La Porte (9 et fin)

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La gardienne de ce temple n’avait pas envie de céder. Eh bien, elle allait entreprendre autre chose de plus radical comme les mots doux n’avaient point les effets escomptés.

Aussi, elle se transforma en une torche vivante tel un bûcher venu des fonds des âges et qui avait déridé d’un seul coup le bourgeois au visage de l’effroi.

On aurait pu s’attendre à ce que le béotien prenne ses jambes à son cou telle une comète à la chevelure de feu dessinant dans un ciel d’été une future apocalypse pour les terriens superstitieux jusqu’à la moelle des os surtout ceux du fémur.

Il n’en était rien. Planté comme une statue dans le cimetière du Père-Lachaise, la barbe fleurie, le bras gauche levé vers la porte enflammée et le bras droit désignant le fleuve à portée de main, la bouche ouverte vers le néant d’une voix qui s’était réfugiée bien loin dans le fond du gosier, il ne tentait aucune résistance à son sort scellé par son entêtement.

La Porte reconnaissait que l’homme avait du courage en posant comme un ancien sémaphore du rail, ce qui l’avait refroidi un tantinet sur le bord du chambranle.

Mais, il fallait en finir. Alors, par un effet dont la magie elle-même ne comprenait pas ce tour, la Porte avança vers ce têtu bipède pour le rôtir de son impertinence et l’emporter très loin dans les méandres d’un enfer dont le nom était tabou si ce n’est que personne n’était revenue pour le chanter voire le dire ou bien l’écrire tout simplement pour informer le commun des mortels.

Ainsi la Porte et le Bourgeois ne faisaient qu’un dans les flammes…

 

(texte de Max-Louis/Iotop)

 

(Merci beaucoup à Max-Louis – Iotop pour ce partage d’écriture, j’ai aimé faire ce ‘porte à porte’ à quatre mains)

La porte (7)

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Naples toujours

La Porte grinça par une inflexion à peine perceptible à l’encadrement et souffla par quelques-uns de ses interstices déployés par les armées de décennies telles des rides qui s’envisagent comme un ciel d’automne prêt à fondre sur le paysage ingénu qui n’attend pourtant que le fouet bienfaiteur qui commande les saisons.

— Dites-moi, le Bourgeois, vous m’avez tutoyée sur le bord de ma traverse, présentement ?

— Je vous tutoyâtes, là, présentement ?

— Ne faites point l’innocent qui voit son mauvais visage pour la première fois dans une flaque d’eau de printemps qui n’a de source que de vous rendre votre vraie nature.

— Alors, cela m’échappâtes par excès de confiance…

— Pour me séduire ? m’envoûter ? me charmer ? me troubler ? me captiver ? m’enchanter ? me dominer ? me conquérir ?…

— Au vrai, ce tutoiement est une audace incontrôlée, une méchante position à l’emballement de mon désir de franchir votre seuil, de tenir ma promesse d’être présent à ma réunion secrète parmi mes pairs…

— Des complotistes dans mes murs ?

— Est-ce ma raison qui chavire ou bien la tentation de vous séduire… j’en suis à ce genou à terre pour pardon et les yeux de honte sur les pavés auxquels des histoires bien horribles ont été contés…

— Conté ? Je vous parle de fromage, moi ?

— M’enfin ! Ouvrez-moi !!!

— Votre injonction est déplacée et tenez-vous en bourgeois responsable de ses actes.

 

Quand un auguste personnage bouscule le Bourgeois qui ployait à genoux son désarroi…

texte de Max-Louis, alias Iotop

La Porte (5)

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Aussi se dit-il qu’il est possible de soudoyer cette grande biche de porte qui n’avait pas l’air qu’elle devait avoir ni le tempérament trempé dans le bénitier avant la prière et par déduction l’âme tendre mais affûtée comme le rasoir du barbier de la place et dentiste de belle renommée qui endormait ses clients par un genre de sérum alcoolisé maison.

