APicADay – Grille et Mystère

Ruines à Sées (Orne)

Combien de voix ont chuchoté entre ses pierres

et combien de secrets échangés ?

Combien de serments prononcés ?

Combien de prières

et de mystères

derrière les grilles,

emprisonnés

depuis si longtemps que

le vent, l’eau, et la terre,

ont fait rouillé les barreaux

et que la verdure

s’est lovée en les murs… ?

APicADay – Colisée

Rome, le Colisée

Partir en pixels plutôt que pas partir du tout

Des photos pour des voyages

des ailleurs,

d’autres paysages

des souvenirs de temps légers

à flâner

et à écarquiller les yeux…

 

APicADay – Jumièges

La Normandie a sa ‘Route des Abbayes’, toutes construites  de pierres blanches. Mais si certaines d’entre elles sont superbement conservées, cela n’est pas le cas de Jumièges. Longtemps délaissé, le site même de l’abbaye est aujourd’hui entretenu de façon à mettre ces ruines en valeur. Et ça marche formidablement bien. Le lieu est magnifique. . À Jumièges, la lumière ne connait pas de limites, partout elle passe, se joue des murs et des fenêtres, s’installe à demeure, tant que le jour est là, tant que le soleil brille.

Jumièges, a stairway to heaven

31 juillet 2018

Jumièges, histoire de sillonner les méandres de la Seine, d’en adopter les boucles, de prendre un grand bol d’air, et de contenter le regard.

J’avais engrangé en mémoire des pierres plus sombres, plus moussues, envahies par le lierre, dévorées par le vert, servies à la table de la végétation qui semblait se régaler des restes de cette abbaye. Si ma mémoire était relativement fiable, le temps et la belle volonté avaient œuvré pour redonner d’autres couleurs à la Belle.

Splendeur d’architecture que les révolutionnaires ne goutèrent guère, elle fit alors carrière en tant que carrière. Les pierres en furent démontées une à une, pour servir d’autres causes que les lois divines. Et les années, les siècles, aggravèrent les outrages, les édifices tombèrent en ruines…

Mais quelles ruines !!

C’est finalement en devenant athée que l’abbaye gagna le ciel. Il est partout, partout visible, où que se posent les yeux. Et il dessine avec grâce toutes les lignes des édifices, toutes leurs ouvertures. Dans la chaleur quasi caniculaire de ce jour de l’extrême juillet, il nous fit l’aumône de quelques coups de brise, et le don magnifique d’une flopée de nuages de formes et de couleurs diverses. Parfois la noirceur d’un cumulo-nimbus semblait menacer de tempête ou d’orage. Simple menace, le jour fut aussi sec que les jardins à la française devant la maison des abbés…

Il n’empêche…

Je me suis perdue en rêveries et en émerveillement au milieu de ces ruines… Oh, la belle journée…

 

Kohl Cologne

J’ai vu des photos de Cologne après la guerre, la seconde, une mondiale encore, une de trop. C’était un champ de ruines.

Alors, Cologne s’est reconstruite, pas seule, non, il a fallu l’aider. Une flopée d’architectes a du s’y mettre, si j’en crois l’aspect disparate des immeubles d’aujourd’hui, un centre ville en manque d’harmonie. J’habite, en France, une ville qui a été aussi entièrement détruite, au presque. Par les mêmes armées. La différence, c’est qu’en France on les appelait ‘les alliés’, tandis qu’en Allemagne c’était l’ennemi. Passage de frontière, changement de vocabulaire. Dans la ville où j’habite, la reconstruction a été confiée à un architecte, un seul, et le centre respire une certaine unité, unité qui manque singulièrement à Cologne.

