Mon frère, ce héros.

C’est un bel oiseau avec un gros problème de patte. Le sang ne voulait plus l’irriguer, alors le docteur a réparé, dans l’urgence, parce que la faucheuse rodait. Il a mis un tuyau neuf.

Mais le tuyau s’est bouché.

Alors il a remis un autre tuyau, plus naturel, dans une autre urgence, et la faucheuse toujours tournoyait.

Putain de tuyau, il s’est encore bouché, alors le docteur a dit à l’Oiseau qu’il fallait la couper, cette patte, là, au-dessous de l’articulation. Et qu’il mettrait un bâtonnet, pour que l’Oiseau puisse encore marcher.

L’Oiseau s’est affolé, recroquevillé dans des draps qui n’étaient pas les siens. Sont venus les fantômes, les ombres, les silhouettes rugueuses, les monstres de la nuit. Dans les mains froides du chirurgien, il a bravé la faucheuse qui se réjouissait déjà. Il l’a bravée parce que, ailleurs, non loin, il y avait des océans d’amour et de tendresse qui l’attendaient. Alors il a cherché la force, l’énergie, et a redressé la tête. Il voulait de nouveau marcher, voler, voir le bleu du ciel. Aimer, être aimé, vivre…

Mais le sort s’est acharné, le docteur a dit qu’il fallait encore couper la patte, plus haut. L’Oiseau en a été assommé. Il a baissé la tête, replié ses ailes, tombé le cœur et l’envie de vivre. Son corps est si fatigué… Alors, les océans d’amour et de tendresse ont multiplié les vagues, les déferlantes, exit les 40ème rugissants, bienvenue aux 40ème murmurants, murmureurs de mots doux, générateurs d’énergie vitale, multiplicateurs de douceur…

 

Ce soir, le bel Oiseau a quitté le bloc opératoire, froid, métallique, impersonnel bien que rempli de personnel. Et il a retrouvé des bras aimants, plein de bras aimants. L’Oiseau m’a appris qu’il ne fallait plus vivre au jour le jour, mais vivre l’heure, la minute, la seconde, l’instant. L’instant présent et précieux. Et il force l’admiration par son courage.

Il est fatigué, l’Oiseau, il dort d’un sommeil bien mérité. Et quel que soit son demain, quel que soit le mien, ce soir cet Oiseau a les couleurs du héros, les plumes d’un champion.

Bravo Frérot, merci mon Frère…

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8 réflexions sur “Mon frère, ce héros.

  1. Témoignage bouleversant qui nous rappelle que chaque moment est précieux. Les mots me Manquent mais courage Flo et bravo à ce héros
    je vous embrasse très affectueusement

    Aimé par 1 personne

    • Merci Muriel. Malgré son courage, malgré sa force, ses heures sont comptées. C’est pourquoi je voulais écrire cet hommage au présent. Je vous embrasse moi aussi.

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  2. Oh, Flo, je me doutais que ce ne serait pas simple, mais j’espérais qu’il n’aurait (et vous non plus) à vivre une deuxième opération. Oui, accompagner, lui prêter vos ailes pendant le temps qu’il lui faut pour retrouver les siennes. Je pense à vous…Gros bisous

    Aimé par 1 personne

    • On l’espérais aussi, la nouvelle, terrible nouvelle, est tombée mardi dans l’après midi. Et on a entouré, entouré plus encore, quitté nos jobs les deux jours précédents pour passer ces derniers moments ‘d’avant l’opération’ avec lui. Il est là ce matin, je ne sais combien de matins il sera là encore, mais je remercie chaque jour, chaque heure, chaque minute…

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