À ses réflexions qu’il approuve avec lui-même, le Bourgeois revient à la charge avec une nouvelle tactique celle de l’endormissement à plusieurs paliers tel le plongeur en apnée qui a une certaine profondeur perd la notion du temps accédant à l’abyssale abstraction du soi dont le corps n’est plus qu’une onde informe et déstructurée par effet de l’émotion intrinsèquement déployée dans la plénitude du mystère de l’existence en tant que mammifère terrestre…

Et, il s’engage pour un nouveau round après avoir pansé ses deux doigts de la main gauche dont la douleur vivace s’éternise comme un enfer qui ne dit pas son nom mais brûle la chair en des picotements à la pivert.

— Ainsi vous n’êtes pas de chêne ?

— Je peux dire que j’ai le ventail sensible à qui sait apprécier mes ferrures…

— Vos atours ?

— C’est cela même…

— Je ne veux en aucun cas être votre heurtoir mais seulement un passager de votre seuil comme une feuille de printemps à la couleur du montant de votre teint automnal et ô combien charmant.

— Flatteur…

— Mon intention n’est-il pas de vous séduire pour entrevoir entre vous et moi… une ouverture ?

— Si fait, si fait… mais, n’en faites point trop.

— Je vous saurais redevable infiniment si vous me laissiez entrer.

— Vous n’avez que cette idée fixe.

— Fixe et ancrée, car elle y va de ma vie.

— Votre vie vaut-elle une telle amplitude d’obstination ?

— Et vous, très chère, part tous les temps vous résistez comme moi… aussi votre abîme est aussi un peu la mienne ?

— Certes… et si nous convenions que je vous fasse entrer par la petite porte ?

Le Bourgeois aux yeux allumés d’espoir, allait-il accepter cette proposition ou bien s’en mordre les doigts… une nouvelle fois ?

Naples

Agenda Ironique Juin 2021 – Sous les toits de Paris

Première participation à l’Agenda Ironique. Le thème en est ‘la langue’ et quatre mots sont à utiliser : chouette, insomniaque, narine, frigoriste. 

Étendue sur le quai de son lit, elle attend le train du sommeil, les yeux déjà fermés, prête pour le départ car souvent ce train arrive sans crier gare.

Huit heures de repos ferme, sans étapes, sans arrêt, voilà ce qu’elle désire, voilà ce qui serait une chouette destination. Devenue insomniaque, les nuits blanches se succèdent les unes après les autres, depuis bientôt trop longtemps. Et demain, demain dès l’aube ou presque, elle doit se rendre à l’université pour y passer ses derniers examens de l’année.

Quelle idée de venir faire des études d’anglais à Paris quand on est russe ? Elle aurait pu choisir Cambridge ou Oxford. Mais vu de Moscou, l’appel de Paris est bien plus fort. Et la langue anglaise n’est, somme toute, qu’un prétexte pour fuir tout ce qui pèse trop lourd dans un sac à main quand on a 18 ans.

Neuf mètres carrés sous les toits du Marais, l’adresse est chic. Chic et chère, certes, mais quelle vue ! Perchée sur le tabouret, en se penchant un peu, elle peut voir la place Georges Pompidou et les gros tuyaux colorés de Beaubourg. En juin, ça devient moins chic, quand les toits de zinc emmagasinent la chaleur toute la journée, et continuent de la diffuser pendant la nuit.

Les couinements du matelas dans le studio d’à côté semblent indiquer que son voisin non plus ne dort pas. La chaleur aussi, peut-être ? Pour un frigoriste, ce serait un comble. Cesser de penser, voilà ce qu’il faut faire pour commencer. Le sommeil se love mal dans les fils emmêlés des divagations de l’esprit. Pas de frigo dans sa chambre meublée, dommage, elle rêve de glace, de froid, de prendre un rail de neige dans les narines.

*          *          *

Vêtue d’un court tutu, chaussée de patins blancs, elle glisse sur la glace avec élégance et légèreté et effectue quelques figures gracieuses au bras de son frigoriste de voisin. Il parle russe aussi finalement. Tous deux font partie de la troupe de Holiday-on-Ice. Dans les gradins, le public les applaudit chaleureusement.

La stridence du réveil torpille son sommeil et perce ses oreilles.

Elle n’a pas assez dormi, tant pis…

La Porte (3)

Pour retrouver l’épisode 1, c’est ici

Et pour l’épisode 2, c’est . 

# 3

La Porte vibra légèrement sur son alignement, gauche, réveillant imperceptiblement le gond à scellement double feuille à l’oreille délicate.

