APicADay – Grille et Mystère

Ruines à Sées (Orne)

Combien de voix ont chuchoté entre ses pierres

et combien de secrets échangés ?

Combien de serments prononcés ?

Combien de prières

et de mystères

derrière les grilles,

emprisonnés

depuis si longtemps que

le vent, l’eau, et la terre,

ont fait rouillé les barreaux

et que la verdure

s’est lovée en les murs… ?

APicADay – Mais qu’est-ce ?

Dunkerque toujours, le port encore, comme un pole d’attraction

toits de métal

brûlés sous la caresse ardente le soleil,

rouillés sous les pressions des dépressions et des pluies hallebardes

usés par l’étreinte du temps,

enchâssés sur des chaussons béton durs, gris et peu avenants.

Ici l’herbe est sèche, la terre aussi,

ici la vie est dure, quel que soit le bleu du ciel…

J’habite un port…

PORT 1

J’habite un port…

Un port, c’est des fragments du monde entier en visite à domicile, des cargos de tout pavillon, lettres rouille crasse, dégoulinantes sur les coques délavées. C’est des containers, boites de métal de toutes les couleurs pleines de trésors multicolores, Made in Ailleurs. C’est des bassins, des quais, des écluses, des ponts tournants ou à bascule, des grues et des portiques, des camions qui font la nique aux voitures plus vulnérables. C’est un lieu qui grouille, fourmille, s’agite au rythme des départs et des arrivées. Ça caresse les narines, ça sent l’huile et le métal, la graisse et la rouille, les gaz d’échappement et les embruns. Ça pue, oui, mais d’une puanteur noble.

Avant, c’était un port ouvert, on y circulait à découvert, on voyageait de navire en navire. Et puis, le temps a déroulé son chapelet de mesures sécuritaires. Aujourd’hui, il faut montrer patte blanche, être autorisé à y circuler. J’y travaille de temps en temps, et j’y ai donc mes entrées. Badges pour barrières qui se lèvent, salutations des gardiens en uniformes, l’affaire est sérieuse… Je joue le jeu, je me prête aux rituels avec le sourire. À vrai dire je me sens un peu privilégiée. Qu’importe les formalités obligatoires, elles n’entravent pas les rêveries entre les quais, l’émerveillement devant le soleil levant qui découpe les coques monstrueuses et reflète le ciel à la surface des bassins.

Dans le dédale des voies de circulation, la route débouche parfois face à un quai où est amarré un géant d’acier. Et j’imagine que les portes des cales vont s’ouvrir, comme sur un ferry, pour me laisser embarquer vers une longue traversée. « Tanzania » c’est écrit, Tanzanie, oui … pourquoi pas ….

J’habite un port et j’aime ça….

PORT 2