Chèvremont, Abbey Road

À Chèvremont, la mousse n’est pas celle de la bière,

Mais celle du temps qui passe et s’oublie sur les pierres.

Il y a comme une désertion, un parfum d’abandon,

Comme si l’Abbaye haut perchée n’était pas sur la route de la vie,

Comme si le tic tac de l’horloge s’était arrêté,

Mécanisme à bout de souffle.

Même les cierges et les lumignons se sont fait la malle,

On mettra une pièce quand même,

De quoi payer deux clous pour une ardoise du toit,

Et on priera pour qu’il ne nous tombe pas sur la tête.

Chèvremont, aujourd’hui, rime avec désolation…

 

Du marronnier au sapin …

Texte d’atelier d’écriture sur le thème ‘Clichés et Poncifs’,

sujet : Rédigez un article de presse contenant au moins dix (peut-être quinze ?) des vingt-deux « clichés » proposés (voir liste sous le texte)

Ça y est, une fois de plus nous y sommes. Aux quatre coins de l’Hexagone, mais pas seulement, on chante ‘Il est né le divin enfant’, On s’apprête aussi à fêter l’année nouvelle, dès le soir de la Saint Sylvestre. Fêter les Sylvestre après avoir participé à la déforestation pour déguiser un sapin en arbre à lucioles domestiques, c’est un comble, mais le comble ne connaît pas la crise, lui.

La légende dit que le 25 décembre, Jésus crie, comme crient les enfants à la naissance, enfin il criait, c’était il y a plus de 2000 ans. Rassurons-nous, cela ne fait pas tant d’années que nous célébrons une naissance dont aucun registre d’Etat Civil ne fait mention. Non, il n’y a pas si longtemps que Souverains Pontifes et poncifs souverains se pressent sur la Place Saint Pierre, à Rome. La date du 25 décembre fut choisie pour faire la nique à une fête païenne en l’honneur du solstice d’hiver. Le paganisme ne passera pas, ainsi en décidèrent les hautes autorités qui invitèrent les marabouts et autres druides à revoir leur copie et leur calendrier festif. C’est ainsi que, petit à petit, le monde christianisé fut invité à passer de la célébration de la nuit la plus longue, et peut-être la plus ardente sous les couettes et duvets, à la célébration de la naissance d’un bambin pur produit de l’immaculée conception. Ce nouveau concept, pavé dans la mare, virage abrupt, finit par s’installer et par remplacer la grivoiserie du Solstice. Mais… à qui profite le crime ? A l’Eglise catholique, bien sûr, car depuis Jésus a le vent en poupe et joue dans la cour des grands, ses représentants aussi.

Pourtant, quelques siècles plus tard, cette tradition fit grincer des dents une autre religion. Les marchands du temple de la consommation voulurent, eux aussi, leur part de galette, qu’elle soit à la frangipane ou pas. Alors ils bottèrent en touche et mirent tout en œuvre pour renverser la vapeur.

Ainsi, à la croisée des chemins, un bonhomme tout de rouge et blanc vêtu, aux couleurs d’une célèbre marque de soda, vola bientôt la vedette à l’enfant Jésus, et les autres enfants devinrent rois. Adieu foi et religion, bonjour foie gras et dindons. Le sourire des enfants fut pris en otage par les requins de la finance, cette dernière représentant la partie émergée de l’iceberg.

L’ironie de l’histoire, c’est que le vieillard caracole en tête des personnages associés à Noël, alors que tout le monde sait qu’il n’existe pas. Et, cerise sur le gâteau, les temples se remplissent de plus en plus le dimanche, tandis que les églises, le même jour, se vident.

Néanmoins, la balle est dans le camp des consommateurs, attendus au tournant. S’enfoncer dans la crise, ou relancer la croissance, pour eux, le risque zéro n’existe pas.

Enfin, je ne vous apprends rien, les images ont fait le tour du monde.