— Des menaces, grand dadais ?

— Il n’est que temps que cette farce s’arrête et que le bon sens reprenne sa ligne de conduite !

— Vous parlâtes pour vous et j’en suis fort aise …

— Vous vous méprenez porte de malheur, prenez garde et faites que mon ordre d’être reçu par le directeur de ce lieu vienne à mon secours !

— Et votre directeur de conscience, il vous dit quoi, béotien ?

— Votre insolence est tout feu tout flamme, il se peut que votre entêtement ne vous gâche la journée !

— Vous faites l’artiste devant moi et regardez toutes ces bonnes gens derrière vous… vous faites carnaval …

— Assez ! assez ! je reviendrais et me ferais force loi …

— C’est cela, c’est cela …

Et d’un pas décidé et jambes enrôlées jusqu’aux mollets toutes font courses vers une légitime demande devant le premier haut fonctionnaire que le bourgeois, tout à sa colère d’être retenu comme un simple valet et risée de la rue passante à la moquerie facile, souhaite entretenir.

Naples

Porte à porte (1)

Avec Max-Louis du blog Le Dessous des Mots ( https://ledessousdesmots.wordpress.com ), nous avons fait un peu de porte à porte, enfoncé des portes ouvertes, balayé devant notre porte… Aventures racontées à quatre mains et en plusieurs paragraphes, dont voici le premier qui a été écrit par Max-Louis. La suite demain, sur son blog à lui avec ma deuxième partie à moi. 

***

*

La Porte était au seuil de sa réflexion que l’on frappe d’un objet genre pommeau de canne bourgeoise sur son panneau chêne sculpté … à la ferronnerie de belles figures.

— ¡Hola! Qu’est-ce ? Voilà t’y pas un bourgeois impertinent !

— «L’aile n’est pas celle que l’on pense»

— Le mot de passe est erroné, veuillez recommencer !

— Comment erroné ?

— Écoute bourgeois, j’ai la fibre végétale sensible aujourd’hui, alors, si je te dis : « Le mot de passe est erroné, veuillez recommencer !», ce n’est pas pour le plaisir.

— Ah ? alors : «L’on pense que l’aile n’est pas icelle»

— C’est mieux, mais ce n’est pas ça.

— «Pense que l’aile n’est pas à la selle»

— Mais ça ne veut rien dire, bougre d’âne !

— Bon Dieu de bois, il faut que je rentre !!!

— Que nenni mon bon, je ne suis pas la première venue à qui l’on conte fleurette, j’attends et j’ai tout mon temps, moi !

 

(à suivre ici, chez Max-Louis)

 

 

 

HaïkuChat

Des Haïkus Chat, parce que c’est comme chat !

 

 

Pour la petite histoire, avant d’arriver à la maison Providence vivait chez un marin-pêcheur qui l’emmenait à la pêche sur son bateau, avant de prendre lui-même une autre embarcation pour une autre rive du monde.

Providence fut donc une mini-navigatrice et il me plait de l’imaginer à l’avant du bateau, figure de proue d’un autre genre…

 

 

Hey, dis-moi le Chat…

Bingo 2002 – 2020 Royal de Gouttière, inspirateur de mots…

Je voudrais savoir, le Chat…

Où tu vas quand tu pars le soir, dans la nuit glacée,

Délaissant ainsi cheminée, coussins, câlins, canapés…

À quoi occupes-tu ces longues heures d’absence ?

Sur quelles nouvelles toitures te mènent tes errances ?

C’est quoi la froidure et la chaleur pour toi ?

Est-ce qu’elles ne te font ni chaud ni froid ?

*

Dis-moi, le Chat…

D’où sors-tu que c’est moi qui fais l’ondée ?

Celle que tu me reproches, miaulements courroucés.

Je ne fais ni la pluie ni le beau temps, voyons !

Je n’ai pas le pouvoir d’orchestrer les saisons.

Ça fait quoi, l’eau qui tombe sur tes poils de soie ?

Pourquoi tu passes autant de temps dessous, parfois ?

*

Explique-moi, le Chat …

À quoi tu penses quand, perché sur le muret,

Silhouette sur fond de lune, tête légèrement penchée,

tu zieutes vers le ciel ce que je ne sais voir.

À quelle constellation racontes-tu des histoires ?

