Tranches (de vie) Napolitaines, 5è jour : Les petits pois

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Où es-tu Ersilia ?

Pizzéria Mattéo, depuis 1936… 1936 est une année que je ne peux pas lire ou entendre sans que l’Histoire ne me saute au visage. Tant de choses se passèrent cette année-là… Mais là n’est pas mon propos, une autre fois peut-être… Elle a un petit ‘h’ l’histoire qui, ce soir, me trotte dans la tête. C’est à cause des petits pois. Des petits pois dans mon assiette chez Matteo. Ils font remonter à ma mémoire ceux que ta maman nous cuisinait. Et le goût s’invite dans ma bouche…

Des petits pois et des tomates du jardin préparés dans une grande cocotte en fonte. C’était un des plats préférés de l’enfant végétarienne que j’étais. C’était un des nombreux plats que ta maman faisait mijoter pour nous, lors de la longue hospitalisation de ma mère suivie d’une immobilisation qui dura de longs mois. Des plats qui allaient de ta maison à la mienne, des plats au goût de l’amitié des grands et de l’amour pour les enfants. J’avais beau être petite, je percevais cette saveur-là… Et je n’ai jamais oublié la bonté de cette femme, souvent vêtue de vêtements noirs éclairés du soleil de ses yeux.

Où es-tu Ersilia ? Petite voisine napolitaine qui partagea nos jeux, mais aussi nos joies, nos peines, comme nous partagions les tiennes.

Si parfois Naples me paraît une ville familière, c’est que tu me l’as si souvent racontée à tes retours de vacances là-bas. Tu en ramenais des images, des odeurs, et des morceaux de vie. Et petit à petit, Naples se dessinait dans mon esprit.

Un jour, la nouvelle est tombée, vous rentriez en Italie définitivement… Nous nous sommes écrit longtemps, puis moins, puis plus, le temps éloigne souvent. Ta mère s’en est allée, le temps fait ça aussi…

Tu es revenue chez nous, il y a quelques années. Le crabe te menaçait et tu voulais revoir les heures de ton enfance une dernière fois peut-être. Quel bonheur de s’être retrouvées ! Quel délice ! Des courriers suivirent, des mails aussi – les temps changent, et puis le téléphone, et puis plus de réponse, plus rien…

J’ai fait des recherches, il n’y a plus de Ersilia à ton adresse, et le numéro de téléphone de ton frère est aujourd’hui attribué à un restaurant…

Et depuis que les petits pois sont revenus à mon palais, je crois te voir partout dans les rues de Naples, visage fin et baguettes châtains en guise de cheveux… Où es-tu Ersilia ?

 

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Vous pouvez écouter la version audio de ce texte en cliquant ici

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2 réflexions sur “Tranches (de vie) Napolitaines, 5è jour : Les petits pois

  1. « des morceaux de vies » dis-tu que te ramenait Ersilia. Aujourd’hui par tes mots, c’est un morceau très beau que tu ramènes… Les mots sont porteurs… Où qu’elle soit, Ersillia entend.

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