Voici quelques exemples de maisons ‘colognales’

Tout a été détruit, sauf la cathédrale, gothique à souhait, un bijou d’architecture religieuse. Était-ce un miracle ? Il faut dire qu’elle renferme, dans une chasse bien gardée, elle-même protégée par des vitres, les reliques des ‘Rois Mages’. Rien de moins ! J’avoue que l’idée m’a fait sourire…

Ville étrange que celle-ci, comme un puzzle dont il me manquerait des pièces. Animée, vivante, boutiques de luxe et misère en cohabitation. Et puis, derrière, coule le Rhin, l’eau de Cologne…

Le Rhin, c’est bien, mais ça n’est pas la mer… Elle semble avoir manqué à ce graffeur qui m’a fait sourire, au détour d’une rue…

 

 

Tranches (de vie) Napolitaines, 3è jour : Et la nuit écrasa l’aube…

TN3 NUAGE ROUGE

Flavius n’avait pas fermé l’œil de la nuit. En ce matin du 24 aout, le soleil était au bord du monde, prêt à l’inonder de sa bienveillante lumière, quand il entendit Arria rentrer. Il alla la rejoindre dans sa chambre où une servante baillait tout en la défaisant. Flavius congédia cette dernière d’une voix sourde, colère contenue…

Dans l’air, flottait l’odeur de la rose de Paestrum dont se parfumait le Consul Cornelius, une essence précieuse, coûteuse, que Flavius s’offrait parfois et que le Consul pouvait utiliser, lui, tous les jours. Et les nuits aussi…

Son épouse lui faisait face, il se mit à gronder « D’où viens-tu ? Dans quels bras as-tu passé la nuit, trainée ? » Sous l’insulte, les yeux noirs d’Arria se mirent à lancer des éclairs. « Tu sais très bien où j’étais, et tu sais aussi ce qu’il peut t’en coûter de me traiter ainsi ! »

Riche commerçant, Flavius ne pesait cependant pas plus qu’une plume dans la balance du pouvoir. Et il avait besoin de la protection du Consul. Sa femme savait le lui rappeler…

Mais il était trop fatigué, ce matin-là, pour contrôler la colère qui le dévastait, alors il éclata. « Par Jupiter, que Vulcain te foudroie sur le champ pour ta trahison ! »

TN3 VESUVE

 

Soudain, la terre se mit à trembler, le Vésuve, lui non plus, ne contenait plus sa colère et le feu qui brulait en son ventre… Et vint l’explosion. La lumière de l’aube se trouva soudain éteinte par un nuage noir chargé de ponces de phonolite projetées avec une force redoutable.

D’abord pétrifiée, bouche bée, Arria se jeta bientôt aux pieds de Flavius, implorant son pardon pour apaiser les dieux. Elle était ainsi, ventre à terre, quand un morceau du toit s’effondra sous le poids des pierres projetées, et l’écrasa avant de l’ensevelir sous les yeux horrifiés de son époux.

Elle est grande la folie des hommes qui consiste à croire que l’on peut implorer les Dieux et être entendus, exaucés… Et c’est bien la folie qui s’empara de Flavius, pétri de culpabilité au souvenir d’avoir maudit son épouse et d’avoir fait appel aux Dieux de l’Olympe pour la punir…

Il implora en vain, il implora encore, et il pleura beaucoup, des larmes de feu et de cendres…

La colère du Vésuve retentit toute la journée, et une partie de la nuit. Pompéi était recouverte d’une épaisse couche de pierres volcaniques et de gravats, auxquels s’ajoutaient des objets divers que le vent envoyait valser ici ou là.

TN3 VASE

 

L’aube naquit dans un calme relatif. Au matin du 25 aout, les quelques survivants abrités dans leur maison, virent à nouveau le soleil surgir du dessous du monde, et la lumière fut à nouveau. Puis elle ne fut plus. Le soulagement avait été de courte durée, puisqu’à présent un nuage de gaz toxiques, suivi d’un nuage de cendre, se chargeait de cueillir les dernières vies. La ville venait de vivre sa toute dernière aurore, sa toute dernière horreur aussi… En ce matin du 25 aout 79, Pompéi n’était plus…

 

TN3 COLONNES

Vous pourrez écouter la version audio sur l’Audioblog d’Arte, en cliquant ici.