Fais-tu la cour aux étoiles du Poisson ?

Ou bien observes-tu le vol d’un papillon ?

*

Raconte-moi, le Chat …

Comment tu fais pour monter tes jouets à l’étage ?

J’aimerais bien voir ta tête, je souris à l’image.

Est-ce que ton esprit prête vie aux souris toc,

Que chaque nuit, dans la salle de bain, tu emportes ?

Dans quelles batailles furieuses retournes-tu les tapis ?

Es-tu toujours vainqueur de ces luttes sans merci ?

*

Avoue-moi, le Chat …

Comment tu me perçois, moi, soucieuse de ta liberté,

Que tu observes parfois, à travers la surface vitrée,

Moi enfermée, et toi dehors, libre et léger comme l’air

Suis-je comme un poisson dans un bocal en verre ?

Une drôle de bestiole aux gestes étonnants ?

Allez, dis-moi, suis-je un spectacle réjouissant ?

*

J’aimerais comprendre, le Chat…

Ce que je suis pour toi.

Je ne suis pas ton ‘maître’, non,

Les chats n’en ont pas,

Suis-je un animal utile,

Auquel tu tiens compagnie ?

Ou bien suis-je ton tendre chaton ?

*

Je te vois, le Chat…

Tu me regardes, de tes grands yeux curieux,

Tu me comprends peut-être, ou pas, ou juste un peu.

Mais il est clair que, de toute façon,

Tu ne répondras pas à toutes mes questions,

Parce qu’on le sait, si les chats pouvaient parler…

ils ne parleraient pas !

 

(Pour la version audio, cliquez sur le mot, ici )

 

Ce texte a été initialement publié en 2014, et très légèrement modifié aujourd’hui. J’ai eu envie de le republier en hommage à ce cher chat qui a fait un joli bout de chemin avec moi. 18 ans, c’est pas rien…) 

La Bise

Elle était de toutes les fêtes,

En famille, entre amis.

Dans les bars,

les guinguettes

les discothèques,

Elle était au boulot aussi.

Alors comment vivre sans elle… ?

Elle était partout,

Et puis, elle est partie…

Nul ne le sait où,

Depuis des jours,

des semaines,

des mois,

plus d’un an déjà…

Est-ce qu’elle reviendra ?

On n’en sait rien,

Tout dépendra de la conjoncture.

Pourtant c’est notre culture !

Comment faire sans elle ?

Il semble que les voisins y parviennent,

Les gens des autres terres,

Et des pays lointains.

Certains mêmes nous taquinent

Pour ce trait très particulier,

Qu’on échange sans façon,

En toute intimité,

Par deux, par trois, par quatre,

En commençant par la joue gauche ou bien la droite.

De l’eau au moulin des Anglais,

Qui pouffent déjà de nos baguettes, bérets, bidets,

Un ‘b’ de plus, qu’on se le dise,

Et c’est le ‘b’ du mot Bise !

Mais nous ?

Nous, on l’a toujours connue,

On ne sait pas quand elle est apparue,

Dans des temps immémoriaux, c’est sûr.

Jean de la Fontaine la mentionne déjà,

Dans une de ses fables illustres,

Intitulée « La Cigale et la Fourmi. »

Quand il écrit :

« La Cigale ayant chanté tout l’été,

Se trouva fort dépourvue,

Quand la bise fut venue. »

Il parle bien de notre bise !

Et si d’aucuns prétendent qu’il s’agit d’autre chose,

Laissez-les mouliner leurs paroles dans le vent.

On sait bien, nous, qu’il parle de la petite chose rose,

Qu’on pose ça et là sur les joues des ami(e)s

Des parents, et des collègues aussi.

La bise, première victime du Covid,

Se remettra-t-elle de la crise ?

J’en sais rien,

En attendant, il faut trouver un moyen différent

Pour dire le bon jour,

Autrement…

Namasté !

APicADay – Graville, l’Abbaye

Nichée à flanc de colline, dans un écrin vert,

elle dégage un mystère auquel je suis sensible.

La nuit, dans son cimetière, se murmurent des légendes,

des histoires de marchands, de notables et d’affaires.

Et puis on peut aussi y entendre les rires

des enfants couchés là,  qui n’ont pas pu grandir,

fauchés beaucoup trop tôt,

partis beaucoup trop vite.