Une affaire à suivre … l’année prochaine, à la même période !

 

De Flo G., envoyée spéciale sous le sapin, pour le Grincheux Magasine.

du-marronnier-au-sapin

 

Clichés et Poncifs à utiliser

« la cerise sur le gâteau »

« le vent en poupe »

« grincer des dents »

« la cour des grands »

« un pavé dans la mare »

« la croisée des chemins »

« caracoler en tête »

« l’ironie de l’histoire »

« revoir sa copie »

« attendu au tournant »

« ne connaît pas la crise »

« la balle est dans le camp »

« botte en touche »

« la partie émergée de l’iceberg »

« renverser la vapeur »

« les quatre coins de l’Hexagone »

« à qui profite le crime »

« s’enfoncer dans la crise »

« le risque zéro n’existe pas »

« une affaire à suivre »

« ces images ont fait le tour monde »

Je les ai tous utilisés !

Carrefour des civilisations

Recherche sur le web

Une carte, l’Egypte.

Revoir ce beau pays…

De fil en aiguille, j’explore mon ancien quartier

Je cherche la rue où j’habitais.

C’était il y a très longtemps…

Zoom avant, zoom arrière,

Je survole les lieux…

Tiens, ils ont aménagé un nouveau carrefour,

Me dis-je en voyant l’inscription sur la carte.

Je pointe le curseur, et clique.

Horreur.

Malheur.

Il ne s’agit pas de deux rues qui se croisent,

Non.

Mais d’une enseigne.

D’un hypermarché.

Je zoome plus fort pour entrer dans les lieux.

Et je découvre, les yeux écarquillés.

Un labyrinthe de rayons dont les produits dégoulinent

Là où j’ai connu une certaine ‘sobriété’,

Des allées, larges, et des femmes voilées

Tant de femmes voilées…

Il n’y en avait pas quand j’y vivais.

Et puis,

Au carrefour du vide et de l’opulence,

Un sapin de nowel

Énorme et tout enguirlandé !

Symbole d’un mercantilisme

Dont on a habillé un Christ.

Un arbre de nowel !

En Égypte où le ‘dimanche’ est le vendredi,

Où la culture chrétienne est minoritaire

Où le sapin ne pousse guère

Où nowel ne veut rien dire…

En Égypte

Comme dans le reste de l’Orient…

Faut-il rire ou pleurer

Ici

Quand une déshumanité

Crie et tempête

Que tous ces ‘immigrés’

Vont ‘dénaturer notre culture’ ?

Eux qui fuient leurs pays

Parce que plus rien n’y pousse,

Depuis qu’on y sème la terreur

Et la guerre.

En graines de bombes,

Lancées à la volée.

Mortelles,

Terres arrosées de sang et de larmes.

Devenues stériles et infectes,

Où l’on verra un jour fleurir des boules de plastique

Brillantes et multicolores,

Sur des sapins artificiels,

Plantés là,

Dans les trous laissés par nos obus…

On hurle ici pour une Mosquée,

Mais c’est sans vergogne qu’on exporte

Nos temples de la consommation.

Nos icones de pacotille

À profusion,

Nos nouveaux missionnaires,

Prosélytes toujours,

Ou nos Rois i-Mages

En costard – cravate,

Dévoués à la signature de saintes écritures

Prêts à porter la parole sacrée.

« Buvez, ceci est mon pesticide »

« Mangez, ceci est mon OGM »

« Achetez, ceci est votre pouvoir »

Au début était le verbe.

À la fin, la confusion.

« Vénérez ce dieu, il est plein d’amour »…

…De l’argent, quelle qu’en soit la provenance,

Il n’est pas regardant…

 

Anastasia, Musée Juif de Berlin

C’est autour d’une borne interactive que je la rencontre. J’y suis arrivée juste avant elle. Elle semble impatiente de manipuler l’appareil, alors je lui propose de jouer ensemble. Elle acquiesce avec le sourire édenté d’une enfant de huit ou neuf ans et des petites lumières dans les yeux. En route pour le XIVe siècle, nous allons préparer les bagages d’une dame juive qui part en voyage. Nous devons sélectionner huit ‘objets’ parmi seize.

