Recyclage…

Il arrive, dans la vie, que l’on tombe sur un os.

C’est ainsi que, après le repas, au moment de vider les reliefs de mon assiette dans la poubelle, je me trouve confrontée à un problème de taille, sans point commun avec la taille de la poubelle ou mon tour à moi. Non, c’est bien plus grave que ça.

 

Il y a un os.

Là, dans mon assiette. Et je ne sais qu’en faire.

Je mange très peu de viande, et quasiment jamais de viande avec os. Je suis donc bien démunie devant mes quatre poubelles. Où mettre cet importun ?

 

La poubelle ‘déchets courants’ ? C’est celle du dernier recours et je n’y recourre que si, après réflexion, je n’ai rien trouvé de plus adéquat. Au fil du temps et des déchets, on sait, on fait presque machinalement, la poubelle nous tend le couvercle. Mais là, vraiment, cela demande réflexion.

 

Bac à compost

 

Campée devant le bac à compost, j’hésite. Les os sont-ils biodégradables ? Puis-je transformer l’animal en végétal ? Il me semble que non, sinon les catacombes auraient fermé leurs portes, les autres ossuaires aussi. Et les chiens de mes parents n’en auraient pas planqué autant dans le jardin. Les chiens, c’est pas bête, s’il y avait un risque de voir les os se décomposer, ils les cacheraient ailleurs, les mettraient au grenier.

 

Caisse à verre

La caisse à verre ? Le point commun entre l’os et le verre est que tous les deux cassent. Mais, quand ça casse, ça laisse des traces. L’os de mon assiette n’a ni plâtre, ni atèle, ni stigmate de fracture visible à l’œil nu. J’ouvre un placard de la cuisine, en sors la balance ménagère, le mixer, le batteur, le presse-agrume et le presse-purée, l’appareil à raclette, celui à tartiflette, la crêpière, le gaufrier, la cafetière électrique et la cafetière à piston. J’atteins enfin le microscope caché tout au fond. Un examen approfondi de l’os me permet d’affirmer qu’il n’a ni fracture, ni fêlure. Donc, la caisse à verre n’est pas adaptée.

 

Poubelle à recyclage

 

Le bac à recyclage ? Je vérifie la liste de ce qui se recycle. J’y trouve le mot ‘plastique’. Mon os n’est pas en plastique, mais il paraît que si l’on trempe un os dans du vinaigre assez longtemps, il se ramollit et devient caoutchouteux. Voilà une piste intéressante. Si je transforme mon os en os en os en caoutchouc, en tirant un peu sur l’élastique sémantique, je pourrais peut-être me débarrasser de ce déchet bien encombrant en le jetant avec les plastiques. L’assiette plate étant peu adaptée à l’expérience, je sors un récipient propre et mets l’os dedans. Je réalise alors qu’il me faudrait au moins un litre de vinaigre pour que la totalité trempe. Un litre, une bouteille à recycler, l’enjeu ne vaut pas le vinaigre, ça n’est pas écologique. Exit le bac à recyclage.

Poubelle à déchets courants

 

 

Alors je reviens à la poubelle pour déchets courants, presque sure que c’est le meilleur endroit possible. Presque. Parce qu’il me reste tout de même des doutes. Un os, c’est du vivant mort, et dans ‘vivant mort’ il y a ‘vivant’, au passé, certes, mais quelle qu’en soit la conjugaison, le vivant, ça se respecte. Je ne peux me résoudre à laisser cet os qui, somme toute, ne m’avait nullement manqué de respect, côtoyer les pots à yaourt, les mégots de cigarettes et le papier d’emballage de la viande après décès mais avant cuisson. Non.

 

Le problème est cornélien, et moi je n’ai pas de chien. Un chien pourtant aurait bien fait l’affaire. Je n’ai qu’un chat, et il ne mange pas d’os.

 

Je suis désespérée, je ne sais plus quoi faire.

Et soudain mon esprit allume la lumière. Maintenant je sais.

 

Équipée d’une pelle et d’une pioche, je m’en vais creuser mon jardin, à la lampe torche. Je vais y enterrer mon os.

 

Voilà, c’est fait.

Avec une pince à linge en bois, je fabrique une croix, comme lorsque j’étais enfant et que j’enterrais oiseaux et coccinelles. Avec un stylo à pointe fine et encre indélébile, j’inscris : ‘Ci gît Saturnin, cuisse de canard malchanceux. Repose en paix’. Sur la petite tombe, je dépose une bougie en espérant que l’âme de mon os s’envole au ciel. Je me sens apaisée, consciente d’avoir fait mon devoir….

 

Voilà, maintenant je vais aller ranger la balance ménagère, le mixer, le batteur, le presse-agrume et le presse-purée, l’appareil à raclette, celui à tartiflette, la crêpière, le gaufrier, la cafetière électrique et la cafetière à piston, le microscope, la torche, la pelle et la pioche … Demain matin, je vais chercher un chien. Et la prochaine fois que j’ai envie de manger de la viande, j’achèterai un steak, parce qu’il n’y a pas d’os dans le bifteck.

 

Si vous voulez écoutez le texte mis en voix, cliquez ici.

 

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