Du moelleux de la peau de Miss Neandertal ?

… Du parfum de Marie-Antoinette ?

… Ou de l’écho des chûtes joyeuses au ciel de Normandie ?

Ou bien ont-elles préféré oublier…

… L’haleine fétide du Tyrannosaure au moment de se faire laper ?

… Le paillasson rugueux des cheveux de Neandertal Junior ?

…L’invasion de particules très particulières, certes, puisque royales, mais fort opaques et nombreuses, lorsque la Monarchie s’aventurait aux bains, semant ainsi le trouble ?

… Ou encore les larmes de Madame Bovary ?

On ne pourrait les en blâmer…

Mais cela ne répond pas à la question.

Je ne sais toujours ni si les gouttes peuvent souffrir d’un déni de pluie et d’un rejet d’autrui.

Ni si elles ont de la mémoire.

Et si elles n’ont pas de mémoire, ont-elles tout de même conscience d’avoir tant de vies ?

Croient-elles en la réincarnation de leur âme ?

Les gouttes ont-elles une âme ?

 

Il pleut.

Je me pose des questions.

Cela me préoccupe.

Je ne devrais pas peut-être….

Version 2