 

1 Le jeu

 

Anastasia a un débit de paroles tel celui d’une rivière bouillonnante à laquelle aucune incisive ne fait barrage. « Et mon petit frère… blablabla… », « Et ma grande sœur ceci…. », « Et à l’école cela…. », « Alors, hier nous avons…. ». Elle est rafraîchissante de vitalité dans ce lieu plutôt solennel, aux couleurs de béton silencieux.

 

Un lapin. Voilà sur quoi se porte son premier choix. Devant mon air surpris, elle m’affirme que, si elle avait un lapin, elle ne l’abandonnerait pas pendant les vacances et l’emmènerait donc en voyage avec elle…. Alors, un lapin … vu de sa hauteur, oui, évidemment…

 

Elle sélectionne ensuite le téléphone portable ! Tandis que je lui explique que, au XIVe siècle, les portables n’existaient pas, le basalte de ses yeux se teinte d’incrédulité.

 

Après concertation, discussion, et autre ratiocination, saupoudrées de rires en éclats, nous parvenons à boucler les valises de la Dame. Le temps a bien filé, la grande sœur d’Anastasia est venue la chercher. La libellule au teint de miel, aux cheveux noirs et aux yeux sombres, m’envoie quelques sourires en étoiles, et une brassées de mains agitées pour un au-revoir.

 

Si ce musée est empreint de gravité, sobriété, et mémoire, il est aussi porteur d’espoirs.

 

ANASTASIA 2Arbre à vœux pour un monde meilleur. Ça n’est pas difficile de le remplir….

Et l’on y rencontre des adultes, mais aussi des enfants, petites loupiottes d’aujourd’hui, mais adultes éclairés en devenir….

 

ANASTASIA 3

Musée Juif de Berlin, déambulation…

 

 

Carnet de route ‘Berlin’ à suivre… :

C’était comment, Berlin, avant ?  :  ici,

La Tour de Télévision : ici,

Un peu d’architecture : ici,

Prenzlauer Berg en ombres et lumières : ici,

Gertrud : ici,

East Side Gallery : ici,

Palette Berlinoise : ici,

Poudre de Berlimpinpin : ici,

voire Le Dôme du Reichstag :  ici,

Street Art in Berlin : ici,

ou Nefertiti, Berlin :  

Et Lumières de Berlin :  !

Les Fantômes du Tri Postal sur la Route de la Soie

Quand ce n’est pas le soleil qui rougit le ciel, ni la foudre qui fait résonner la terre d’éclats métalliques, quand l’humain s’enfonce dans l’obscurité et le néant pour faire surgir la bête féroce, aux images proposées par les médias se superposent d’autres images…

***

Novembre 2010, week-end pluvieux à Lille, et l’expo au ‘Tri Postal’. « La Route de la Soie », propose des œuvres en provenance de la Saatchi Gallery, des œuvres qui parlent de dysfonctionnements, et d’oppression.

Expo dérangeante, où les gifles succèdent aux coups de poing. Et cette installation surprenante où le malaise est palpable….

560 sculptures en papier d’aluminium moulées sur des modèles vivants. 560 ‘corps’ agenouillés, vides de regard, de tête, d’esprit et de pensées. Des corps qui semblent prier….

Aujourd’hui, sur le sang de la honte et les actes gratuits mais chèrement payés, se glissent les silhouettes habitées par la foi et le vide de cette installation….

 

GHOST 1

GHOST 1

GHOST 3

GHOST 4

Ghost (fantôme), de Kader Attia, 2007.