Et pour qui a les yeux suffisamment perçants,

pour déchiffrer la pierre,  érodée par le vent,

soumise par le temps,

se liront les épitaphes et la douceur des mots,

qu’un jour a écrit l’homme aux multiples talents

cet immense écrivain, qu’on appelait Hugo,

Victor de son prénom…

 

(Il y a entre ma ville et Victor Hugo des liens tissés, parfois lâches, parfois serrés, pas toujours tissés de son plein gré, mais il n’empêche… il a laissé ses traces. Si vous voulez découvrir quelques éléments de cette histoire, voici un article écrit il y a quelques années déjà. )

Jean Valjean, la légende

 

Vous parler de Providence

Il y a longtemps déjà que je veux vous parler d’elle. J’aurais dû le faire plus tôt, les mots auraient été autres.

 

Providence

Providence est entrée dans ma vie le 23 janvier 2021. Elle est entrée par une petite porte que je ne me croyais pas prête à ouvrir et qui, pourtant, s’est ouverte comme par enchantement. Parce que c’est ainsi. Providence est une jolie Minette, avec une robe noire et blanche, de drôles de tâches ici et là, un pelage de velours, et de magnifiques vibrisses. Je ne sais pas de quelle couleur sont ses yeux, car je n’ai jamais vu ses iris. Juste parfois un cercle autour de la pupille hyper dilatée, cercle d’or, ou de jade, selon le moment.

 

Providence

Petit flashback…

Le 17 janvier de cette année, ma jolie, si jolie et si affectueuse Biscotte mettait les voiles pour un voyage vers des cieux dont on ne revient pas. Biscotte était à la maison depuis le 21 aout 2020, nous n’avions donc passé que quelques mois ensemble. Elle avait 18 ans, avait atterri au refuge de la SHPA avec son copain Cookie, un superbe Red Tabby de 12 ans, suite au décès de leur humain. Ni l’un ni l’autre ne s’y adaptaient, alors les deux ont intégré ma maison ‘de retraite’. Nous avons eu ensemble quelques semaines heureuses.

Jusqu’à ce que Cookie ne devienne très malade et ne s’éteigne le 7 novembre 2020. J’adorais Cookie.

Mon souhait d’offrir une ‘maison de retraite’ à de vieux chats était installé dans mon esprit depuis de nombreuses années, s’était endormi, puis s’est réveillé lorsque mon beau Bingo, mon Royal de Gouttière, est passé de l’autre côté du monde, le 30 juillet 2020.

Bingo, mon beau Bingo

Bingo avait, lui aussi, 18 ans. Mais ces dix-huit années-là, nous les avions passées ensemble. Bingo, je l’avais trouvé alors qu’il était tout petit, dans le jardin de mes parents, au lendemain des obsèques de mon père. Étrange rencontre en un étrange jour, je sais que mon père aurait adopté ce chaton, je l’ai donc adopté. Après toutes ces années, je n’osais imaginer la vie sans lui, j’ai été brutalement rappelée à la réalité.

Et puis, il y avait eu Flamie aussi, Princesse Myrtille, ma belle Marquise à la robe bleue. Flamie était la Minette chérie de mon frère. Il y tenait comme à la prunelle de ses yeux et, en 2017, avant de rejoindre l’autre monde lui aussi, il me l’avait confiée, sachant que je prendrais bien soin d’elle. Elle avait douze ans. Bingo n’était pas très content de son arrivée mais nous lui avons fait une place, et j’ai eu du bonheur à partager plus de deux années avec elle. Elle était mon cher trait d’union avec mon cher frère. Mais elle est partie le rejoindre, le 11 octobre 2019, âgée alors de 14 ans.

 

Flamie Princesse

11 octobre 2019, Flamie,

30 juillet 2020, Bingo

07 novembre 2020, Cookie,

17 janvier 2021, Biscotte,

En 15 mois, mon cœur a été brisé 4 fois et mon esprit bien malmené.

Alors, évidemment, lorsque, à l’occasion d’un passage par les bureaux de la SHPA, on m’a parlé de Providence, j’ai dit non. Non, je n’étais pas prête, non c’était trop tôt. Non, j’avais trop souffert…

Et pourtant, je suis allée la voir dans la chatterie, elle était dans sa cage, s’est jetée sur ma main pour y chercher des caresses. Et je suis repartie avec elle le soir même.