L’Epiphanie

Il était 20 heures, ce 6 janvier. Tout le monde s’apprêtait à passer à table, on célébrait l’anniversaire de Jude, agapes en perspective. Cette période de l’année était toujours chargée, l’anniversaire des jumelles le 25 décembre, puis la fin de l’année, et tutti quanti.

Dix couverts joliment disposés, la vaisselle brillait, de délicieux fumets s’échappaient de la cuisine. Les jumelles, Christine et Christiane, prirent place, ainsi que Jude et Joseph le père, puis Papy et Trinidad, la grand-mère. Jude avait invité des copains à lui, Baptiste, Mathieu et Paul. Marie, la mère, s’activait en cuisine.

 

L’atmosphère était singulièrement sinistre, cependant. Un ‘plop’ indiqua qu’une bouteille de champagne avait été ouverte, le liquide doré emplissait les verres. Il faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne vit pas, Monsieur, on ne vit pas, non … Alors on boit un peu, pour réchauffer le climat.

En dépit de l’insistance de sa mère, Jude n’avait pas voulu se défaire de sa sacro-sainte tenue gothique diabolique. Chaînes métalliques et piques, du noir de l’enfer et de l’argent des lames, des lames de couteaux aiguisés, comme étaient aiguisés ses mots, il avait la langue acérée, Jude, et le regard charbon fourbe. Il n’était pas un adolescent facile, non, il donnait du fil à retordre à ses parents.

 

Soudain, la sonnette retentit. A cette heure, c’était étonnant, on n’attendait plus personne. Trois grands gaillards, éclairés par la lune, se tenaient là, dans l’encadrement de la porte. C’était de lointaines relations de la famille, dont on avait vaguement entendu parler. Joseph les invita à entrer, et leur proposa de rester à diner, ce qu’ils acceptèrent sans aucune forme d’hésitation. Ils s’y attendaient même, visiblement, ils l’espéraient en tout cas. Ils n’étaient d’ailleurs pas venus les mains vides et déposèrent leurs présents, myrrhe, encens et or, sur le plan de travail dans la cuisine.

 

On se poussa un peu pour leur faire une place, tandis que Marie ajoutait trois couverts. Elle était un peu contrariée car son service de table était prévu pour douze personnes, la treizième assiette serait donc dépareillée. Gaspard s’installa entre les deux filles, tandis que Balthazar s’asseyait entre Trinidad et Joseph, face à Jude, et que Melchior prenait place entre Marie et le Papy. Les bulles du champagne n’avaient pas vraiment réussi à alléger l’ambiance, une lourdeur chargée d’électricité pesait comme une chape de plomb sur la tablée.

 

On entama le repas, quasi religieusement. En coulant dans la gorge, la bisque de homard faisait de grands bruits sans élégance. Ça faisait des grands ‘slurps’. Oui, ça faisait des grands ‘slurps’. Quelque chose que personne ne maîtrisait était en mouvement. L’incongruité de cette assemblée devait s’expliquer ailleurs que dans le cadre du simple anniversaire d’un adolescent boutonneux. Oui, mais où ? Alors Gaspard se leva et prit la parole. « J’ai une révélation à vous faire ». Tout sembla s’immobiliser, y compris la goutte de soupe maintenue en suspension sur le bord de la cuillère.

 

Alors c’est Melchior qui poursuivît. ‘Christine, Christiane, il est temps que vous sachiez que Joseph n’est pas votre père ». Les jumelles ouvrirent si grand les yeux qu’ils en furent exorbités, tandis que Marie joignait ses mains en prière. Il faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne pense pas, Monsieur, on ne pense pas, on prie.

Jude partit d’un éclat de rire démoniaque, qui se reproduisait en écho dans toute la maison. ‘Je m’en doutais, ah ah, je m’en doutais’ ! Papy devint rouge comme la bisque, tandis que le visage de son épouse, Trinidad, prenait la teinte neigeuse de la nappe immaculée.

 

Joseph leva le poing en l’air et commença à crier. « Quoi ! Je me saigne les veines pour nourrir des enfants qui ne sont pas de moi ?!! Mais de qui sont ces bouches inutiles ?!! « Il faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne cause pas, Monsieur, on ne cause pas, on compte. Alors Balthazar donna le coup final. « Christine et Christiane sont les enfants de Papy qui, en fait, n’est autre que le Saint Esprit. Elles sont nées de la façon la plus pure, par Immaculée Conception. ».  Alors là, tous les visages se figèrent, comme la soupe dans la soupière, tous bouche bée comme autant de ronds de serviettes.

 

Un trop plein d’émotion et le rire de Jude devint satanique, « Il m’enc…ait conception ?? A-t-on déjà vu des enfants naître ainsi ? Saint Esprit dites-vous ? Mais pas sain d’esprit, de toute évidence ! Ah la la, quelle famille !! « Alors Balthazar poursuivit et expliqua tout. Tous les projets pour l’Humanité, et les couacs dans les rouages de la machine à penser, qu’on pensait bien huilée pourtant. Il raconta l’idée de la Trinité, le père, le fils et le Saint Esprit. Et l’énorme bug qui suivit. Non seulement de cette Trinité le Fils devint Fille, mais en plus il y en avait deux.

 

Impossible de résoudre la quadrature du cercle, pour que la Trinité deviennent réalité, l’une des jumelles devait partir, quitter le cocon familial. L’enjeu était de taille, la peine valait la peine. Mais c’était difficile.  Parce que chez ces gens-là, on ne s’en va pas, Monsieur, on ne s’en va pas …  Christiane avait toujours été plus proche de sa mère, de son père et de Papy, elle fut donc l’élue.

C’est ainsi que, ce soir-là, Christiane vit sa sœur Christine franchir pour une dernière fois le seuil de la maison. Par la fenêtre, elle la vit monter dans un grand traineau rouge, et filer sur la neige …

 

Jamais plus on n’entendit parler d’elle. Des rumeurs racontent qu’elle a épousé le Père Noël …. Enfin… les rumeurs, Monsieur, vous savez … Les rumeurs …

 

Mais il est tard, Monsieur, il faut que je rentre chez moi ….

 

 

 

(« Épiphanie » est un mot d’origine grecque, Ἐπιφάνεια (Epiphaneia) qui signifie « manifestation » ou « apparition », voire « révélation » du verbe φαίνω (phaïnò), « se manifester, apparaître, être évident, révéler ».

L’utilisation du terme est antérieure au christianisme. Les « Épiphanes » sont, dans la culture grecque, les divinités qui apparaissent aux hommes.)

 

Vous pouvez écouter le texte, accompagné de la chanson de Jacques Brel ‘Ces gens-là’, en cliquant ici.

 

Et regarder l’intégralité de la chanson par le MaÎtre, en cliquant ci-dessous :

https://www.youtube.com/watch?v=2FCqjm2Jwhk

 

 

Autres couleurs d’Islam…

Le joli hasard des chemins de la vie m’a invitée à vivre sous d’autres cieux, ici où là. C’était il y a longtemps.

Parmi ces ailleurs, la Tunisie, l’Egypte, la Jordanie. Des pays de confession musulmane, où la foi se pratique.

Gabès ou Maharès, Alexandrie ou Aqaba, autres cultures, autres gens, et mes sens en alerte, tout prêts pour la découverte.

S’il faut regarder le monde en termes de religion, le monde musulman est aussi divers que peut l’être le monde catholique, bouddhiste, ou juif.

Et s’il faut regarder le monde en termes ‘d’humains’, ce que je préfère et de loin, il faut bien reconnaître qu’il y a des gens formidables et des imbéciles partout. Pourvu que la lanterne soit mal éclairée, que les ailes de la connaissance n’aient pas été déployées, ou que le cœur se nécrose, la bêtise s’infiltre.