Biscotte me manquait encore cruellement, elle me manque toujours, comme Cookie, Bingo et Flamie me manquent aussi. Mais Providence a mis des touches de joie sur mon chagrin. Et elle a pris une place énorme dans ma vie.

Lui dire bonjour, l’inonder de caresses, de bisous, de tendresse, c’est la première chose que je fais le matin. Glisser ma main dans le velours de ses poils me fait du bien, me réconforte, m’apporte des sourires. Lui chantonner des petits airs à l’oreille, lui dire combien je l’aime… sa présence est précieuse.

Mais.

Mais aujourd’hui, en début d’après-midi, Providence a montré des signes de défaillances de l’arrière-train, elle ne marche plus bien, tombe sur le côté. Elle, abandonnée deux fois et devenue peureuse, ne demandait jamais rien, mais aujourd’hui elle n’a pas cessé de demander à sortir dans mon minuscule jardin.

Pour s’y cacher, et il fait froid, et il pleut, et je pense que ça n’est pas une bonne chose. Je l’ai laissé sortir, mais ne la laisse pas longtemps dehors. Tout à l’heure, elle était couchée sur la petite tombe de Biscotte. Et ça m’a rendue triste.

 

J’aurais dû vous parler de Providence avant, j’aurais eu d’autres mots.

Demain elle verra le vétérinaire.

Ces signes de dysfonctionnement moteur ressemblent lugubrement à ceux qui ont emporté Cookie en novembre.

Alors ce soir j’ai très peur…

 

*          *

*

 

De tous mes chats, Bingo est celui qui m’a inspiré le plus de mots et de photos. C’est aussi celui avec qui j’ai vécu le plus longtemps, ceci explique cela. Voici quelques-unes de nos publications, à lui et moi.

https://laplumedemouette.wordpress.com/2014/06/27/sil-te-plait-dis-moi-le-chat/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2020/05/05/bingo-royal-de-gouttiere/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2020/07/17/au-magasin/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2018/04/10/palabres-en-noir-et-blanc/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2017/03/30/mon-loubard/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2015/02/21/petit-dictionnaire-chat-a-lusage-des-humains/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2014/11/11/les-affres-de-lamour/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2019/01/23/coussins-velours/

De Bingo il y a aussi plein de photos…

 

Sur Flamie,

https://laplumedemouette.wordpress.com/2020/02/02/flamie-dans-les-etoiles/

https://laplumedemouette.wordpress.com/2018/12/29/flamie-princesse-myrtille-marquise-de-petits-pas/

Et sur Biscotte

https://laplumedemouette.wordpress.com/2021/01/14/apicaday-biscotte/

 

Pas de publications sur Cookie, tout est allé si vite, et si tristement. Un jour j’écrirai la place qu’il avait et la béance qu’il a laissée…

 

 

 

 

 

Flamie Jolie

 

Bingo Royal de Gouttière

 

Tijuana Straits

Tijuana, le fleuve et ses méandres, ses terres et son estuaire…

Zone de passage entre le Mexique et les États-Unis pour des candidats à l’immigration clandestine, zone dangereuse où les vagues renversent leurs embarcations fragiles et audacieuses.

Zone où le trafic de drogue pratiqué à grande échelle gangrène l’état de droit, au profit de mafieux qui sévissent sans vergogne.

Zone de pollution extrême due aux rejets industriels d’origine douteuse, et aux petits arrangements avec la légalité.

Extraordinaire spot de surf aussi pour qui veut se frotter aux vagues gigantesques que les fortes houles parfois amènent.

 

C’est dans cet environnement rugueux et difficile que vit Sam Fahey, anti-héros par excellence. Et à y trainer sa carcasse, il a fini par en prendre les couleurs.

Celles sombres et crasses de la drogue et des prisons, de la boue liée à la pollution, de l’aide à l’immigration qui tourne mal, d’une enfance sans mère et sans amour, mais avec un père alcoolique, brutal ou, au mieux, inexistant.

Mais aussi les couleurs de l’océan, dont ce surfeur hors pair apprivoise les barres comme personne, ou presque. Il a connu ses heures de gloire lorsque, dansant sur les crêtes d’écume, il ressemblait à un oiseau et devenait ainsi Sam La Mouette Fahey.

Et puis les couleurs fanées du temps qui passe et décolore les cheveux, fait pâlir les photos, anéantit les rêves, piétine les désirs et les aspirations, et laisse aussi mourir les vagues…

 

Aujourd’hui, il a posé le bric-à-brac de sa vie sur le terrain hérité de son père, s’est lancé dans la culture des vers de terre, et continue, à l’occasion, de confectionner des planches de surf pour son plaisir. Il préfère habiter un mobil-home déglingué, posé là, plutôt que la maison de son père où trainent encore les fantômes du passé. Et il dort toutes lumières allumées.

 

Vie de misère, plutôt moche et monotone. Jusqu’à la rencontre avec Magdalena, jeune mexicaine, activiste et idéaliste…

 

J’ai plongé dans ce livre et dans les eaux sombres du Tijuana, happée par la narration, touchée par le personnage de Sam, intriguée par ce coin du monde.

Happée vraiment, au point de prolonger le voyage en regardant un film (Tijuana Bible) pour mieux perçu l’atmosphère des lieux, et de faire des recherches sur la toile pour en apprendre davantage, et pouvoir épouser un peu les méandres du fleuve, les contours de la baie de San Diego, en observant les îles Coronado.

 

Parce que ce roman m’a vraiment embarquée.

 

Tijuana Straits, de Kem Nunn. 381 pages pour l’édition 10/18

Trois anges et un flan

 

J’ai fait un flan. Il me restait des œufs et je ne savais qu’en faire. Quand ça arrive, je fais un flan. Et puisqu’une boite d’ananas trainait dans le placard, j’ai envisagé un flan à l’ananas. En bidouillant plusieurs recettes. Parce qu’il existe des recettes de flan à l’ananas mais toutes ne jurent que par le caramel. Moi je n’ai ni le temps, ni l’envie de faire un caramel. Alors je réorganise les données pour les intégrer dans les possibles de ma cuisine. Occupée à mélanger le sucre et la farine, casser les œufs, les incorporer et verser doucement le lait sur la préparation tandis que l’ananas compotait à feu doux et au sucre de coco, je ne l’ai pas vu venir. Une chanson tarte a fait le siège du capitole de ma tête tandis que je faisais le flan.

« Trois anges sont venus ce soir, t’apporter de bien belles choses… ! «

Est-ce une trace de parfum de Noël qui persiste dans ma cuisine (j’ai pourtant mangé tous les chocolats) ou des réminiscences de l’enfance (je chantais cette chanson, gamine, et la recette de base de mon flan est celle de ma Maman… Souvenir) ?

En tout cas, l’air et le peu de paroles dont je me souviens se sont invités du début à la fin, de la préparation à la cuisson.

Et voilà que la phrase ‘car le bon dieu au fond du ciel bleu’ tournicote dans mon cerveau, entrechoque mes neurones, et me titille… Pourquoi préciser ‘le bon dieu’ ? Y aurait-il un ‘mauvais dieu’ ? Est-ce que le ‘mauvais dieu’ c’est celui des autres ? Et le ‘bon dieu’ le nôtre ? Le nôtre à qui, d’ailleurs, puisque ma tête chante cette chanson alors que je suis athée et que j’ai rangé tout dieu au placard (largement derrière la boite d’ananas) depuis que je suis en mesure de ranger ces affaires dont je n’ai rien à faire. Si dieu est amour, est-ce que l’expression ‘bon dieu’ n’est pas un pléonasme ? Une redondance ? Et c’est alors que la ‘coccinelle, demoiselle, bête à bon dieu’ vient mettre la deuxième couche. J’ai éteint le four, le flan était cuit, et j’ai quitté la cuisine sur ce syllogisme.

Si l’amour est aveugle,

Et si dieu est amour,

Alors dieu est aveugle.

C’est peut-être parce qu’il ne voit pas bien qu’il n’est pas toujours bon et laisse les hommes commettre des horreurs en son nom.

Le flan, lui, était bon…

 

Si vous voulez, vous aussi, cuisiner dans ces conditions, voici la chanson en question pour envahir la tête…