Tunisie, Egypte, Jordanie, trois pays bien différents, une constante cependant. L’accueil. Un quotidien ailleurs, un autre voisinage, un autre environnement, une autre vie. De la chaleur, de la gentillesse, des sourires et des rires, des petits gestes, des Aïd, du partage… Je n’ai pas eu de ‘traitement de faveur’, non, je crois que j’ai été accueillie ainsi, naturellement, par des gens qui ne voyaient pas pourquoi il en aurait été autrement.

 

J’ai eu la tristesse de perdre des amis français en Egypte et en Tunisie. Si leurs corps ont été rapatriés, il a été possible d’organiser une messe en hommage, dans des lieux de culte catholique, tout à fait intégrés et acceptés parmi les mosquées. J’ai aussi rencontré un prêtre protestant, et de joyeux catholiques à Aqaba. Dans cette terre d’Islam, ces trois religions cohabitaient en paix. Je sais que les choses ont changé, le monde s’est durci.

 

Alors j’ai souvent eu honte de voir comment était accueillie une certaine catégorie d’étrangers dans le pays où je suis née. Et cette honte persiste.

 

Je vous invite à découvrir le documentaire poignant ‘Mémoires d’immigrés’, pour entendre le point de vue et les témoignages de ceux qui ont vécu ‘l’immigration industrielle’, à l’invitation de la France.

https://www.youtube.com/watch?v=mXbmjmO5rX8

 

Le racisme est une violence pour celui qui le subit. Une violence et une humiliation. Il y a quelques années, j’ai travaillé avec des jeunes issus des cités. Et j’ai parfois entendu leur colère à l’égard du traitement subi par leurs parents. Les parents, des piliers, nos piliers pour grandir…

Je n’ai aucune peine à imaginer combien je détesterais cela moi aussi, il me suffit de transposer sur mes parents. Une humiliation à double tranchant, rancune ou rancœur aux ‘humiliants’, mais aussi aux humiliés, à leurs parents, pour avoir subi cela. Quand les piliers sont fragilisés, le terreau devient propice à la rupture…

 

Au souvenir de tout cela, il me semble que ces bombes vivantes qui se sont fait explosées à Paris en ce vendredi 13, et d’autres jours ailleurs, sont le produit de notre société.

 

Aujourd’hui, j’ai du chagrin. Pour les victimes, leurs proches, les blessés, les survivants traumatisés, les services de secours qui eux aussi resteront marqués, pour les parisiens, pour les victimes innocentes de guerres en terres lointaines qui vivent au quotidien ce que nous avons vécu en ce terrible jour. Et j’ai de la peine pour tous les innocents qui subiront des retombées islamophobes parce qu’ils seront ‘coupables’ d’avoir adopté une foi différente, en toute intimité. Ils paieront pour une bande de salopards ignorants à l’extrême, se revendiquant de la même religion.

 

Certains des terroristes étaient français, comme moi. Il ne me semblerait pas juste d’être stigmatisée comme étant ‘potentielle terroriste’ parce que je suis moi aussi française.

 

Pardonnez-moi de ne pas arborer le drapeau bleu blanc rouge. Je n’en ai pas besoin pour aimer la France, ce pays magnifique dans sa diversité. Je suis française parce que née en France, de parents français, je n’ai rien mérité, je n’ai rien fait pour acquérir ma nationalité. Mais je suis avant tout une fille de la Terre, une enfant du Monde.

Afghane, Egyptienne, Française, Kenyane, Libanaise, femme, humaine, simplement…

 

 

Quoi ce matin ? (07 01 2015)

L’as-tu embrassée avant de franchir le seuil de la porte ?

T’es-tu retourné pour la regarder avant de sortir ?

As-tu descendu l’escalier dans un éclat de rire, ou avec une musique dans les oreilles, la blague d’un collègue accrochée sur ta bouche en un joli sourire ? Où bien encore absorbé par un rendez-vous dans l’après midi, un truc enquiquinant, le coiffeur, le dentiste, le toubib… ?

C’était quoi ton avant ? C’était comment ce moment où tu marchais vers la fin sans te douter de rien, sans savoir que la folie viendrait défoncer la porte, et cueillir la fleur de ta vie ?

Il y a des jours comme ça, où l’on met un pied devant l’autre, comme les autres jours, pour aller où l’on doit aller, comme d’autres jours, sans savoir que c’est un aller simple, sans retour.

Il y a des matins où l’on croit avoir rendez-vous avec des kilos de plumes qui chatouillent, en font des tonnes pour faire rire, ou bien font éternuer, et où ce sont finalement des kilos de plomb et d’autres métaux lourds qui crèvent les veines, les artères, les glandes lacrymales, et déchirent le voile de ciel bleu ou gris clair, pour l’emplir de tonnerre et du noir des ténèbres.

 

On aimerait rembobiner l’horreur, le mauvais film, recommencer au ‘juste avant’. On voudrait des embouteillages monstres, des grèves de taxis, de bus, de la RATP, et même de la SNCF et des stations essences aussi… La capitale paralysée le temps de quelques heures, des heures klaxonnantes plutôt qu’hurlantes de sirènes ambulancées. On voudrait qu’exceptionnellement la réunion de la rédaction prenne la forme d’une vidéo conférence… On voudrait tant, et on ne peut pas, le temps ne veut pas faire machine arrière, il coule comme coule votre sang, il file comme il nous file la nausée, et il déroule sa tristesse.

Sinistre rendez-vous que celui de ce mercredi 7 janvier 2015, rendez-vous avec la folie encagoulée, avec deux êtres habillés aux couleurs de la faucheuse et de haine. Nous vous préférions morts de rire… Bye jolies plumes et beaux crayons, bye douces âmes et tendres cœurs, bye Charlie…

Arbre a crayons libres

 

Armes de création massive - copie

Tranches (de vie) Napolitaines, 2è jour : Avis de recherche.

EX VOTO 1

Partout dans la ville poussent des ex-voto. Sur les façades qui se délavent dans la chaleur humide, mais aussi dans les feuilles vert argenté d’un olivier, sur une place baignée de soleil.

 

EX VOTO 2

 

Et la statuette de la Madone ficelée aux branches ici, des représentations de la Vierge Marie ou de l’enfant Jésus, là. Ou bien encore un Christ en souffrance, ou l’image d’un saint… Et les photos des défunts, le chagrin accroché, donné à voir, donné à lire… Et la peine partagée, l’espoir et la foi côtoient les fleurs en plastique ou en soie, déposées à l’autel de la douleur et du remerciement…

 

EX VOTO 3

Des ex-voto comme des suppliques, des appels à Dieu pour qu’il se rappelle que Naples existe, et que, si le Nord voudrait mettre le Sud à sa botte, Naples arrive toujours à la cheville de l’Italie.

A la magnificence de l’architecture, la décrépitude des murs renvoie un triste écho ; à Naples, la richesse a trouvé protection et refuge dans les églises, et s’étale dans les dégoulinures barococo d’or et d’argent, de pierres et d’étoffes précieuses, dans les chœurs et les nefs… Tandis que le peuple, dehors, s’occupe de la misère, et il s’en occupe bien, dans les ruelles sombres aux pavés disjoints…

 

EX VOTO 4

 

Si certains ont, par le passé, invité Dieu dans cette ville, en lui construisant des ‘h-autel’ de luxe, et si d’autres aiment toujours à lire les traces de la Trinité sous cette chape de plomb bleu azur qui leur sert de ciel, de toute évidence si Dieu est passé par ici, il y a belle lurette qu’il a foutu le camp.

 

Des ex-voto comme des affiches : Wanted = Dieu.

 

EX VOTO 5

 

Vous trouverez la version audio sur l’audioblog d’Arte ici.